1 Une réalité nouvelle





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Kim Stanley Robinson
60 JOURS ET APRÈS

Roman


Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Dominique Haas





[Rev. 2 04/12]

POCKET
Titre original : Sixty Days and Counting

© Kim Stanley Robinson, 2007

1

Une réalité nouvelle


Je crois que le XXIe siècle peut devenir le siècle le plus important de l’histoire humaine. Je pense que nous assistons à l’émergence d’une nouvelle réalité. Que cette vision soit réaliste ou non, il n’y a pas de mal à faire un effort.
Le dalaï-lama

(15 novembre 2005, Washington)

1


Pourquoi fais-tu ce que tu fais ?

Je suppose que c’est parce qu’on croit encore plus ou moins que le monde peut être sauvé.

« On » ? Les gens avec qui tu travailles ?

Oui. Pas tous. Mais la plupart. Les scientifiques sont comme ça. Je veux dire, certains indices semblent indiquer qu’on serait au début d’un événement d’extinction de masse.

Qu’est-ce que c’est ?

Un moment où de nombreuses espèces disparaissent, par suite d’une modification de leur environnement. Comme quand ce météore s’est écrasé sur Terre, provoquant l’extinction des dinosaures…

Alors les gens heurtent la Terre comme un météore.

Oui. C’est ce qui attend de nombreuses espèces. Des gros mammifères, surtout. Beaucoup d’entre eux vivent déjà leurs derniers moments.

Plus de tigres.

Exactement. Plus de tigres et plus de tout un tas de créatures. Alors… la plupart des chercheurs que je connais semblent penser que nous devrions limiter les extinctions au minimum, rien que pour permettre aux labos de continuer à travailler, si l’on peut dire.

Le Principe de Frank.

(Rires.) C’est ça. Il y a des gens au boulot qui l’appellent comme ça. Qui t’en a parlé ?

C’est Drepung qui me l’a dit. Sauver le monde pour que la science puisse continuer. Le Principe de Frank.

Voilà. Eh bien, c’est comme le bouddhisme, en somme. Il n’y a pas de mal à essayer de faire un monde meilleur.

Oui. Alors, ta Fondation nationale pour la science est très bouddhiste !

Ha ha. Je ne sais pas si j’irais jusqu’à dire ça. La NSF est surtout pragmatique. Elle a un boulot à faire, et un budget pour ça. Un assez petit budget.

Mais un nom formidable ! Fondation nationale pour la science… Fondation, comme les fondations, la « base » d’une maison, hein ?

Oui. C’est un nom formidable. Mais je ne pense pas qu’elle se considère comme particulièrement formidable. Ni particulièrement bouddhiste. La compassion et l’action juste ne sont pas sa motivation première.

La compassion ?! Et alors ? Si on fait des choses bien, est-ce qu’il est important de savoir pourquoi ?

Je ne sais pas. Tu crois que c’est important ?

Peut-être pas !

Peut-être pas.

2


Le temps que Phil Chase soit élu président, le climat du monde était bien engagé sur la voie du changement irréversible. Il y avait déjà quatre cents parts par million (ppm) de CO2 dans l’atmosphère, et il y en aurait bientôt cent de plus si les hommes continuaient à brûler du carbone fossile – or, à ce stade, il n’y avait pas d’autre solution. De même que Roosevelt avait été élu au milieu d’une crise qui s’était, par certains côtés, aggravée avant de s’améliorer, ils étaient englués dans un moment de l’histoire où le changement climatique, la destruction de la nature et la généralisation de la misère se combinaient pour former un mélange toxique et explosif. Le nouveau président devait envisager des mesures radicales alors qu’il était corseté par un certain nombre de facteurs économiques et politiques, dont le moindre n’était pas la gigantesque dette de l’État, délibérément entretenue par les administrations qui l’avaient précédé.

Pour tout arranger, cet hiver-là, le temps passa brutalement d’un extrême à l’autre, tout en restant dans l’ensemble presque aussi froid que l’année précédente, qui avait battu tous les records. Chase affectait d’en rire partout où il allait : « Il fait moins dix. Hein, que vous êtes contents de m’avoir élu ! Vous vous rendez compte à quoi vous avez échappé ? » Et il terminait ses discours en citant un vers de Shelley : « “Ô vent, si vient l’Hiver, le Printemps peut-il tarder ?”

— Il pourrait bien se faire attendre, répondait Kenzo avec un sourire entendu. Après tout, nous entrons dans un nouveau Dryas Récent. »

Quoi qu’il en soit, c’était un hiver capricieux – venteux, surtout –, et le moral des Américains était un peu chancelant. Ce qui faisait dire à Chase :

« Nous n’avons qu’une seule chose à craindre, et c’est un changement climatique soudain ! »

Il se mettait à rire, et les gens riaient avec lui, comprenant ce qu’il disait : il y avait bel et bien de quoi avoir peur, mais ils pouvaient y faire quelque chose.

Son équipe de transition s’attelait à la tâche avec une ardeur qui ressemblait à l’énergie du désespoir. Le niveau des mers montait ; il n’y avait pas de temps à perdre. La bonne humeur naturelle de Chase, son style décontracté étaient donc bien accueillis – quand ils n’étaient pas vilipendés. C’est ce qui était arrivé à Roosevelt au siècle précédent.

« C’est nous qui nous sommes mis dans ce merdier, disait-il. Et nous pouvons en sortir. Les problèmes nous donnent une occasion de revoir notre relation à la nature, et d’imaginer une nouvelle donne. Alors – les jours heureux sont de retour ! Nous sommes en train d’écrire l’histoire, nous empoignons l’histoire de la planète à bras-le-corps, et je vous le dis, nous la changeons pour le meilleur ! »

Certains ricanaient ; d’autres en l’écoutant reprenaient courage ; et il y avait tous ceux qui attendaient de voir.
Frank Vanderwal, quant à lui, trouvait rassurant de voir le bordel dans lequel sombrait le monde. Du coup, sa propre vie lui faisait l’impression de participer de la tendance générale, pour une part minuscule. Une taupinière à la surface de la planète. Si petite qu’elle en devenait peut-être gérable.

Sauf qu’elle n’en prenait pas franchement le chemin. Il y avait de quoi s’en faire, limite paniquer, même. Caroline, son amie, avait disparu le soir des élections, poursuivie par des agents armés appartenant à une agence de renseignements super-secrète. Elle avait volé un plan que son mari avait concocté pour truquer les élections, plan que Frank avait transmis à un ami de la NSF qui avait des contacts dans les services secrets, et il n’avait aucun moyen de contrôle sur le résultat. Il l’avait aidée à fuir ses poursuivants. Pour ça, il avait dû annuler un rendez-vous avec une autre amie, qui était à la fois sa patronne et une femme qu’il aimait – sauf qu’il n’était pas très sûr de savoir lui-même ce que ça voulait dire, compte tenu de l’histoire passionnelle qu’il vivait avec Caroline. Il y avait bien des choses dont il n’était pas très sûr ; et des mois après s’être fait casser le nez, il avait encore ce goût de sang dans l’arrière-gorge. Il n’arrivait pas à se concentrer longtemps sur le même sujet. Il vivait une vie qu’il considérait comme fragmentée, et que d’autres auraient qualifiée de dysfonctionnelle : il était un semi-sans-abri à Washington. Il aurait pu retourner à San Diego, où un poste de professeur l’attendait, et au lieu de ça, il était hébergé par l’ambassade du Khembalung, nation qui avait disparu sous les flots. Bref, tout le monde avait ses petits problèmes ! Pourquoi aurait-il dû faire exception à la règle ?

Cela dit, une lésion cérébrale ne serait pas un petit problème. Ce serait une sorte de… de maladie mentale. Pas facile de s’appliquer à soi-même des termes pareils. Mais il se pouvait que sa blessure ait décompensé la tendance à prendre des mauvaises décisions dont il souffrait depuis toujours. C’était difficile à dire. Au fond, sur le coup, toutes ses décisions récentes lui avaient paru bonnes. Ne ferait-il pas mieux de se fier à son jugement, et de penser qu’il suivait une ligne de raisonnement valable ? Il n’en était pas sûr.

Et voilà pourquoi il était presque soulagé de pouvoir se dire que ses soucis personnels n’étaient rien à côté des problèmes auxquels la biosphère terrestre – toute la vie sur Terre – était maintenant confrontée. Il y avait des jours où il se réjouissait des mauvaises nouvelles, et il voyait bien qu’il n’était pas le seul dans ce cas. Alors que cet hiver capricieux les plongeait dans un froid glacial ou une douceur digne des Caraïbes, on voyait naître dans la ville un intérêt commun, une cordialité nouvelle, une sorte de solidarité.

Solidarité que Frank ressentait aussi dans les locaux de la NSF, où ils s’efforçaient, un certain nombre de ses collègues et lui, de régler le problème climatique. Et pour cela ils devaient essayer de comprendre les répercussions environnementales de causes et d’effets aussi divers que :

1) les résultats jusqu’ici encourageants mais encore flous de leur opération de salage de l’Atlantique Nord ;

2) la prolifération tout aussi incertaine d’un « lichen d’arbre à croissance rapide » génétiquement modifié qui avait été répandu par les Russes dans la forêt sibérienne ;

3) la dislocation de la banquise qui se poursuivait dans l’ouest de l’Antarctique ;

4) la libération annuelle de près de neuf milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, ce qui était en dernière analyse l’origine de beaucoup de leurs problèmes ;

5) la capture consécutive de trois milliards de tonnes de carbone dans les océans ;

6) l’accroissement continu de la population humaine, au rythme de plusieurs centaines de millions d’individus chaque année ; et enfin :

7) les impacts cumulés de tous ces événements, combinés dans des boucles de rétroaction multiples et variées.

C’était une liste impressionnante, et Frank se donnait un mal fou pour rester concentré dessus.

Mais il commençait à voir que ses problèmes personnels – principalement la disparition de Caroline et la manœuvre de tripatouillage électoral à laquelle elle avait été mêlée – étaient des éléments qu’il ne pouvait pas ignorer. Ils faisaient pression sur son mental.

Elle avait appelé l’ambassade du Khembalung, ce soir-là, et lui avait laissé un message disant qu’elle allait bien. Plus tôt, dans le Rock Creek Park, elle lui avait dit qu’elle reprendrait contact avec lui dès qu’elle pourrait.

Et depuis, il attendait, mais ne voyait rien venir. L’ex de Caroline, qui était aussi son patron, l’avait suivie, cette nuit-là. Il avait bien vu qu’elle savait qu’il la suivait, et il avait aussi vu qu’elle lui avait échappé grâce à un appui extérieur. Il savait aussi que cet « appui » lui avait lancé une pierre à la tête.

Il était donc tout à fait possible que cet homme la cherche encore, et qu’il soit aussi à la recherche de celui qui lui était venu en aide, espérant que ça lui permettrait de la retrouver.

Ou du moins, c’était ce qu’il semblait. Frank ne pouvait être sûr de rien. Il était assis à son bureau, à la NSF, il regardait l’écran de son ordinateur en essayant de réfléchir. Et il n’y arrivait pas. Était-ce la difficulté du problème, ou le fait qu’il n’avait pas la tête à ça ? Impossible à dire. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il n’y arrivait pas.

Alors il alla voir Edgardo. Il entra dans son bureau et lui dit :

— On pourrait parler du résultat de l’élection ? De ce qui s’est passé, ce soir-là, et de ce qui pourrait arriver maintenant ?

— Ah, bah, ça pourrait prendre un moment. Et on va courir, aujourd’hui, de toute façon. On en parlera à ce moment-là.

Frank saisit l’allusion : évitons d’aborder des problèmes sensibles dans les bureaux. Il était très possible qu’ils soient sous surveillance. Frank était sur la liste de Caroline des sujets à surveiller, et Edgardo aussi.

Ils allèrent se changer dans les vestiaires, au deuxième étage, et quand ils furent en tenue, Edgardo prit dans son casier un détecteur de métaux comme ceux qu’on utilise dans les aéroports – comme celui que Caroline avait utilisé. Frank fut surpris de voir un objet de ce genre dans les locaux de la NSF, mais il hocha la tête et laissa, de bonne grâce, Edgardo le passer sur lui. Après quoi il lui rendit le même service.

Ils avaient l’air clean.

Et puis ils se retrouvèrent dehors, dans la rue.

Tout en courant, Frank dit :

— Il y a longtemps que tu as ce truc ?

— Trop longtemps, mon ami.

Edgardo courait en zigzags, s’échauffant les chevilles avec son extravagance habituelle.

— Mais il y a un moment que je n’en avais pas eu besoin.

— Tu n’as pas peur que ça paraisse bizarre, que tu aies un truc comme ça ?

— Personne ne remarque rien dans les vestiaires.

— Nos bureaux sont sur écoute ?

— Oui. Enfin, le tien, en tout cas. Il faut que tu saches que la couverture est très localisée, en fonction de la nature de l’activité. Les diverses agences qui font ça ont des pôles d’intérêt et des domaines de compétence différents. Il n’y en a pas beaucoup qui pratiquent la surveillance globale, et encore, elles ne le font que dans des cas cruciaux. Le reste est essentiellement de nature statistique, et couvre des aspects variés de la sphère de données. On peut faire l’objet d’une surveillance pendant un moment, et pas à un autre.

— Mais… ces systèmes de surveillance globale, comme tu dis… Qu’est-ce que c’est, au juste ?

— Ça dépend. La plupart du temps, la « surveillance globale » concerne les « données électroniques ». Et tu pourrais être équipé de différentes sortes de mouchards. Il y en a qui indiquent la localisation GPS, d’autres qui enregistrent les conversations… Tu pourrais être suivi, filmé… tout est possible, bien sûr, mais ça coûte cher. Enfin, pour le moment, on n’est pas espionnés. Alors, tu peux me dire ce qui se passe ?

— Eh bien, c’est ce que je te disais. Il s’agit du résultat des élections, et du programme que je t’ai donné. De la part de mon amie. Que s’est-il passé ?

Edgardo eut un grand sourire sous sa moustache.

— On l’a détourné, ton programme. On l’a désamorcé. Tu pourrais dire qu’on a dé-détourné en plein vol les votes dans l’État d’Oregon.

— Vraiment ?

— Apparemment. Le programme était un système dynamique stochastique qui avait été installé dans certaines machines de vote, dans l’Oregon et dans l’État de Washington. Mes amis s’en sont aperçus, ils ont réussi à écrire un programme pour le neutraliser et à l’introduire à la dernière minute, de telle sorte que les gens qui avaient installé le dispositif n’ont pas eu le temps de réagir à la modif. Et d’après ce que j’ai entendu, ça s’est déroulé impeccablement.

Tout en courant, au fur et à mesure qu’il intégrait toutes ces informations, Frank se sentait envahi par une sorte de lumière intérieure. Non seulement le tripatouillage avait été désamorcé et l’élection s’était déroulée honnêtement – non seulement Phil Chase avait été élu par un vote populaire intègre et non corrompu –, mais encore sa Caroline ne l’avait pas trahi. Elle avait pris des risques et s’était exposée pour son pays ; pour le monde, même. Et donc…

Donc, peut-être qu’elle prendrait des risques pour lui aussi.

Cette enfilade de réflexions l’amena, par-delà la lumière, vers une nouvelle petite mare noire de peur pour elle.

Ça devait plus ou moins se lire sur son visage, parce que Edgardo lui lança :

— Alors, ton amie avait dit vrai, hein ?

— Oui.

— La situation pourrait se compliquer pour elle, maintenant, risqua Edgardo. Si les truqueurs essaient de trouver les cafteurs. Comme on disait à la DARPA.

— Oui, fit Frank, qui à cette pensée sentit le rythme de son pouls s’accélérer.

— Tu as envoyé un avertissement ?

— Je le ferais si je pouvais.

— Ah ! fit Edgardo en hochant la tête. Elle est partie, hein ?

— Oui, répondit-il.

Et tout à coup, les vannes s’ouvrirent, et il lui déballa toute l’histoire : comment ils s’étaient rencontrés, et ce qui s’était passé ensuite. Il n’y était arrivé à aucun moment, avec personne, même pas Rudra, même pas Anna, et voilà, tout se passait comme si l’espèce de pression hydrostatique qui s’était accumulée en lui venait de lâcher, comme si son silence était une sorte de barrage qui se serait rompu, laissant échapper un déluge.

Il lui fallut plusieurs kilomètres pour raconter toute son histoire. Leur rencontre dans l’ascenseur en panne, comment il l’avait vainement recherchée, puis repérée sur le Potomac pendant l’inondation, le bref coup de fil qu’il lui avait passé – comment elle l’avait rappelé, leurs rendez-vous, leur… histoire d’amour.

Et puis la révélation qu’il faisait l’objet d’un programme de surveillance dont elle s’occupait, que Frank et bien d’autres, y compris Edgardo, étaient pistés et cotés dans une espèce de marché à terme de valeurs virtuelles, où des investisseurs, dont certains étaient des programmes informatiques, procédaient à des investissements spéculatifs, comme dans n’importe quel marché à terme, sauf que dans ce cas ils s’intéressaient aux chercheurs qui travaillaient dans le domaine des biotechnologies.

Enfin, comment elle avait dû s’enfuir pendant la soirée électorale, après qu’il l’eut aidée à échapper à son mari et à ses copains, qui étaient maintenant clairement liés à la tentative de trucage des élections.

Edgardo rebondissait à côté de lui alors qu’il lui racontait son histoire, hochant la tête à chaque nouveau détail, les lèvres pincées, la tête penchée sur le côté. Autant se confier à une mante religieuse géante, se disait Frank.

— Alors, fit Edgardo au bout d’un moment, tu as perdu le contact avec elle ?

— Exactement. Elle disait qu’elle me rappellerait, mais elle ne l’a pas fait.

— Elle est sûrement obligée de faire très attention, maintenant que son mari a connaissance de ton existence.

— Oui. Tu crois qu’il serait capable de m’identifier ?

— À mon avis, c’est très possible, s’il a accès à ses dossiers de travail. Tu sais si c’est le cas ?

— Elle travaillait pour lui.

— Ah. Et il sait que quelqu’un l’a aidée, cette nuit-là ?

— Plusieurs personnes, en réalité. Il y avait tous les types du parc.

— Oui. Ça pourrait jouer en ta faveur, en contribuant à brouiller les cartes. Mais quand même, mettons qu’il fouille dans ses dossiers pour voir avec qui elle était en contact… est-ce qu’il tomberait sur toi ?

— J’étais l’un de ceux qu’elle surveillait.

— Tu n’étais sûrement pas le seul. Autre chose ?

Frank fit un effort de réflexion.

— Je ne sais pas, avoua-t-il. Je pensais que nous avions fait attention, mais…

— Est-ce qu’elle t’a appelé sur ton téléphone ?

— Oui, quelquefois. Mais seulement à partir de cabines téléphoniques.

— Mouais. Vous ignorez si elle n’était pas porteuse d’une puce, à ce moment-là.

— Elle essayait de faire bien attention à ça.

— D’accord, mais ça ne marchait pas toujours ; c’est toi-même qui me l’as dit.

— Exact. Mais… je pense qu’elle n’a jamais prononcé mon nom, ajouta-t-il après réflexion.

— Eh bien, si vous aviez tous les deux un mouchard en même temps, il pourrait savoir où et quand vous vous êtes retrouvés. Et s’il a sourcé tous vos appels sur vos portables, il a pu voir que certains étaient passés à partir de cabines téléphoniques, et il aurait pu croiser les coordonnées GPS avec les siennes.

— Les cabines sont équipées du GPS ?

Edgardo lui jeta un coup d’œil en biais.

— Elles ne bougent pas, et on peut déterminer leurs coordonnées GPS.

— Ah. Oui.

Edgardo eut un ricanement et agita le coude en direction de Frank sans cesser de courir.

— Il y a toutes sortes de moyens de repérer les gens ! Il y a tes amis du parc, évidemment. Il pourrait aller les trouver et leur poser des questions en leur montrant une photo de toi. Il pourrait obtenir certaines confirmations.

— Pour eux, je ne suis que le professeur Nez-qui-Pisse.

— Oui, mais les corrélations… Bon, fit Edgardo après un silence qui s’étira sur cinq cents mètres au moins. À mon avis, tu ferais mieux d’entreprendre des actions préventives…

— Comment ça ?

— Eh bien, tu l’as suivi jusqu’à leur appartement. Exact ?

— Exact.

— Ce n’est pas ce que tu as fait de mieux, ce soir-là…

Frank n’avait pas envie de lui expliquer que sa faculté de décision – qui n’était déjà pas formidable au départ – était peut-être amoindrie.

— Enfin, maintenant, on devrait pouvoir utiliser cette information pour découvrir l’identité sous laquelle il se cache, pour commencer.

— Je ne connais pas l’adresse…

— Alors, tu sais ce qu’il te reste à faire. Une fois là-bas, relève les noms sur l’interphone, s’il y en a. De toute façon, relève le numéro de l’appartement, bien sûr.

— D’accord. Je vais y retourner.

— Bon. Sois discret. Avec cette information, mes amis pourraient t’aider à aller plus loin. À la lumière des événements, ils devraient pouvoir faire passer ça en priorité, afin de découvrir pour qui il travaille.

— Et pour qui tes amis travaillent-ils ?

— Eh bien… un peu tout le monde. C’est une sorte de groupe de contrôle interne.

— Et tu leur fais confiance pour un boulot de ce genre ?

— Oh oui.

Et dans le regard d’Edgardo, Frank distingua une lueur reptilienne qui lui fit froid dans le dos.

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