1 Notes de Une journée avec Tabucchi, 5 écrivains parlent de l’écrivain, 2012, 2015 pour la traduction française





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Hommages à Antonio Tabucchi
«  Le fait créatif c’est un plongeon dans le mystère, dans l’insondable. »
Né le 24 septembre 1943 à Vecchiano, il est mort le 25 mars 2012 à Lisbonne, des suites d’une longue maladie.

Fils unique d’un marchand de chevaux, il fait ses études de lettres et de philosophie en Toscane avant de voyager en Europe sur les traces de ses auteurs préférés. Lors d’un séjour à Paris il déniche gare de Lyon un recueil de Pessoa contenant le poème Bureau de tabac, l’un des poèmes les plus connus de cet écrivain multiple qui pratiquait la dépersonnalisation, l’étrangeté, le fragment. Bouleversé, il se passionne pour le Portugal où il rencontrera son épouse et dont il apprendra la langue et la culture pour l’enseigner en Italie.

Avec Requiem (1992), une errance à Lisbonne écrite en portugais, puis Pereira prétend (1994), dont la trame se déroule sous la dictature de Salazar, Tabucchi affirme définitivement sa fascination pour sa seconde patrie. Pereira, journaliste catholique dont l'auteur raconte la prise de conscience vers l'antifascisme, deviendra un symbole de la liberté d'information dans le monde entier mais aussi le porte-drapeau de la lutte contre l'arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi en Italie, en 1994. Le roman a été adapté au théâtre.

Dans Tristan meurt (2004), Tabucchi fustige l'Italie berlusconienne à travers un vieil homme mourant qui se confie à un ami. Au-delà de la situation italienne, l'écrivain estimait que "la démocratie n'est pas donnée". "Il faut la surveiller et demeurer vigilant", soulignait celui qui a été l'un des membres fondateurs du défunt Parlement international des écrivains (PIE), créé en 1993 pour aider les auteurs cibles de menaces terroristes. Ces dernières années, il avait embrassé la cause des Tziganes, indigné par le sort réservé à cette communauté en Italie.

1) Notes de Une journée avec Tabucchi, 5 écrivains parlent de l’écrivain, 2012, 2015 pour la traduction française.
«  Drôle d’écrivain contradictoire, notre Tabucchi, tellement attiré par le mystère et l’indicible – d’où son amour pour Pessoa – et en même temps si attentif aux maux de son temps, si prompt à s’indigner, à critiquer » Une contradiction qui est celle de notre époque, qui exprime un doute existentiel.

Comme Pessoa conscient de l’artificialité de l’écriture, il gardait une confiance inébranlable dans la puissance de cette vaine supercherie : «  Feindre est le propre du poète / Car il feint si complètement / Qu’il feint pour finir qu’est douleur / La douleur qu’il ressent vraiment » Pessoa, Cancioneiro, 1988
Goût pour la nuit et les histoires nocturnes, comme l’indique le titre de l’un de ses premiers romans, celui par lequel il se fait connaître en France, Nocturne Indien ,1984 (après Piazza d’Italia en 1975) : « Les ténèbres insomniaques de ses romans se transforment toujours en cités mystérieuses, peuplées de morts inquiets et vivants, en quête de paix. Comme dans le théâtre nô, il les met en scène, insufflant à ses pages quelque chose d’indéfinissable et de douloureux. Les morts qu’il dépeint, pourtant, ne sont pas menaçants et effrayants, ils ne se lamentent ni ne protestent : les morts de ses cités nocturnes sont bouleversants, ils sont maternels et extrêmement vulnérables à la fois, ils se penchent à leurs lointains balcons pour vous dire quelque chose qu’ils avaient oublié de vous raconter de leur vivant, quelque chose d’énigmatique et de tendre. » Dacia Maraini, Une journée avec Tabucchi, 2015
Cf Rêves de rêves, où il imagine les rêves d’écrivains et d’artistes, dont Fernando Pessoa, Lisbonne (1888-1935) dans la nouvelle « message de la pénombre ». Ce dernier eut toujours conscience d’être un génie et la peur de devenir fou comme l’était devenue sa grand-mère paternelle. Il savait qu’il était pluriel et accepta ce fait dans l’écriture et dans la vie, donnant voix à beaucoup de poètes différents, ses hétéronymes, dont le maître était Alberto Caeiro, un homme de santé fragile qui vivait avec une vieille tante dans une maison de campagne du Ribatejo. Il passa son existence comme employé dans des entreprises d’import-export, traduisant des lettres commerciales et vécut le plus souvent dans de modestes chambres louées.
Tabucchi est par ailleurs obsédé par le temps, une dimension où se noue un dialogue constant entre les vivants et les morts.
Toute sa vie, d’un bout à l’autre de la planète Tabucchi a été un insatiable voyageur, ce que recense le livre Voyages et autres voyages, Gallimard, 2014, traduction de Bernard Comment.

De Québec à Sydney, de Cancun à Kyôto, de Holestbro au Danemark à l’île d’Elephanta en Inde, à pied, en autobus, en train. Malgré ses origines italiennes, son œuvre se situe au carrefour de plusieurs cultures : Lisbonne, Macao, les Açores et aussi les Indes forment avec l’Italie de son enfance les pôles de sa géographie intime.

Sa vie était partagée entre une résidence parisienne, une profonde attache au Portugal (où il a trouvé sa femme Maria José) et Vecchiano , en Toscane, qui restait sa force de gravité, l’aimant qui le ramenait chaque fois à son noyau originaire.

Le paysage se ressent de notre regard humain, de notre présence et de celle des autres : «  Un lieu n’est jamais seulement « ce » lieu ; il est aussi un peu nous. D’une certaine façon, sans le savoir, nous le portions en nous et un jour, par hasard, nous y sommes arrivés. Nous y sommes arrivés le bon jour ou le mauvais jour, c’est selon, mais cela n’est pas de la responsabilité du lieu, et ne dépend que de nous. (…) Cela dépend de qui nous sommes au moment où nous arrivons dans ce lieu. Ces choses s’apprennent avec le temps et surtout en voyageant. » Voyages et autres voyages, anthologie de textes collectés par Paolo Di Paolo.

Le romancier a une grande capacité à indiquer ce qui mérite d’être regardé ; de contrebalancer le sublime ( passant des idées abstraites au goût de la bonne chère ;un amour pour la digression, déviations, pauses, dans les discours et les voyages ;une passion pour les histoires, simples ou érudites, recueillies par hasard ; le goût pour la différence et le changement ; une inquiétude permanente, qu’il parle ou qu’il écrive, dans les yeux, les mains agitées, fendant l’air d’une cigarette, l’humeur changeante.

« L’angoisse de l’inconnu qui le faisait écrire était celle qui le faisait voyager. »
Dans ses histoires, c’est souvent l’été, la saison de l’éblouissement.
L’un des derniers e-mails à P di Paolo :

«  Etre écrivain ne veut pas seulement dire bien manier les mots. Cela signifie surtout être attentif à la réalité qui nous entoure, aux personnes, aux autres. J’ai l’impression que si tu souffres d’une baisse de concentration, c’est parce que tu fais trop de choses et que tu es sur trop de fronts à la fois. Cela rend frileux, et ça nuit à l’écriture. Une fois par semaine,,,,,,, enferme-toi dans ta chambre, débranche ton téléphone et fixe le mur pendant tout un après-midi. Concentre-toi sur le mur. C’est une excellente école d’écriture. Je la pratique encore aujourd’hui, à mon âge. Vide-toi la tête ; mets un disque de Schubert, ouvre au hasard les Gens de Dublin. » (nouvelles de Joyce)
Dans mes années 1990 ; après le grand succès de Pereira prétend, il avait fondé une espèce d’école dans le restaurant d’un petit village des environs de Vecchiano, qu’il appelait la Scuola di Avane, on mangeait, on buvait, il parlait, racontait.

Il lisait beaucoup de littérature contemporaine sans négliger les classiques, en particulier les Grecs et surtout le Platon des Dialogues dont il disait qu’on pouvait tirer des centaines d’idées pour autant d’histoires. Il voulait tout savoir, puis devenait amer en parlant de ce qui se passait en Italie, les « égouts italiques ».
Tabucchi est un auteur dont l’œuvre s’interroge sur le sens qu’a le monde mais ne veut en aucun cas le transformer à son image. Il fait confiance à l’écriture dans le sens où l’écrivain s’observe quand il écrit, il est conscient qu’il est en train d’écrire. Le lecteur en présence de ce genre d’œuvres où la littérature est capable de réfléchir sur elle-même, vit une expérience semblable à celle que proposent certains tableaux de Vermeer, ceux qui insèrent d’autres tableaux dans la toile.

Une écriture qui s’interroge n’est pas une littérature qui se replie sur soi mais une littérature qui pose plusieurs interrogations, qui mène une investigation plus profonde. Un événement en soi est souvent muet, il est plus intéressant de demander aux gens ce qu’ils pensent de cet événement.

La métafiction met la fiction à nu, elle la révèle au lieu de la dissimuler. Une ressource qui n’appartient pas exclusivement à la postmodernité, elle a été employée par les plus grands : Cervantès dans Don Quichotte, Sterne dans Tristram Shandy, (Diderot dans Jacques Le Fataliste). C’est pour démontrer que choses fictives et choses réelles se situent sur le même plan. Ce genre d’œuvres lèvent un voile sur le monde, quoique de façon paradoxale puisqu’elles rendent les choses plus opaques.

La métafiction actuelle, continue à essayer de révéler la réalité, mais surtout tend à exprimer les difficultés de l’homme à comprendre l’une et l’autre, la réalité et la fiction. La littérature a renoncé aux grandes explications globales qui avaient fait la particularité du roman du XIXe, production romanesque de type «  réaliste ».

En effet nous assistons à une perte des certitudes et la littérature souligne cet état de fait, c’est lié à toutes les périodes de crise qui finissent toujours par signer la perte des valeurs et des certitudes et par introduire une rupture entre la science et la littérature.

Tabucchi se proclame antirationaliste, anticartésien car pour lui créer, c’est échapper à la raison, aux modèles rationnels, aux formes de logique qui irriguent la phase théorique des sciences exactes : «  Le fait créatif est un plongeon dans le mystère, dans l’insondable ».

Un auteur aussi réaliste que Balzac dont les romans eurent une ambition épistémologique, a toujours laissé une place à la métaphysique. Il n’y a pas d’œuvre littéraire importante sans métaphysique, disait Pessoa.

Tabucchi croit qu’aucune histoire n’a de solution, ses personnages cherchent plus qu’ils ne trouvent et la plupart des romans n’ont pas de «  fin » au sens traditionnel du terme et restent ouverts à toutes les contingences.

Ainsi au centre de sa poétique se trouve l’idée du labyrinthe, celle de la vie envisagée comme un rébus.

« Comme tout le monde, je procède à tâtons, je me déplace dans l’obscurité. Je suis conscient qu’il y a plusieurs directions possibles et je préfère les laisser toutes plausiblement ouvertes. (…) Dans l’idée du labyrinthe, il y a la recherche de la solution de l’énigme et le risque de finir captif, comme empêtré dans une toile d’araignée ».

Ses personnages ne sont pas toujours égarés et vaincus. Ainsi Pereira ou Firmino, le protagoniste de Requiem qui traverse un labyrinthe à l’échelle d’une ville : en apparence il est perdu mais en réalité, alors qu’il parcourt Lisbonne dans un état de semi-conscience, il réussit à établir un contact avec ses fantômes et à démêler le noeud de son existence. Et à la fin du livre, il peut se livrer en paix à un sommeil réparateur, sans craindre l’insomnie inhérente au monde d’un Pessoa.

Ainsi le journaliste- narrateur des Petits malentendus, devant le labyrinthe dans lequel se sont engouffrées les vies de ses amis, décide de retourner à un jeu de son enfance, en marchant de manière presque initiatique sur les pavés des trottoirs, et cela lui donne le moyen de mesurer le monde. Viatique certes modeste et insatisfaisant, mais c’est celui qu’il a trouvé et il faut parfois savoir se contenter de peu.

«  J’éprouve la sensation de vivre au bord d’un désastre, au-dessus d’un abîme. J’en perçois clairement la présence mais je ne parviens pas à en déterminer la nature ». (En ce qui me concerne, j’ai souvent cette impression pour notre monde globalement, depuis une dizaine d’années, aussi cette phrase me touche-t-elle !)

Il est laïc mais croit qu’il existe des règles à respecter, lesquelles ont été inventées par la religion, les 10 commandements qui ont fondé toutes les éthiques postérieures, jusqu’à celles à caractère laïque d’aujourd’hui. C’est pour lui le rôle de l’écrivain dans un monde ayant perdu toute référence éthique de dire «  voler, c’est mal » et d‘enquêter sur le thème du Mal.

« J’ai conscience que le Mal est présent de façon compacte et péremptoire, et je sais aussi que je ne dispose pas, en tant qu’écrivain, des instruments adéquats pour lui opposer un Bien dont je ne connais finalement pas la nature. Pour le dire autrement il ne fait pas de doute que je suis moi aussi victime de la perte des valeurs. Etant agnostique, je ne me réclame d’aucune valeur religieuse et je ne sais pas dans quelle mesure demeurent effectives les valeurs intellectuelles dont j’ai hérité, qui sont grosso modo celles de la Révolution française : liberté, égalité, fraternité. En effet, est-il possible d’invoquer de telles valeurs dans un monde comme le nôtre ? (…) Ce sont les philosophes, les politiques, les scientifiques qui doivent trouver des réponses. Quant à moi, écrivain, je me borne à enregistrer le mal-être qui m’entoure, et les bouleversements auxquels je participe au même titre que le reste de l’humanité. Je ne peux m’enorgueillir que d’une chose : de ne pas être un écrivain qui abrutit les consciences, parce que je crois qu’en me lisant mes lecteurs reçoivent ne serait-ce qu’une petite dose d’inquiétude et, allez savoir si cette petite dose d’inquiétude ne pourrait pas faire un jour germer des fruits.

La littérature possède un pouvoir immense, celui de créer à partir du néant, de donner vie à quelque chose. La littérature est une grande vérité qui s’exprime à travers la fiction.

Un exemple dramatique de l’histoire italienne. Pendant les années où Sciascia écrivait ses romans sur la mafia, il y avait des dizaines de sociologues, politologues et autres pontes en tout genre qui s’occupaient du même sujet, nous bassinant de mots creux. Car personne n’a réussi comme Sciascia à capter un tel phénomène avec autant de vérité et de profondeur. Si la société qui l’entourait lui avait prêté une plus grande attention, on aurait peut-être entendu moins de bavardages et surtout on aurait agi. Quand je dis Sciascia, je pourrais dire Pasolini. »

2) Nocturne Indien, 1984, traduit en français en 1987, éd. Christian Bourgois, prix Médicis étranger, adapté au cinéma par Alain Corneau dans le film Nocturne indien, 1989.

Après un premier roman paru en 1975, Piazza d’Italia, Tabucchi publie des recueils de nouvelles : Le jeu de l’envers (81), Femme de Porto Pim et autres histoires (83), puis à nouveau un roman, Nocturne indien, qui va avoir beaucoup de succès et où l’on trouve la première mention du personnage d’Isabel.

Ce bref roman plonge le lecteur dans une Inde hors du temps et dans une quête menée par un narrateur dont on ne saura ni le nom, ni l’âge, ni son occupation, il se définit vaguement comme un chercheur : «  Je fouille dans de vieilles archives, je cherche des chroniques anciennes, des choses englouties par le temps ». Il est peut-être traducteur simultané, en tout cas il écrit «  des histoires ».Le but de son voyage semble être «  de consulter des archives à Goa pour une étude » qu’il doit faire, même si Xavier n’était pas à Goa. Il est aussi en train d’écrire un livre, quelque chose comme un roman. «  Il y a un bout par-ci, un bout par-là, il n’y a même pas une véritable histoire. » - ce qui est une sorte de définition du livre que le lecteur est en train de lire !

Ce narrateur est venu en Inde pour retrouver son ami Xavier Janata Pinto, « un Portugais qui s’est perdu en Inde », il y a presque un an, «  avec de lointaines origines indiennes », dont un ancêtre était de Goa, - bien qu’il apparaisse finalement que ce narrateur a une absence de réel désir de retrouver son ami Xavier.

Le récit s’organise en douze chapitres, les douze lieux visités par le narrateur, toujours la nuit, eux-mêmes répartis en trois villes, les trois villes où séjourne le narrateur, Bombay, Madras et Goa. Douze lieux qu’il quitte chaque matin, douze nuits qui sont autant d’occasions de rencontres insolites ou émouvantes, en côtoyant la grande misère et les aspects contrastés de l’Inde : Vimala, la prostituée qui ne sait rien de celui dont elle a été l’amie ; Ganesh, le médecin d’un hôpital dans lequel Xavier a peut-être été hospitalisé, à la demi perruque qu’il soulève comme un chapeau pour saluer le jaïn qui se rend à Vanarasi ( Bénarès) pour y mourir ; Margareth, l’aventurière qui veut escroquer l’homme qui l’a fait souffrir, mais qui a oublié ses documents dans la chambre d’hôtel que le narrateur occupe à Madras, le responsable de la Theosophical Society, avec lequel Xavier correspondait et qui connaît par cœur des poèmes de Pessoa, le garçonnet qui porte sur son épaule son frère âgé de 20 ans, qui est un monstre au corps recroquevillé de la taille d’un singe, aux minuscules et perçants et qui lit le karman des pèlerins, le Père Pimentel de la bibliothèque de Goa, Tommy, l’ancien facteur à Philadelphie qui envoie des cartes postales à tous ceux qui figurent dans l’annuaire de Philadelphie et Christine, la photographe qui a passé un mois à Calcutta à photographier «  l’abjection » et qui se méfie des «  morceaux choisis » parce qu’elle avait un jour publié deux photos : un agrandissement d’un jeune Noir «  sur le visage une expression d’effort intense, les mains levées dans un geste victorieux : il est de toute évidence en train de franchir la ligne d’arrivée. » La seconde photo «  c’était la photo entière. A gauche il y a un policier habillé comme un martien, avec casque en plexiglas sur le visage, des bottes montantes, le fusil épaulé, des yeux féroces sous la visière féroce. Il est en train de tirer sur le Noir ». Les « morceaux choisis » ne sont-ils que l’apparence que l’on veut donner aux choses ?

De nuit en nuit, de rencontres en rencontres, dont certaines sont le fruit du rêve, le narrateur poursuit sa quête d’un Xavier qui apparaît peu à peu comme son double, son autre personnalité.

Lorsqu’il descend dans le Taj Mahal Inter-Continental Hotel, dans la rêverie de l’après-midi il revoit des souvenirs de vacances au bord de la mer où il était avec Xavier, Isabel et Magda. (p.39-40) Il était surnommé par ses amis Roux, début de rouxignol (rossignol en portugais), détail qui prendra son importance au dernier chapitre, lorsque l’on apprend que l’ami qu’il est censé rechercher s’appelle Nightingale, rossignol en anglais. Lors d’une halte de l’autobus qui le mène vers Goa, le devin qui se proposait de lui dire son karma,, dit que ce n’est pas possible car il est «  quelqu’un d’autre ». « Ah oui ? dis-je, qui suis-je ? » ( p.76)

La réponse le narrateur la donnera finalement lui-même  dans le dernier chapitre : «  Je suis quelqu’un qui ne veut pas qu’on le trouve, donc ça ne fait pas partie du jeu de dire qui c’est ».

Ce faisant le narrateur est devenu Xavier. Il résume ainsi l’intrigue du livre qu’il est en train d’écrire : « Le sujet c’est que dans ce livre, moi, je suis quelqu’un qui s’est perdu en Inde. Il y a quelqu’un qui est en train de me chercher, mais moi, je n’ai pas du tout l’intention de me laisser trouver. L’autre, moi, je l’ai vu arriver, je l’ai suivi jour après jours, pour ainsi dire. Je connais ses préférences et ses dégoûts, ses désirs, ses méfiances, ses ardeurs et ses peurs. Je l’ai pratiquement sous mon contrôle. Lui, au contraire, il ne sait rien de moi. Il a quelque vague indice : une lettre, des témoignages confus ou réticents, un petit mot très vague : des signaux, des petits morceaux qu’il tente péniblement de recoller. »

De la quête de l’ami qui le cherche dans son roman, le narrateur dit : « Peut-être cherche-t-il un passé, une réponse à quelque chose. Peut-être voudrait-il saisir quelque chose qui, autrefois, lui a échappé. D’une certaine façon, il se cherche lui-même. C’est-à dire qu’en me cherchant, c’est comme s’il se cherchait lui-même : ça arrive souvent dans les livres, c’est de la littérature. »

Certes «  en réalité il y a aussi deux femmes », Isabel et Magda, mais elles sont en dehors du cadre, elles ne font pas partie de l’histoire. Car le sujet du livre c’est la quête de quelqu’un qui cherche le narrateur. Et le narrateur de résumer le livre qu’on est en train de lire et on revit les situations antérieures, mais comme à l’envers, comme dans un miroir où la réalité se métamorphose à la lueur de ses propres reflets. (p.115)

Quelle est la fin du roman ? Nous nous posons la question comme Christine se la pose quand elle comprend qu’ils « sont dans le décor », elle et lui. Fin du récit, fin du repas de celui qui raconte. Christine est plongée dans le malaise, comme le narrateur, qui reprend le titre que la photographe a utilisé dans son livre Afrique du Sud : «  ça doit être un peu comme dans vote photo, l’agrandissement fausse le contexte, il faut voir les choses de loin. Méfiez-vous des morceaux choisis »

Une façon pour Tabucchi de jongler avec les apparences et de dire aussi que la quête identitaire est impossible. Décalages, miroirs, projections, trompe-l’œil, le romancier, entre rêve et réalité, explore, tel un détective, l’endroit et l’envers des vies individuelles. Une quête qui, comme  « le fil de l’horizon « ( titre d’un recueil de 1986),  «  se dérobe dès qu’on veut l’atteindre ; en outre, l’horizon n’appartient qu’à chacun, personne ne peut prendre en même temps la place que l’autre occupe, personne ne peut donc avoir la même et exacte vue de l’horizon. La quête du «  revers des choses », envers-fil-de-l’horizon, s’avère une tâche irréalisable, mais peut-être la seule à poursuivre si l’on possède le mal incurable de toujours vouloir regarder, entendre et comprendre. » (Introduction à Le Fil de l’horizon)
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