Résumé Les philosophes du 17





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Loudmie GUE

Université Paris 8 (Ecole doctorale « Pratiques et théories du sens » / Equipe d’accueil LLCP)
Résumé

Les philosophes du 17ème siècle ont pour la plupart porté un regard critique envers l’imagination. Elle est considérée comme cette faculté qui paralyse la raison. Le philosophe napolitain, Giambattista Vico va marquer la différence en procédant à la création des universaux fantastiques ou caractères poétiques qui seront les concepts incontournables pour l’élaboration de sa pensée de l’imagination. Vue la manière dont il fait fonctionner l’imagination, Vico se démarque des philosophes de son temps.

LA CRÉATION D’UNIVERSAUX FANTASTIQUES PAR GIAMBATTISTA VICO : POUR L’ÉLABORATION ET LA CONSTRUCTION D’UNE AUTRE PENSÉE DE L’IMAGINATION
Au 17ème siècle, nombreux ont été les penseurs à avoir élaboré et construit des réflexions similaires et opposées sur la notion d’imagination. Pour certains, l’imagination est systématiquement mise au ban des facultés de l’esprit, pour d’autres, il en est tout autrement. Pascal1, Malebranche2 et en quelque sorte de Descartes ont tous doté l’imagination de qualités mauvaises quoique la conception cartésienne de l’imagination est à nuancer. En effet, dans sa seconde méditation, Descartes révèle ses idées critiques au sujet de l’imagination en la liant aux sens et au sensible. Pour lui, l’imagination est incapable à elle seule de conduire l’esprit vers la connaissance réelle et véritable. Mais contrairement aux penseurs précités, celui qui allait marquer la différence s’appelle Giambattista Vico, le penseur italien qui a élaboré et de là construit une autre théorie de l’imagination. En procédant à la création des universaux fantastiques ou universaux de l’imagination dans son ouvrage majeur, la Science Nouvelle, Vico construit une autre pensée de l’imagination qui, en même temps, dévoile une autre appréhension et une autre intelligibilité des origines du monde.

Comment Vico fait-il fonctionner l’imagination jusqu’à ce qu’il arrive à élaborer et à construire une pensée de l’imagination qui se trouve à l’opposé de ses contemporains ? En d’autres termes, il sera légitime de se prononcer sur la création des universaux fantastiques qui constitue le moteur même de la conception vichienne de l’imagination.

Dans les lignes qui suivent, nous procéderons d’abord à la définition des universaux fantastiques, puis nous verrons comment ces derniers et par ricochet l’imagination sont des éléments essentiels pour la construction du monde (si l’on entend par « monde » la structuration par les hommes eux-mêmes des rapports inter-humains) et enfin nous montrerons quelques conséquences de la conception vichienne de l’imagination.
Quid des universaux fantastiques ?

Définir les universaux fantastiques chez Vico invite à être attentif au caractère significatif des images (images de dieux, de héros, de poètes), à la sensibilité des catégories jouant la fonction de concepts et structurant l’expérience des primitifs avec le sensible. En effet, dès le premier livre de la Science Nouvelle, Vico apporte des explications au concept d’universaux fantastiques ou caractères poétiques qu’il a créés. Ces derniers sont issus de l’imagination des premiers hommes qui, incapables de former les genres intelligibles des choses3, se trouvent dans la nécessité de créer les universaux fantastiques pour désigner et structurer les éléments du sensible. Au troisième livre de la Science Nouvelle, il poursuit sa description des universaux fantastiques en faisant de l’invention de ces derniers une caractéristique commune à tous les peuples au début de leur histoire, plus précisément dans leur enfance :

Les caractères poétiques, dans lesquels consiste l’essence des fables, sont nés par la nécessité d’une nature incapable d’abstraire les formes et les propriétés des sujets ; et par conséquent ce dut être là la manière de penser de peuples entiers, qui furent placés dans cette nécessité aux temps de leur plus grande barbarie4.
Toujours au troisième livre de la Science Nouvelle, Vico fait à nouveau référence aux universaux fantastiques en les désignant de genres fantastiques issus de l’imagination forte des premiers hommes guidés par leurs robustes corps et leur robuste mémoire.

Dans les trois cas où Vico fait référence aux universaux fantastiques, plusieurs caractéristiques communes s’en dégagent. En effet, aux dires de Vico, les universaux fantastiques :

- proviennent de l’imagination des premiers hommes. Considérés comme les enfants de l’humanité, les premiers hommes créent, par le biais de leur imagination toute puissante, des fables pour expliquer les phénomènes naturels et structurer leur existence dans le sensible. Les fables, relatant l’histoire des dieux, des héros et des poètes, sont considérées comme de la vera narratio par Vico. L’imagination, dans ce cas, désigne un mode de pensée, le mode de pensée des premiers hommes dans leur première tentative d’essayer de comprendre le monde qui les entoure et lui donner sens. Une telle manière de penser est en corrélation avec la forme de leurs corps. En effet, sortant à peine de leur condition de bestiones, ils étaient visibles par la robustesse de leurs corps et de leur mémoire. Leur imagination s’est vue, ainsi, habiter par des images grandioses comme celles de Jupiter, le premier universal ou caractère inventé par les premiers hommes.

- sont des images significatives créées par les premiers hommes, incapables de connaitre conceptuellement la nature. Cette incapacité vivifie leur dimension imaginative pour donner forme et sens aux phénomènes naturels et créent la possibilité d’une véritable expérience des premiers hommes dans leurs rapports mutuels. Ces images sont celles de dieux (Jupiter…), de héros (Achille, Hercule…) et de poètes (Orphée, Esope, Homère…). Les images sont significatives parce qu’elles parlent aux hommes, ce qui entraine la structuration de chaque expérience humaine par l’une de ces images. On s’achemine petit à petit vers un monde plus ou moins construit et civilisé. Par exemple, Jupiter exprime les auspices, Junon le mariage solennel, Homère l’histoire et la mémoire de la nation grecque, Achille la force et Ulysse la prudence5.

- sont des catégories sensibles et concrètes jouant le rôle de concepts parce qu’ils relèvent de la nature des premiers hommes qui se laissent guider par leur sensation vive et imaginative. Par l’intermédiaire de ces éléments relevant de leur partie sensible, ils pensent leur monde et le rendent scientifique. Vu la manière dont elles sont créées par les premiers hommes, ces catégories constituent de véritables concepts dans le sens d’outil de travail pour comprendre et appréhender le monde qui les entoure. Elles sont le pur produit de l’imagination des premiers hommes qui expliquent tout ce qu’ils voient ou ressentent par sensation et poésie ; poésie est ici prise dans le sens de création et non pas fabrication de vers. Ces catégories ou encore concepts sont concrètes donc palpables et expérimentables dans la réalité, dans le sensible. Elles sont créées le plus souvent à la suite de l’observation d’un phénomène naturel qu’ils cherchent à comprendre.

L’intérêt des universaux fantastiques dans la pensée vichienne se trouve également dans la constitution des deux termes qui forment l’expression en elle-même. En effet, le concept d’universaux fantastiques résulte de l’union de deux termes opposés créant ainsi une expression oxymorique permettant de retracer la mentalité des premiers hommes.

Ainsi, l’expression, voire le concept d’universaux fantastiques  constitue un centre d’intérêt pour la plupart des commentateurs de Vico. Pierre Boutang propose de désigner par « genres fantastiques » les universaux fantastiques. D’après lui, ces deux expressions seraient synonymes. Pour trouver la signification de l’expression, il la scinde en deux.

Pierre Boutang considère, d’une part, le terme « universaux » qui serait le pluriel du mot « universal » lequel mot constitue un néologisme. « Universal », mot au singulier et « universaux » mot au pluriel désigneraient des réalités concrètes. Ainsi, « universaux » se réfère à des données du monde sensible. La production d’universaux n’est pas de l’ordre d’êtres dotés de raison ou d’êtres dont la raison est extrêmement développée. Donc, ce sont des productions et des créations de l’esprit à un premier stade de son développement. L’esprit n’est pas encore capable de produire ou de concevoir des raisonnements résultant de constructions et de déductions intellectuelles.

Pierre Boutang fait référence, d’autre part, au terme « fantastiques ». Le terme « imaginaires » pourrait ici remplacer « fantastiques » car l’imagination joue un grand rôle dans l’esprit des hommes primitifs. Cependant, Vico a choisi le terme « phantasia » (« fantastiques ») pour bien montrer le caractère fabulateur de ces universaux. Ils sont fantastiques car l’esprit humain était comme celui d’un enfant6. Le stade primitif est le stade de l’enfance car, de nos jours, on pense que seule l’imagination des enfants est capable d’imaginer de tels êtres. Le terme « fantastiques » est l’équivalent du terme italien « phantasia » qui, en français est « fantaisie ». L’auteur de la Science Nouvelle montre le stade enfantin de l’esprit des hommes primitifs qui, est le seul à se laisser guider par la fantaisie soit dans la création d’êtres surnaturels, soit dans l’interprétation des phénomènes naturels.

Rapprocher les deux termes « universaux » et « fantastiques » revient à parler de l’imagination fertile des hommes primitifs qui créent des universaux fantastiques pour donner sens à leur existence. Apparait, ici, le rapport qui existe entre le sensible d’une part et l’imaginaire d’autre part. Ainsi, les hommes primitifs donnent une signification qui est de l’ordre de l’imaginaire voire fabulatrice à des éléments relevant du sensible. Les caractères poétiques sont une autre appellation que Vico confère aux universaux fantastiques pour montrer le stade prélogique ou pré conceptuel des hommes primitifs. Au stade prélogique ou pré conceptuel, les hommes pensent sous formes d’images tel que nous l’avons souligné plus haut. Le terme « poétique » vient de « poésie » qui, au Livre II de la Science Nouvelle désigne une métaphysique au moyen de laquelle les poètes théologiens imaginèrent que les corps étaient pour la plupart des substances divines. Ainsi, le terme « poétique » désigne la façon de penser des hommes primitifs qui sont encore loin de l’abstraction. Vico montre l’incapacité de conceptualiser des géants dont l’esprit fonctionne à l’aide de symboles.

Les universaux fantastiques ou caractères poétiques sont encore appelés des caractères divins car les créations des hommes primitifs sont pour la plupart des créations divines. Jupiter est le premier caractère divin. Après Jupiter, les premiers hommes vont se mettre à multiplier les caractères divins pour expliquer un fait inconnu ou étranger.

L’expression d’universaux fantastiques, expression originale, caractérisant l’activité poétique et la dimension imaginative des premiers hommes, indique la manière dont les primitifs ont fait face à leur ignorance devant l’apparition et la cause des phénomènes qui frappent leur entendement encore au stade de l’enfance. Les universaux fantastiques jouent, ainsi, un rôle essentiel et primordial dans la faculté de penser des premiers hommes qu’est l’imagination. De là, découle l’idée selon laquelle l’imagination via les universaux fantastiques met fin à l’errance bestiale des bestiones qui vont rentrer dans une autre phase importante de leur existence, à savoir la civilisation.
L’imagination : un catalyseur conduisant les premiers hommes vers la civilisation

Vico fait débuter l’histoire de l’humanité dans la plus totale obscurité, la plus totale barbarie et le plus grand désordre. Dans la Science Nouvelle, nous pouvons lire ce qui suit :

… A la suite de quoi ils en vinrent à dissoudre leurs mariages et à dispenser leurs familles avec des accouplements de rencontre. Ils vagabondèrent alors, dans une errance bestiale, à travers la grande forêt de la terre, la race de Cham à travers l’Asie méridionale, l’Egypte et le reste de l’Afrique, celle de Japhet à travers l’Asie septentrionale ou Scythie et, de là, à travers l’Europe, celle de Sem à travers toute l’Asie centrale et dans la direction de l’Orient. Cherchant à échapper aux bêtes féroces dont la grande forêt devaient abonder, et poursuivant les femmes qui, dans cet état, devaient être sauvages, rétives et timides, ils s’égaillèrent de tous cotés pour trouver la nourriture et de l’eau, les mères abandonnant leurs enfants qui durent peu à peu grandir sans entendre une parole humaine, si bien qu’ils en arrivèrent à un état tout à fait bestial et sauvage. Dans cet état, les mères, telles des bêtes, durent seulement allaiter leurs petits en les laissant se rouler nus dans leurs propres excréments, et à peine sevrés, les abandonner pour toujours7.

Une telle description de l’état des premiers hommes révèle la situation primitive et effroyable du genre humain après le déluge invitant Max Horkheimer à parler d’une préhistoire obscure faisant apparaitre le mode de vie sauvage et proche des bêtes des descendants de Noé. L’errance bestiale, la dispersion des primitifs à travers les forêts est, d’après Vico, un état réel du genre humain à un moment de son histoire. Selon Vico, cet état est la première étape dans l’ordre des choses humaines.

La vie dans la forêt témoigne de la grossièreté des primitifs. Leur vagabondage, à travers les forêts, fait partie de la réalité historique dont parle Vico dans son ouvrage. Dans les premiers temps de l’humanité chez Vico, les hommes ou plutôt les bestiones (bestioni) vivent dans un état proche de l’animalité. Ils sont des géants. Au prime abord, ils sont remarquables par l’énormité de leurs corps et par le fait qu’ils sont dépourvus de la faculté de réfléchir. Ils agissent au gré de l’instinct animal qui prédomine chez eux. Ainsi, les mâles poursuivent les femelles, les mères ne prennent pas soin de leurs enfants qui sont livrés à eux-mêmes. L’idée d’éducation est absente de leurs habitudes et de leurs mœurs. C’est le sauve qui peut, le règne du chacun pour soi, du hasard, des rencontres fortuites et de l’égoïsme. Chacun est responsable de sa propre vie. L’idée du vivre ensemble, de l’entraide est absente. Ainsi, les rapports inter-humains, éléments indispensables dans la construction du monde, sont quasiment absents de l’univers des bestiones qui subissent les aléas de la nature. Isolés les uns des autres, ils n’ont pas assez de force et de volonté pour lutter contre les forces de la nature qui les dominent. Ils n’ont aucun contrôle physique et intellectuel sur la nature. De ce fait, ils seront pétrifiés par l’une des manifestations de la nature : la Foudre.

En effet, la Foudre qui, pour les hommes d’aujourd’hui, apparait comme un phénomène naturel tout à fait normal comme la pluie ou le vent, est perçue autrement par les bestiones. Elle sera à la base d’un changement de comportement et même de mode de vie chez les bestiones. Tous les bestiones en général n’entendront pas le bruit du tonnerre. Les bestiones qui n’ont pas eu la chance d’entendre la foudre continueront à errer à travers la forêt. Par contre, les oreilles d’une portion importante de bestiones auront été frappées par le bruit de la foudre. Ils interpréteront ce bruit terrifiant comme venant des cieux.

En essayant de donner à tout prix une explication au bruit de la foudre, se développe chez les bestiones une faculté d’une grande importance : l’imagination qui les aidera à transcender la peur que celle-ci a provoquée. Au moyen d’une telle faculté, les bestiones vont commencer par se représenter les objets ; ils parviennent ainsi à concevoir, à inventer et à créer. Les hommes primitifs créent par l’acte d’imaginer. Ainsi, l’imagination se rapporte à deux éléments essentiels dans la vie des premiers hommes. En premier lieu, elle se révèle être  un catalyseur facilitant et déclenchant le processus d’humanisation des bestiones. En effet, les premiers hommes vont imaginer pour essayer de comprendre le phénomène de la foudre. Ils créeront Jupiter, le premier caractère poétique et divin, le premier universal qui leur inspire la peur, une peur qu’ils subissent. Vico explique l’épouvante des premiers hommes devant la foudre, entraînant du coup une interprétation de ce phénomène par le biais de l’imagination :

Or, dans un tel cas, la nature de l’esprit veut qu’il attribue à l’effet de sa propre nature (…), et leur nature, dans l’état qui était le leur, était celle des hommes qui n’étaient que robustes forces du corps et qui exprimaient leurs très violentes passions en hurlant et en grondant.8
La capacité de conceptualiser ou de concrétiser un bruit inexplicable fait désormais du bestione un animal métaphysique. La dimension métaphysique entraine l’apparition de la pudeur venant de la crainte éprouvée de Jupiter. L’errance bestiale fait place à la vie en famille car les bestiones, en créant un être qui leur est supérieur qu’ils craignent et redoutent, essaient de changer de mode de vie. Ils se conforment à la vie en société pour échapper à la fureur de Jupiter. Le mâle se fixe avec une femelle pour fonder la famille et les enfants sont pris en charge. Se laissant guider par la nature, les bestiones font un pas pour entrer dans ce qui deviendra l’humanité. Dès lors, Vico ne parle plus d’eux en tant que bestiones mais en tant qu’hommes primitifs. L’entrée dans l’humanité constitue les débuts de la civilisation. Max Horkheimer, dans  Les Débuts de la Civilisation Bourgeoise a une manière très originale de relater les débuts de la civilisation telle que Vico la conçoit :

Vico esquisse une présentation grandiose des débuts de la civilisation. La peur des éléments personnifiés, puisque les hommes primitifs projettent leur propre nature dans l’univers- fait naître les premières institutions et les premières règles. L’éclair et le tonnerre et les autres intempéries, contraignirent les hommes à se trouver des endroits sûrs et leur inspirèrent en même temps la peur de colosses doués d’une force supérieure.9
La force supérieure incarnée dans l’être de Jupiter sera à la base des trois principes de la civilisation à savoir la religion, le mariage et l’enterrement des morts.

En second lieu, l’imagination se révèle être  l’élément qui donne naissance à un nouveau monde. Sous l’égide de l’imagination, les bestiones rentrent petit à petit dans la civilisation. Aussi, ils ne vont pas se limiter uniquement à la création de Jupiter pour expliquer ce bruit qui dépasse leur entendement impuissant rationnellement. Ils vont imaginer d’autres universaux pour chaque phénomène insolite et inexistant à leur vie. Une physique poétique et un monde nouveau sont mis en place car la création de tous ces caractères va aider les bestiones à donner vie et sens objets du monde sensible. Telle est la façon dont ils ont su dominer la nature, la soumettre à leurs caprices et leur volonté et structurer collectivement leur expérience. La naissance de ce monde nouveau prouve également que les produits de l’imagination, à savoir les universaux, sont vrais. De cette manière Vico montre comment nos ancêtres primitifs ont essayé d’expliquer certains éléments et phénomènes du cosmos tout comme l’homme moderne, lui aussi, essaie de les appréhender. Étant dominés par leurs corps, leur passion et leur sensation, les primitifs imaginent des êtres semblables à leur nature, donc ne prennent aucune distance entre eux et leurs créations. Ainsi, les créateurs et les productions de leur création sont indissociables. Comme le dit Vico, la logique de création est conforme à des natures comme celles des bestiones. Ainsi, toujours selon Vico, ces productions bien que fausses dans leur matière, n’en sont pas moins vraies dans leur forme.10

En effet, qu’est ce qui explique la fausseté des matériaux et la véracité de la forme sous laquelle a été construite l’histoire des bestiones ? Vico saisit l’occasion pour prouver l’état d’esprit bien disposé des bestiones qui est propice à l’élaboration de ces universaux. A partir de la présence de ces universaux Vico fera de l’imagination non seulement une faculté de pensée mais aussi un facteur structurant la vie des premiers hommes.

Les interprétations, voire les raisonnements, surgis de l’imagination des primitifs sont les résultats de faux matériaux bien agencés et bien construits au niveau de la forme d’où l’aspect véridique de la mentalité de ces premiers hommes. Ici, l’imagination ne peut en aucune façon être vue ni comme les divagations d’esprits en pleine déréliction ni comme les manifestations fantaisistes d’esprits en pleine détresse, mais plutôt comme l’amorce de pensée qui, plus tard, donnera la raison. L’imagination devient la raison en herbe, c’est-à-dire un élément constitutif de la raison ou encore une de ses composantes basiques, une étape de sa construction. Autant dire que pour que l’homme devienne véritablement homme, en l’occurrence qu’il passe de l’animalité à l’humanité, il faut qu’il commence d’abord par imaginer avant de raisonner. L’imagination, est à cet égard le signe que les hommes abandonnent leur condition bestiale pour adopter des comportements de plus en plus conformes au monde humain.

Nous pouvons jeter un double regard sur l’imagination. Elle est une faculté, la première à aider l’homme à appréhender son milieu. Mais, elle apporte d’autres éléments bienfaisants et bienveillants dans l’existence de l’homme. La conception vichienne de l’imagination tire au clair les apports de l’imagination dans la vie de l’homme.
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