«Voyages en mer» L’homme Bonsaï Fred Bernard et François Roca Albin Michel Jeunesse





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date de publication07.12.2017
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E-change de livres 2009/2010 - Cantal

«Voyages en mer »




L’homme Bonsaï

Fred Bernard et François Roca – Albin Michel Jeunesse



http://www.crdp.ac-creteil.fr/telemaque/comite/Roca-Bernard-bibli.htm

http://www.phoenixbonsai.com/Books/Maumene/Fr_Intro.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bonsa%C3%AF


Objectifs

Démarche


Ce très bel album nous offre un récit d’une grande qualité, cependant le texte est difficile pour des élèves de CM en raison du niveau de langue employé. Les illustrations, véritables tableaux, sont redondantes par rapport au texte. Pour faciliter la lecture de ce livre, la démarche vise à aider les élèves à construire le sens à partir d’illustrations, d’extraits du texte et d’apport de connaissances. Le choix peut être fait de ne pas expliquer tous les mots inconnus pour privilégier le sens général. Une liste de mots difficiles (avec les définitions) peut aussi être donnée avant la lecture.

Par ailleurs, la beauté du texte se prête à son écoute, à sa diction et même à la mémorisation d’extraits, et ceci afin que les enfants mémorisent le lexique et les tournures de phrases employées.


1ère séance :

-Emettre des hypothèses sur le sens du récit à partir d’illustrations, d’extraits de textes, d’éléments sur les bonsaïs.
- Ecrire un récit

- Par groupe, distribution des documents : par exemple,

  • groupe 1 : 6 (arbre) ; 2 (arbre) ; 8 (pirate) ; illustrations du livre (tatouage, petit arbre) ;

  • groupe 2 : 1 (bonsaï); 4 (pirate) ; 10 (histoire) ; illustration du livre (capitaine) ;

  • groupe 3 : 11 (bonsaï); 3 (pirate) ; 9 (histoire) ; 7 (chinois) ; illustration du livre (l’île) ;

  • groupe 4 : 12 (bonsaï); 5 (chinois) ; illustrations du livre (le pirate, l’arbre en feu).


-Mise en commun et émissions d’hypothèses

-Production d’écrit individuelle ou collective : raconter l’histoire (« son histoire »)

2ème séance :

- Savoir reconnaître les illustrations de François Roca
- Connaître d’autres livres écrits par les auteurs et/ou illustrés par l’illustrateur.

- Couverture toujours cachée, rappel des informations.
- Proposition d’autres illustrations de l’album, mélangées à des intrus (autres albums de Bernard et Roca, BD de Delcourt, tableaux de Hopper) : sélectionner les extraits qui semblent appartenir à l’album. Relever des remarques concernant le style de l’illustrateur.
- Lecture offerte des deux premières pages jusqu’à « Qui commande ce jardin flottant ? » (voir tapuscrit ci-dessous) : l’arbre parle, un arbre sur un bateau, la date… revoir et/ou compléter les hypothèses.
- Lecture de la suite du texte par les élèves jusqu’à « je grattai cette petite bosse que je pris d’abord pour une écharde ». Mise en commun, essai d’association avec les illustrations à disposition.
- Montrer l’image de la page 16 : c’est la première fois que les élèves pourront faire le rapprochement entre le personnage principal et le bonsaï. Montrer la couverture et énoncé du titre.






Lecture de la suite du récit par les élèves (voir le deuxième tapuscrit, jusqu’à la page 28), la fin étant lue par l’enseignant(e).

Lecture de la suite du récit par l’enseignant(e)



- Prolongements possibles :

  • lire Terriblement vert, d’Hubert Ben Kemoun, traitant du même thème, même si sa lecture est facile pour des CM. (en série au CDDP)

  • Les autres livres des auteurs : La reine des fourmis a disparu (en série au CDDP), Le jardin de Max et Gardénia, Cosmos (valise SF, AIII), La comédie des ogres par exemple… et du même illustrateur : Terriblement vert, Un monstre dans la peau, Le manège de l’oubli

  • Les références, en histoire des arts, comme Hopper. Voir également l’exposition de Tim Dalton, au CDDP (Aurillac), jusqu’au 12 février 2010.




Séance 3

- Remettre les illustrations et les parties de texte dans l’ordre chronologique pour raconter l’histoire
-Associer parties de texte et illustrations
- Apprendre à utiliser un logiciel de présentation : Powerpoint (ou autre)

A partir du Powerpoint proposé, remettre les illustrations dans l’ordre :

- Ouvrir le Powerpoint (sur le CD) ;

-Visionner les illustrations. Mettre en évidence l’absence de chronologie et l’absence de texte ;

- Ranger les illustrations (affichage, trieuse de diapositive) en déplaçant les diapositives pour les remettre dans l’ordre (cliquer sur la diapositive et la faire glisser à l’endroit voulu) ;

- Placer les textes :

  • soit en copiant/collant les textes de la fin du diaporama (mais il faudra changer la taille de la police),

  • soit en copiant/collant les textes des tableaux du document enseignant. 

(Pour faciliter la tâche des enfants, on peut ranger les parties de textes avant de les copier/coller dans le Powerpoint) ;

- Arranger la mise en page : déplacer l’illustration, changer la couleur de la police (l’écriture, icône grand A souligné)…



Documents Séance 1 :


2 - Des branches, un tronc, la mer,

La mer, un tronc, des branches.

6 - Voilà qui défilait devant nos yeux ronds. De haut en bas et de bas en haut, au rythme de la houle. Entre les rafales salées, les déferlantes, le souffle de la tourmente, le brouillard liquide, entre le vacarme de l’océan et celui du ciel, un arbre gigantesque nous narguait.

10 - D’abord j’étais Amédée le potier, j’exerçais ce noble métier de la terre avant d’être enrôlé sur les mers. Ensuite on m’enivra. On m’arracha à mon tour. Et pour tous les miens, je disparus.

4 - Après un mois à fond de cale, on me jeta sur une plage avec un fusil, un peu de plombs, une poire à poudre et un tonnelet d’eau. Bien que soulagé, je pleurais de rage. Stroke et ses pirates riaient, me maudissaient en me souhaitant bonne chance.

9 - Un jour où je passais sous l’arbre géant de mon île, quelque chose tomba dans mes cheveux collés par le soleil et le sel. Je glissais mes doigts dans ma tignasse et continuai mon chemin.

7 - Méticuleusement, il commença de tailler l’arbre. Jour après jour, l’équipage chinois me visitait avec respect tandis que je reprenais des forces.

3 - « Sur fond noir, je le reconnus immédiatement ! Le chien blanc ! Avec sa grosse tête de mort, tenant dans ses crocs un poignard ! Le pavillon du capitaine Stroke ! L’heure de la vengeance avait sonné ! Je hurlai qu’on rattrape le vaisseau qui, nous ayant aperçus, filait sous le vent toutes voiles dehors. Une lunette nous renvoyait de rapides éclats, et je sus qu’il m’observait. Il tremblait, le chien ! »

8 - Stroke courut se réfugier dans sa cabine en criant à ses hommes de m’achever sur-le-champ.

En un tour de bras, je les balançai tous aux requins et, sans plus attendre, commençai de démonter ce maudit bateau qui avait gâché la vie d’Amédée le Potier. Méthodiquement, je jetai à la mer les vergues et les mâts, les voiles et les haubans. Je fracassai les balustres et les coursives. Je fis voler les canons et les boulets. Je tordis l’ancre et brisai sa chaîne.

5 - Le vieux chinois dit : « A présent, vous êtes prêt pour le dernier voyage et votre bateau est avancé. »

1 - Dans la tradition chinoise, un bonsaï est une plante (généralement un arbre ou un arbuste) cultivée sur un plateau ou dans un pot. Dans la version chinoise, cet arbre est miniaturisé par des techniques de taille particulières, en ligaturant ses branches. On le rempote régulièrement afin de tailler ses racines à l'intérieur et à la surface du pot. L’objectif est d'en faire une œuvre d'art esthétique, ressemblant à un arbre dans la nature.

A partir de Wikipédia

13 - L'Arbre renferme à lui seul des thèmes symboliques parmi les plus riches et les plus répandus. On peut distinguer chez lui plusieurs interprétations symboliques qui gravitent à peu près toutes autour de l'idée du Cosmos vivant, autour de notre planète en perpétuelle régénérescence. En effet, sa nature cyclique en fait un symbole par excellence de la vie en pleine évolution.

L'Arbre est universellement considéré comme un symbole des rapports qui s'établissent entre le

ciel et la terre. Ainsi en est-il en Chine de l'Arbre Kien-Mou dont les Dieux, les esprits et les âmes empruntent le chemin dressé au centre du monde.

http://misraim3.free.fr/divers/la_symbolique_des_arbres.pdf

11 - Style de bonsaï :




12 - Exposition de bonsaï en Chine

















Séance 2




Hopper



Hopper



Hopper



Hopper



Turner



Turner



Régates à Argenteuil, Monet, 1872



Barques sur la plage, Van Gogh, 1888



Le séducteur, Magritte, 1953



Le trois mâts jeune, Signac, 1931






























Tapuscrit des deux premières pages (pour l’enseignant) :

« Des branches, un tronc, la mer,

la mer, un tronc, des branches.

Voilà qui défilait sous nos yeux ronds. De haut en bas et de bas en haut, au rythme de la houle. Entre les rafales salées, les déferlantes, le souffle de la tourmente, le brouillard liquide, entre le vacarme de l’océan et celui du ciel, un arbre gigantesque nous narguait. Tous réunis sur le pont du Narval, tous loin de chez nous, loin des nôtres, à cent mille milles de la terre la plus proche, perdus au cœur de la plus grosse tempête que j’aie connue. Nous montions quand l’arbre s’enfonçait. Il s’élançait vers la foudre tandis que nous retombions dans le creux de la vague vertigineuse.

La mer, un tronc, des branches,

Des branches, un tronc, la mer.

Il ne s’agissait pas d’une hallucination collective. En vérité je vous le dis, même si mes hommes et moi étions épuisés, même si l’air était empli d’eau, d’électricité et de furie, nous ne rêvions pas ! »

Le capitaine O’Murphy frappa la vieille table de bois d’un poing rageur, renversant son verre de rhum. Les derniers clients du Homard manchot, patibulaires, restaient suspendus aux lèvres rouges et gercées qu’entourait une broussailleuse barbe rousse. La flamme de la lampe et les pupilles du capitaine O’Murphy tremblaient, et un nuage dans ses yeux obscurcit le bleu de son âme. Il se leva, portant son ombre jusqu’au seuil de la porte franchi voilà des heures, à la nuit tombante.

« Inutile que je continue si vous ne me croyez pas, inutile que je perde mon temps, inutile que je reste une minute de plus ! »

Dans le lourd silence du Homard manchot, O’Murphy se rassit. Seuls respiraient les bruits assourdis du port, discrets et polis. Le capitaine reprit le cours de son récit :

« Arbre à tribord ! Après le passage du typhon, sur la mer au petit jour se découpait la silhouette d’un navire arborescent. »

Planté dans la coque d’un vieux vaisseau, enchâssé entre les mâts brisés et les cordages, se dressait un arbre superbe et fier. Les hommes du Narval plissaient les yeux sur le magnifique végétal, quand le capitaine O’Murphy ordonna que l’on mette une chaloupe à la mer.

C’était le matin du 24 avril 1894. Les mouettes suspendaient leur vol.

Deux matelots suivirent le capitaine sur le pont du vaisseau, jusqu’au pied de l’étonnant voyageur. Les racines de l’arbre plongeaient dans les entrailles du bateau et avaient arraché les vergues, tranché les haubans et s’élançaient vers le ciel, immenses. Le capitaine s’interrogeait en silence.

« Enfin, vous voilà ! Qui que vous soyez, vous êtes bienvenus ! » dit l’arbre. O’Murphy recula. Les deux matelots auraient eu tôt fait de rejoindre la chaloupe si le capitaine ne les avait pas retenus.

« Qui se cache ici ? Qui commande ce jardin flottant ? »

Tapuscrit de la suite du récit (pour l’élève) :


Les trois hommes firent trois fois le tour du tronc, visitèrent les coursives du vaisseau où couraient les membres noueux de l’arbre.

« Je suis seul à bord, dit l’arbre. Enfin nous sommes quatre à présent et voilà bien deux cent ans que n’ai pas reçu de visite ! »

Ce jour-là, le jour de l’arbre, le capitaine O’Murphy crut qu’il avait perdu la raison ou la vie pendant la tempête. Dans quel monde les arbres parlaient-ils ? Sur quelles mers du globe les arbres naviguaient-ils sur des vaisseaux du XVIIIe siècle ?

« Je vous dois quelque explication si je ne veux pas vous voir fuir mon vaisseau fantôme, dit l’arbre. Sortez donc un fauteuil du carré des officiers et installez-vous confortablement, capitaine. J’ai une requête. Mais avant, je vous prie de renvoyer vos hommes et votre chaloupe. Il est préférable pour eux que nous restions seuls.

- Allez chercher trois fauteuils », dit le capitaine à ses deux matelots. Et il renvoya la chaloupe.

« Je préfère garder avec moi deux témoins. C’est la première fois qu’un arbre m’adresse la parole. Je ne voudrais pas être pris pour un fou.

- Comme vous voudrez. Après tout, cela n’a aucune importance pour moi. »

Le capitaine prit place devant ses deux hommes et, jambes croisées, bourra sa pipe, tête levée vers la cime de l’arbre comme pour parler à un géant :

« Eh bien ?

- Je m’appelle Amédée. Mon patronyme ne vous dirait rien.

- Amédée, l’arbre marin, donc ! » lança le capitaine en se tournant vers les matelots, un sourire crispé barrant son visage.
O’Murphy savait maintenant qu’il ne rêvait pas. Ses deux marins ahuris entendaient l’arbre eux aussi, souriaient de la situation sans piper mot. Le capitaine jeta un œil au Narval où brillait le verre des longues-vues. Il les rassura d’un signe.

« D’abord j’étais Amédée le Potier, j’exerçais ce noble métier de la terre avant d’être enrôlé sur les mers. Ensuite on m’enivra. On m’arracha à mon tour. Et pour tous les miens, je disparus à jamais.
O’Murphy soupira et souffla une bouffée de sa pipe par les narines. Les histoires d’embarquement forcé ne le passionnaient pas. Et surtout, il ne voyait pas le rapport entre l’arbre et le potier.

« Je dus, tant bien que mal, partager la vie et le travail des marins au long cours. Tandis que notre bateau de commerce reprenait la route de mon beau pays, des pirates nous ont attaqués. Ils massacrèrent ceux qui résistaient et prirent les autres avec eux. J’étais de ceux-là. Très vite je regrettai mon choix. Cette brute de capitaine Stroke et son équipage de chiens me désignèrent immédiatement souffre-douleur. Tous aboyaient après moi chaque jour que Dieu faisait. J’étais accusé de tous les maux de la mer. Ils m’injuriaient. Ils me frappaient. Pour un larcin que je n’avais pas commis, ils me mutilèrent avant de me surnommer Quatre-Doigts.
Sans personne pour me soutenir ni à qui me confier, je me terrais, plein de peur et de colère, attendant le moyen de fuir, de me venger peut-être.

Un jour, le capitaine Stroke m’accusa à tort d’avoir tranché la gorge du quartier-maître.

J’avouai pour en finir, espérant que l’on me passerait la corde au cou. Stroke manqua me tuer de ses propres mains et décida finalement de m’abandonner sur la première île déserte.

Après un mois à fond de cale, on me jeta sur une plage avec un fusil, un peu de plombs, une poire à poudre et un tonnelet d’eau. Bien que soulagé, je pleurais de rage. Stroke et ses pirates riaient, me maudissaient en me souhaitant bonne chance.

Perdu en mer de Chine, seul sur un rocher que surplombait un arbre colossal, je me mis en quête du ravitaillement. Je trouvai une source claire, dénichai des oiseaux et pêchai des ormeaux. De bateau à l’horizon, point. Je goûtais la paix retrouvée, sûr que l’on finirait par me tirer d’affaire. C’était sans compter l’arbre. »

Le capitaine O’Murphy serra les dents sur sa pipe et se retourna encore une fois : ses deux hommes étaient toujours là, le Narval aussi.
« Un jour que je passais sous l’arbre géant de mon île, quelque chose tomba dans mes cheveux collés par le soleil et le sel. Je glissai mes doigts dans ma tignasse et continuai mon chemin. Je cherchais du bois mort pour le feu que j’allumais chaque soir. A la nuit tombée, ce quelque chose s’était incrusté dans ma tête.

Quelque chose que je ne pouvais retirer de mon cuir chevelu sans faire couler le sang. Je grattai cette petite bosse que je pris d’abord pour une écharde.

Tapuscrit de la suite du récit à partir de la page 15 :


Le lendemain, une graine avait germé et une plante minuscule déployait deux feuilles. J’essayai de l’arracher avec la lame de mon couteau. En vain. De mes ongles noirs, j’effeuillai la mauvaise herbe mais elle repoussait, toujours plus vigoureuse. Tout ce que je mangeais semblait nourrir la plante. Le petit arbre prenait rapidement possession de mon crâne et faisait courir ses racines sous ma peau. Un à un tombèrent mes poils, mes cils, mes sourcils et mes cheveux. Et seul se dressait sur ma tête nue cet arbrisseau qui me faisait de l’ombre et des désagréments.

Comme habité par un ver solitaire, je me voyais maigrir malgré de solides repas. Plus je mangeais, plus l’arbre grandissait, et plus je faiblissais. A bout de force, j’essayai encore et encore, avec mon couteau, de couper l’arbre, d’extraire ces racines qui gagnaient à présent mon cou et ma nuque. Je m’effondrai inanimé. Combien de temps ? Je l’ignore. Un bateau est arrivé…

- Celui du capitaine Stroke ? demanda O’Murphy, se tortillant dans son fauteuil vermoulu.

- Non. Une jonque. Des pirates chinois accostaient l’île avec l’intention d’y cacher leur butin. Ils me trouvèrent dans le sable, à demi mort, mon arbre sur la tête. Ils me prirent à leur bord et me soignèrent. Le plus vieux se présenta avec de petits outils sombres et tranchants.
Méticuleusement, Il commença de tailler l’arbre. Jour après jour, l’équipage chinois me visitait avec respect tandis que je reprenais des forces.

-Je pensais que les pirates de la mer de Chine ne faisaient jamais de prisonniers ? » lâcha le capitaine O’Murphy dans le vent léger.

L’arbre frissonna ;

Vous ne comprenez pas, capitaine. Je n’étais pas leur prisonnier. J’étais un butin. Ils prenaient grand soin de moi. J’avais la plus belle cabine de la jonque, et ils m’y gardaient à l’abri des abordages et pendant les escales. Je ne m’en plaignais pas. Ils me nourrissaient de mets délicats. Ils me couvraient des plus belles étoffes. Le vieux Chinois m’effeuillait, m’ébourgeonnait, m’ébranchais, m’écimait, m’éclaircissait, m’écorçait, m’élaguait. A mesure que l’arbre se tordait et se pliait, un bien-être infini m’emplissait, une force colossale. La sérénité, la puissance de l’arbre passaient en moi, gonflant mes tissus, bandant mes muscles. Mes sens s’aiguisaient, mon acuité grandissait.

Stupéfié, je vis lentement repousser mes doigts tranchés. Si je ne comprenais pas leur langue, je savais que les Chinois ne s’intéressaient pas à Amédée mais au phénomène. Ils m’admiraient et me craignaient.

Quand le vieux Chinois entra dans ma cabine un sabre étincelant à la main, je ne m’inquiétai pas. Il passa ses doigts sur mon visage, fermant mes paupières. D’un coup, je sentis l’éclair glacial de la lame. J’ouvris les yeux sur mon ventre.
Aucune douleur. A l’instar d’un couteau qu’on aurait posé sur ma langue, je ne sentais que le froid du métal dans mes entrailles. Le vieux Chinois tenait le manche et souriait. Je lui rendis son sourire et il retira la lame de mon corps. La plaie se refermait lentement tandis qu’un liquide incolore et visqueux s’en échappait. Pas du sang, de la sève. Pas de vilaine croûte ni de cicatrice, mais une légère scarification. Un rire énorme et caverneux monta dans la cabine. Pour la première fois depuis longtemps, je riais.

Le vieux Chinois satisfait me fit signe de le suivre sur le pont où l’équipage était rassemblé. Il fallait dix hommes pour hisser la grand-voile. Je dus la hisser seul. On me demanda de soulever un canon. J’en soulevai deux à bout de bras. Je fis tournoyer l’ancre au bout de sa chaîne. Elle creva les eaux à une encablure. Je la ramenai à moi comme un enfant tire un jouet à roulettes. Je riais et les Chinois exultaient. Ils organisèrent une fête à bord avec feux d’artifice, lampions et pétards. Je caressais doucement le feuillage de mon arbre sous la lune quand le vieux Chinois s’approcha et lâcha : « A présent, vous êtes prêts. »

Le capitaine O’Murphy, la main sur le ventre, se retourna vers le Narval. On y avait allumé les feux car le soleil déclinait déjà. Ses deux hommes s’étaient assoupis dans leur fauteuil Louis XV. « Imbéciles ! » grommela-t-il. Il les réveilla d’un coup de casquette sur les genoux et la revissa sur la tête. « Pensez à vos enfants quand vous leur raconterez cette histoire, bon Dieu !

-Ils ne me croiront jamais, dit l’un.

- Je n’ai pas d’enfant », dit l’autre.
Les deux marins se redressèrent pourtant, et le capitaine soupira : « Excusez-les, la tempête de la nuit dernière les a rincés. Ainsi le vieux Chinois parlait votre langue…

- Malin le vieux, reprit l’arbre, et très pragmatique. Il me proposa un marché. Dorénavant, je participerais aux attaques et divers abordages, offrant ma force herculéenne. En échange de quoi, il continuait à entretenir savamment la taille de mon arbre et ma vie qui en dépendait. Ce marché n’en était pas un. J’étais considéré et traité comme un trésor vivant. Les pirates chinois m’initièrent aux arts martiaux et cédaient à tous mes caprices. Je répartissais les tâches et les richesses, je choisissais notre destination, les menus et les femmes que nous laissions monter à bord, j’organisais les bamboches. L’on mit à ma disposition tour de potier et bonne terre. Je retrouvais ainsi l’Amédée d’antan, j’acquérais les techniques asiatiques. Je maîtrisai rapidement leur art et tournai des pots et des bols pour le plus grand bonheur de l’équipage. En compagnie des Chinois, je me payais du bon temps. Nul ne résistait aux abordages, et bien souvent, les vaisseaux attaqués se rendaient à ma seule vue. Planté droit à la proue de notre jonque, bras croisés, mon petit arbre dans le vent, je les interpellais d’une voix tonitruante, les sommant d’affaler la toile. Lors des combats, je me lançais le premier dans la bataille. Les plombs et les lames ne m’arrêtaient pas. Je me battais avec rapidité, légèreté et souplesse, broyant tout et tous sur mon passage, terrifiant ceux à qui nous laissions la vie afin qu’ils colportent la légende de l’Homme-Bonsaï.
Après chaque lutte, mes plaies se refermaient doucement, froides pour les lames, chaudes pour les plombs. Le vieux Chinois me tatouait sur la peau des prières et des poèmes guerriers. « Qui triomphe de son ennemi est fort. Mais qui triomphe de lui-même possède la force. »

Tout mon corps en fut bientôt couvert, me rendant plus effrayant encore. Sur ma tête chauve trônait mon puissant petit arbre de vie. Je me trouvais beau, indestructible.

- Capitaine ! Regardez ce que j’ai trouvé ! »

Un des matelots, qui s’était levé pour ne pas s’effondrer de fatigue, rapportait sur un plateau d’argent noirci trois verres de cristal gravé et une bouteille sans âge.

« A la bonne heure ! » s’exclama O’Murphy.

Et les trois hommes firent salon au pied de l’arbre conteur.

« Vous avez de la chance, dit l’arbre.

- Oh, dis. Tu as l’air d’en avoir bien profité ! » rétorqua un matelot.

L’arbre se mit à vibrer, secouant le vaisseau tout entier, et lança avec une puissante voix d’outre-tombe : « j’aimerais plus d’attention et de respect à l’aube de ma dernière heure ! »

Recroquevillés au fond des fauteuils, leur verre tremblant à la main, les deux matelots baissèrent les yeux. Dans un souffle, l’arbre gronda : « Sur fond noir, je le reconnus immédiatement ! Le chien blanc ! Avec sa grosse tête de mort, tenant dans ses crocs un poignard ! Le pavillon du capitaine Stroke !
L’heure de la vengeance avait sonné ! Je hurlai qu’on rattrape le vaisseau qui, nous ayant aperçus, filait sous le vent toutes voiles dehors. Une lunette nous renvoyait de rapides éclats, et je sus qu’il m’observait. Il tremblait, le chien ! Fuyant la jonque de l’Homme-Bonsaï, il gueulait ses ordres. Trop tard !

Quand nous fûmes assez près, il reconnut Amédée. Il sut qu’il allait mourir : « Quatre-Doigts ! Vieux Frère, c’est bien toi ! Tu es vivant ! Ca fait plaisir, il y a si longtemps ! »

Je tendis les bras et déployai mes dix doigts devant son visage décomposé. Il s’empara d’un fusil chargé jusqu’à la gueule, visa la poitrine. Les plombs brûlants frappèrent ma chair tatouée et tombèrent sur le pont.

« Nom de Dieu ! Amédée, je t’ai appris le métier. Tu ne peux pas me tuer. Je t’ai épargné, souviens-toi Amédée ! »

Je restais muet, comme un arbre.

D’un bond, je fus dans sa mâture. Je déchirai son pavillon en menus morceaux. Branle-bas de combat pour les hommes du capitaine Stroke : les uns faisaient feu sur moi, les autres, sabre au poing, me rejoignaient dans les haubans. Un à un je les jetai à la mer. Suivant mes instructions, la jonque filait à mes côtés et les Chinois, accoudés à tribord, miraient la scène en silence. Je me laissai tomber sur le pont face à Stroke.

Il fit un pas en arrière, planta son sabre dans mon ventre et connut l’émoi du vieux Chinois, le sourire en moins, la peur en plus.
Stroke courut se réfugier dans sa cabine en criant à ses hommes de m’achever sur-le-champ. En un tour de bras, je les balançai tous aux requins et, sans plus attendre, commençai de démonter ce maudit bateau qui avait gâché la vie d’Amédée le Potier. Méthodiquement, je jetai à la mer les vergues et les mâts, les voiles et les haubans. Je fracassai les balustres et les coursives. Je fis voler les canons et les boulets. Je tordis l’ancre et brisai la chaîne.

Le capitaine Stroke attendait la mort et observait Amédée Quatre-Doigts, transfiguré par l’arbre, détruire son fier vaisseau pièce par pièce.

J’entrepris de l’effeuiller planche par planche, de l’éclaircir clou par clou – tandis qu’à l’intérieur pleurait le capitaine Stroke. Je le regardais geindre par le hublot et pensait au plaisir de le broyer de mes mains. Il fixait l’arbre sur mon crâne. Je souris devant sa grimace.
Il ne resta bientôt plus rien de la cabine autour du capitaine Stroke prostré, recroquevillé, la tête dans les mains, petit rat apeuré sur un pont dévasté. J’étais debout dans la lumière, et lui gisait misérable dans mon ombre. Je fis signe aux Chinois d’envoyer les grappins. Les deux bateaux se touchaient. Le vieux Chinois traduisit mon ordre et ils se ruèrent sur le capitaine Stroke. »

Le capitaine O’Murphy et les deux marins, blêmes, se taisaient. Ne couraient-ils pas un réel danger à écouter cet arbre dont ils ignoraient l’essence et qui s’appelait Amédée le Potier ?

Textes à copier/coller dans le Powerpoint :


A bout de force, j’essayais encore et encore, avec mon couteau, de couper l’arbre, d’extraire ses racines qui gagnaient à présent mon cou et ma nuque. Je m’effondrai inanimé.

Le bateau des pirates chinois est arrivé…





Je dus tant bien que mal partager la vie et le travail des marins au long cours. Le bateau fut attaqué par le capitaine Stroke et son équipage, qui me désignèrent immédiatement souffre-douleur : ils me mutilèrent avant de me surnommer Quatre-Doigts.





Sur fond noir, je le reconnus immédiatement ! Le pavillon du capitaine Stroke ! L’heure de la vengeance avait sonné. Je hurlai qu’on rattrape le vaisseau et, quand nous fûmes assez près, d’un bond je fus dans sa mâture.





Un matin de mars, on me porta sur un grand vaisseau de commerce qui avait été préparé pour moi : de la terre avait été soigneusement étendue à fond de cale.




Dorénavant, je participais aux attaques et divers abordages, offrant ma force herculéenne. En échange de quoi, le vieux Chinois continuait à entretenir savamment la taille de mon arbre et ma vie en dépendait.





A l’approche de l’hiver, je m’inquiétai. Bientôt je ne pus plus ni manger ni boire sans être assailli par de terribles crampes. Le vieux Chinois me mit à la diète : un peu de terre et de l’eau.




Le lendemain, une graine avait germé et une plante minuscule déployait ses feuilles. Le petit arbre prenait rapidement possession de mon crâne et faisait courir ses racines sous ma peau.




Méticuleusement il commença de tailler l’arbre. Jour après jour, l’équipage chinois me visitait avec respect tandis que je reprenais des forces. J’étais un butin.




Je demandai à mes hommes de l’achever sur-le-champ et les pirates chinois se ruèrent sur le capitaine Stroke.










La sérénité, la puissance de l’arbre passait en moi, gonflant mes tissus, bandant mes muscles. Mes sens s’aiguisaient, mon acuité grandissait. Stupéfié, je vis lentement repousser mes doigts tranchés.





Les trois hommes se recueillirent au pied de l’arbre avant de quitter le bateau fantôme. Ils ne sentirent pas trois petites graines leur tomber sur la tête…




Un jour que je passais sous l’arbre géant de mon île, quelque chose tomba dans mes cheveux collés par le soleil et le sel. A la nuit tombée, ce quelque chose s’était incrusté dans ma tête.






D’abord j’étais Amédée le potier, j’exerçais ce noble métier de la terre avant d’être enrôlé sur les mers. Ensuite on m’enivra et, pour tous les miens, je disparus à jamais.





« Arbre à tribord ! Après le passage du typhon, sur la mer au petit jour se découpait la silhouette d’un navire arborescent. »





Je ne craignais aucune blessure et ma force avait décuplé.



Deux matelots suivirent le capitaine sur le pont du vaisseau jusqu’au pied de l’étonnant voyageur.

L’arbre se présenta. Le capitaine comprit qu’il s’agissait d’Amédée, l’arbre marin.






Un trou fut creusé dans la terre et on m’ensevelit jusqu’au cou.

S’il vous plait, mettez le feu à ce vaisseau. Je veux brûler tout entier, capitaine. 





Des branches, un tronc, la mer.

Voilà qui défilait devant nos yeux ronds.




Stroke décida finalement de m’abandonner sur la première île déserte.





E-change autour des livres CM – 2009/2010 - Cantal

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