Le personnage de roman du xviie à nos jours





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REVISER POUR L’ECRIT (et l’oral aussi)

LE PERSONNAGE DE ROMAN du XVIIe à nos jours.

Oui, c’est bien du XVIIe, mais que ceci ne vous empêche pas de citer Gargantua de Rabelais (celui-ci ne pense sans doute pas qu’il écrit un roman, mais tous les théoriciens qui ont commenté son œuvre ont classé celle-ci dans le genre du roman)

Premier genre littéraire que nous révisons, donc, le roman. Un genre bâtard, car, contrairement à la tragédie, la comédie, le roman ne trouve pas son origine dans l’antiquité. Tout au plus peut-on voir dans cette période des œuvres qui s’approchent de ce que l’on appelle aujourd’hui, roman (Le Satiricon de Pétrone, L’âne d’or, d’Apulée). Pas de modèle, une plus grande liberté. Ses formes sont nombreuses et les rôles qu’il peut jouer aussi. Je vous le rappelle également, le terme « roman » désigne une œuvre écrite en roman, c’est à dire la langue romane, la langue vulgaire (ce qui veut dire la langue du peuple, qui s’oppose à la langue latine qui a longtemps été une langue officielle dans notre petit royaume). Les premiers romans « français », comme on l’a vu en cours, sont ceux qui racontent (en vers !) les aventures des chevaliers de la table ronde (les romans de Chrétien de Troyes) (au XIIIe puis au XIVe on retrouve le terme dans cette œuvre célèbre : Le Roman de Renart).

Premier exercice (facile de chez facile) :

Faites la liste des romans ou extraits de romans lus et étudiés cette année et l’année dernière, ainsi que ceux que vous connaissez bien, et dont vous sauriez parler, dans un écrit d’invention ou une dissertation.

Je commence, et vous continuez :

  • Stendhal, Le Rouge et le noir, 1830.

  • A vous (non mais, je vais pas tout faire, non plus…)

  •  …





















Quelques portes ouvertes, que nous allons enfoncer pour parler du roman :

  • genre narratif (il raconte une histoire) : il fait vivre des personnages, donne l’impression que leur existence est réelle, qu’ils ont une âme, une conscience, des sentiments, bref, une histoire. « On ne peut plus atteindre au vrai que dans le roman » (dit Stendhal).

  • C’est une fiction (ça sort de l’imagination d’un romancier). Même s’il est vrai que la réalité, des faits divers, peuvent être des sources d’inspiration (je trouve que c’est le moment opportun pour aller revoir les deux faits divers qui ont inspiré Stendhal pour la genèse du Rouge et le noir)

  • le roman retrace une période, plus ou moins longue, d’un ou plusieurs personnages : L’action des Misérables de Hugo, se déroule sur près de vingt ans (18 ans ?), et l’on y lit l’histoire de plusieurs générations. Je ne vous parle même pas de Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez, un des romans argentins les plus célèbres, que je vous souhaite de lire un jour. Mais le roman peut également raconter vingt-quatre heures de la vie d’un personnage (La chute du British museum, roman assez drôle de l’anglais David Lodge, est l’exemple qui me vient à l’esprit…)

L’objet d’étude est centré sur le personnage de roman (« L'objectif est de montrer aux élèves comment, à travers la construction des personnages, le roman exprime une vision du monde qui varie selon les époques et les auteurs et dépend d'un contexte littéraire, historique et culturel, en même temps qu'elle le reflète, voire le détermine. », Instructions officielles).

Alors, pareil, vous faites la liste des personnages de romans que vous avez rencontrés au cours de ces deux années de lycée :

  • Julien Sorel

  • … (vous avez compris le principe ?)



Comment faire exister ce personnage de roman, ce « vivant sans entrailles »1 ?

  • par un physique (le romancier a recours à la description). Est-ce obligatoire ? Non.

  • Par sa généalogie, lui recréer un état civil, une ascendance (Balzac, Zola…)

  • En exprimant ses mouvements intérieurs : ses pensées, ses sentiments, ses sentsations (dont le narrateur fait part grâce au point de vue interne ou omniscient, ou encore en rapportant le monologue intérieur (Stendhal y a régulièrement recours pour Julien, qui ne s’exprime pas à haute voix, échange souvent peu, mais discute souvent avec lui-même).

  • En le faisant parler (vous remarquez que les prises de parole de Julien Sorel sont peu nombreuses et souvent courtes, lapidaires)

  • A travers le regard d’autres personnages sur qui il produit un effet, autres personnages qui le jugent…




Brève histoire du personnage de roman :

Vous l’avez deviné, les premiers héros romanesques (au sens de personnages principaux) étaient des héros (au sens d’êtres exceptionnels dotés de qualités physiques et morales hors pair) : Lancelot, Yvain, Perceval, personnages des romans arthuriens de Chrétien de Troyes, sont des chevaliers d’Arthur, qui accomplissent des exploits.

Si l’on observe les personnages de Gargantua de Rabelais, ils sont eux aussi exceptionnels à plusieurs titres :

  • Gargantua, par son gigantisme, sa culture astronomique, sa sagesse…

  • Panurge :

  • Frère Jean des Entommeures, :

  • Grandgousier :



Bon, mais passons au XVIIe siècle, siècle réellement concerné par l’objet d’étude :

  • Avant le roman classique (c’est à dire qui s’inscrit dans le mouvement classique) représenté traditionnellement par La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette, coexistent, dans la première partie du XVIIe, deux catégories romanesques très éloignées l’une de l’autre. La première, le roman picaresque, présente des personnages populaires, de basse condition, pas mal filous aux entournures (des picaros) dont on suit les aventures qui les confrontent à la société de leur époque, dont on s’aperçoit qu’elle est assez corrompue. Aux antipodes du roman picaresque dont Gil Blas personnage du roman de Lesage (Histoire de Gil Blas de Santillane) est un exemple important (suivez le lien ci-après si vous voulez lire un résumé de ses aventures : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Gil_Blas_de_Santillane), aux antipodes de ce genre, disais-je, se développe le roman précieux, dont L’Astrée, de Honoré d’Urfé ou Clélie, de Melle de Scudéry sont les meilleurs exemples. (un peu de temps pendant les vacances ? Clélie, si mes souvenirs sont bons, doit faire quelque chose comme 13 000 pages, en 10 volumes, hein, pas en un seul). Caractéristiques du roman précieux : il raconte les aventures amoureuses de héros merveilleusement beaux, aux qualités exceptionnelles, dans une antiquité lointaine, et dessine les contours de l’amour parfait. Vous adoreriez ! ;-)

  • Alors quoi de neuf avec le roman de Mme de La Fayette ? L’analyse psychologique des personnages. Ceux-ci ne sont plus des archétypes comme dans les deux genres précédemment cités (le berger amoureux, le picaro…), mais des entités, des individus de papier. OK, vous allez me dire que Melle de Chartres, future Princesse de Clèves, est loin d’être un personnage commun. A vous de revoir d’ailleurs, ce qui fait qu’elle est un personnage qui incarne l’exception. Oui, mais, tout exceptionnelle qu’elle est, elle n’en est pas moins unique, avec un passé, une éducation et un entourage qui expliquent ses motivations et donnent de la vraisemblance à ses actes ou réactions : ainsi est-elle éperdument amoureuse de M. de Nemours (vous vous rappelez la scène de rencontre au bal ?), mais le passage que l’on a étudié en cours nous permet de comprendre pourquoi elle ne trompera jamais son mari pour assouvir cette passion (ben oui, c’est triste, c’est encore plus frustrant que les trois premiers tomes de Twilight. Je plaisante Clémence ! Au passage, je fais aussi un petit clin d’œil à Amélie, pour la prononciation du titre ;-) ) Pour en revenir à ce célébrissime roman de Mme de La Fayette que notre précédent chef d’état n’aimait pas, rappelez-vous que ce roman d’analyse s’inscrit dans le classicisme et qu’il y a la volonté de faire de son héroïne, un modèle de vertu. Modèle à suivre ?

Le personnage de roman au XVIIIe :

Petit jeu pour commencer : sauras-tu retrouver le mouvement du XVIIIe qui se cache derrière cette anagramme ? MIERULES (oui, je sais on dirait le nom d’une vilaine maladie)

Les grands romans du XVIIIe :

  • Manon Lescaut, Abbé Prévost

  • Jacques le fataliste et son maître, Denis Diderot (roman philosophique, époque oblige)

  • Les Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos. (roman libertin)

Comme ces deux derniers exemples doivent vous le faire pressentir, le roman devient encore davantage encore, le lieu, au XVIII, de l’expression de la pensée, qu’elle soit philosophique ou libertine (on parle de libertinage quand on s’affranchit de Dieu et de la morale chrétienne). C’était déjà le cas deux cents ans plus tôt avec l’œuvre de Rabelais.

Nous nous sommes intéressés à Manon Lescaut, qui a fait l’objet de deux réécritures à l’opéra (par Massenet : Manon, et par Puccini, Manon Lescaut. Si vos oreilles ne sont pas trop fermées à l’opéra, vous pouvez en jeter une sur cet air de Manon, très pathétique, près de la mort, dans la nature sauvage et hostile : https://www.youtube.com/watch?v=QF4IN4Zt-1k ). Manon est l’exemple du personnage qui semble bien plus réaliste que ses aînées du siècle précédent. Belle fille, certes, mais sa vertu n’est pas à la hauteur de sa beauté… Si l’on condamne ses désirs de luxe et les moyens qu’elle emploie pour arriver à ses fins, l’on n’est pas moins sensible au destin de ce personnage, qui connaît nos défauts, et qui en subit aussi les conséquences (la déportation en Louisiane peut peut-être vous faire penser aux Anges de la téléréalité qui envoie aussi des pauvres filles et des pauvres gars dans le sud des Etats unis, mais croyez-moi, à l’époque, personne n’avait envie de subir ce sort !)

Le personnage au XIXe.

Le XIXe voit l’avènement du roman, genre jusque là mineur, à peine théorisé. Qu’est-ce qui a déplu jusque là : les situations romanesques, les sujets sentimentaux. Tout ceci semblait un peu léger et propre à donner aux jeunes filles qui lisaient les romans précieux, « des idées ». Tout cela semblait bien futile, aussi en déconseillait-on la lecture. Mais le XIXe change la donne. Les grands auteurs du siècle ne sont-ils pas les romanciers ? Balzac, Stendhal, Flaubert, Zola, Maupassant ? (je vous entends dire que ceux dont on a retenu le nom sont également poètes : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, hein, i’ sont pas du XIXe ?. Vous avez l’esprit de contradiction, cependant vous avez raison. Mais ils feront l’objet d’une autre fiche de révision, non mais dites donc !)

On distinguera, pour schématiser, les héros romantiques des héros réalistes. Le héros romantique est celui qui, proche de son auteur, nourrit une certaine nostalgie pour le passé (en cette première moitié du XIXe siècle, les espoirs donnés par la révolution ont été déçus, et l’instabilité politique, les bouleversements économiques font des romantiques, personnages comme auteurs, des gens qui se sentent en décalage avec la société de leur époque. En ceci, Julien est un personnage romantique. Sa solitude, sa passion, son physique et le fait qu’il incarne, à mon sens, des forces contradictoires, concourent également à en faire un personnage romantique.

Le héros réaliste, quant à lui, nous ressemble plus, à vous et moi. Enfin plutôt à vous. Des personnages avec des défauts physiques, moraux. On en trouve beaucoup dans la Comédie Humaine, qui rassemble cent trente sept œuvres de Balzac (qui a aussi créé des héros romantiques comme Eugène de Rastignac en est en partie un, à mon avis, dans Le père Goriot). Le personnage est lié à son milieu (relisez la description de la pension Vauquer, qui reflète la mère Vauquer), il le reflète. Ce qui n’est pas le cas chez Hugo qui crée des personnages qui sont en quelque sorte la conséquence d’un milieu (revoyez le portrait de Cosette), qui en portent physiquement les marques, mais qui sont tout de même idéalisés. Les vingt ans de bagne ne font pas perdre à Valjean sa bonté, son humanité, ce qui ne semble pas très réaliste. Les naturalistes vont aller dans le sens des réalistes, et le groupe de Médan, cénacle d’écrivains se réunissant autour de Zola va voir dans le roman le moyen de faire des expériences (d’où le titre de l’essai de Zola : Le roman expérimental). Le personnage naturaliste fait l’objet de l’expérience. Il est doté d’un tempérament, de tares, dès le départ, le romancier le place dans un milieu donné (se voulant le reflet des milieux existants), lui fait vivre des situations et observe en quoi le milieu social influence l’individu, vérifie des hypothèses sur l’évolution de son caractère… Rappelez-vous la phrase de Zola : « Le premier homme qui passe est un héros suffisant ».

Le personnage au XXe siècle :

  • Un personnage qui n’est plus (comme chez Zola au siècle précédent), le fruit d’une hérédité, qui fait fi du passé, qui se crée, s’invente lui-même : Bernard de Profitendieu, héros de Gide.

  • Un personnage aux contours plus flous, qui n’est plus autant maîtrisé par le romancier qui se revendique ainsi moins démiurge, moins grand créateur. Au contraire, les personnages sembeltn parfois lointains, n’apparaissent qu’à travers d’autres personnages, qui se contredisent parfois, ce qui fait qu’on n’a plus de certitude : Lol v. Stein, Bérénice…

  • Des personnages qui apparaissent davantage à travers leur conscience que le romancier retranscrit comme un flux parfois chaotique, pas ordonné… : Aurélien dans le roman éponyme d’Aragon.



1 C’est une expression de Paul Valéry, poète français du XXe. Je l’aime bien cette périphrase pour designer le personage.


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