V le rapport au temps





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date de publication31.05.2017
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V Le rapport au temps

Nous avons examiné les œuvres produites dans le passé et de celles d’aujourd’hui, selon les points de vue :

  • de l’imitation

  • de la matérialité

Nous nous proposons dans ce chapitre d’examiner ces œuvres, d’hier, d’aujourd’hui, au regard de ce l’intitulé de ce cours : autrement dit et à strictement parler, la question du temps.
Sous ce rapport, on peut soutenir que l’image picturale et l’image photographique ne sont plus opposées, comme elles l’étaient du point de vue de l’imitation (la photographie apparaissant comme une reproduction parfaite du réel, et la peinture, comme son imitation plus ou moins mensongère) et, le cas échéant, de celui de la matérialité.

Bien au contraire, l’un et l’autre de ces arts se retrouvent ensemble, du côté d’une frontière qui oppose les arts de l’instantané (elles) et ceux du temps, autrement dit de la durée : le cinéma à l’évidence – mais aussi, appartenant au passé comme au présent, la littérature.


L’écriture et le film, arts de la succession / la peinture et la photographie, arts de l’instant ?
Il s’agit d’une opposition très ancienne : formalisée, tout au moins, au XVIIIe siècle.

L’écriture serait un art du temps (ie de la durée, du récit possible d’événements successifs)

La peinture serait un art de l’espace (ie du décor, des formes et des couleurs montrées, mais incapable de figurer un récit).
Le théoricien de cette comparaison (on ne dira plus paragone, puisque l’auteur n’est pas italien) est Gotthold Ephraïm Lessing : le Laocoon, 1766
– ou les limites des arts plastiques et de la poésie.

L’ouvrage examine ce que peut les arts de la vue (en l’espèce, la sculpture) et ce que peuvent et doivent cultiver les arts de l’oreille : en l’espèce le récit (l’écriture et, spécialement, la poésie)

Le thème :

  • la légende du Laocoon, grand prêtre troyen étranglé par des monstres avec ses fils, sur une grève, pour avoir offensé la déesse Athena (il avait mis en garde ses concitoyens troyens contre le danger que représentait le cheval sculpté retrouvé sur une plage)

Le texte :

  • le poème de Virgile, l’Enéide. La souffrance (physique, morale) du père et de ses enfants y est racontée avec force détails

L’œuvre d’art :

La sculpture hellénistique (i e grecque tardive) des tout derniers siècles avant l’ère chrétienne, retrouvée à Rome, dans les Bains de Trajan, en 1506.


Le groupe du Laocoon, Musées du Vatican 
Dans le Laocoon, Lessing examine la différence de traitement, qu’il juge légitime, et un modèle nécessaire pour les artistes d’une part, pour les écrivains d’autre part.

Il soutient que :

• Le poète travaille pour l’imagination, et l’artiste pour le regard.

• Celui-ci ne peut imiter toute la réalité. D’une situation, il ne reproduit qu’un instant, et dans cet instant il doit privilégier le beau.

• Le poète, lui, développe l’action entière, et en livre les détails. 
Le sculpteur renonce donc à déformer les visages souffrants du prêtre troyen et de ses fils. Le poète au contraire, décrit avec les mots les plus suggestifs leur douleur.



Ainsi, selon l’analyse (célèbre) de Lessing, le Laocoon sculpté ne hurle pas sa douleur : il gémit, la bouche entr’ouverte. Le mouvement des sourcils exprime son désespoir, soit une douleur morale et non physique. La souffrance ne le défigure pas, mais l’annoblit visuellement. Ceci, en dépit de toute réalité (il devrait crier et ses traits devraient être déformés)
Nb : du point de vue de l’imitation, qui nous a occupés :

La recherche de la beauté serait donc du côté de l’art, lui interdisant le réalisme ;

La recherche de la réalité appartiendrait à l’écriture, susceptible de décrire un monde affreux.

Lessing pose aussi dans son ouvrage, et d’une manière qui fait date (et référence) la question de ces deux arts : la sculpture (plus largement, les arts de la vue) et l’écriture :
« … la peinture emploie pour ses imitations des moyens ou des signes tout autres que la poésie, c'est-à-dire des formes et des couleurs enfermées dans l'espace, tandis que la poésie emploie des sons articulés qui se succèdent dans le temps… des signes qui constituent la peinture ne peuvent exprimer que des objets qui existent les uns à côté des autres, tandis que les signes de la poésie, qui se suivent les uns après les autres, représentent des objets qui se suivent les uns les autres. »

Lessing, le Laocoon.

Vrai ou faux ? Une très ancienne tentative pour conquérir malgré tout le temps, dans l’image immobile
Cette idée des « arts de l’espace » et des « art du temps » est aujourd’hui très généralement acceptée.

Il y aurait :

- D’un côté l’espace : peinture, sculpture, photographie, installations…

- De l’autre le temps : la littérature, le cinéma, les art du « spectacle vivant » et notamment le théâtre.
Et cependant… Cependant la frontière, anciennement, est beaucoup moins étanche qu’il ne paraît.

- Au Moyen Age, et encore à la Renaissance, les « mystères », forme ancienne du théâtre (dans les rues des villes) ainsi que les « spectacles » organisés pour les « entrées royales » et autres cérémonies, contiennent ou consistent en ce qu’on appelle depuis le XIXe siècle des « tableaux vivants » : des scènes figées qui fixent un moment d’une histoire.

- La peinture, quant à elle, s’efforce, à la même époque (fin Moyen Age, début de la Renaissance) de devenir narrative.
Cet effort commence à l’époque où la figure, statique et isolée sur un fond d’or ou décoratif est remplacée par plusieurs personnages mis en scène, et en action, dans un décor.

Ce qui se produit, dans le monde chrétien médiéval, quand l’art se développe à l’ouest de l’Europe (partie catholique) en échappant à l’influence de l’art byzantin (partie est de l’Europe).Ceci à l’époque romane (XI – XIIe siècles) et gothique (mi XII, XIII), puis surtout tardo-gothique (XIV-XVe siècles), pour l’essentiel (il y a des précédents notamment à l’époque carolingienne, IXe siècle).
Pour désigner ce phénomène, on parle du passage de « l’icône », ou « image de dévotion » à la « peinture narrative » : le retable.


Image dévotionnelle (icône byzantine)…

et peinture narrative (les Douleurs de la Vierge, la Crucifixion, Rogier van der Weyden, Flandres, XVe siècle) : panneau de retable.
A ce changement (le passage au narratif), la peinture gagne une complexité considérable, dans son organisation (plusieurs compartiments) et dans son agencement interne (l’organisation de chaque compartiment)
Apparaît la notion de cycle :

Vers 1300, à Sienne, dans le grand retable (aujourd’hui démembré et dont n’est montré ici qu’une partie) destiné à la cathédrale, et autour duquel tournaient les processions (il était peint sur les deux côtés).



Duccio et atelier (Simone Martini, les frères Pietro et Ambrogio Lorenzetti…) la Maestà ou Vierge en Majesté, Musée de l’Œuvre du Dôme, Sienne.

- Au recto (en haut) la Vierge sur un trône entourée d’anges et de saints, et en haut, des figures de saints :

image dévotionnelle.

  • Au verso (en bas) les Histoires de la Passion (l’Entrée à Jérusalem, le lavement des pieds, la Cène, l’arrestation du Christ, les moments du Jugement, la Crucifixion, etc.). Autrement dit, la peinture narrative.


Les moments de la Passion du Christ (entre autres exemples possibles sur ce même retable : Histoires de l’enfance du Christ, Histoires de la Vie de la Vierge…) sont extrêmement détaillés : chaque journée voire, chaque moment important d’une journée du procès, donne lieu à une peinture sur compartiment spécifique.


Duccio et atelier : détail de la Maestà de Sienne, revers.

Christ chez Caïphe (un panneau), Christ chez Pilate (quatre moments : à l’extrême droite, en bas, le lavement des mains), Montée au Calvaire.
Ainsi, le retable s’organise en une narration par séquence, qu’on peut légitimement comparer aux photogrammes d’un film, ou aux « cases » d’une bande dessinée. Ce qui vaut pour le retable vaut, a fortiori, pour les cycles de peintures murales (fresques) peints en Italie au XIVe et au XVe siècle notamment.
Exemple : Giotto, vers 1300.
A Assise (basilique Saint François, église haute : Vie de saint François) :


A Padoue (Vie de la Vierge et Vie du Christ, chapelle des Scrovegni ou de l’Arena)



Ensemble…

Et détail d’une paroi : de haut en bas, de gauche à droite, Les fiancés de la Vierge portent leurs verge (bâton) fleurie ou non) à l’autel ; ils remercient du miracle (un bâton sec a fleuri) ; les Noces de Cana, la Résurrection de Lazare ; les Saintes femmes au tombeau, Noli me tangere (« Ne me touche pas », entre le Christ ressuscité et Marie Madeleine).




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