Arthur Rimbaud Le Dormeur du Val poème daté d’octobre 1870, publié dans





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Mardi 6 janvier 2015 10h/12h

Ecriture poétique et quête du sens du Moyen âge à nos jours

Arthur Rimbaud Le Dormeur du Val (poème daté d’octobre 1870, publié dans Poésies 1891)

1 C'est un trou de verdure où chante une rivière, (personnification)

Accrochant follement aux herbes des [ haillons

D'argent] ; où le soleil, de la montagne fière, (rejet) [oxymore]

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons. (rejet)

5 Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, (rimes homonymiques)

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, (rejet) (répétition)

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme (comparaison)

10 Sourirait un enfant malade, il fait un somme : (allitération en [f] et en [s])

Nature, berce-le chaudement : il a froid. (Allégorie maternelle)

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. (Chute) (rejet) (assonance en[ou])

Arthur Rimbaud (1854-1891) est un cas unique de notre littérature, devenu une figure mythique de l'enfant prodige, de l'adolescent révolté, de l'inventeur d'un langage poétique nouveau. Né en 1854 à Charleville, il se révolte très tôt contre la petite bourgeoisie étriquée, les institutions (l'École, l'Église...), fait plusieurs fugues en 1870, s'engage dans la lutte républicaine au moment de la chute de l'Empire. Il écrit déjà beaucoup, des poèmes de forme encore assez classique qui chantent la liberté, la vie de bohème et s'en prennent violemment aux bourgeois bien-pensants, au catholicisme, au nationalisme... En 1871, c'est par la poésie qu'il veut changer le monde en rejetant ce qu'il a déjà écrit pour se tourner vers des formes et une écriture beaucoup plus originales (la Lettre du Voyant, Le Bateau ivre). Accueilli à Paris par Verlaine, il entame avec lui une liaison chaotique et passionnée, dans une vie d'errance qui les emmène à Londres en 1872 et qui prendra fin brutalement en juillet 1873 où Verlaine blesse Rimbaud d'un coup de revolver... Pendant ces deux ans, Rimbaud a écrit ses deux recueils les plus novateurs. Une Saison en Enfer et Illuminations. Mais il renonce définitivement à la littérature et part en 1879 pour l'Abyssinie, où il travaille dans l'import-export, le trafic d'armes, dans des conditions éprouvantes. Atteint d'une tumeur à la jambe, il revient à Marseille pour se faire amputer et meurt de gangrène en 1891, à 37 ans.

« Le Dormeur du Val» est un des premiers poèmes de Rimbaud, écrit lors d'une fugue à 16 ans, en octobre 1870, pendant la guerre franco-prussienne. Cette guerre, qui débute en juillet 1870 et oppose la France à la Prusse fédérant les États allemands, verra la capitulation de Napoléon lli à Sedan (2 septembre 1870), qui entraîne la proclamation de la 111^ République le 4 septembre. Paris est assiégé pendant plusieurs mois jusqu'à l'armistice de janvier.

Rimbaud n'a sûrement pas vu la scène qu'il décrit, puisqu'on ne se battait pas dans les environs de Charleville en octobre 1870; mais il utilise ce tableau, à première vue bucolique, pour écrire une violente dénonciation de la cruauté de la guerre.

Lisez le texte ci-dessus puis écoutez sa lecture sur votre CD audio

Questions de lecture analytique

1 Quelle utilisation fait Rimbaud de la forme du sonnet ?

Rimbaud utilise la forme traditionnelle et classique du sonnet en alexandrins (2 quatrains + 2 tercets). Mais II n'en respecte pas toutes les règles : par exemple, les rimes sont différentes dans les deux quatrains alors qu'elles devraient être les mêmes. C'est surtout dans le maniement de l'alexandrin qu'il prend des libertés par rapport au vers classique qui doit constituer une unité; ici au contraire. Il multiplie les rejets* (v.3, 4, 7, 14) et utilise aussi le contre-rejet* (v.9) ; par ce procédé, Il rompt le balancement normal de l'alexandrin avec la césure à l'hémistiche et crée de nombreux effets de surprise qui déstabilisent d'emblée le lecteur. À la seconde lecture, ces brisures du rythme pourront aussi suggérer la brisure brutale du destin du soldat, foudroyé en pleine jeunesse.

Rimbaud joue donc très finement avec le sonnet : Il choisit une forme classique pour ce qui paraît à première vue un tableau d'une nature printanière Idyllique; mais II introduit déjà des dissonances dans ce tableau par les entorses aux règles et la dislocation de l'alexandrin, comme s'il y avait une faille dans ce paysage. Et cette faille attend le dernier vers pour devenir évidente, rejoignant ainsi une pratique originelle du sonnet qui est celle de la chute, ou de la pointe : le dernier vers doit constituer un effet de surprise qui en même temps porte le sens profond du texte. Rimbaud se sert magistralement de cette contrainte et oblige ainsi le lecteur à relire tout le texte avec d'autres yeux {cf. question 4).

2 Quelle image de la nature nous offre ce texte ? Observez particulièrement les champs lexicaux qui la caractérisent ainsi que la construction du tableau. Pourquoi ce choix de la part du poète ?

L'image de la Nature apparaît dans ce texte extrêmement positive : celle-ci se transforme même au vers 11 en allégorie maternelle et aimante (« Nature, berce-le chaudement »). Elle est vue tout au long du texte comme protectrice, à la mesure de l'homme, l'entourant et le protégeant, comme le montrent les expressions « trou de verdure », « petit val», « lit vert». On peut remarquer d'ailleurs l'emploi constant de la préposition « dans » (v. 6, 7, 8, 9, 12) qui suggère l'union, la symbiose même, entre l'homme et la nature qui lui sert en quelque sorte d'écrin, idée soulignée par la rime homonymique (nue / nue) renvoyant l'homme et au paysage. Rimbaud construit son tableau de façon à en renforcer l'harmonie : aux lignes horizontales de la rivière, de la terre couverte de verdure et de fleurs répondent les lignes verticales des rayons du soleil (« la lumière pleut ») de « la montagne fière » et des glaïeuls; les lignes droites s'harmonisent elles-mêmes avec les courbes fantasques (cf. « follement ») de la rivière ou des herbes et du cresson.

Le champ lexical de la lumière est dominant dans ce tableau (« argent », « soleil » (2 fois), « luit », « rayons », « lumière ») et offre ainsi une vision très positive d'une nature éclatante, dont l'éclat est mis en valeur par les deux rejets successifs (« D'argent », « Luit »). Rimbaud fait appel également aux sens : la vue avec la lumière et les couleurs (« cresson bleu », « lit vert », « glaïeuls »), l'ouïe (« chante »), l'odorat (« parfums »), le toucher (« frais », « mousse », « baignant »). Les sens se mêlent entre eux pour accroître l'impression de plénitude et de bien-être par le phénomène des synesthésies (associations de sensations différentes) : les deux images « la lumière pleut » et « mousse de rayons » associent ainsi vue et toucher, donnant une sorte de consistance palpable à la lumière. De même, cette extrême sensibilité est encore accentuée par les allitérations, comme celle en [f] et [s] au vers 11 (« Les parfums ne font pas frissonner sa narine »), expression sonore des effluves transportés par la brise. Cet appel aux sens renforce la plénitude de vie qui semble se dégager de ce paysage : c'est une nature fertilisée par la présence de l'eau et du soleil, où tout pousse avec exubérance : les « herbes » (2 fois), le « cresson », les « glaïeuls »...

Les éléments du paysage sont constamment personnifiés, accentuant l'impression de vie qui l'anime par de nombreux verbes : « chante », « accrochant », « mousse », « pleut ». Les adjectifs et adverbes comme « fière » ou « follement » leur donnent des caractéristiques psychologiques, ce qui les rapproche encore de l'être humain. Le bel oxymore « haillons / D'argent » mis en valeur par le rejet surprenant montre même une nature qui semble s'amuser à transformer le paysage et à rejoindre les goûts du poète pour la bohème, où les haillons de la pauvreté peuvent se transformer en tissu d'argent... Finalement, cette nature pourrait être une sorte de miroir du jeune homme qui s'y trouve, animé par le même désir de vie, de lumière et de sensualité...

Cette nature marquée positivement tout au long du texte, d'où se dégagent des impressions d'harmonie, de bien-être, de protection, de vie exubérante, renforce évidemment l'effet de contraste violent du dernier vers qui va faire surgir l'horreur et la mort au milieu de ce tableau idyllique.

3 Comment met-Il en scène son personnage ? Dans quel but ?

Le soldat n'apparaît qu'au second quatrain; on peut remarquer d'ailleurs la composition rigoureuse du texte qui obéit à une sorte d'effet de zoom, montrant d'abord le cadre du « petit val », puis se rapprochant sur le soldat, son allure générale et sa posture, pour se focaliser ensuite sur son visage (« souriant », « sa narine »), et enfin sur la découverte macabre du dernier vers.

Rimbaud insiste tout au long du texte sur la vulnérabilité du personnage : il est présenté d'emblée comme « jeune », précision renforcée ensuite par la comparaison « comme [...] un enfant malade »; il n'a aucune arme, même pas de casque sur sa « tête nue ». Son attitude révèle un abandon total puisqu'il « dort » : ce verbe, répété 3 fois, apparaît au vers 7 en position de rejet, ce qui insiste sur son côté inattendu, puisque ce n'est pas le comportement le plus souvent décrit d'un soldat ! La vision du sommeil est vraiment omniprésente voire envahissante dans ce texte : le verbe dormir apparaît dans chacune des trois dernières strophes, relayé encore par d'autres expressions : « il est étendu », « son lit vert », « il fait un somme ». Le personnage n'est sujet d'aucun verbe d'action, mais de verbes d'état ou à la voix passive : « dort », « est étendu », « souriant », « fait un somme », « il a froid ». Rimbaud choisit également d'évoquer ici dans son personnage les parties du corps les plus vulnérables : la bouche, la tête, la nuque, la poitrine.

Ce personnage apparaît donc comme l'antithèse d'un soldat : il n'a pas d'arme offensive, ni même de protection, il est vulnérable comme un enfant, endormi profondément; il ne représente aucune danger, n'exprime aucune agressivité puisqu'il est même « souriant » et ne semble rien craindre d'un éventuel ennemi puisqu'il dort « tranquille ». Le cadre qui l'entoure n'a rien de belliqueux, puisqu'il est seul, dans une nature sereine, heureuse et isolée. Rimbaud fait donc tout, dans la présentation du cadre et du personnage, pour effacer le contexte de guerre, qui va surgir brutalement et absurdement au dernier vers.

4 Étudiez comment le dernier vers oblige à une deuxième lecture du texte : quel est le but de cette construction ?

L'effet de chute et de surprise du dernier vers est total, à la première lecture de ce poème. On comprend alors que le tableau de bonheur et de bien-être cachait la vision cruelle et morbide d'un cadavre abandonné en pleine nature. Cette chute amène donc le lecteur à reprendre le poème donné pour identifier les indices d'une double lecture.

Premier indice, l'insistance sur le sommeil qui désigne, par euphémisme. le dernier sommeil, la mort. Ensuite, la position du personnage qui évoquait l'abandon total suggère en fait la mort, en particulier la « bouche ouverte » et son attitude renversée, la tête quasiment dans la rivière. Beaucoup d'autres signes peuvent mettre le lecteur sur la voie et faire pensera la mort comme la pâleur (v. 8, l'adjectif étant mis en valeur en début de vers) ou la comparaison avec l'enfant malade (v.10). La mort se fait de plus en plus présente et précise, à la fin du texte, à travers trois notations : « il a froid », alors que le paysage est inondé de soleil; « Les parfums ne font pas frissonner sa narine » : remarquons qu'il s'agit de la seule forme négative du texte comme si justement la mort niait tout le tableau plein de vie qui précède puisque ce jeune homme ne profitera plus jamais de ces sensations offertes par la nature. Enfin le dernier rejet « sa poitrine / Tranquille » peut nous alerter : si sa poitrine est si tranquille, ne serait-ce pas parce que son cœur n'y bat plus ?

Beaucoup de mots peuvent ainsi prendre un double sens a posteriori, comme le lit de verdure (v.8) qui devient un lit mortuaire, ou encore les glaïeuls, fleurs que l'on voit souvent dans les cimetières et dont les feuilles symbolisent la mort. L'insistance sur la préposition « dans », que l'on avait analysée en première lecture comme l'expression de l'harmonie entre l'homme et la nature, peut finalement faire penser aux formules bibliques selon lesquelles l'homme à sa mort retourne à la terre d'où il est issu... Rimbaud lui-même crée un phénomène d'écho saisissant entre le premier et le dernier vers de son poème par la reprise du mot « trou » : le « trou de verdure », symbole d'une nature protégée et protectrice, devient « les deux trous rouges » de la blessure mortelle, et prend ainsi le sens de trou de la tombe, nous montrant que la mort était présente dès les premiers vers du sonnet.

5 Quelles réactions ce poème suscite-t-il chez le lecteur ?

L'effet de surprise accentue l'horreur et la révolte du lecteur : comment la mort peut-elle surgir au milieu de cette nature pleine de lumière et de vie ? Comment peut-elle s'attaquer à cet enfant vulnérable et inoffensif? Ce sont donc la cruauté et l'absurdité de la guerre qui se révèlent ici, en particulier par les contrastes : le corps inerte du soldat au milieu de la nature exubérante et animée, son insensibilité face à la force des sensations suggérées, sa pâleur dans les teintes crues du vert et du bleu. Ce contraste éclate au dernier vers avec l'irruption du rouge, violence qui vient rompre toute l'harmonie du tableau qui précède et qui est renforcée par le jeu des sonorités qui crée une sorte de cacophonie par l'abondance des occlusives ([d] et[t]), des liquides ([r]) et l'assonance en ou (« deux trous rouges [...] droit»).

La guerre, la violence et la mort surgissent ici sans aucune raison. Le soldat n'est qu'un enfant désarmé, seul et inoffensif, il ne représente aucun danger, on ne sait même pas de quel camp il est, ce qui montre bien que c'est à la guerre même que s'en prend Rimbaud, sans défendre aucune cause nationale. La mort de ce jeune homme paraît donc n'avoir aucun sens, n'avoir servi à rien, puisqu'on ne voit ici ni arme, ni champ de bataille ni ennemis.

Ce poème suscite indignation et révolte contre la guerre absurde qui fauche cruellement les hommes, et compassion face à la fragilité et à la jeunesse en pleine fleur du soldat, qui ne pourra plus jamais goûter à la beauté de la nature autour de lui.






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