Michel baglin : un present qui s’absente





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MICHEL BAGLIN : UN PRESENT QUI S’ABSENTE

par Philippe Leuckx

Que le voyage soit, de bout en bout, le lieu, le thème, le support des poèmes nouveaux que Baglin propose aux Ed. Bruno Doucey, semble non seulement une fidélité à ses autres ouvrages mais une invite sûre à recueillir les nouveaux messages que le poète adresse à tous ceux qu’il suit depuis longtemps.

Né en 1950, publiant des poèmes et des proses depuis une petite quarantaine d’années, Michel Baglin entretient avec la poésie des relations privilégiées, dont rend bien compte la revue Texture qu’il dirige sur la toile.

Le titre de ce nouveau livre, architecturé en cinq parties toutes liées entre elles, dit assez la nostalgie qui embue le regard de celui qui voit le temps passer et nombre de fantômes aimés et aimants revenir garnir les rétines de la mémoire. Ainsi faut-il comprendre, encadrant le livre, les deux parties qui font surgir le passé et le présent. Aux images de « Faux départs » qui s’articulent autour des quais, des gares, des ports où l’on peut à l’envi musarder, répondent les nouveaux venus d’horizons étrangers, déjetés pour la plupart, trouvant çà et là parfois quelque réconfort mais aussi combien de déveines ! Le poète sait conter les réalités dérisoires d’un présent qui perd de ses valeurs, qui pollue, qui encrasse les âmes. Que répondre « aux tristes effigies de la mode » ? L’auteur questionne de plus en plus notre place ici-bas, notre rôle : qu’est-ce être, pour tout dire ?

Dans un lyrisme, légèrement démâté, le poète renfloue notre propre mélancolie face à un monde qui ne conserve des anciennes formes que le peu, le rien, et que la mémoire intacte de son auteur restitue. Ses découvertes de Paris, des petits quartiers impressionnent par leur justesse et l’on embraie avec lui, pour de réelles traversées. Le beau Paris, où l’on peut musarder ! Comme il semble à la fois proche et éloigné ! Comme le souvenir de Fargue et d’Hardellet traverse ces beaux poèmes (des sonnets parfois) que la rime – occasionnellement – remaille à la trame choisie. Dans ces longs poèmes, Baglin dit toute sa foi en la poésie et en l’empathie. Qui écrit semble si frère de ceux qu’il convie sous sa plume ! Nombre d’hommages et de dédicaces honorent les amitiés partagées et les soucis humanistes. Le « nous »  résonne avec force et conviction.

Et puis qui a parlé souvent de trains, de quais, d’embarquements, sait confier au poème ses désirs de voyages et de départs. Mais tout n’est-il pas dit ? Vu l’âge ? Vu le temps qui lui reste ? On sent, prégnante, l’amertume gagner le sable des berges, et le cœur, lui, tient bon et nous vaut ces mains tendues, « pleines de poèmes » comme disait Aragon parlant du bon Carco.

Je vous invite à entrer dans ces poèmes fluides, qui prennent le temps de s’accorder au cœur qui pense, marche et regarde, qui dessinent du monde une image assez fidèle à toutes les tensions et attentions qui s’y nouent. C’est la beauté de ce livre, ouvert, fidèle.

M. Baglin, Un présent qui s’absente, Editions Bruno Doucey, 2013, 112 p., 15€.

Sur « site Les belles phrases » http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/

Site « Mots passants »

Michel Baglin, poète du 31 juillet


Mercredi 31 juillet 2013, par Mots Passants , dans la rubrique KALÉIDOSCOPE

Découverte, découverte chaque jour renouvelée, chaque jour enchanteresse, tant les bons poètes abondent…Et surtout lorsqu’il s’agit de les découvrir par l’intermédiaire des Éditions Bruno Doucey. Décidément cet éditeur symbolise de plus en plus, à mes yeux, la caverne d’Ali Baba de la poésie, surtout depuis qu’il m’a confié le Sésame qui en ouvre la porte ! Et tant pis, si je ne m’en souviens pas à la sortie, si d’aventure il me prenait envie d’en sortir !

Cette fois Michel Baglin m’entraîne à la découverte de ses trésors d’écriture, et voici ce qu’il en dit sur la 4° de couverture du recueil « Un présent qui s’absente » :« On me dit que la poésie n’est qu’une affaire de langage mais je sais bien moi que le chant des hommes est un sang qui revigore le mien, qu’il m’aide à mieux embrasser le paysage, à sentir plus fort, à voir plus grand et que le moindre poème m’aura donné du large ». Qu’on en juge, pour le moins, par le poème qui suit

VIATIQUE


J’emporterai du pays des vivants le viatique des ombres qui s’allongent vers le soir,
des aboiements de chiens
dans le lointain,
tout ce banal entraperçu
qui leste les passagers du quotidien :
des cabanes à lapins dans les jardins triangulaires
des gardes-barrières,
un gosse penché sur une écluse,
deux vélos emmêlés sur un talus.
J’emporterai venus d’un temps de lenteur,
de rareté des choses,
des images pauvres comme lichen de vieux ciments,
des roses trémières poussant au secret
d’une arrière-cour de ville,
les pavés disjoints d’une venelle s’offrant
aux herbes rebelles,
et le rafraîchissant discours matinal
des caniveaux de Paris transformés en torrents.
j’emporterai des notes de graminées dans le soleil,
et l’étonnement des vaches ruminant leur candeur
près du ruisseau content de sa prairie,
un viaduc abandonné dans un pays reculé
où les trains ne vont plus,
les pierres chaudes de la garrigue et la sarriette
parfumant nos écuelles de randonneurs,
le gouffre de l’oeil doux sous le bleu sans fond
d’un été ressuscité dans une odeur de pin.
J’emporterai des fruits d’autres saisons,
une lumière de neige sur les eaux grises d’un lac,
des clapotis de berges dentelées de gel
quand les canards gardent la tête sous l’aile,
une joggeuse embuée sur un chemin de halage,
sous la treille déplumée, le banc vide des absents,
la nostalgie et ses mascarets alors même
qu’il ne sera plus temps de la récuser.
J’emporterai un peu de ce que j’aurai tenté
d’approcher sans savoir toujours ce que je cherchais,
en foulant le sable des matins du monde
dans l’ivresse et la solitude de l’estran,
en croyant reconnaître l’enfance
dans le vent qui tourmente
quand on ne sait comment répondre à son chant.

http://motspassants.free.fr/spip/


On a aimé
« Un présent qui s'absente » Par Michel Baglin.
« La poésie est une façon de s'ancrer, de mieux voir et sentir le monde, explique Michel Baglin...Mais notre présence au monde n'est pas donnée. Le langage poétique réveille tout ce que l'on porte en soi. Il fait appel à notre mémoire sensible.» Dans « Un présent qui s'absente », il se penche sur l'existence et le sort de ses semblables, faisant un pont entre le passé et le futur.

Dans une première partie plutôt nostalgique, il évoque le temps passé et les amis perdus et parmi eux le poète Bernard Mazo à qui il rend un vibrant hommage : « Tu avais deux paires de lunettes souvent / l'une sur le nez et l'autre sur le front / pour ne jamais perdre de vue / ni la beauté désespérée du monde / ni le versant secret et la part sombre / que le poème retient dans ses filets. »

Dans une seconde partie plus engagée, il parle de la société actuelle. Avec ses excès de foi (« la beauté qu'on enferme dans l'insulte d'une burqa ») ; avec ses dégâts sur l'environnement (« Maintenant que les fleuves n'atteignent plus la mer / que les îles sombrent à leur tour... ») ; avec sa course à la consommation (« où l'homme se réduit au chaland / où les besoins fabriqués veulent qu'on consomme »...). Autant de mots qui éclairent le monde et invitent à s'ancrer sur soi.
Éditions Bruno Doucet, 110 pages, 15 €.

Non signé (Sophie Vigroux) La Dépêche du Midi. Dimanche 13 octobre 2013

Michel Baglin : Un présent qui s'absente
En ouverture de son dernier livre, Michel Baglin cite le proverbe africain qui dit que « quand on ne sait où l'on va, il faut se souvenir d'où l'on vient ». C'est sur cette fine arête du présent que s'articulent ses poèmes, en constante oscillation entre un passé qui persiste et un futur qui hésite.

Baglin avance pas à pas, formule des hypothèses et s'efforce de dépasser les doutes qui l'assaillent. Il est toujours prompt à s'effacer devant l'autre : « l'autre, c'est lui là-bas, toujours là-bas », toujours plus loin, à mesure que l'horizon recule. L'autre mais aussi tous les autres, les délaissés, les exclus, les oubliés « et l'on pense au migrant, à la faim qui le pousse à l'exil ». Si le poète se pose un court instant, c'est pour s'intéresser « aux gens qui passent » et se demander « si l'on a quelques chose à dire encore à ces gens » que l'on croise dans les halls de gare ou aux terrasses des cafés.

Ce qui préoccupe justement le poète, c'est ce blocage initial, « quand l'autre reste en nous la part obscure et sans langage ». A cet obstacle, s'ajoute l'angoisse de ne pouvoir mettre des mots sur cette empathie permanente contaminée par le doute car il sait qu'il faut « prendre garde que l'éloge de l'autre n'expose à la démagogie ». L'altérité est son domaine, même dans un présent qui aurait tendance à se dérober. Et puis il y a l'amitié, le ferveur, la solidarité, la fraternité : toutes ces valeurs démonétisées en ces temps de sécheresse mentale. Il y a aussi, « en fouillant / dans les greniers de nos mémoires », la fidélité aux disparus (Bernard Mazo, Jean L'Anselme,...) ainsi qu'aux vivants et aux survivants.

Sur son cadastre personnel, Baglin passe d'un lieu à un autre comme pour se mettre en danger. Il ne parvient que rarement à se fixer des points d'ancrage ou alors ce serait des points d'encrage par la grâce d'une écriture exigeante. Et si les mots sont là, ce ne sont pas seulement de simples viatiques mais des bouées de secours qui permettent de ne pas perdre pied.

Beaucoup de poèmes se présentent sous une forme de chant avec des strophes libres certes mais qui obéissent à une rythmique imposée par des amorces répétitives. En voici quelques-unes : « Nous n'avons rien à opposer.. », « Je n'ai pas de frères de race... », « Qui vit en nous venu d'on ne sait quand... » ou « A Paris quand je musarde... ». Les interrogations et les doutes alimentent ces poèmes ouverts et généreux.

Notre présence au monde est toute entière liée à ce « présent qui s'absente » mais, en poursuivant le jeu sémantique, on peut affirmer que ce présent est un présent que nous accorde un destin capricieux, juste le temps de prendre nos repères, d'observer et enfin, de pouvoir dire. C'est à cette tache ingrate et à cette utopie réaliste que se confronte Michel Baglin.

Michel Baglin : Un présent qui s'absente (Bruno Doucey éd., 2013), 112 pages, 15 euros – 85 rue de Fontaine-au-Roi, 75011 Paris ou www.editions-brunodoucey.com
Georges Cathalo

Paru sur le site « Ici & là » en octobre 2013

http://www.biblioblog.sqy.fr/ici-e-la/un-present-qui-sabsente-de-michel-baglin/
L’éternité à quai de Michel Baglin

SILLAGE
Une vie, à peine un peu

d’écume dans son sillage,

guère plus de traces

que l’oiseau n’en laisse

dans l’air qu’il fend.

Une vie, ce qu’il en reste,

cette traînée d’images

dans les mémoires amies

s’évaporant avec les ans.

Une vie, une voile, un vol,

un grain de lumière

dans les sillons du vent.

Sillage est l’un des plus brefs poèmes du dernier recueil de Michel Baglin et éclaire à lui seul une démarche poétique limpide et essentielle, d’une grande lisibilité, désenchantée et mélancolique. Si mélancolique il est, Baglin l’est à la manière d’Apollinaire, et ce n’est pas seulement le long texte Paris en musardant qui nous le rappelle, dans une longue traversée de plus d’un pont Mirabeau, mais toute la texture de sa versification fluide, riche en rimes et allitérations musicales. Ainsi les sonnets, savamment tressés. Il y a cependant une ligne narrative constante qu’illumine le chemin de ce poète engagé et déçu. Baglin le sait en vérité (et il n’est pas le seul) ce que nous devrions « aller nous faire pardonner… au mur des Fédérés » mais, pris au piège d’une débâcle historique, il vit le présent comme une absence sans fin, comptable de tous ceux qui ont été foudroyés en plein envol (vois le beau poème pour Bernard Mazo). D’ailleurs le recueil est une dédicace sans fin, explicite ou implicite, un signe de l’ouverture fraternelle de Baglin, ce veuf, cet inconsolé de l’amitié.
Andréa Genovese « BELVEDERE » lettre-revue mail franco-italienne (2200 envois en Europe) Messina – Santa Croce sull’Arno – Milano – Lyon Août 2013


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