La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ?





télécharger 92.38 Kb.
titreLa traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ?
page2/3
date de publication25.04.2017
taille92.38 Kb.
typeCours
l.20-bal.com > documents > Cours
1   2   3

4. Le dialogue de la trilogie : Impasse entre deux langues ou objet de désir ?
« Pour le traducteur d’un roman, c’est souvent le dialogue en discours direct qui pose les problèmes les plus aigus, en particulier les effets de connotation : le rythme des phrases, le niveau de langue, les idiotismes, les interjections… »
Voilà ce qu’affirme V.G.Mylne dans son ouvrage « le dialogue dans le roman français de Sorel à Sarraute » (Mylne, 1994, p.153). Dans la traduction des dialogues de la trilogie, le traducteur a maintenu en apparence le choix de l’auteur, celui de faire parler tous les personnages « la même langue ». La mère analphabète inverse le sujet lors d’une question tout comme son fils le professeur et philosophe. S’agirait- il alors d’une traduction « fidèle » sans aucune tentative ou tendance d’adaptation, de changement ? La lecture de la traduction française rend manifestes certains phénomènes de changement.

L’aspect « créatif » pourrait porter sur différents éléments. Dans cette partie, il s’agira d’un relevé descriptif qui amènerait à poser des questions et faire des constatations sans prétendre à des réponses ou à des jugements quelconques. Suivant cette description, le parcours traductionnel ferait émerger certains phénomènes lesquels, à leur tour, constitueraient des éléments d’une traduction plus au moins « créative ». Il sera question de quatre phénomènes et questions constatés qui différent de la version originale arabe : l’oralisation par le changement de registre et niveau de langue, les trucages orthographiques ou l’effet de prononciation, le troisième phénomène concerne les notes de bas de page qui semblent être un outil important dans une traduction, une dernière observation qui pose plutôt des questions.

4.1. Oralisation et jeu de registres

Le tableau suivant montre la traduction littérale de la version originale en arabe et la traduction effectuée par la version française, il ne s’agit pas d’un relevé exhaustif :
Traduction littérale Traduction de la version originale arabe  française



Impasse des deux palais :

Une colère (p. 328) Un coup de gueule (p. 464)

Quel discours ! (p. 330) ça alors ! (p. 467)

Ces vilains ! (p. 336) Bande de salauds (p. 475) Il nous a fait peur pour rien (p 376) Quelle frousse ! il nous a fichus pour rien (p. 533)
Occupe- toi des mineurs et Occupe- toi des moutards et laisse moi tranquille (p. 388) fiche moi la paix (p. 549)

Maudit soit ton père (p. 388) Va te faire foutre (p. 549)

Où est- ce qu’ils t’ont arrêté ? (p 425) Où est- ce qu’ils t’ont chopé ? (p. 600)

J’ai envie d’aller uriner (aux toilettes) (p. 427) Envie de pisser du diable (p. 603)

Il s’est arrêté pour uriner (p. 428) Pour pisser (p. 604)

Qu’ils sortent d’abord du camp Qu’ils foutent d’al- Nahassine (p. 428) d’abord le camp (p. 604)

Palais du désir :

Je n’ai pas insisté (p. 9) Je n’ai jamais voulu l’embêter (p. 21)

Je te l’aurai offerte sur une chaussure (p. 138) te pousser vers elle par la peau des fesses (p. 202)
Jardin du passé :

A uriné sur elle (p. 44) Pissé sur elle (p. 61)

Dieu soit loué (p. 49) Faut pas se plaindre (p. 67)

Quelle nouvelle ! (p. 52) ça alors ! (p. 71)

Sauf dans des moments sataniques Sauf en ces putains de où m’exciterait une fillette (p. 58) ferait bander une fillette (p.79)

Rassasie-t’en-toi (p. 98) Gave-t’-en-toi (p. 135)

Comme il apparaît dans ce relevé comparatif, la traduction a recours aux formes syntaxiques et lexicales de l’oral. Le registre adopté pour la plupart des exemples est le familier avec des tournures vulgaires (Va te faire foutre, Envie de pisser du diable, Bande de salaud, putains de moments où me ferait bander) et une forme argotique (occupe toi des moutards). La construction orale faut pas se plaindre vient remplacer le Dieu soit loué de l’original, ce qui peut revenir à un choix de non- répétition car la phrase contient un deuxième Dieu soit loué dans l’original, le traducteur ayant opté de ne pas introduire Dieu soit loué deux fois dans une même phrase. Cette expression constitue une pratique discursive plutôt fréquente dans les dialogues de la trilogie, tout comme Satan ou Maudit soit Satan. Or, la traduction a gommé Satan dans moments sataniques pour le remplacer par une tournure plutôt vulgaire putains de moments. Si l’on revient aux développements de Salama –Carr, cette traduction « oralisante » constituerait plutôt une tendance déformante, celle de la vulgarisation où s’opère une confusion entre l’oral et la langue parlée. Cependant, il est vrai qu’elle ne parle de déformation que quand il s’agit d’un cumul de ces exemples, or dans la trilogie, ces tendances surgissent plutôt sans prendre le dessus sur la tendance générale, celle d’une langue plus au moins commune à tous les personnages.
4.2. Trucages orthographiques : effet de prononciation

Dans un dialogue romanesque, le recours à des « effets spéciaux » qui créent une illusion du verbal réel est un procédé fréquent. La représentation de l’oral pourrait s’opérer au niveau des parlures des personnages et ceci étant soumis à une visée ou à une certaine idéologie du texte préconçue par l’auteur. Les trucages orthographiques soulèvent toute l’idée d’un « écrit standard » représentant la norme face ou contre une langue parlée laquelle est moins valorisée. Dans le roman, l’intervention de ces trucages joue un « rôle désignatif d’appartenance sociale ou géographique » des personnages. (Lane-Mercier, 1989, p.165)

Dans la traduction des dialogues de la trilogie, ces trucages interviennent sous forme d’une dissémination plutôt que d’une certaine revendication d’un quelconque réalisme linguistique. Soit le relevé suivant :
Impasse des deux palais :

  • si t’es malin (p.172) : élision vocalique de u dans tu

  • t’emballe pas (p.196) : suppression de ne de la négation

  • hein (p.197) : interjection ajoutée

  • te fais pas de mauvais sang (p.198) : suppression de ne

  • t’es un chef (p.189) : élision de u dans tu

  • elle est pas tombée (p.198) : suppression de ne

  • comme j’te pousse (p. 408) : élision de e dans je

  • bah ! tu n’peux (p. 508) : interjection ajoutée et élision de e dans ne

  • le v’là (p. 537) : élision de /wa/

  • l’cœur (p.537) : élision de e dans le

  • je me suis pas arrêtée (p.537) : suppression de ne

  • c’te bonne blague (p.539) : élision de /∑/

Palais du désir :

  • hein ? (p.204) : interjection ajoutée

  • t’es tranquille (p.234) : élision de u dans tu

Jardin du passé :

  • t’es pas tout seul (p.194) : élision de u dans tu et suppression de ne

  • quoi que, p’tit monsieur à sa mère (p.150) : élision de e dans petit


Ces exemples relevés n’appartiennent qu’au choix de la traduction, si l’on cherche qui est concerné par ces trucages, nous remarquons qu’il s’agit pour la plupart de Khadija la sœur analphabète et moqueuse, mais ils concernent également la servante tout comme le fils bourgeois d’une famille cultivée, ainsi que l’almée. Pourquoi ces personnages sont choisis par le traducteur pour répondre à un certain réalisme linguistique ? La réponse est difficile à trouver quand il s’agit de quelques tentatives d’adaptation ou plutôt d’une modification un tant soit peu modeste.
4.3. Les notes de bas de page 

Les notes de bas de page constituent un mode énonciatif paratextuel qui, dans le cas d’une traduction, relèvent de l’allographie authentique suivant la définition de Genettes (Genettes, 1987, p.324). Les notes, en général, relèvent soit « du texte soit du hors- texte ou de l’entre- deux ». Dans une traduction, il pourrait être question du texte quand la note est indispensable voire urgente pour la lisibilité du texte. En fait, il ne s’agit pas ici de savoir si la note de bas de page appartient ou non au texte mais plutôt d’étudier ce qu’elle représente dans le parcours traductionnel : Quelle sorte d’outil représente le traitement des notes de bas de page ? S’agirait- il d’un moyen de « déformation »- dans le sens d’une tendance déformante ? Où est la part de créativité dans le choix de « ce qui est à noter » ? Créativité ou fabrication d’une autre lecture ? L’étude des notes de bas de page est importante dans la mesure où elle informe tant sur la traduction, voilà pourquoi, nous avons opté pour une étude étendue des notes où c’est l’ensemble des notes de toute l’œuvre qui sera prise en compte, ce qui semble plus intéressant que de se contenter des notes des dialogues.

En premier lieu, il s’agit de relever les notes en les regroupant sous des thématiques générales au nombre de onze. Le nombre des notes peut ne pas être exacte par simple omission. Ensuite, il sera question d’étudier la façon avec laquelle ces notes se présentent, mais aussi ce qui paraît poser problème dans le traitement des notes par le traducteur.

Les notes de bas de pages dans la trilogie de Mahfouz portent sur les thèmes suivants :


  • Le religieux : 53 notes de sourates coraniques, de fêtes religieuses, de personnalités connues et des codes et savoirs religieux partagés : Verset du trône, Hanbalisme, Al-Hussein, Sourate XXX…

  • Le culturel : 37 notes de codes culturels partagés, de fêtes, de moyen de transports, de pratiques discursives, de personnages culturels, de proverbe et de formules d’appel : L’ambassadrice Aziza, cinq dans l’œil, Suares...

  • Le politique : 36 notes de dates et événements politiques, de personnalités politiques, de partis et de journaux politiques : Wafd, Saad Zaghloul, Liwa, Sir Reginald....

  • L’artistique : 26 notes de titres de chansons, de noms de chanteur et d’almée, de notes et d’instruments musicaux : La Bomba, Barhoum, Al Hamouli, daraboukka...

  • Le spatial : 26 notes de lieux connus et de quartiers : Bay el Qassrayn, Hidjaz, Palais Abdine…

  • L’alimentaire : 22 notes de plats, de pâtisseries, des restaurants et salons de thé connus : Groppi, Mouloukkiya, Konafa, Mezzé…

  • Le littéraire : 22 notes de titres de recueils et de noms de poètes, de vers et d’allusions littéraires : Ahmad Chawqi, Diwane de la Hamasa…

  • Les nuances de sens et rappels : 12 notes d’explication et de rappel.

  • L’historique : 10 notes de dates et événements historiques.

  • Les « en- français- dans- le- texte » : 5 notes.

  • Le vestimentaire : 4 notes : Mélayé, Djoubba…


A. Exotisation- explicitation, ajouts et suspension

L’observation de ces notes renvoie à la « tendance déformante » dont a parlé Salama- Carr, celle de l’exotisation- explicitation. Il s’agit de garder des termes locaux- mais exotiques pour le destinataire francophone, en les explicitant par des notes, tendance plutôt dominante dans les traductions françaises de Mahfouz. Cette tendance intervient au niveau du récit comme celui du dialogue. Si l’on procède à une observation descriptive des notes, nous aurons quelques constatations. Certains thèmes se distinguent par une quantité informationnelle plus importante que d’autres, comme celui de l’alimentaire où plats et pâtisseries ont leurs ingrédients et dans certains cas la recette : La basboussa : Pâtisserie faite de farine, de beurre fondu, de sucre et d’huile (Impasse des deux palais, p.70). Konafa : plats de vermicelles faits de fleur de farine, frités dans du beurre et sur lesquels on verse du miel fondu (Impasse des deux palais, p.624). Le plat de Mouloukhiyya dispose de deux notes différentes, une au premier tome où il s’agit d’une anecdote concernant le plat et une autre au deuxième tome qui ajoute des informations concernant les ingrédients et la recette. Mouloukhiyya : est l’autre plat national égyptien avec le foul. Il s’agit d’une soupe de gombo, dont on dit que le calife fatimide al- Hakim en avait fait interdire la préparation pour son odeur (Impasse des deux palais, p.57). Mouloukhiyya : La corette. Plante mucilagineuse, dite aussi guimauve potagère ou guimauve des juifs, cultivée pour ses feuilles qui sont alimentaires, que l’o n sèche, broie et prépare en soupe ou avec du riz. C’est le plat national égyptien (Le nom désigne à la fois la plante et le plat). (Palais du désir, p.54).

Cette quantité informationnelle n’est pas exhaustive dans le cas de certaines notes appartenant au thème religieux où les sourates coraniques sont indiquées par leur numéro seulement ou leur référence dans le Coran sans citation des sourates : ex. Coran, Sourate XXX, 1, 2. (Impasse des deux palais, p. 629)

La Basmala est un exemple d’une note plus au moins « suspendue » par trois points de suspension dans toute la trilogie. Dans les trois notes consacrées à la Basmala, l’information est la même : Basmala : nom donné à la formule qui ouvre la quasi-totalité des sourates du Coran (Bismi-l-lahi… : « Au nom de Dieu… ») (Impasse des deux palais, p 641). Et ailleurs dans le deuxième tome (Palais du désir, p 168) : Basmala : Même note avec les mêmes trois points de suspension, lesquelles ne continuent pas la formule : Bismi-l-lahi-l-rahman-l-rahim : Au nom de Dieu le Bon et le Miséricordieux. La troisième note dans le troisième tome répète la même information en ajoutant une autre concernant la mise en forme de la Basmala : nom donné à la formule qui ouvre la quasi-totalité des sourates du Coran (Bismi-l-lahi… :…Au nom de Dieu…), et que l’on suspend en certains lieux calligraphiée et encadrée. (Jardin du passé, p. 22). Il ne s’agit pas ici de la même suspension, alors que le traducteur a décidé de suspendre sa note en ne pas achevant la Basmala, l’autre suspension désigne les cadres accrochés dans des maisons et dans des cafés.
B. Apparition et disparition

D’autres exemples des notes présentent un changement dans le traitement de la traduction de ce mode énonciatif spécifique où des termes locaux- appartenant au thème du vestimentaire- sont explicités par des notes lors de leur deuxième voire troisième apparition. Les deux termes Mélayés et Galabiyyé sont cités en italique dans le premier tome à la page 105, Mélayé est aussi cité deux fois en italique à la page suivante et une quatrième fois à la page 107 sans aucune note d’explicitation. Or, d’autres signes vestimentaires sont explicités : abayé (Impasse des deux palais, p 58) et châle (p 61). Ce n’est qu’au deuxième tome à la page 119 que le terme Mélayé refait apparition en italique et il a donc le droit à une note : Mélayé : Grand voile noir de femme qui enveloppe le corps de la tête au pied.
C. Horizon français d’attente

La note sur la nuit de destin se caractérise par un effet d’orientation exprimé par la ponctuation ou les deux guillemets : La nuit de destin : la nuit de destin est celle des dix dernières nuits du mois de ramadan pendant laquelle, suivant la tradition musulmane, le Coran est « descendu » du ciel supérieur dans le ciel inférieur, le plus proche de la terre. (Impasse des deux palais, p. 645). La même note se répète au deuxième tome avec les mêmes guillemets pour « descendu », ce qui crée un effet de point de vue qui concerne le traducteur où mettre entre guillemets équivaut à une distanciation vis-à-vis de l’idée exprimée.

La présence du destinataire réside au préalable dans le choix d’une traduction exotisante où l’axe part des yeux d’un étranger qui découvre vers un étranger à être découvert sans essai d’universalisation du texte ou en quelques sortes de réduire la distance en réduisant la tendance à l’exotisation, ce qui constitue toujours un choix de traduction qui lui est libre. Une autre présence du destinataire existe dans l’absence d’une note concernant la chanteuse Oum Kalsoum alors que d’autres grands chanteuses et chanteurs ont le droit à une note explicative comme Mounira el Mahdiyya et Mohammad Abdel Wahab, ce qui peut revenir à un présupposé où la traduction estime que le destinataire n’a pas besoin d’une note dans le cas de Oum Kalsoum. La France existe aussi dans les notes: Pour le journal Liwa : le Liwa publiait une édition en français, Hafez Ibrahim… traducteur en arabe des Misérables, Mustapha Lutfi al Manfaluti… ses adaptations d’œuvres d’auteurs français comme A. Dumas fils, François Coppée, Bernardin de Saint- Pierre (son adaptation de Paul et Virginie connaîtra un immense succès en Egypte). Viser le destinataire est un choix légitime du traducteur qui répond à l’ «horizon d’attente » ou « le système de référence propre aux lecteurs » (Jauss, 1978, p.54).
D. Destinataire en attente

D’autres exemples de notes ne prennent pas forcément en considération le destinataire. Le fait qu’une épouse soit récalcitrante est explicité par une note : un homme mécontent de sa femme pouvait la faire enfermer dans une maison privée, en ville, et la faire surveiller par la force publique (Impasse des deux palais, p 548), tout comme dans la phrase « soit je la répudie, soit je la ramène à la maison de l’obéissance », cette dernière est explicitée par une note : Sic. Métaphore courante en arabe désignant la maison conjugale (Impasse des deux palais, p 549). En fait, la maison conjugale dont parle le traducteur est la même maison qu’il avait évoquée dans la première note sur une épouse récalcitrante, mais la question ne concerne pas l’exactitude de la note que de signaler le fait qu’une autre phrase (abordant la répudiation d’une épouse) aurait pu se doter d’une note, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit de la réplique de l’époux : Disparais de ma vue ! Tu es répudiée !... Répudiée !... Répudiée ! (Palais du désir, p.405). Ici, il n’ya pas de note, cependant la répétition par trois fois du terme « répudiée » pourrait se traduire par un lecteur français ou occidental comme une sorte de discours hystérique lors d’une dispute entre un mari et sa femme ; une hystérie qui le pousse à répéter le même mot. Ce qui ne représente aucune bizarrerie pour un lecteur arabe et surtout musulman, lequel sait qu’il s’agit d’une vraie répudiation de la femme où la parole constitue une arme: le terme « répudiée » multiplié par trois équivaut une répudiation légitime. Le résultat de cette répétition serait que la femme « normalement » ne devrait pas retourner à la maison conjugale, ce qui est le cas dans le récit où l’épouse parle à sa voisine : Non, ce n’est plus ma maison ! S’exclama Maryam, puisque ce bon monsieur m’a répudiée ! (Palais du désir, p 407). Il est probable que le lecteur occidental comprendrait que Maryam est répudiée mais le processus de « trois fois » semble plus difficile à comprendre pour un lecteur non renseigné de manière générale sur les pratiques sociales et culturelles de la sphère arabe.
E. Le Prophète dans les notes de bas de page

Les notes de bas de page qui abordent le Hadith - Dits et actes du Prophète Mohammad et de ses compagnons transmis par des Isnad ou chaînes de transmissions, un recueil qui a fait l’objet d’une science de Hadith- peuvent poser problème au niveau informationnel. Par comparaison à l’œuvre littéraire de Diwan de la Hamasa, laquelle dispose d’une note explicative à chaque apparition, les hadiths ont le droit parfois à une note explicative et d’autres fois le traducteur se contente de signaler le genre de propos en ne mettant que : Hadith. Ce qui peut revenir à un présupposé qui estime que le destinataire comprend bien de quoi s’agit- il. Certains hadiths sont non attestés dans le sens où certains propos accordés au Prophète sont rejetés par les transmetteurs qui jugent de la véracité ou non de ces dits. Dans un dialogue de la trilogie, une réplique est signalée comme un hadith par le traducteur alors que d’ordinaire il s’agit plus d’une maxime populaire courante dans la sphère arabe : Si tu n’as pas honte, fais ce que tu veux ! (Palais du désir, p 138) où une note signale par hadith cette maxime, laquelle est dans la réplique suivie par une allusion à un hadith attesté : Dans la villa, la honte n’existe pas (le hadith original est : en science et religion, la honte n’existe pas). Cependant, il n’existe pas de note pour ce hadith déformé. Il faudrait également ajouter que cette absence de note gomme un trait d’humour créé par la déformation du hadith où la science et la religion sont remplacées par la villa. Il est certain que le choix du traducteur revient à la difficulté de la traduction elle- même quand il s’agit de spécificités culturelles et de savoirs partagés entre une communauté étrangère aux destinataires visés. Ce choix est compréhensible dans la mesure où même la présence d’une note ne produit pas l’effet recherché dès le départ par l’auteur de la version originale. Ce qui est le cas de la note de bas de page qui précise : titres de chansons pour plusieurs chansons, cependant une de ces chansons se distingue des autres par son histoire et son contexte : une chanson qui a été chantée par les habitants de la Médine lors du voyage du Prophète Mohammad de la Mecque à la Médine, et pour le recevoir, ils lui ont chanté : la lune vient nous éclairer… ce même titre est utilisé dans la version originale de la trilogie pour des buts ludiques visant un effet humoristique, lequel ne pourrait pas se faire saisir par un lecteur occidental même avec une note qui explique le trait d’humour et ceci revient à la nature même du phénomène de l’humour : frapper les esprits sans passer par une explication qui rend fade l’effet recherché.
L’observation de ces notes se veut descriptive sans fournir aucun jugement sur la façon avec laquelle les notes sont organisées, il est à noter que la tendance est à l’exotisation, la traduction opte pour une posture qui va de l’un à l’autre étranger avec des choix d’une information qui varie entre un terme à un autre, pourquoi ce choix ? Il s’agit moins de répondre à cette question que de procéder à une description de ce phénomène, laquelle pourrait mettre une lumière sur la part de créativité dans la traduction, une part qui balance entre tendance déformante et choix effectués répondant à une certaine visée traductionnelle. Ces choix qui traversent plusieurs tendances : exotisation- explicitation, ajout et suspension, apparition et disparition de note, présence et absence du destinataire ainsi que de certaines informations.
1   2   3

similaire:

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconUn questionnaire sur l’introduction de l’édition
«Dialogue entre Tityre et Mélibée sur les expropriations», Eglogue I, vers 1 à 18 (avec traduction)

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconLes écrivains de la Bible Nouvelle Traduction
«français courant» ou «fondamental» (à vocabulaire limité), la Traduction œcuménique circule dans la Pochothèque (Livre de poche),...

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconProjet d’installation et de fonctionnement d’un central de stérilisation...
«Jacquemel». Cette orthographe dit-t-on serait le résultat d’une certaine déformation linguistique du nom d’un certain aventurier...

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconÉléments pour une séquence d'initiation au processus de création chez Flaubert
«représentatifs, selon Yvan Leclerc, de l’ensemble d’un processus créatif dans ses multiples phases d’élaboration»3

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconSéance 5 écoute du dialogue «Espaces 1» p. 19
«grammaire expressive cle» dialogue à poursuivre (parenté, adjectif Possessif, conjugaison du présent)+ support image

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconBibliographie sur le
«Folio» de Gallimard (traduction de Francisque Reynard, préface d’Yves Bonnefoy), certes plus économique et maniable, reprend une...

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconNotes relatives au tableau 2 : Programmation et bilan d’une année...
«Projet» fédérateur. Cette fiche-classe constituera une des traces du Parcours d’éducation artistique et culturelle, à côté de l’outil...

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconRien n’est plus créatif
«En fait,» et reprend le titre et les mots écrits en gros dans l’ordre du texte

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? icon«Le cageot» Le Parti-pris des choses, 1942
«Le Cageot», la pause déjeuner «Le Restaurant Lemeunier», et la journée au bureau «R. C. Seine n°». En somme, une trilogie du poète...

La traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une déformation ou un parcours créatif ? iconLes étapes d’une séance de langue
«nouveauté du jour» : en utilisant un dialogue (enregistré ou entre l’enseignant et une peluche ou une marionnette), un Jazz Chant,...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com