1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne





télécharger 27.11 Kb.
titre1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne
date de publication20.04.2017
taille27.11 Kb.
typeDocumentos
l.20-bal.com > documents > Documentos
Ronsard, « Quand vous serez bien vieille… »

I-Un memento mori

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne

Le lexique de la lumière : « au soir » « à la chandelle » « foyer » contribue à esquisser un espace intérieur et un cadre temporel qui donne une apparente sérénité à la scène (en réalité, ces éléments ont une valeur symbolique : voir I,3

L’emploi récurrent des participes présents tout au long du sonnet : « dévidant » « filant » « émerveillant » « sommeillant » « réveillant » « bénissant » etc. sert à exprimer la simultanéité des actions mais donne aussi un aspect duratif aux actions.

Les verbes employés : en majorité le verbe « ETRE » + les verbes de sentiment : regretter, s’émerveiller tendent également à donner un aspect statique à cette scène (les seules actions sont exprimées par le futur proche : ne s’aille réveillant +  «  cueillir » qui intervient à la toute fin du sonnet.

Le lexique de l’inactivité ou de l’immobilité : « assise » « accroupie » « repos » « demi-sommeillant » accentue également l’aspect pictural en donnant le sentiment que les personnages sont quasi figés ou voués à des mouvements répétitifs : « dévidant et filant » dont la régularité est renforcée par le rythme binaire de cette construction qui occupe tout le deuxième hémistiche du deuxième vers. Tout suggère un monde au repos.

L’usage des allitérations en S notamment : « serez » « soir » « assise » contribue à unifier la vision en créant une sorte de « ronron » sonore tout come les allitérations en F du deuxième vers : « feu » « filant » ( mais on verra que ces allitérations sont reprises également dans le premier tercet : « serai » « sans » « os » « fantôme » : il s’agit bien évidemment pour Ronsard de montrer que cette douce tranquillité n’est que le signe avant-coureur de la vie qui s’éteint et de la mort .

Conclusion : Ronsard peint un univers tranquille et régulier qui n’est serein qu’en apparence. En réalité, il s’agit là de suggérer un monde dans lequel la vie est en train de s’éteindre.

2-En réalité, à ce quasi tableau s’oppose l’idée d’un temps en marche, et Ronsard exprime ici une sorte d’obsession du temps.

Elle est immédiatement perceptible dans le lexique :

- les adverbes sont ainsi le plus souvent placés en position stratégique dans le vers : au début : « Lors », « Déjà » ou bien en fin de vers « demain » ou bien encore à la césure : « dès aujourd’hui ». Il s’agit de renforcer l’idée que le temps régit l’existence humaine et que la régularité et la continuité ne sont en fait que les apparences d’un temps qui se déroule inéluctablement.

-Le mot inaugural du sonnet est « quand » qui introduit une subordonnée temporelle

-les verbes employés : « attendre » « regretter » ont partie liée avec le temps

 Elle est aussi sensible dans l’utilisation des temps verbaux :

-le futur est dominant « serez » « direz » « n’aurez » « serai » prendrai » : il s’agit d’un futur à valeur prophétique qui a valeur de certitude même s’il n’exprime pas une action réalisée. Paradoxalement, ce futur n’est pas le signe d’une vision d’avenir mais il évoque au contraire une fin proche et rend l’homme à sa condition mortelle.

-il est opposé à deux imparfaist présents dans le discours que Ronsard prête à Hélène : « célébrait ». et « j’étais » Il est tout chargé de regret et de nostalgie.

La prédominance du futur face à cet unique imparfait exprime implicitement ce que Ronsard veut traduire : le passé se réduit au quasi-néant. Il n’est présent que dans le discours, les souvenirs et pèse finalement peu de poids face à la réalité du présent ( ici suggérée au futur )

 Elle est aussi sensible dans l’usage des enjambements qui suggère une accélération du temps ou du moins son écoulement irrémédiable

3-Il s’agit évidemment pour Ronsard de se livrer à un memento mori

 certains éléments ont une évidente portée symbolique :

-le « soir » correspond ainsi à la fin du jour : il y a correspondance entre le moment choisi par Ronsard et la situation d’Hélène elle aussi à la fin de l’existence.

-les éléments qui sont reliés à la lumière : « chandelle » « foyer » « feu » - et en particulier l’image de la chandelle ne sont pas sans faire songer aux tableaux baroques ( postérieurs à Ronsard) mais dans laquelle la flamme de la bougie est l’image de la fragilité de la vie, de son caractère éphémère.

-ce lexique est en outre opposé à celui de l’obscurité  qui apparaît fugacement dans le premier tercet : « les ombres myrteux »

-enfin l’activité anodine de la femme « dévidant et filant » appelle une référence mythologique : on songe aux trois Parques qui tissent, déroulent et finalement coupent le fil de la vie.

 Le sommeil : en particulier le demi sommeil de la servante apparaît comme le signe avant-coureur de la mort

 La mort semble évoquée par euphémisme : « je serai sous la terre » au lieu de je serai enterré ; « je prendrai mon repos » au lieu de « je serai mort » : la vision de la mort ne semble pas dramatisée outre mesure sauf peut-être par le « fantôme sans os » qui donne le sentiment d’une présence inconsistante qui s’oppose au corps de la femme décrit dans diverse spositions : assise ou accroupie.

Néanmoins la réitération des sons en R : terre, serai, repos crée un bruit de grondement qui prépare peut-être l’avertissement final. Il s’agit de faire résonner le bruit terrible de la mort aux oreilles d’Hélène.

 On voit bien que dans le tercet Ronsard établit un parallèle entre lui et Hélène :

-c’est sensible dans les parallélismes : « je serai sous la terre » « vous serez au foyer » avec une variation sur le type de césure : l’une s’effectue sur un E muet

-c’est sensible également dans les jeux sonores on retrouve dans les premiers et derniers vers du tercet les allitérations en S et F alors que s’oppose les AN et les IN+ espace intérieur et espace extérieur

II-Un sonnet qui fait l’éloge de la vie et de l’amour

1-Un discours qui vise à organiser une argumentation implicite :

 Le poème met en scène trois personnages

-un VOUS qui domine dans les deux quatrains à travers l’emploi de la deuxième personne de politesse. L’adresse suppose respect et renvoie au statut social d’Hélène.

-Ce statut est confirmé par la mention de la servante

- un JE qui n’apparaît que dans le tercet mais est implicitement présent à travers le discours qu’il adresse

Le jeu énonciatif permet de créer un effet d’écho entre Hélène et Ronsard. Il s’agit évidemment de suggérer que la jeune femme sera elle aussi vouée au sort que Ronsard décrit pour lui-même. On notera une certaine délicatesse du poète qui n’envisage explicitement la mort que pour lui-même.

 Le sonnet est organisé dans une répartition traditionnelle entre quatrains et tercet :

-les quatrains esquissent une scène tranquille de la vie domestique

-mes tercets dramatisent et montrent un déclin significatif du chemin qui mène à la dis^parition

 Le poème est également construit sur l’opposition quasi paradoxale entre

-Ronsard dont la vie persiste à travers son renom et voué somme toute au repos dans une perspective chrétienne

-et Hélène dont la vie semble vouée à s’éteindre

 Il est aussi construit de façon à préparer la fin : si aucun connecteur logique ne vient expliciter la relation, il s’agit bien de suggérer un lien de cause à effet : le dernier tercet constituant la conclusion logique

 Le dernier tercet exprime donc un carpe diem :

-il est mis en valeur par la multiplication des impératifs : « vivez » « n’attendez » « cueillez »

-il est accentué par les homéotéleutes : les mots sont terminés par le son E

-il est souligné par les variations rythmiques : l’avant dernier vers se découpe en 2+4/3+3 et dernier vers 6+6

-il est renforcé par un effet chiasmatique : « Vivez » vers 13 est repris vers 14 par « les roses de la vie » et l’assonance en I : vivez, aujourd’hui, vie

-l’opposition entre vivre et attendre

-il est également exprimé par une métaphore récurrente chez Ronsard : mise en relation de la vie humaine avec la rose

 le terme « cueillir » est employé en référence directe avec l’expression latine : « carpe diem » + permet de filer la métaphore des fleurs

2-Mais il s’agit aussi pour Ronsard de persuader Hélène de l’aimer et de cesser tout « fier dédain »

 Ainsi on peut comprendre la métaphore « les roses de la vie » comme les roses de l’amour également.

Intéressant aussi de se pencher sur la mention des « ombres myrteux »

-une note indique que c’est dans les enfers antiques le lieu où l’on place les amoureux : mais le JE qui suit indique que Ronsard y figure seul

-le myrte est l’arbuste associé à vénus la déesse de l’amour : l’image suggère ainsi non seulement la mort du poète mais en plus le sort réservé à l’amour

-les parallélismes établis par Ronsard entre espace extérieur et espace intérieur marquent bien la séparation des amants

-l’opposition entre « mon repos » et « vieille accroupie » suggère une paux chez l’un et une aigreur et un déclin chez l’autre

 Le texte suggère une nostalgie voire une amertume de la femme elle-même notamment à travers le discours direct prêté à Hélène :

« du temps que j’étais belle » avec usage des dentales « Temps »  «  étais » avec usage des deux imparfaits

III-Un éloge de la littérature et de la poésie

1-Un sonnet pétrarquisant

 Ronsard emprunte à une tradition littéraire venue de Pétrarque dans laquelle l’amant se trouve souvent éconduit ou en tout cas dédaigné par la femme  ( Laure ) :

Ainsi le premier vers du dernier tercet oppose-t-il dans les deux hémistiches :

« Regrettant mon amour » à « et votre fier dédain » : les pronoms possessifs s’opposent et le nom unique « mon amour » s’oppose au GN « fier dédain » qui peut apparaître redondant. En effet « fier » peut marquer l’orgueil d’Hélène vis-à-vis de Ronsard mais c’est aussi une manière de souligner sa cruauté. L’opposition est également suggérée par l’opposition des nasales ( ?) en M et des dentales + celle des voyelles nasales AN s’opposant à IN.

 Néanmoins, Ronsard prend ses distances vis-à-vis du pétrarquisme puisqu’ici la femme est loin d’être idéalisée.

-en effet la vision d’une Hélène fière s’oppose à celle que Ronsard se plaît à imaginer , en assurant des effets de gradation significatifs : d’abord simplement « assise » , elle devient dans le premier tercet « une vieille accroupie ».

-de plus le verbe « regretter » à l’amorce du vers insiste que la vanité de ce dédain et de ce rejet.

 Ronsard adopte également le sonnet – mis à l’honneur par Pétrarque 2 siècles plus tôt notamment dans Il Canzoniere ( les poètes de la Pléïade revendiquent l’influence pétrarquiste et en particulier la volonté d’enrichir la poésie et la langue et la confluence d’un héritage antique et chrétien)

-mais il l’écrit en alexandrins ( alors que les premiers sonnets ronsardiens sont plutôt composés en décasyllabes)

-il choisit un modèle rimique dans le sizain italien (avec des rimes embrassées )

Ronsard manifeste même une certaine malice : dans la vision de la femme de plus en plus rude et sur laquelle les assonances en I assise vieille accroupie vont permettre d’insister.

Mais Ronsard manifeste également une certaine malice :

-distance dans la peinture de sa propre mort – cf le sonnet qu’il écrit en envisageant sa propre mort de façon encore plus évidente dans Derniers vers

-la manière dont il parle de lui à la troisième personne alors qu’il est présent dès le premier vers en tant que locuteur : il est mentionné à travers les propos qu’il prête à Hélène : « Ronsard me célébrait » mais aussi dans le dernier quatrain « Au bruit de Ronsard » : s’oppose ainsi l’anonymat de la femme qui n’est désignée que par des pronoms à la signature du poète.

Pourtant plutôt qu’une autocélébration – qui sert peut-être ses prétentions amoureuses- Ronsard entend également signifier ici les pouvoirs de la poésie.

2-Un éloge de la poésie et des poètes

 Ainsi Hélène est-elle transformée en relais de la poésie ronsardienne :

« Direz chantant mes vers , en vous émerveillant » : le verbe pronominal dit l’admiration hyperbolique et son effet se trouve relayé par les effets sonores : ainsi chAntANT MES VERS reproduit des sons identiques Vous EMERVEIllANT

Ronsard met en valeur sa propre renommée  dans le deuxième quatrain à travers la servante :

-il utilise une subordonnée consécutive : « telle nouvelle/( …)/Qu’au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant

-il marque la vivacité de la réaction de la servante en opposant les deux mots à la rime : « s’éveillant » « sommeillant » : le nom de Ronsard et de ses vers est capable de tirer la servante du sommeil ; ce qui est significatif de la faculté de la poésie et du poète à ressusciter

-le troisième vers du quatrain relie directement la cause « au bruit de Ronsard » et la conséquence ne « s’aille réveillant »

Enfin le dernier vers peut sembler porter un double sens :

  • Dans la logique du pétrarquisme ce serait Ronsard qui serait le sujet de « bénir » : associé à l’hyperbole « louange immortelle » , il pose le poète dans le rôle de celui qui doit célébrer la femme aimée : voir le dernier vers du 1er quatrain

  • On peut aussi comprendre que la servante est sujet et que la célébration de la maîtresse est la conséquence de la louange et de la poésie ronsardienne.

Ainsi on peut estimer que la seule façon de survivre pour Hélène et d’échapper au sort que lui promet Ronsard c’est d’être au cœur du poème.

 il est significatif qu’ « immortelle » qui va à l’encontre de l’idée du temps qui passe et fuit est associé au travail de Ronsard.

 On notera aussi qu’en employant la troisième personne à son endroit , Ronsard parle de lui-même passé à la postérité grâce à sa poésie :

-l’allitération Bruit de Ronsard montre la vigueur de sa renommée.

-cette postérité s’oppose à la vision mi dérisoire mi pathétique qui occupe le tercet.

-elle est affirmée dès les premiers vers à travers une poésie chantée par Hélène. Référence à la poésie antique qui non seulement se dit mais se chante.


similaire:

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconCours pédagogique cirque
«La Puce à l’oreille», célèbre vaudeville de Feydeau, avec 24 personnages sur scène (au lieu des 14 initiaux) dans une mise en scène...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconSélectionner les informations pertinentes pour une introduction
«L'autre jour que j'étais sur le haut d'un degré». Comment ce court poème évoque-t-il la rencontre fugitive des deux amants ? Si...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconOn assiste à une scène de rencontre amoureuse entre le poète et cette femme qu’il aurait vue
«vous» la deuxième personne du pluriel qui sert au dialogue. Cette deuxième personne est renforcée pas l'apostrophe «madame» au vers...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconLe théâtre est-il une représentation fidèle ou une vision déformée...
«Que vois-je ! chez les morts compte-t-on de l’argent ?», souligne l’importance du détail trivial pour manifester la réalité de ce...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconMontserrat Acte I scène 1 exposition Montserrat Acte I scène 10 Izquierdo/Le...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconAutobiographique
«faire les 400 coups», faire toutes les bêtises possibles. Ce film obtint le prix de la mise en scène au festival de Cannes 1959Le...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconC’est bien la singularité du corpus qui doit guider la réflexion des candidats
«prologue», d’autres ont pensé au contraire qu’il s’agissait d’une «scène d’exposition», cherchant alors dans le monologue du Directeur...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconCours de cette scène d’exposition ? Montserrat, Acte I scène 1

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne icon1. Une scène faite de symétrie et de fantaisie
«personnage», le Chœur, qui représente les villageois, mais aussi sert à commenter, annoncer les événements. Utilisation d’une convention...

1-Ronsard brosse un tableau qui pourrait faire songer à une scène de genre, ou une scène de la vie quotidienne iconAssociation Les complices de Nina
«la scène» qui interroge ou ré interroge leur place dans un espace choisi. Cet espace non conventionnel peut s’aménager en scène...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com