Lecture Analytique 6 : Pyrame et Thisbé





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date de publication11.01.2017
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Lecture Analytique 6 : Pyrame et Thisbé
Présentation du texte
Cet extrait est la conclusion de la tragédie romanesque Pyrame et Thisbé que Viau fit créer avec succès à la cour. L’intrigue est empruntée à Ovide qui avait lui-même adapté une légende Babylonienne. Les malheurs des amants séparés par leur famille, sont accompagnés de la métaphore d’un mûrier dont les fruits blancs deviennent tragiquement rouges puis noirs.

L’acte V se compose de 2 longs monologues seulement :

  • Celui de Pyrame qui, découvrant le voile laissé par Thisbé, la croit morte et se suicide.

  • Celui de Thisbé devant le cadavre de Pyrame qui constitue la seconde et ultime scène de l’acte et de la tragédie.

Le texte proposé est alors la fin du monologue de Thisbé.
Structure du texte :
Il propose 3 mouvements distincts :

  • V.1 à 12 : Eternité de la nature dont l’affliction est sollicitée en vain :

  • De 1 à 6 : Thisbé enjoint à l’arbre de se mutiler comme elle

  • De 7 à 12 : Incapacité de la nature, éternelle, à prendre le deuil.

  • V.13 à 26 : les amants, séparés ne peuvent se retrouver que dans la mort :

  • De 13 à 18 : Pyrame est mort sans retour

  • De 19 à 26 : les noces des amants se feront dans l’au-delà

  • V.27 à 44 : un appel violent à la mort :

  • De 27 à 35 : Thisbé doit mourir plus que Pyrame

  • De 36 à 44 : invocation au poignard de Pyrame qui doit la tuer


Remarque : le schéma métrique :

  • Il obéit aux usages de la tragédie classique : des alexandrins en rimes suivies (A/A – B/B) selon l’alternance vocalique consonantique

  • Les rimes proposent soit une qualité suffisante, soit une qualité riche.




  • La caractéristique de ce monologue est son étonnante violence. Il sera alors abordé sous 3 aspects :

  • Un monologue de prise à parti sous forme d’invectives

  • Le discours douloureux de la violence

  • La force de l’amour

PLAN :


  1. Un monologue animé



  1. Un moment de décision

  2. Le rôle de la personnification




  1. La violence de la douleur




  1. Un discours passionnel

  2. Un rythme martelé

  3. Violence et brutalité




  1. La force de l’amour




  1. Le désespoir

  2. La tendresse extrême

  3. L’hyménée après la mort



  1. Un monologue animé




  1. Un moment de décision


Il s’agit d’un texte d’auto persuasion, un monologue qui tente de trouver un sens à l’évènement tragique que vient de vivre le personnage (la mort de Pyrame) afin de justifier l’acte final du suicide.


  • C’est que des propositions subordonnées causales apparaissent à 3 reprises comme tentative d’explication rationnelle introduite par la conjonction de subordination « Puisque » :

  • (V.1) : « Bel arbre, puisqu’au monde après moi, tu demeures »

  • (V.19/20) : « Puisque le destin de nos corps amoureux fait … »

  • (V.25) : « et puisque à mon sujet sa belle âme sommeille »

  • Les propositions concessives sont également une manière de relancer le raisonnement après des restrictions :

  • V.9 : « Quand bien vous en mourriez »

  • V.17 : «  et quand les dieux demain me le ferait revivre »

  • Thisbé souhaite que la nature dépérisse pour s’associer à son deuil : Cependant, même si les arbres pouvaient donner l’apparence du deuil, ce ne serait que provisoire. C’est ce qui explique la présence de l’interrogation oratoire « Mais que me sers ton deuil » (V.7)

  • C’est pourquoi aussi, même si Pyrame revivait un jour, Thisbé est décidée à mourir sur le champ, comme le révèle l’aspect du verbe « je me suis résolu » et l’ancrage temporel « aujourd’hui de le suivre » (V.17)

  • C’est donc après la confrontation de deux réalités contradictoires que Thisbé adopte sa décision finale : La nature semble mourir mais elle revit au printemps suivant. Même si Pyrame revivait, Thisbé serait déjà morte.

  • La conjonction de coordination à valeur adversative « Mais mon Pyrame est mort » (V.13) laisse attendre un « donc » logique qui conclue le raisonnement que se tient le personnage (V.33/34) « que donc ton bras sur moi davantage demeure, O mort ».




  1. Le rôle de la personnification


Ce procédé ponctue le poème à 3 reprises : faire des êtres inanimés de personnes permet d’offrir des interlocuteurs au personnage, d’animer le monologue.

  • L’arbre : Il s’agit d’un mûrier sous lequel avaient rendez-vous les amants et qui, de ce fait, est témoin de leur joie et de leur souffrance (V.1 à 6). Ses branches deviennent des cheveux ; son aubier devient un estomac et sa sève, une sanglante humeur.

  • Le destin : Il apparait sous les traits d’un soudard qui « de [leurs] corps amoureux fait son cruel butin »

  • Le poignard : Il fait l’objet de violentes invectives :

  • C’est un assassin, rappelé par le substantif « crime » (V.40)

  • Sa violence est évoquée par l’hyperbole « exécrable bourreau » (V.39)

  • Une allitération en [s] revient sur cette violence : « Qui du sang de son maitre s’est souillé lâchement » (V.37/38)

  • L’allitération en [s], en sifflante, est propre à traduire ici la rage de Thisbé à l’égard du poignard :

  • L’arme est donc « traitre »(V.8), mais elle « rougit ».

  • Cette honte est d’autant plus manifeste que l’hémistiche concerné est mis en valeur par la ponctuation du « ; » à la césure.

  • L’allitération en [r] renforce la violence du propos

  • Thisbé demande au poignard d’être plus cruel encore


L’allitération en [r] donne vigueur à ce déchainement de violence, et les trois verbes d’action à l’impératif d’exhortation « enfonce » ; « rend » ; « pousse » préfigurent le geste final.

  • En donnant un caractère humain à l’arbre et au poignard, la personnification permet d’instaurer une communication entre le personnage et le monde qui l’entoure et elle permet de rendre ainsi plus théâtral l’espace dans lequel évolue Thisbé.


Remarque : L’interrogation oratoire du V.36 « Sus ! Qui me vient ouvrir les portes des Enfers ? » semble élargir cet espace à celui du trépas.


  1. La violence de la douleur




  1. Un discours passionnel




  • Le passage multiplie les signes de ponctuation expressive :

  • Les exclamations (V.8 – 34 – 35 – 36 – 37 – 38 – 42)

  • Les interrogations (V.7 – 36)

  • La syntaxe procède par longs fragments qui suivent les errances de la pensée.

  • Comme en témoigne l’abondance des coordinations « et » en début de proposition

  • Celles–ci font s’enchainer les paroles selon la plus élémentaire juxtaposition



  1. Un rythme martelé




  • La cadence des vers traduit l’état d’extrême douleur du personnage :

  • Les v.11 et 12 donnent par la monotonie de la répétition l’impression d’un champ funèbre : « une fois tous les ans nous nous voyons mourir, une fois tous les ans nous nous voyons fleurir »

  • Dans la fin du passage, lorsque le personnage est au paroxysme de la souffrance les premières syllabes des vers sont mises en valeur juste après une coupe forte. (V.34/36/37)




  1. Violence et brutalité




  • Avant que Thisbé n’appelle la mort de ses vœux, elle invoque d’abord la mutilation que l’arbre devrait s’infliger en s’arrachant « sa crinière »

  • Puis s’opère une gradation dans la violence et l’évocation du trépas, qui culmine avec la mort finale : c’est pourquoi Thisbé, forte d’une tragique certitude, puisqu’elle est devant le cadavre de son amant, ne peut subir une mort plus violente :

  • Elle souhaite mourir « doublement »(V.27)

  • L’enjambement (V.33/34) met en valeur l’invocation du trépas. Cette structure, cette coupe instaurée par le « ! » renforce le caractère outrancier de cet appel.

  • Le comparatif de supériorité par lequel se poursuite le vers 34 « plus que lui je meure » reprend l’idée d’un trépas plus cruel que veut s’infliger Thisbé.

  • Ce comparatif répond au comparatif d’infériorité définissant la résolution de Pyrame. « Il ne s’est pu guérir de moins que du trépas » (V.32)

  • S’opère ainsi une démultiplication presque sadique du suicide : celui de Pyrame, celui souhaité de l’arbre mais irréalisable et enfin celui de Thisbé.

  • Cette double mort qu’appelle sur elle Thisbé, s’approfondit d’un double supplice, celui de la blessure du poignard rappelé par le terme « l’âme » (V.42) et d’une brûlure rappelée au V.42 « feu ». Mais Thisbé trouve un étrange plaisir à cette mort rappelée par le groupe adj. « trop douce » (V.2) : la diérèse est évocatrice de cet état d’esprit comme le rappelle la segmentation de l’adjectif qualificatif « gracieux » (V.43)




  1. La force de l’amour




  1. Le désespoir :




  • Certaines sonorités illustrent les déchirures du personnage.

  • Les allitérations en [k]

  • L’étude de la rime V.11/12 « mourir/fleurir ». Le monde entier est impuissant à déplorer la mort de Pyrame puisque la nature est éternelle.

  • La vie de cet univers s’oppose à celle de Pyrame et de Thisbé comme le rappelle la juxtaposition de 2 infinitifs v.15 « naitre/finir » : Il condamne l’homme à la vie éphémère.

  • Une même opinion se fait jour entre l’hypothétique résurrection de Pyrame et la réelle décision de Thisbé (V.17/18)

  • Le désespoir empêche Thisbé d’envisager un avenir même proche et rend sa mort imminente.




  1. La tendresse extrême




  • Mais cette violence n’empêche pas la tendresse :

  • Dans le déterminant possessif « Mon Pyrame » (V.13) à valeur affective

  • L’allitération en labiale [me] et [pe] traduisent une douceur désespérée

  • Sa douleur est alors immense




  1. L’hyménée après la mort :




  • Dans son envolée lyrique, Thisbé envisage ses noces avec Pyrame :

  • Par un discours où domine l’image de l’enlacement « embrassements »(V.22) et par l’allégorie « mêler nos âmes »

  • La répétition du mort « corps » (V.21-24) au début et à la fin de cette vision lui confère une certaine sensualité et mime l’ultime baiser des amants

  • Il en résulte que la mort même se teinte de douceur puisqu’elle est la promesse d’une réunification des amants « Pyrame sommeille » (V.25)



Conclusion :
Ainsi la fin de la tragédie laisse-t-elle deux morts sur scène. Ce gout du spectaculaire est à la mesure de la violence qu’à déployée Thisbé devant le corps de Pyrame et qu’explique son amour total. La cruauté du destin qui a ruiné cette passion absolue rend acceptable l’expression démesurée de Thisbé et poignant son désespoir.

Ce monologue témoigne ainsi d’une tendance du théâtre baroque qui n’hésite pas à porter à la scène des textes assez violents. Et baroque aussi cette démesure, cette façon d’être proche de ma mort et de la côtoyer avec délectation.

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