Le texte poetique





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3. Les sonorités



Ecrire un texte poétique c’est avant tout travailler sur des sonorités.

Les auteurs sont très attentifs à l’enchaînement des sonorités qui leur permet de prolonger et de nuancer le sens de leur texte.
Le travail sur les sonorités peut se rapporter à différents procédés :


  • procédés de répétition sonore




  • la rime est le retour d’un même son en fin de vers dans un poème.


« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue et que j’aime et qui m’aime

Et qui n’est chaque fois ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre et m’aime et me comprend. »


  • la rime intérieure est le retour d’un même son au milieu et en fin de vers.


« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant. » (répétition du son « en »)


  • l’allitération est le retour d’un même son formé par des consonnes identiques.


« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine)


  • l’assonance est le retour d’un même son formé par des voyelles identiques.


« Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. » (Racine)

Comment étudier les rimes ?
1. La richesse d’une rime dépend du nombre de sonorités qui riment entre elles et l’orthographe n’a aucune importance. Une rime se fonde uniquement sur la phonétique !


  • Certains mots ne riment que grâce à une seule sonorité identique : ces rimes sont dites « pauvres ».


Exemple :
« Que toujours dans vos vers le sens, coupant les mots

Suspende l’hémistiche, en marque le repos. » (Boileau)
La rime n’existe que par le seul son { o } : c’est une rime pauvre.



  • Certains mots riment grâce à deux sonorités identiques : ces rimes sont dites « suffisantes ».


Exemple :
«  Oui, j’accorde qu’Auguste a droit de conserver

L’empire, où sa vertu l’a fait seule arriver. » (Corneille)
La rime existe grâce aux sons { v + é } : c’est une rime suffisante.


  • D’autres mots, enfin, riment grâce à trois sonorités identiques ( et même plus) : ces rimes sont dites « riches ».


Exemple :
«  J’ai des peurs épouvantables

Pour trois lignes de sa main

Ses gants posés sur la table

Le chat noir sur mon chemin. » (Aragon)
La rime est ici faite sur les sons { t + a + b + l } (le « e » muet en fin de vers ne compte jamais)

soit sur 4 sonorités différentes : c’est une rime riche.
Notons que certaines rimes, qui sont pourtant des rimes suffisantes ou riches ne sont pas ainsi considérées car elles sont trop banales et ne prouve nullement le travail spécifique du poète, comme la rime suffisante :

amour / toujours

2 . Les rimes sont intéressantes aussi par leur place dans la strophe.


  • Elles peuvent se suivre d’un vers sur l’autre dans un quatrain, par exemple (strophe de 4 vers).





A

A
B

B

Ce sont des rimes plates


  • Elles peuvent se présenter de façon croisée dans un quatrain



A

B

A

B


Ce sont des rimes croisées



  • Elles peuvent aussi se présenter de façon « embrassée ».



A

B

B

A

Exemple de rimes plates
« Beau chevalier masqué, qui chevauche en silence (A)

Le malheur a percé mon vieux cœur de sa lance (A)

Le sang de mon vieux cœur n’a fait qu’un jet vermeil (B)

Puis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil (B). » Verlaine

Exemple de rimes croisées
« J’aimais les fées et les princesses (A)

Qu’on me disait n’exister pas (B)

J’aimais le feu et la tendresse (A)

Tu vois, je vous rêvais déjà (B). » Jacques Brel

Exemple de rimes embrassées
« Dures grenades entr’ouvertes (A)

Cédant à l’excès de vos grains (B)

Je crois voir des fronts souverains (B)

Eclatés de leurs découvertes (A). » Paul Valéry




Entraînez-vous !



  • Exercice n° 1 :


Lisez ce poème en prononçant bien les alexandrins (vers de 12 pieds).

« Ciel Brouillé » de Baudelaire



  1. On dirait ton regard d’une vapeur couvert ;

  2. Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)

  3. Alternativement tendre, rêveur, cruel,

  4. Réfléchit l’indolence et la pâleur du ciel.




  1. Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,

  2. Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés

  3. Quand, agités d’un mal inconnu qui les tord,

  4. Les nerfs trop éveillés raillent l’esprit qui dort.




  1. Tu ressembles parfois à ces beaux horizons

  2. Qu’allument les soleils des brumeuses saisons…

  3. Comme tu resplendis, paysage mouillé

  4. Qu’enflamment les rayons tombant d’un ciel brouillé !




  1. O femme dangereuse, ô séduisants climats !

  2. Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,

  3. Et saurai-je tirer de l’implacable hiver

  4. Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?



  • Exercice n° 2 :


Etudiez ce poème :
- Quel est son mètre ?

- Présentez sous formes de tableau la prononciation des vers.

- Quel est le nom de ce poème (à quelle forme appartient-il ?)

- Faites l’étude des rimes de ce poème : sont-elles riches, pauvres ou suffisantes ? Sont-elles plates,

croisées ou embrassées ?


« Les Conquérants » de José Maria de Hérédia


  1. Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

  2. Fatigués de porter leurs misères hautaines,

  3. De Palos de Moguer, routiers et capitaines

  4. Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.




  1. Ils allaient conquérir le fabuleux métal

  2. Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

  3. Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

  4. Aux bords mystérieux du monde occidental.




  1. Chaque soir espérant des lendemains épiques,

  2. L’azur phosphorescent de la mer des tropiques

  3. Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;




  1. Ou, penchés à l’avant des blanches caravelles,

  2. Ils regardaient monter en un ciel ignoré

  3. Du fond de l’océan des étoiles nouvelles.




Corrigés des exercices


Exercice n° 1 :


  1. On - di - rait - ton - re - gard - d’u - ne - va - peur - cou - vert ;

  2. Ton - œil - mys - té - ri - eux - (es - t-il - bleu - gris - ou - vert 

  1. Al - ter - na - ti - ve - ment - ten - dre - cru - el

  2. Ré - flé - chit - l’in - do - len - c(e)et - la - pa - leur - du - ciel




  1. Tu - rap - pel - les - ces - jours - blancs - tiè - des - et - voi --lés

  2. Qui - font - se - fon - dr(e)en - pleurs - les -- cœurs - en - sor - ce - lés

  3. Quand - a - gi - tés - d’un - mal - in - con - nu - qui - les - tord

  4. Les - nerfs - trop - é - veil - lés - rail - lent - prit - qui - dort




  1. Tu - res - sem - bles - par - fois - à - ces - beaux - ho - ri - zons

  2. Qu’al - lu - ment - les - so - leils - des - bru - meu - ses - sai - sons

  3. Com - me - tu - res - plen - dis - pa - y - sa - ge - mouil - lé

  4. Qu’en - flam - ment - les - ray - ons - tom - bant - d’un - ciel - brouil - lé




  1. O fem - me - dan - ge - reu - se, ô - sé- dui- sant s - cli - mats

  2. A - do - re - rai - je - aus - si - ta - nei - g(e)et - vos - fri - mas

  3. Et - sau - rai - je - ti - rer - de - l’im - pla - ca- bl(e) hi - ver

  4. Des - plai - sirs - plus - ai - gus - que - la - gla - c(e)et - le - fer ?


Exercice n° 2 :
 Quel est son mètre ? Les vers de ce poème sont des vers de 12 pieds, donc des alexandrins.
 Prononciation des ces vers :




1


2


3


4


5


6



7



8



9


10


11


12


1



com


m(e) un


vol


de


ger


fauts


hors


du


char


nier


na


tal



2



fa


ti


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de


por


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hau


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de


Mo


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5



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6



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rit


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a


li


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8



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mon


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9



cha


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10



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pho


res


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tro


piqu(e)s


11



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14



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de


l’o





an


des


é


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les


nou


vell(e)s



 Ce poème, formé de deux quatrains et de deux tercets, poème à forme fixe est un sonnet.


Etude des rimes :



  1. Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

  2. Fatigués de porter leurs misères hautaines, rimes embrassées

  3. De Palos de Moguer, routiers et capitaines

  4. Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.




  1. Ils allaient conquérir le fabuleux métal

  2. Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

  3. Et les vents alizés inclinaient leurs antennes rimes embrassées

  4. Aux bords mystérieux du monde occidental.




  1. Chaque soir espérant des lendemains épiques,

  2. L’azur phosphorescent de la mer des tropiques rimes plates

  3. Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;




  1. Ou, penchés à l’avant des blanches caravelles,

  2. Ils regardaient monter en un ciel ignoré rimes croisées

Du fond de l’océan des étoiles nouvelles

natal / brutal  rime T + A + L : 3 sonorités : rime riche

hautaines / capitaine  rime T + AI + N (E muet final non prononcé) : 3 sonorités : rime riche
métal / occidental  T + A + L : 3 sonorités : rime riche

lointaines / antennes  T + EN + N (E muet final non prononcé) : 3 sonorités : rime riche
épiques / tropiques  P + I + QU (E muet final non prononcé) : 3 sonorités : rime riche

doré / ignoré  O + R + E : 3 sonorités : rime riche
caravelles / nouvelles  V + E + L (E muet final non prononcé) : 3 sonorités : rime riche

Leçon 2 :

LES FIGURES DE STYLE



Celui qui écrit n’est pas forcément u n écrivain !
Seul celui qui travaille sur le style est un écrivain…
Il faut comprendre ce travail et l’analyser afin de faire une bonne étude du texte. Imaginez qu’un ébéniste vous demande votre avis sur le meuble qu’il vient de construire…
Quel avis pourriez-vous donner si vous ne connaissez rien au travail du bois ?
Vous pouvez tout juste dire si ce meuble vous plait ou ne vous plait pas ! Vos seuls arguments seraient d’ordre intuitif et vous ne pourriez rien prouver !
En revanche, si vous connaissez les difficultés qu’il y a à travailler le bois vous pourrez faire des remarques intéressantes et pertinentes du style :


  • ce meuble a été fait dans un bois difficile à travailler, il a donc nécessité de nombreuses heures laborieuses !

  • ce meuble ne présente que des lignes faciles à exécuter et, si il semble à l’œil du néophyte complexe, il est en réalité simple et ne vaut pas grand chose.


La connaissance des figures de style permet de mieux comprendre le travail de l’écrivain et donc de mieux l’apprécier !

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