Le texte poetique





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2. Formes poétiques




On appelle Formes Fixes les types de poèmes dont la composition est régie par des règles d’écriture précises.

On appelle Formes libres les poèmes qui trouvent leur unité par d’autres moyens, comme le travail sur le vocabulaire ou sur la syntaxe


2.1. Les formes fixes






2.1.1. Le Sonnet



« C’est un poème à forme fixe de 14 vers, composé de 2 quatrains (strophes de 4 vers) et de 2 tercets (strophes de 3 vers), en alexandrins (vers de 12 pieds) ou en décasyllabe (vers de 10 pieds).
Ce type de poème est apparu en Italie avec le poète Pétrarque au XIVème siècle et il connaît son âge d’or en Europe, à la Renaissance (XVI) et au XVIIème siècle. Les romantiques le renouvellent au XIXème siècle et il est encore très utilisé au XXème siècle malgré le développement des formes libres. Les poèmes qui utilisent le plus souvent le sonnet sont :


  • Du Bellay et Ronsard au XVIème siècle

  • Baudelaire écrit 44 sonnets dans les Fleurs du Mal au XIXème siècle

  • Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Nerval au XIXème siècle

  • Valéry au XXème siècle.



 Les thèmes d’inspiration sont essentiellement lyriques : l’amour, la nostalgie, la mort, l’expression des sentiments et des émotions.



Je me plains à mes vers si j’ai quelque regret ;

Je me ris avec eux, je leur dis mon secret,

Comme étant de mon cœur les plus sûrs secrétaires…
Du Bellay Les Regrets


 Les règles d’écriture sont les suivantes :


  • La disposition des rimes dans les quatrains doit présenter une succession de rimes embrassées : ABBA / ABBA et dans les tercets, la disposition doit être du type CCD / EDE ou EED.



  • Les rimes doivent être féminines et masculines en alternance.




  • Ce cadre rigide oblige le poète à organiser rigoureusement son propos, de façon très structurée, dans une sorte de « géométrie logique ». C’est pourquoi les parallélismes, les oppositions, les liens logiques abondent. Beaucoup de poèmes de Ronsard (XVI) ou de Du Bellay (XVI) sont organisés autour d’une comparaison qui se développe parfois sur une seule longue phrase.



Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur,

rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, (…)
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté

La Parque t’a tuée et cendre tu reposes.
Ronsard Les Amours de Marie



Ainsi l’idée épouse étroitement la forme. Le passage des quatrains aux tercets marque souvent une rupture dans les propos et dans la forme.


  • La « chute » ou pointe est réservée aux derniers vers et elle met en relief l’idée centrale en créant un contraste, une surprise ou en faisant écho au premier vers.




Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme celui-là qui conquit la Toison,

Et puis est retourné, plain d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas ! De mon petit village

Fumer la cheminée ? Et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province et beaucoup davantage ?
Plus me plait le séjour qu’ont bâti mes aïeux

Que palais romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur, me plait l’ardoise fine,
Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin, la douceur angevine.
Du Bellay Les Regrets 1558




2.1.2. La Fable




«  C’est un court récit en vers ou en prose, accompagné généralement d’une moralité, qui met souvent en scène des animaux qui figurent des hommes ».
Ce genre existe depuis l’antiquité avec Esope et Phèdre et connaît son âge d’or au XVIIème siècle avec La Fontaine, qui utilise avec génie toutes les ressources du langage et de l’alternance des vers.

En développant diverses maximes de morale individuelle, il fait de la fable une arme de satire sociale ou l’instrument de confidences personnelles. Il lui a donné la double fonction d’instruire et d’amuser.

De nombreux auteurs s’y sont essayés jusqu’à nos jours.



Deux amis vivaient au Monomotapa :

L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre :

Les amis de ce pays là

Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,

Et mettait à profit l’absence du soleil,

Un de nos deux amis sort du lit en alarme :

Il court chez son intime, éveille les valets :

Morphée avait touché le seuil de ce palais.

L’ami couché s’étonne ; il prend sa bourse et s’arme ;

Vient trouver l’autre et dit : il vous arrive peu

De courir quand on dort ; vous me paraissez homme

A mieux user du temps destiné pour le somme :

N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?

En voici. S’il vous est venu quelque querelle,

J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point

De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle

Etait à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?

_ Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :

Je vous rend grâce de ce zèle.

Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;

J’ai craint qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.

Ce maudit songe en est la cause.
Qui d’eux aimait le mieux, que t’en semble, Lecteur ?

Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.

Qu’un ami véritable est une douce chose !

Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

Il vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même.

Un songe, un rien, tout lui fait peur

Quand il s’agit de ce qu’il aime.

La Fontaine Les Deux Amis 1678







2.1.3. La Ballade



«  Dans sa forme traditionnelle, la ballade, « chanson de danse », se compose de :



  • 3 strophes de 7 à 10 octosyllabes sur 3 ou 4 rimes disposées généralement selon le schéma ABAB / BCBC. Il arrive que le nombre de vers et le nombre de syllabes soient les mêmes, d’où une forme très géométrique du poème.




  • Un envoi égal à une demi-strophe, qui termine le poème et précise à qui il est « envoyé » : Dieu, le roi, un prince…




  • Un refrain constitué par la répétition du dernier vers de chaque strophe et celui de l’envoi.



La Ballade est très usitée au Moyen Age, où elle est souvent mise en musique. Parmi les plus connues, on peut citer la Ballade des Pendus et la Ballade des Dames du Temps Jadis de François Villon.

Au XIXème siècle, les poètes romantiques la remettent au goût du jour en l’adaptant librement. Ce genre reste très vivant dans les pays anglo-saxons et scandinaves (notamment les Ballades Irlandaises). Beaucoup de chansons populaires prennent le nom de « Ballades ».



Dites-moi où, dans quel pays

Est Flora la belle romaine

Alcibiade ou bien Thaïs

Qui fut sa cousine germaine

Echo qui parle quand bruit on mène

Dessus rivière ou sur étang

Qui beauté eut trop plus qu’humaine

Mais où sont les neiges d’antan ?
Où est la très sage Héloïse

Pour qui châtré fut et puis moine

Pierre Abélard à Saint-Denis ?

Son amour lui valut ce malheur

Et tout de même où est la reine

Qui commanda que Buridan

Fut jeté en un sac en Seine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?
La reine Blanche comme un lis

Qui chantait à voix de sirène

Berthe au grand pied, Béatrice, Alice

Arembourgis qui tint le Maine

Et Jeanne la bonne lorraine

Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ?

Où sont-elles, Vierge souveraine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?
Prince, ne cherchez pas de la semaine

Où elles sont, ni de l’année

De peur que je ne vous ramène à ce refrain

Mais où sont les neiges d’antan ?
François Villon Ballade des Dames du Temps Jadis




2.1.4. Le Rondeau




« Lié au chant et à la danse (« rondeau » vient du mot « ronde ») il est composé de 2 ou 3 strophes et d’un refrain de 2 à 8 vers placé au début et repris en totalité ou en partie au milieu et à la fin du poème. Cette reprise, quand elle est courte, confère un rythme dansant au poème.».
C’est une des formes poétiques fixes les plus anciennes. Très usité au Moyen Age, surtout par François Villon, il présente de nombreuses variantes, dont le « rondel ».



Le Temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

Et s’est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.
Il n’y a bête ni oiseau

Qu’en son jargon ne chante ou crie :

« Le Temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie ».
Rivière, fontaine et ruisseau

Portent, en livrée jolie,

Gouttes d’argent d’orfèvrerie ;

Chacun s’habille de nouveau :

Le Temps a laissé son manteau.
Charles d’Orléans Le Printemps





2.1.5. La Chanson



« C’est un poème musical de forme et d’intention variées. Elle se compose de strophes et de refrains.».
Très ancienne, la chanson est présente à toutes les époques du Moyen Age à nos jours, et dans toutes les occasions :


  • Chanson courtoise de l’amant parfait

  • Chanson de toile que chantaient les femmes en tissant la toile

  • Chanson de croisade au Moyen Age

  • Chanson de marins

  • Chanson à boire

  • Chanson révolutionnaire et engagée.


E

Oh là là la vie en rose
Le rose qu’on nous propose

D’avoir des quantités d’choses

Qui donnent envie d’autre chose

Allez on nous fait croire

Que le bonheur c’est d’avoir

De l’avoir plein nos armoires

Dérision de nous dérisoire
Car

Foule sentimentale

On a soif d’idéal

Attiré par les étoiles les voiles

Que des choses pas commerciales

Foule sentimentale

Y faut voir comme on nous parle

Comme on nous parle
Il se dégage

Des ces cartons d’emballage

Des gens lavés hors d’usage

Et tristes et sans aucun avantage

On nous inflige

Des désirs qui nous affligent

On nous prend faut pas déconner

Dès qu’on est né pour des cons alors qu’on est
Une foule sentimentale

Avec soif d’idéal…

Comme on nous parle
On nous Claudia Schiffer

On nous Paul-Loup Sullitzer

Ah ! le mal qu’on peut nous faire

Et qui ravagea la mouquère

Du ciel dévale

Un désir qui nous emballe

Pour demain nos enfants pâles

Un mieux un rêve un cheval

Alain Souchon Foule Sentimentale 1993

lle est aujourd’hui considérée comme un art populaire. Une certaine ambiguïté s’est créée à propos su statut de la chanson, puisque ce nom est donné à certains des plus beaux poèmes de la littérature (Chanson du mal-aimé de Guillaume Apollinaire) comme aux « tubes » les plus ordinaires.

2.2. Les formes libres
«  Ce sont des poèmes qui ne suivent pas les règles des formes fixes.».


  • Comme leur nom l’indique, les formes libres sont libres et donc indéfinissables.

Caractéristique de la poésie dite moderne, cette liberté dans la forme du poème va de pair avec la volonté des poètes de se dégager de toutes les contraintes de la versification, et ce dès le début du XIXème siècle. La première contrainte transgressée est la contrainte des rimes. Notons toutefois que cette évolution s’est faite lentement ; la rime n’a pas été abandonnée du jour au lendemain. Le nombre de strophes, leur composition, la longueur des vers sont choisis par le poète en fonction de l’idée qu’il développe, du rythme qu’il souhaite imprimer à son poème, en toute liberté, mais pas au hasard.

En fait, le poète se donne d’autres contraintes que celles d’un cadre pré-établi. Ce sont celles, par exemple, d’une structure syntaxique ou lexicale qui se répète ou s’oppose à une autre.



Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là

Et tu marchais souriante

Epanouie ravie ruisselante

Sous la pluie

Il pleuvait sans cesse sur Brest

Et je t’ai croisée rue de Siam

Tu souriais

Et moi je souriais de même

Rappelle-toi Barbara

Toi que je ne connaissais pas

Toi qui ne me connaissais pas

Rappelle-toi

Rappelle-toi quand même ce jour-là

N’oublie pas

Un homme sous un porche s’abritait

Et il a crié ton nom

Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie

Ruisselante ravie épanouie

Et tu t’es jetée dans ses bras

Rappelle-toi cela Barbara

Et ne m’en veux pas si je te tutoie

Je dis tu à tous ceux que j’aime

Même si je ne les ai vus qu’une seule fois

Je dis tu à tous ceux qui s’aiment

Même si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara

N’oublie pas Cette pluie sage et heureuse

Sur ton visage heureux

Sur cette ville heureuse

Cette pluie sur la mer

Sur l’arsenal

Sur le bateau d’Ouessant

Oh Barbara

Quelle connerie la guerre

Qu’es tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang

Et celui qui te serrait dans ses bras

Amoureusement

Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara

Il pleut sans cesse sur Brest

Comme il pleuvait avant

Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé

C’est une pluie de deuil terrible et désolée

Ce n’est même plus l’orage

De fer d’acier de sang

Tout simplement des nuages

Qui crèvent comme des chiens

Des chiens qui disparaissent

Au fil de l’eau sur Brest

Et vont pourrir au loin

Au loin très loin de Brest

Dont il ne reste rien.

  • Le poète peut donner à son poème la forme d’un dessin qui entretient un rapport de sens avec le texte.




  • C’est Guillaume Apollinaire qui a donné à cette pratique le nom de « calligramme », mot forgé à partir des racines grecques Kalos = beauté et gramma = lettre. Il faut que d’un seul regard, on puisse lire l’ensemble d’un poème, comme un chef d’orchestre lit d’un seul coup les notes superposées dans la partition, comme on voit d’un seul coup, les éléments plastiques et imprimés d’une affiche.

Douces figures poi Chères lèvres fleuries

MIA MAREYE

YVETTE LORIE

ANNIE ET TOI MARIE

Où êtes-

Vous ô

Jeunes filles

mais

près d’un

jet d’eau qui

pleure et qui prie

cette colombe s’extasie
A lire ainsi :
Douces figures poignardées, chères lèvres fleuries

Mia, Mareye, Yvette, Lorie, Annie et toi Marie

où êtes-vous, ô jeunes filles ?

Mais, près d’un jet d’eau qui pkeure et qui prie

cette colombe s’extasie.

DANS

FLETS CE

RE MI

LES ROIR

SONT JE

ME SUIS

COM EN

NON CLOS

ET VI

GES VANT

AN ET

LES VRAI

NE COM

GI ME

MA ON

I


A lire ainsi :
Dans ce miroir je suis enclos vivant

Et vrai comme on imagine les anges

Et non comme sont les reflets.

Q
L R U M R
ES OIS I EU ENT
TOUR A TOUR
RENAISSENT AU CŒUR DES POETES

A lire ainsi :
Les rois qui meurent tour à tour

Renaissent au cœur des poètes

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