Éléments pour une séquence d'initiation au processus de création chez Flaubert





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Sylvie Cadinot-Romerio

Académie de Créteil

Formatrice en charge du stage sur les œuvres au programme de Littérature

Lycée Alfred Nobel de Clichy-sous-Bois


Éléments pour une séquence d'initiation au processus de création chez Flaubert

(« Lire – écrire – publier »)
La genèse des amours d’Emma

Préambule
Nous présentons dans ce document une séquence didactique qui est destinée aux élèves de Terminale littéraire mais qui a été rédigée à l’attention des professeurs afin qu’ils puissent y puiser ce qu’ils estimeront utiles à leurs cours.

Cette séquence a plusieurs objectifs. Le premier est d’éveiller la curiosité des élèves à l’égard de l’abondant avant-texte de Madame Bovary et de les impliquer dans son étude en leur posant un problème qu’il permet de résoudre. Le deuxième est de leur proposer un parcours au sein des documents de genèse numérisés par l’équipe du Centre Flaubert de Rouen, un parcours balisé afin qu’ils ne se perdent pas dans leur exploration : nous les invitons à analyser d’abord les brouillons puis les plans et scénarios de quatre scènes qui sont liées les unes aux autres. Enfin, le troisième objectif est de les initier à la fois aux méthodes de la critique génétique et au processus de création de Flaubert.

Introduction
Les œuvres de Flaubert se prêtent particulièrement bien à l’approche de la création que recommande le domaine d’étude « Lire-écrire-publier » en raison de la masse importante d’archives manuscrites qui ont été conservées par l’auteur lui-même1 puis léguées par sa nièce Caroline Franklin-Grout à la Bibliothèque municipale de Rouen et à la Bibliothèque Nationale. Le dossier génétique de Madame Bovary comporte ainsi 46 feuillets de plans et scénarios, 1793 feuillets de brouillons2, deux manuscrits pré-éditoriaux (la mise au net autographe, sa copie allographe), soit environ 4300 pages. Ces documents sont en outre particulièrement significatifs : « représentatifs, selon Yvan Leclerc, de l’ensemble d’un processus créatif dans ses multiples phases d’élaboration »3.

Cependant, si le laboratoire de l’écrivain Flaubert est accessible, son exploration est difficile ; elle exige d’être « armé d’un dispositif notionnel et d’un savoir4». En effet, l’avant-texte d’une œuvre est un univers non seulement foisonnant mais complexe5, hétérogène et mouvant : il comprend des notes, des plans, des croquis, des esquisses, des brouillons, des mises au net ; ces différents états rédactionnels peuvent se trouver sur la même page et comporter plusieurs sortes de ratures et d’ajouts, entre les lignes, dans les marges, en bas de page, … ; en outre, l’ensemble, une fois classé, ne présente pas une simple succession d’étapes vers le texte final, il faut prendre en compte le mouvement de l’écriture qui est réversible, hésitant, imprévisible,…

Les brouillons et les documents de genèse le démontrent à chaque page, presque à chaque ligne : le plus petit geste d’écriture (le choix d’un mot, une rature, un ajout, un déplacement) est toujours déterminé par la coexistence de plusieurs exigences simultanées, exigences hétérogènes qui, séparées, pourraient alimenter autant d’interprétations distinctes ou même divergentes, mais qui, dans l’œuvre à l’état naissant, sont strictement solidaires et doivent être étudiées comme telles. Pour la génétique, c’est cette solidarité qui constitue « la réalité » structurale de l’écriture6.
Comment faire désirer aux élèves l’étude d’un objet aussi difficilement lisible et interprétable, notamment aux élèves qui auront rencontré des difficultés à comprendre cet objet unique et stable que constitue le texte du roman tel qu’il a été établi par la tradition7?

On pourra sans doute compter sur leur curiosité pour les mécanismes de la création, sur leur familiarité avec la textualité numérique (qui se caractérise précisément par sa mobilité et sa complexité rhizomatique) et sur leur goût de la navigation puisqu’ils auront à consulter le dossier génétique de Madame Bovary dans son édition numérisée sur les sites du Centre Flaubert de Rouen, le Site Bovary ou L’Atelier Bovary. Cependant pour l’exploration qu’on leur demandera de faire, il ne suffit pas de savoir naviguer ; il faut distinguer des itinéraires, saisir leur cohérence, en induire les démarches propres à l’écriture flaubertienne, ses enjeux esthétiques, relire l’œuvre à la lumière de cette étude, ...

Un moyen pour susciter l’intérêt des élèves vis-à-vis des documents de genèse est de les inviter à y chercher la résolution d’un problème, par exemple un problème d’interprétation. Une des ambitions de la critique génétique est en effet de servir de « garde-fou8 » aux interprètes de l’œuvre et même de « procédure de validation critique » « pour évaluer par les manuscrits les hypothèses interprétatives formulées à partir du texte9» et remettre en cause « celles qui sont en contradiction flagrante avec ce que nous disent les brouillons10 ». Or Madame Bovary a provoqué un conflit d’interprétations déterminant à la fois dans l’histoire de sa réception et dans celle de sa genèse puisqu’il a entraîné des remaniements du texte (Annexe1) : le conflit qui, lors du procès, a opposé Ernest Pinard et Jules Senard sur la « couleur générale » du roman, « lascive » pour l’un, « sévère » pour l’autre. Laquelle, de ses deux lectures contradictoires, est la plus pertinente ? Le dossier génétique du roman permet-il de trancher11? L’intérêt de cette question tient aussi à sa réponse : paradoxale. En effet, le lecteur le plus judicieux n’est pas le défenseur mais l’accusateur du roman, auquel on reconnaît même aujourd’hui une sensibilité littéraire, comme l’écrit Yvan Leclerc:
Pinard fut peut-être mauvais à l’audience ainsi que le dit Maxime Du Camp et Senard tout à fait magnifique, selon son client Flaubert12 ; il n’en reste pas moins que le sympathique plaidoyer moralisateur de la défense pourrait être signé Homais, et que seul le réquisitoire, tout anachronique qu’il paraisse, manifeste une vraie lecture littéraire par le trouble dont il témoigne et qu’il récuse tout à la fois13.
Un tel paradoxe a la vertu de rendre flagrant le risque d’erreur que comporte une position apriorique fondée sur l’antipathie ou la sympathie. Il oblige aussi à faire la part entre ce qui relève de la compréhension d’une forme et de ses effets, et ce qui relève de l’interprétation, mobilise un système d’idées ou de valeurs, dépend donc d’un horizon historique d’attente. Au milieu du XIXe siècle, cet horizon est moral et conduit à une appréciation des œuvres en fonction de leur pouvoir d’édification ou de corruption14. Ernest Pinard réprouve ainsi, paradoxalement, un roman aux effets duquel il est particulièrement réceptif15 ; quant Jules Senard, il le défend en lui déniant sa puissance suggestive et en le prétendant respectueux de l’esthétique moralisatrice officielle avec laquelle précisément il rompt16.
La séquence initiale que nous proposons porte sur un corpus de quatre fragments pris parmi ceux qui sont cités pour incriminer ou disculper Flaubert d’offense à la morale publique. Ils appartiennent à des scènes évoquant les amours d’Emma (Annexe 2) « Dans les bois » (texte A), « Sous la tonnelle » (texte B), « En fiacre » (texte C), dans Rouen devenue une nouvelle « Babylone », selon le mot d’un des brouillons (texte D). Les deux lectures du procureur et de l’avocat seront mises d’abord à l’épreuve des textes, puis à celle de leurs brouillons et enfin à l’épreuve des plans et scénarios où ils ont été programmés. On descendra ainsi progressivement de la strate de l’édition vers les strates de la rédaction puis de la conception. Ce sera l’occasion d’initier les élèves à l’analyse génétique de fragments, les textes A et B (Annexe 3), puis à l’analyse génétique d’une unité narrative, celle que forment les quatre textes, élaborés par Flaubert les uns en fonction des autres. Tout en impliquant les élèves dans la résolution d’un problème, ce cheminement leur fera découvrir non seulement les méthodes de la critique génétique mais surtout le processus de création propre à Flaubert : programmation, expansion et condensation.

Nous allons préciser les contenus des quatre étapes de cette séquence initiale (qui pourra se conclure sur une évaluation)

 
Plan
Corpus : les amours d’Emma Dans les bois, Sous la tonnelle, En fiacre, à Babylone

Problématique : l’étude des manuscrits de Flaubert permet-elle de départager les deux lectures contradictoires du procureur et de l’avocat, autrement dit de savoir lequel de ces deux lecteurs a le mieux saisi les intentions de l’auteur et compris son travail d’écriture ?

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