Problématique : Échec ou outil littéraire ?





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date de publication21.07.2019
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GROUPEMENT DE TEXTES : LES LIEUX COMMUNS

PROBLÉMATIQUE : ÉCHEC OU OUTIL LITTÉRAIRE ?

 http://www.lyc-levigan.ac-montpellier.fr/doc_pedagogie/espace_eaf/textes/extraits/lieux_comm/projet.htm
ORIGINES DE LA QUESTION ET DÉFINITIONS
«  Topos » (plur. « topoi » ; mot grec), « lieu commun », « poncif », « stéréotype », «  idée reçue », «  cliché », «  marronnier » (pour la presse), voire « carte postale » et « tarte à la crème » (en langage familier)... autant d’expressions différentes qui renvoient toutes à la même idée péjorative de modes de pensée ou d’expression automatiques, artificiels, sans originalité, de thèmes littéraires (ou non) plus ou moins rebattus...



Mais les deux premières expressions de cette liste n’ont pris leur caractère péjoratif que dans une époque relativement récente : en rhétorique classique, depuis l’antiquité, les topoi ou lieux communs étaient des modèles d’arguments généraux qui s’opposaient aux lieux spécifiques, réservés à certains domaines particuliers (sciences, droit, par exemple). Leur utilisation était faite dans le cadre de ce que les orateurs appelaient l’inventif, c’est-à-dire la recherche des idées, des arguments (donc le « fond »), alors que l’élocutio était l’expression par le style de ces lieux communs (donc la «  forme »). Dès l’époque classique, ces modèles tout faits ont été critiqués (par les logiciens de Port Royal, principalement) : l’adjectif « commun » dans l’expression « lieu commun » acquiert progressivement un sens péjoratif, celui d’idée vulgarisée, banale, de poncif : il reste donc employé pour le «  fond » et entre alors dans le vieux débat littéraire autour de la notion d’inspiration ! Ainsi, la transfiguration magique de la laideur ou de la pauvreté (dans le conte merveilleux), la réunion des amants à l’écart du monde extérieur (roman), le voyage initiatique (roman de formation), le clair de lune ou la solitude du poète (littérature romantique) sont considérés comme des lieux communs littéraires. Le mot « cliché », par ses références à l’idée de reproduction photographique à l’infini possible (comme auparavant le mot « poncif »), fut ensuite réservé à la « forme », à  l’expression stéréotypée et vulgarisée. Dans la mesure où vos professeurs de français s’évertuent à vous faire admettre que, dans un texte, l’idée et son expression forment un tout, pour tout simplifier, j’abandonnerai donc en cours ces distinctions formelles et emploierai le plus souvent ces expressions comme des synonymes – à l’exemple des dictionnaires ! J’indique ci-dessous, pour information, les définitions les plus simples relevées dans le Nouveau vocabulaire de la dissertation et des études littéraires (Hachette) et dans le Vocabulaire de l’Analyse littéraire (Dunod) pour le dernier mot :

- Cliché : Pensée ou expression devenue si banale qu’elle ressemble à une plaque d’imprimerie reproduite en d’innombrables exemplaires. Ex « une prairie émaillée de fleurs ; la couleur argentée de la lune. Syn. Banalité - Lieu commun - Poncif.

- Lieux communs : [J’ajoute : traduit du latin ; employé indifféremment à la place de topoi, mot grec] : idées générales auxquelles les rhéteurs rapportaient toutes les sources des raisonnements ; d’où, idées banales que tout le monde répète [...].

- Poncif :Travail banal, sans originalité, qui semble un décalque. Cf. Cliché - Lieu commun.

- Stéréotype : Expressions ou images solidement implantées dans la langue d’un auteur ou d’une époque. [J’ajoute : le stéréotype s’apparente donc parfois à ce qu’on appelle en explication de texte un « motif » ou un « leitmotiv » : ce mot ne renvoie donc pas systématiquement à l’idée péjorative de cliché. Ainsi, la récurrence de la métaphore de la flamme chez Racine n’est pas un cliché ou un lieu commun].
PROJET

Cette séquence a voulu rendre compte de l’évolution de l’attitude des écrivains par rapport à la notion de lieu commun ou de cliché : de l’ancien exercice d’école consistant à imiter et appliquer des modèles connus de tous (d’où l’importance de la connaissance de la notion d’intertextualité : ex. Bernardin de Saint-Pierre) à la prise de conscience du problème de l’inspiration et de l’originalité (moment de crise : recensement et traitement ironique du lieu commun chez G. Flaubert ; angoisse de la page blanche chez J. Renard) et, pour "boucler la boucle" (cliché !), retour au XXe siècle, sous d’autres formes, au lieu commun... comme nouvelle source d’inspiration et de création : le rêve de Flaubert, « un livre sur rien », enfin réalisé !
Ce groupement fait apparaître le langage comme un être vivant : pour qu’il y ait cliché, il faut, au préalable, qu’il y ait eu figure de style plus ou moins originale : c’est seulement le ressassement de la figure qui la rend progressivement banale. Beaucoup de figures dégénèrent en clichés (principalement les métaphores, les comparaisons, les hyperboles et les collocations, c’est-à-dire les mots qui s’appellent automatiquement, comme « amour / toujours », un « train d’enfer » etc.), parfois en catachrèses (un « bras de mer »). A l’initiative du mouvement surréaliste, les poètes vont créer, à partir de clichés, de nouvelles images originales, souvent grâce au procédé du zeugma (ou attelage) : ex. « Clair de terre » (Breton), « Deuil pour deuil » (Desnos) etc. Il existe donc une véritable « poésie » consciente du cliché (Cf. les extraits du XXe siècle, dans ce groupement), voire une «  poésie inconsciente » et populaire (Cf. le texte d’appui extrait des Brèves de comptoir, de Gourio, qui peut faire parfois penser à certaines répliques du théâtre de l’absurde, comme dans En attendant Godot de S. Beckett).

Le lieu commun relève aussi, d’une certaine manière, de toute une philosophie de la vie : il renvoie à une image de la société contemporaine de l’écrivain, à une sorte d’éternel humain. Employé à l’état inconscient, il remplit un vide qui trahit les mesquineries et la médiocrité d’une société (Cf. le discours du conseiller Lieuvain chez Flaubert ; l’Impure de G. des Cars). Parfois, sa logique de l’absurde (Les Brèves de comptoirs et l’extrait de R. de Obaldia) oblige à la remise en question des schémas tout prêts.

Enfin, conséquence de ce qui vient d’être dit, l’emploi conscient et au second degré du lieu commun peut être l’une des principales ressources de l’humour, voire de l’ironie. L’intertextualité et les références culturelles présupposées sont un appel direct à la complicité et à l’activité du lecteur (allant jusqu’au jeu avec Gotlib) pour l’élaboration du sens final du texte : l’humour et l’impression d’absurde sont le plus souvent créés par les effets de décalage entre l’expression et ce qu’on appelle «l’horizon d’attente» du lecteur, c’est-à-dire la manière dont ce dernier reçoit le texte en fonction de sa culture, de ses connaissances et de son état d’esprit au moment de la lecture (Cf. Queneau, Obaldia, Gotlib).
RECHERCHES.

En fonction des pistes qui viennent d’être données, les recherches portent sur les questions suivantes :

LISTE DES EXTRAITS.

Bernardin de Saint-Pierre, PAUL ET VIRGINIE : les avatars d’un topos de l’antiquité, le naufrage. Textes d’appui : Odyssée, chant V et Énéide, chant I. Lectures complémentaires conseillées : extraits du QUART LIVRE (XIX) de Rabelais et de CANDIDE de Voltaire.
Flaubert, MADAME BOVARY : premières dénonciations du poncif. Repérage des clichés dans les deux discours (le conseiller et Rodolphe). Les parties narratives n’ont pas à être étudiées. lectures conseillées : le rêve flaubertien du « livre sur rien » (LETTRE A LOUISE COLET), extraits de BOUVARD ET PÉCUCHET et du DICTIONNAIRE DES IDÉES REÇUES.
Maupassant, BEL-AMI : de la difficulté du métier de journaliste... L’échec de la rédaction du premier article de Bel-Ami. Texte d'appui : Breton, LE MANIFESTE DU SURRÉALISME, extrait où Breton dénonce le roman réaliste ("la marquise sortit à cinq heures"*) et s'en prend de manière cinglante à la description inutile (citation d'un extrait de "Crime et Châtiment" de Dostoïevski)... description qu'il remplacera par des photographies dans "Nadja".

* « La marquise sortit à cinq heures... » est une référence à Paul Valéry (1871-1945) : il citait ce type de phrase comme topique du roman balzacien qu'il jugeait dépassé ; selon lui il fallait maintenant inventer autre chose. C'est du moins le propos que lui prête André Breton, je cite : « Paul Valéry, à propos des romans, m'assurait qu'en ce qui le concerne, il se refuserait toujours à écrire : "La marquise sortit à cinq heures" » dans Le manifeste du surréalisme (1924).
Jules Renard, L'ÉCORNIFLEUR : l’écrivain aux prises avec les mots ; le topos de « l’angoisse de la page blanche » comme "coquetterie" littéraire ?
Guy des Cars, L'IMPURE : les lieux communs au premier degré comme substitut de l’inspiration ? Textes d’appui : extraits de lANTIMANUEL DE FRANÇAIS de Claude Duneton (qui a fourni l'idée du choix de ce texte) et extraits des BRÈVES DE COMPTOIR de Gourio.
Raymond Queneau, LES FLEURS BLEUES : le duc d’Auge et la jeune fille... La parodie d’une scène de rencontre et des clichés du conte merveilleux. Textes d'appui : Queneau, EXERCICES DE STYLE (le procédé de l'amplification).
René de Obaldia, DU VENT DANS LES BRANCHES DE SASSAFRAS : un pastiche de western. Document d’appui : « On se paie une toile », in RUBRIQUE-À-BRAC, de Gotlib, tome 3 : quelques imagettes, à lire séparément ou sous forme de diaporama, de l'incipit de ce chapitre "génial"...
ADDENDUM...

- Le champ du groupement est vaste... surtout du côté de la littérature parodique (les élèves, familiers des Guignols de l'Info, y sont très sensibles)... puisqu’il s’agit de bien repérer les tics de langage et de pensée d’un écrivain... Voir, sur la question de la parodie, les travaux de G. Genette.

- Pour information, depuis que j’ai fait ce travail en classe, j’ai remarqué ou appris :

- Que le topos du naufrage a été traité, comme groupement de textes, dans un numéro de l’ÉCOLE DES LETTRES (lycée).

- Que J. Boissinot, dans LE TEXTE ARGUMENTATIF, aborde le «topos du sage vieillard» (p. 134).

- Qu'il existe, chez Nathan-Université, un livre d'Amossy et Herschberg-Pierrot : STÉRÉOTYPES ET CLICHÉS...

- Qu'on peut varier à l'infini, bien sûr, le champ de recherche :

L'AMOUR, par exemple : les poncifs de la rencontre amoureuse, de la déclaration d'amour, des scènes de dépit amoureux ; l'étude des clauses de contrat de la collection Arlequin, de romans-photos, du courrier du coeur des magazines féminins ou autres...

Exemple, inverse, LA MORT : discours officiels ; peinture etc. Ou encore, dans le prolongement du texte de Madame Bovary.
LE LANGAGE POLITIQUEMENT CORRECT : cf. la récriture par James Finn Garner des contes de fées en politiquement correct et le livre de Fournier, Roger et le politiquement correct (illustré par Cabu). Ce nouveau mode d'expression fait des ravages dans les circulaires ministérielles, les ouvrages pédagogiques, les discours d'hommes politiques etc. Vous pouvez aussi consulter ici les TD sur le politiquement correct.

Y. Gouraud

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