Utopie dans le monde / hors du monde : «la plus belle nuit du monde»





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Séquence : Parlez-moi

d’amour !
Séquence élaborée par M. Alain Guerpillon, chargé de mission d'inspection, professeur agrégé au lycée Thiers à Marseille.
Corrigé des exercices
Avertissement
Les corrigés proposés ici sont à destination des professeurs dans le cadre de la préparation du cours. Ils ne constituent qu’une base de réflexion. Il faut ensuite réfléchir à la manière dont ce travail de préparation va nourrir le cours et à la démarche pédagogique à mettre en œuvre de façon à ce que le travail soit véritablement effectué avec les élèves. En aucun cas, les documents ne peuvent être dictés aux élèves ni se substituer au travail collectif de la classe.
Perspective d’ensemble :
La déclaration d’amour est un motif récurrent de la littérature romanesque, dont le romantisme a fait le moment privilégié d’une accession au sublime. Aussi est-ce ce motif dont s’emparent bien souvent les écrivains réalistes, pour le frapper de dérision au moyen de la voix distanciée du narrateur, et dénoncer ainsi ce qu’ils considèrent comme les illusions de l’idéalisme romantique. C’est dans cette perspective que s’inscrit aussi Zola ; seulement, plutôt que de recourir à la dérision, il entreprend de faire pénétrer au cœur même de la scène de déclaration amoureuse les thématiques caractéristiques du roman naturaliste. Il fait apparaître dans toute leur crudité les pulsions de vie et de mort qui habitent des personnages réduits au rang de simples jouets des forces de l’hérédité et du milieu social. C’est précisément là où le personnage romantique touchait enfin à l’absolu, que se manifeste le mieux, chez Zola, l’impossibilité d’échapper au déterminisme ; au lieu d’accéder à une transcendance, le personnage est ici rappelé à sa nature.


Lecture analytique du texte de Musset
La représentation de l’amour :

  • L’expression d’une passion partagée :

- l’isolement qui réunit les deux amants : « Quand la vieille dame se fut retirée »1

- thème constant « je », « elle »

- lexique de la passion : « volupté »8, « enivrait »8, « amour »15, 15-18

- marques de l’intensité : « la plus belle nuit du monde »3, « une clarté plus vive »4, « tout… si plein »13-14 + forme exclamative 

- jeu des sens : visuel : 4,8,…, tactile :5 ; 9 ; olfactif : 5

autoshape 3 2 subjectivités à l’unisson (« je »/ »elle » → « nous »8,9,10 ; « notre »15 ; « tous les deux »9, « ensemble »9 ; baiser décrit comme une harmonie des corps 15/17-18 : « « J’entourai de mon bras la taille … » / … ses lèvres tombèrent sur les miennes » ; adj. subj. : « tiède et embaumé»5, « tièdes  bouffées »9 → enivrement des sens

  • utopie (dans le monde / hors du monde : « la plus belle nuit du monde »3 ; « et l’univers fut oublié »18;

  • au-delà du langage : « en silence » 2

  • un décor : un moment : la nuit ; éléments du cosmos : terre (« charmilles »10) et ciel (la lune, les étoiles3 ; importance de la lune (3,11) :

  • le sublime : élévation (« je levai les yeux au ciel »8 ; « nous suivions au loin »10) vers une transcendance qui constitue un événement : passage au 1er plan « Bientôt, je levai les yeux moi-même »8 ; sacralisation de l’instant où l’éphémère rejoint l’éternité : « Je sentis qu’un hymne de grâces s’élevait dans mon cœur, et que notre amour montait à Dieu.»14-15 et où le réel s’efface : « et l’univers fut oublié »18

autoshape 5 moment fugitif où l’on prend conscience par l’approche d’un absolu du manque de notre existence : « Je me souvins d’un certain jour que j’avais regardé avec désespoir le vide immense de ce beau ciel ; ce souvenir me fit tressaillir ; », d’où l’étonnante expression de « volupté mélancolique » 8
Pour mieux comprendre l’expression « volupté mélancolique », voici ce qu’en dit Senancour dans la lettre XXIV de son roman Oberman :


Fontainebleau, 28 octobre, II.

«  Lorsque les frimas s’éloignent, je m’en aperçois à peine : le printemps passe, et ne m’a pas attaché ; l’été passe, je ne le regrette point. Mais je me plais à marcher sur les feuilles tombées, aux derniers beaux jours, dans la forêt dépouillée.

D’où vient à l’homme la plus durable des jouissances de son cœur, cette volupté de la mélancolie, ce charme plein de secrets, qui le fait vivre de ses douleurs et s’aimer encore dans le sentiment de sa ruine ? Je m’attache à la saison heureuse qui bientôt ne sera plus : un intérêt tardif, un plaisir qui parait contradictoire, m’amène à elle lorsqu’elle va finir. Une même loi morale me rend pénible l’idée de la destruction, et m’en fait aimer ici le sentiment dans ce qui doit cesser avant moi. Il est naturel que nous jouissions mieux de l’existence périssable, lorsque, avertis de toute sa fragilité, nous la sentons néanmoins durer en nous. Quand la mort nous sépare des choses, elles subsistent sans nous. Mais, à la chute des feuilles, la végétation s’arrête, elle meurt ; nous, nous restons pour des générations nouvelles : l’automne est délicieux parce que le printemps doit venir encore pour nous.

Le printemps est plus beau dans la nature ; mais l’homme a tellement fait, que l’automne est plus doux. La verdure qui naît, l’oiseau qui chante, la fleur qui s’ouvre ; et ce feu qui revient affermir la vie, ces ombrages qui protègent d’obscurs asiles ; et ces herbes fécondes, ces fruits sans culture, ces nuits faciles qui permettent l’indépendance ! Saison du bonheur ! je vous redoute trop dans mon ardente inquiétude. Je trouve plus de repos vers le soir de l’année : la saison où tout paraît finir est la seule où je dorme en paix sur la terre de l’homme. »
Lecture analytique du texte de Chateaubriand :
Un duo d’amour

Une double déclaration d’amour …

Un amour partagé ; l’enfermement dans le couple où chaque être ne vit que pour l’autre (8-9) :

lien 1ère et 2ème personnes

désignation laudative

polyptote : amour, aimer, amant

parallélisme des apostrophes

figure métonymique du cœur

qui révèle un amour impossible (les figures d’opposition)

- vocabulaire : contradiction, regret, apparent

- syntaxe : négation (31, 35), subjonctif à valeur d’irréél (31) ; temps des verbes (31-33) : le bonheur est rejeté dans le passé (imparfait et passé composé) et le malheur est lié au présent et au futur) ; coordination adversative et (5, 27, 31) 

- figures de style : antithèses (5 : joiedévorer ; 17

à travers une parole torrentueuse et poétique

- torrentueuse : périodes (Atala : 6-13 (anaphores et parallélismes) ; 27-35 ; Chactas : 23-26)

- poétique : images (comparaisons 7, 18, métaphore 23-24) ; périphrases (10), rythmes binaires (8-17 ; 31-32 avec amplification rythmique), rythme ternaire (15-16), prose musicale : 7-8 : 3/3/5/3/5/5/3/5/6/5.


Des êtres de passion

Une sensibilité exacerbée …

- lexique de la souffrance (noms : 26 douleur, 28 tourment, adjectifs :2, 32 triste, 17,34 affreux, affreuse, verbes :2 tressaillait, 4 effrayait, 8 frémis, 9 mourir…) 

- adverbes de dramatisation : 1 bientôt, 2 précipitamment, 4 surtout,

- Intensifs et hyperboles : 2 souvent, 5 toujours, 6 Que de fois, 8 toutes 32 si, 12 moins que ; 29 invincible, 31 suprême, 33 inexorable

- ponctuation expressive : exclamations (1, 7, 8, 13, 17, 26, 32, 34-35), interrogations (24, 32)

- impératifs : 25, 26

- vocabulaire abstrait (âme, cœur, pensée, espérances) qui exprime l’intériorité de l’âme : répétition de profondes (3 ; 29), au fond de (4) ; vocabulaire de la dissimulation (cacher 4, 24, 28 ; secret 28)

qui engendre une relation privilégiée avec la nature …

- correspondance entre le je et la nature dont les éléments s’inversent : « Tu es beau comme le désert »(7) ; « l’incendie s’étend comme une chevelure » (18)

- motif du feu (15-19) : une nature en feu pour dire l’embrasement de l’âme

- nature indéchiffrable (obscurité, chaos) qui exprime le secret que l’on ne peut révéler (mugissement confus, gémissement des arbres, hurlement des bêtes, bourdonnement de l’incendie) : nature qui souffre comme Atala.

qui fait naître une émotion partagée

- l’expression du pathétique : 1 Hélas !, 21 Quel tourment

- l’émotion est partagée par un double récepteur : Chactas (4 Ce qui m’effrayait surtout…) et le lecteur puisque la souffrance amoureuse se fait spectacle (17 : Quel affreux, quel magnifique spectacle)


La quête de l’Idéal

Des êtres d’exception …

- isolés : espace symbolique du refuge des deux amants : la forêt ; coupure avec le monde de la société : 29-30 ; le monde ne se réduit plus qu’aux deux amants (sans cesse auprès de moi … Passer ma vie à tes pieds)

- purs : la virginité (34) ; symbolique du feu et des larmes purificatrices ; innocence de leurs relations (Ô mon jeune amant 6 devient à la fin Mon jeune ami 27) ; recherche de la transparence 25 Ouvre-moi ton cœur … quand un ami regarde dans notre âme) ; sacrifice de soi (29-31)

en conflit avec le réel …

- vocabulaire guerrier (5 repoussant… détruisant, 27 combats, 29 invincible, 33 engloutir) ; motif de l’incendie.

- le heurt avec les institutions : la mère, la loi religieuse

- le thème du rêve : 31, 32

- l’échec final : contradiction, regret + forme négative finale (n’avoir pas été à toi) = amour spirituel et non charnel, amour des idées et des mots et non amour du corps physique. Le héros romantique ne s’intègre pas dans l’épaisseur du réel mais communique avec un au-delà (10 : les Esprits invisibles

et qui cherchent la fuite dans la mort

Perspective chrétienne du fait des périphrase : 33 l’éternité va m’engloutir … le Juge inexorable, 34 je vois avec joie ma virginité dévorer ma vie.

Synthèse : Le romantisme et le personnage romantique
Ce personnage qui se révèle être …


Un être de passion


Un être d’exception


Un être en conflit avec le monde

Un être insatisfait


- exaltation du moi

- exacerbation des émotions

- élans du cœur

- parole torrentueuse et lyrique


- pureté des sentiments

- souffrance qui grandit l’être et que le langage ne parvient pas à exprimer

- idéalisme : refuge dans le rêve

- vision poétique

- vision fantastique



- opposition et rupture avec les règles 

- solitude

- isolement dans la nature sauvage (montagne, désert, forêt)

- harmonie avec la nature sauvage (orage, vent, feu, torrent…)

- en opposition à la vision prosaïque du réel ressentie comme une souillure


- amour impossible

- déchirement, souffrance et mélancolie

- instabilité du moi : de l’enthousiasme à l’abattement

- volonté de fuir : hors de la société (désert), hors du monde (mort)

- quête d’un Absolu, d’un ailleurs (autre monde, autre vie, Dieu…)



est caractéristique de la vision du monde du romantisme. On le nommera personnage romantique.

Lecture analytique du texte de Flaubert :
Une scène romantique …

  • L’expression d’une passion partagée : 1er§ :

- l’isolement qui réunit les deux amants : « à l’écart »3 ; « au fond, tous les deux, cachés par l’ombre »9-10 ; comparaison « comme deux Robinsons »3-4

- thème constant « ils », pronom4 « leur », adj.« leurs »4,8 ; verbes pronominaux ( « se placer »1, « se coucher »2, « s’embrasser »3) ; juxtaposition des actions(1-3) = « vivre perpétuellement »(4)

- lexique de la passion : verbes : « se coucher »2, « s’embrasser »3 ; noms : « béatitude »4, « leurs désirs »8

- marques de l’intensité : « perpétuellement »4, « béatitude »4, « le plus magnifique de la terre »5, « ne…que »8

- jeu des sens : tactile « s’embrassaient »3 ; visuel « apercevaient »5, auditif « entendaient »6

2 subjectivités à l’unisson (« leur semblait 4 ; distorsion entre le lieu « petit endroit »4 et l’effet produit « le plus magnifique de la terre »5) qui transfigure le monde ; renaissance du monde : « n’eût commencé à »8


  • utopie (dans le monde / hors du monde : « comme deux Robinsons »3-4, « perpétuellement »4, « béatitude »4, « le plus magnifique de la terre »4, « la barque suivait le bord des îles »9 ;

  • au-delà du langage : « sans parler »10

  • un décor : éléments du cosmos : terre, eau, ciel ; quiétude d’un monde enivrant (la brise soufflant dans le feuillage »6, « clapotement doux dans l’eau »12 ; importance de la lune : passage au 1er plan (passé simple, « Une fois »13) : expression de la mélancolie et de la poésie 14 = aspiration à la transcendance → sublimation du réel : attitude habituelle d’Emma

  • une héroïne sublime : Emma se fait voix poétique, égérie lamartinienne (« voix harmonieuse et faible »16, apte à transcender la misérable condition humaine vouée à la disparition (« se perdait sur les flots »16, « le vent emportait… »16). La métamorphose d’Emma en figure sainte et sublime : « s’élargissaient », « l’amincissait », « la rendait plus grande »19-20, « elle réapparaissait tout à coup comme une vision… »21-22 ; mise en abyme par le chant lamartinien de la situation des deux amants qui incarnent l’amour éternel (la barque semble avancer toute seule comme dans le poème de Lamartine).


tournée en dérision

  • la présence du réel qui se superpose au décor : « Les avirons carrés sonnaient entre les tolets de fer »10, « la bauce »11. Chaque élément prosaïque est transformé par des marques de subjectivité : « comme un battement de métronome »(comparaison)11 ; « son petit clapotement doux » (hypallage)12. → deux visions sont donc à l’œuvre : celle du narrateur qui précise le cadre réel et celle des personnages qui transfigure ce réel à l’aune de leurs sentiments amoureux. Effet de discordance qui rend suspect la poétisation du réel qu’entraîne l’usage de l’image. Suspicion renforcée par le comparant « le métronome » : terme technique qui renvoie à un outil pour suivre un rythme musical et obtenir une harmonie. Le narrateur donne le sentiment que les personnages se mettent en condition pour accéder mécaniquement à une vision poétique.



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