Discours sur l’origine de l’inégalité entre les hommes





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Introduction :

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) est un philosophe du siècle des Lumières. Il fréquente le milieu littéraire et rencontre notamment Diderot, Condillac, Grimm, d’Alembert avec qui il se lie. Rousseau rédige des articles de musique pour l’Encyclopédie. À Paris également, il rencontre Voltaire en 1744 (avec qui il se brouillera plus tard).

En 1749, alors qu’il rend visite à Diderot emprisonné à Vincennes, il découvre dans le journal Le Mercure de France le sujet d’un concours organisé par l’Académie de Dijon et remporte le prix. Qui l’amène alors à rédiger le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, qui représente le début de l’œuvre philosophique de Rousseau. Dans cet essai, la thèse défendue par Rousseau est l’antagonisme entre la civilisation et la vertu.

Selon lui, l’inégalité entre les hommes est née de l’arrivée de la propriété et de la civilisation. Dans un passage, il nous explique notamment comment l’agriculture et la métallurgie ont brisé les rapports harmonieux qui existaient dans les sociétés primitives.

Problématique : comment Rousseau dénonce-t-il les rapports sociaux nés de la propriété ?


  1. L’analyse de la naissance de l’inégalité selon Rousseau




    1. Le récit d’une transformation importante dans l’histoire

  • Le premier paragraphe du texte est une phrase unique construite autour d’un adverbe d’opposition « mais » qui articule deux moments de l’histoire humaine.

  • La première partie de la période évoque un état de vie des hommes caractérisé par des activités individuelles à l’intérieur d’un groupe : « coudre des habits de peau », « tailler avec des pierres ».

  • La deuxième partie de la phrase annonce un changement brutal et rapide : « mais » , suivi de deux propositions de temps marquées par « dès que » et « dès l’instant que », qui marquent la fin de l’égalité et l’apparition de la propriété et du partage.

  • Le deuxième paragraphe explicite les sources de cette transformation : la découverte de l’industrie et de l’agriculture.

  • Thèse de Rousseau : La vie sauvage et ses activités individuelles garantissaient, tant qu’elle a duré, le bonheur des hommes. La mise en commun des compétences et des biens, la propriété, ont entrainés l’inégalité, et avec elle un ensemble de vices et de maux, dont le travail, l’esclavage et la misère, associés à l’agriculture.




    1. La vie sauvage ou le bonheur :

  • Ceux dont il parle au départ représentent des sociétés primitives, comme l’évoquent certains détails : « pierres tranchantes », « habits de peau »…

  • Description de ces peuples très méliorative : « libres, sains, bons et heureux » : le rythme quaternaire signale une vision uniquement positive.

  • Stade de bonheur et d’équilibre, de plaisir simples, et qui sert de référence pour mesurer l’éloignement de l’homme social par rapport à son origine naturelle.




    1. La critique de la division du travail

  • Les effets néfastes du partage : apparition de la propriété, disparition de l’égalité, notamment à travers l’utilisation des chiffres : « il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux », comme si l’on assistait à une forme de dénaturation des rapports normaux, avec l’arrivée de la propriété.

  • On voit très bien qu’avec le « fer » et « le blé », des métonymies qui renvoient à la métallurgie et l’agriculture, les rapports sociaux se modifient : vocabulaire du besoin : « utile », « secours », « nécessaire »…

  • Il use d’un vocabulaire très négatif : « sueur », « esclavage », « misère » et d’une image très forte qui mêle abstrait / concret : « misère germer et croître avec les moissons » pour mieux identifier le paradoxe d’une agriculture riche et de la pauvreté de la population.




  1. Un essai persuasif




    1. La mythification de la vie sauvage

  • Vision idyllique de l’époque primitive qui se nourrit des rêves de pastorale, ce qui se retrouve notamment dans l’allusion au « poète », et qui s’inspire du mythe antique de la succession des âges de l’humanité, de l’âge d’or jusqu’à l’âge de fer. Rousseau fait une sorte d’analogie entre la vision anthropologique de ces sociétés primitives, et le mythe de l’âge d’or et de l’Arcadie.

NB : dans les mythes, l'Arcadie, contrée sauvage, est devenue peu à peu le symbole d'un âge d'or rempli d'idylles entre bergers et/ou bergers et bergères, un monde riant où les pastorales auraient constitué le principal divertissement musical.

  • En cela, Rousseau se fait en quelque sorte le romancier du genre humain, il réécrit sa propre mythologie de l’aventure humaine. Ainsi on retrouve dans les « cabanes rustiques » un écho aux bergeries, et les instruments de musique évoquent aussi les occupations musicales des arcadiens, de même que leur goût pour les arts.

= paradis perdu : « perdu le genre humain » qui rappelle la chute de l’Eden.


    1. Une argumentation atypique

  • Rousseau rapproche de manière paradoxale les notions de civilisation et de perte du genre humain : dans la phrase « ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humaine », la conjonction de coordination « et » qui juxtapose les deux proposition a ici valeur de conséquence. L’agriculture et la métallurgie, qui sont généralement considérées comme des progrès, des évolutions importantes pour l’espèce humaine, apparaissent ici comme l’origine de la déchéance humaine.

  • Rousseau s’appuie d’abord sur un exemple a contrario : l’ignorance de l’agriculture chez les sauvages, restés à l’état de nature, barbares, donc heureux ; puis sur une preuve, les progrès de l’Europe dans le domaine de la civilisation grâce à sa double richesse en blé et en fer, et l’arrivée de l’esclavage et de la misère.

  • En même temps, on peut voir les limites de son argumentation : pas de contexte historique défini, des liens de causalité discutables, et une vision des sociétés primitives complètement subjective.




    1. La puissance oratoire du texte

  • Malgré ces restrictions, le texte est très persuasif grâce à une période oratoire dès la première ligne du passage.

Il s’agit d’une double période : d’abord marquée par « tant que » x 3 puis « ils vécurent… » et mais « dès » x2 puis « l’égalité disparut ».

  • Protase : description idyllique des sociétés primitives / apodose : avec la propriété, description négative des rapports sociaux.

  • Rousseau regroupe en une seule phrase de nombreuses idées, ce qui lui permet de dresser devant l’imaginaire du lecteur le flux de l’histoire humaine, de montrer l’humanité qui bascule dans le malheur.


Conclusion : dans ce texte, fondamental pour comprendre la pensée de Rousseau, on découvre sa vision pessimiste de la société humaine, et des rapports des hommes entre eux. On peut aussi découvrir la maîtrise parfaite par cet auteur de l’art du discours qui s’appuie autant sur des images fortes que sur une savante organisation des idées.

Séance 7 : Analyse du film de François Truffaut, L’enfant sauvage

Support : le DVD de l’Enfant sauvage de Truffaut

Durée : 2h

Objectifs : découvrir comment se développe l’homme en dehors de la société. Interroger les notions de sauvagerie et de civilisation.
Un film de François Truffaut (1969, noir et blanc), scénario de François Truffaut et Jean Gruault, d'après Mémoire et rapport sur Victor de l'Aveyron de Jean Itard (1806), avec François Truffaut (docteur Itard) et Jean-Pierre Cargol (Victor),
Chapitres à montrer : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 15, 16.
Synopsis

chapitre

résumé

1

Découverte de l’enfant en 1798 : une femme qui ramasse des fruits. On le voit ensuite se déplacer dans la forêt, monter à un arbre et se balancer.

2

Des hommes le chassent, il tue un chien et finit par se faire débusquer dans un terrier. Son histoire, racontée par les journaux, est lue par Itard, un jeune médecin, qui veut alors « déterminer le degré d’intelligence et la nature des idées d’une jeune adolescent privé dès son enfance de toute éducation pour avoir vécu entièrement séparé de son espèce. »

3

L’enfant est enfermé dans une grange, il s’en échappe. Les gens l’observent, le traquent. Seul un homme parvient à s’en faire écouter. Itard raconte la suite de ses aventures : il est enfermé à la gendarmerie. Un homme veut le laver

4

Victor arrive à l’Institut des sourds et muets à Paris. Itard lit un article absurde qui évoque le sauvage « émerveillé par les beautés de la capitale ». Tout le monde veut le voir. Itard et un collègue l’auscultent Question : est-il sourd ? ils font l’inventaire de ses cicatrices. Pour Itard, son mutisme vient de son isolement.

5

Victor vit chez les Sourds et muets, il ne cesse de se cacher. Les parisiens défilent devant lui. Il dort par terre, se fait battre par les enfants. Itard veut l’enlever de l’institution. On le voit jouer sous la pluie. Itard ne pense pas qu’il est idiot, contrairement à son collègue, et veut faire son éducation.

6

Arrivée chez le docteur. Mme Guérin accueille Victor. Ils le nettoient et lui coupent les cheveux. Itard fait son éducation : la chaleur, la marche, la nourriture, les habits. Ce qui lui plait : ce sont toutes ses premières fois.

7

Mme Guérin lui allume la lampe. Il éternue pour la première fois. Itard met en place des rituels, pour les promenades : cane, chapeau. En voiture, il est très excité. Chez les gens, il voit le lait et tape sur l’armoire, puis il va jouer avec une brouette. Chez Itard, il met le couvert. Il tend une soupière à Mme Guérin pour lui dire qu’il a faim.

Itard cache une noix sous un verre et fait le jeu du bonneteau. Retourné à la maison il tape sur le meuble pour avoir du lait. Itard lui montre comment tourner la clef. Victor casse le bol et est envoyé dehors. Il cherche quelqu’un pour le promener en brouette.

8 (41 minutes)

Itard continue son éducation. Il le fait jouer au bonneteau. difficulté de Victor à se concentrer alors qu’il voit l’extérieur.

9

Il est baptisé Victor, et Itard et Mme Guérin lui font travailler le son « o ». Ils le poussent aussi à dire « lait » : il amène son écuelle à la maison de campagne. Victor dit le son « lait » après qu’on lui en ait donné.

10

Itard travaille sur les sons avec Victor : diapasons, tambour, etc.

11

Victor écosse les petits pois avec Mme Guérin. Itard utilise le goût de Victor pour le rangement, il dessine des ciseaux et une clef et lui demande de mettre les objets à leur place. Il lui fait faire des exercices avec les outils. Victor se place toujours à la fenêtre pour boire. Victor s’en va pour monter dans un arbre. Quand Itard enlève le dessin des objets et garde seulement, les lettres, Victor fait une crise.

12

Question sur l’avenir de Victor : Itard se rend à Paris mais n’est pas reçu. Pour certains, Victor reste un enfant retardé. Itard le fait toujours travailler sur ses lettres, et quand il s’énerve, il le met dans le cabinet noir.

Victor pleure pour la première fois.

13

Itard lui apprend à mettre les lettres « lait » sur la table pour avoir le liquide. Au moment de partir pour la campagne, Victor retourne prendre les lettres, et les montre à la dame pour avoir du lait.

Itard lui apprend montrer sur ses doigts les voyelles, les yeux bandés, il rit, pleure. Victor joue sous la lune dans le jardin et se balance.

14

Arrivée d’un cavalier qui apporte une lettre qui confirme le placement de Victor chez Itard

15

Victor crayonne, et copie les lettres des mots dessinés par Itard. Il invente pour le médecin un porte-craie. Itard montre les objets et Victor va les chercher.

Itard fait l’expérience du sens de la justice de Victor.

16

Itard est malade et n’emmène pas Victor en sortie. Il s’enfuit et part dans la forêt, dort par terre. En tentant de voler, il se fait poursuivre, et finit par rentrer chez le docteur. Il monte les escaliers



Éléments pour guider l’analyse du film1 :


  • Les évolutions de l’enfant sauvage au fur et à mesure du film.

Victor est d'abord un être perché, puis terré, puis capturé. C'est une chute dont Itard va entreprendre de le relever. L'enfant sauvage parcourt un mouvement ascendant dans la maison d'Itard ; à la fin il est au premier étage, en haut de l'escalier ; entre l'arbre et l'escalier l'ascension a changé de nature, elle est devenue sociale et Victor n'arrive plus à grimper aux arbres (gain ou perte irrémédiable ?).

Victor va suivre un processus d'enracinement social. Il devient à peine plus homme, objet manipulé entre les mains de la science, objet sur la table d'examen. Son histoire vécue est résumée par les cicatrices que porte son corps. Le film n'adopte d'ailleurs jamais son point de vue ; il reste un objet pour la caméra, fondamentalement étranger à la vie en société, qu’il ne parvient pas vraiment à intégrer.


  • Ce qui caractérise la vie sauvage et la vie civilisée.

La nature : terre, feuilles, champignons, bois de châtaigniers, fougères, ruisseau, pluie, soleil lune, eau, lait, la marche à quatre pattes

La vie civilisée : objets et meubles de la maison, lettres, accessoires de cuisine, baignoire, station droite, le feu qui connote la civilisation avec la bougie et la braise.


  • Itard et la réalisation de son projet. Ses doutes.

Itard s’interroge sur le rapport entre hérédité et héritage : pour lui, il n'y a pas d'autre hérédité que biologique ; il s'agit de révoquer l'argument d'une nature humaine universelle, de questionner la part de l'inné et celle de l'acquis. Itard est d'ailleurs influencé par Condillac, sensualiste du XVIIIsiècle pour lequel la sensation est la seule source de notre connaissance.

En même temps qu'Itard est l’héritier du Siècle des lumières et de sa générosité ontologique, il se demande si l'obstination qu'il met à rendre à Victor son humanité est bien légitime. Il ne s'agit plus de grimper aux arbres mais d'être « bien élevé ».

Ainsi l'homme en tant qu'homme avant toute éducation n'est qu'une éventualité, moins même qu'une espérance.

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