Envoyé par Vanessa. Voyage au bout de la nuit, celine





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date de publication23.10.2016
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Envoyé par Vanessa.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT, CELINE



Levi-Srauss : « une narration si serrée et continue qu’on la figurerait écrite en un seul paragraphe »


  1. Roman picaresque :


Points communs :
- ordre chronologique linéaire

  • discontinuité des aventures, indépendantes les unes des autres

  • discontinuité de l’espace et du temps

  • le « héros » est toujours en fuite

  • pas de réelle intrigue, il n’y a que des circonstances : tout est sous le signe du hasard . La vie n’est pas soumise à un destin


Différences :


  • le Voyage n’est pas un roman d’apprentissage : l’expérience est nulle, il n’y a pas d’évolution du personnage : il n’apprend rien qui n’ait été révélé d’un seul coup pendant la guerre, l’expérience fondamentale originelle.

  • Fausse structure linéaire: structure en cercle : où qu’il aille, il retrouve toujours la même chose. Retour de la Place de Clichy : lieu de rencontre initiale et destination finale.




  1. Structure




    • Schéma d’ensemble




  • 1ère partie : Les années d’errance

La guerre  l’Héroïsme

L’Afrique  l’Aventure

L’Amérique  la Fortune

Chacune de ces expériences se solde par un échec.
Fin : Adieux à Molly


  • 2ème partie plus statique

Isolement de + en + grand : Rancy, Toulouse, Vigny sur seine
Fin : Assassinat de Robinson par sa femme.
Les deux fins : échec de l’amour, les deux hommes s’enfuient. Ils cherchent à échapper à l’amour bourgeois. Même conception de la femme qui apparaît beaucoup plus aliénée que l’homme : elle accepte plus facilement les valeurs sociales.


  • Composition profonde


Cette organisation ne rend pas compte de l’unité profonde du roman. Les commentateurs distinguent :

  • 3 ensembles statiques : la guerre, Rancy, Vigny

  • Entre ces 3 moments d’immobilisme et d’impuissance où il se laisse porter par les événements, s’intercalent 4 voyages où il tente d’agir et qui se soldent tous par un échec : Afrique, Amérique, Paris, Toulouse.


La Garenne-Rancy

2 voyages : Afrique 2 voyages : Paris

Amérique Toulouse
La Guerre Vigny
Le roman combine une structure binaire (2 voyages) dans une structure ternaire.

Cette structure en forme d’arche est à mettre en relation avec le titre du livre « voyage » :

  • en tant que bateau : l’Arche renvoie au mythe du Déluge et de la régénérescence où le héros tente vainement d’aller vers un ailleurs. Le seul bateau possible : les mots et non plus les actes.

  • En tant que pont : l’Arche signifie la stabilité au milieu du flux général du temps

« la littérature, c’est de la mort »


  1. L’univers




  • Le Temps


Quelques détails chronologiques, mais pas de véritable datation des événements : plus le roman progresse, moins les repères chronologiques sont précis. Le lecteur voit se diluer devant lui toute perception précise du temps.

Ce qui domine, c’est beaucoup plus le temps de la narration que le temps de l’histoire. Le passé vécu pèse sur le présent (la guerre, expérience originelle va influencer toutes les autres expériences). La narration se déroule dans un présent continuel. Préfigure Beckett : le roman est le temps de la parole.


  • L’Espace




  • Opposition NORD / SUD


Le Sud : l’Afrique : décomposition, pourrissement, climat destructeur.
Le Nord : la conservation, la paix : un pôle d’espoir

L’Angleterre : presque un lieu de l’au-delà pour Bardamu : présence de forces irrationnelles


  • Opposition VILLE / CAMPAGNE


La campagne : « je l’ai toujours trouvée triste » : campagne inhumaine, inquiétante.

L’Afrique : un espace de campagne paroxystique, une nature qui détruit l’homme. Le processus de la mort est à l’œuvre dans la nature : celle-ci tend à l’homme le miroir de sa propre mort.

La ville : opposition entre villes horizontales (Paris, rassurante et accueillante) et villes verticales (New York qui suscite la même angoisse profonde que la nature).

Opposition interne dans ville verticale : la surface (toutes les activités dignes, l’esprit) / le souterrain (le corps et les fonctions biologiques)

Le centre de la ville : l’esprit, lieu clos et structuré / la banlieue : prolifération d’un urbanisme anarchique, assimilée à un tombeau qui fait des banlieusards de véritables morts-vivants.


  • Le parcours de l’espace


Le héros est toujours en mouvement : un mouvement de fuite, non de conquête, qui a commencé avec la guerre. Tous les lieux parcourus vont rappeler la guerre, le héros va les fuir avec la même angoisse. Une fuite paradoxale car il est lucide (sait qu’il ne fera rien de nouveau) mais il part toujours, est toujours déçu. Plus il fuit, plus il descend au plus profond de la nuit.

Tout lieu stable lui semble une prison (cf. la Maison-Prison, noms de lieux : Noirceur sur Lys, Rancy) : donner une essence au paysage dans la mesure où on passe du réalisme à un onirisme le plus brut. Transposition artistique : le fleuve (motif) est l’image de la destinée.


  • L’espace de la narration


On ne sait pas où se situe le narrateur au moment où il parle.

Le livre commence par « ça a commencé comme ça » et finit « Qu’on n’en parle plus »

Le narrateur n’a donc comme existence que celle qui est liée au je énonciateur et dénonciateur. Il n’existe que par la parole. Une parole qu’il ne prend pas spontanément : « Moi je n’avais jamais rien dit ».

Donc, le livre est un temps de parole entre deux silences.

Le seul lieu qui existe pour le narrateur est à l’image des lieux passés en revue dans le livre : un espace contraint où on le force à parler.


  • La société


Un livre social ? La dénonciation de la société capitaliste a plu aux gauchistes, mais une erreur de vouloir considérer l’œuvre comme une œuvre socialiste car ne finit sur aucune volonté de changement.

Grand thème de la littérature : la vanité de la vie : du néant au néant

Quel est le réel du livre ? un monde de comédie totalement illusoire. Devant la peur du Néant, tous les personnages tentent de jouer un rôle, tous portent des masques. Même seul , l’homme a besoin de jouer : le seul moyen pour fuir la vision insupportable de la vie.

La seule vérité de la vie, c’est la mort. Seule la mère Henrouille s’affirme comme la négation des forces de mort. Elle sera assassinée, victime du complot familial, universel.


  • L’imagination de la matière


La vie est ressentie comme une longue décomposition vers le Néant. Si certains parviennent à vivre, c’est parce qu’ils ne sont pas lucides. Les hommes courageux manquent d’imagination car ils ne savent pas ce que c’est de mourir.

L’imaginaire mis en place pour évoquer cette décomposition s’appuie sur le liquide, la viscosité, la mollesse des choses. L’Afrique est le pôle de la liquéfaction (sueur, diarrhées…)

« Les cadres européens fondaient plus que du beurre ». A la putréfaction de l’Afrique s’oppose la solidité du Nord : « le Nord au moins, ça vous conserve les viandes »

Angoisse d’un engloutissement dans la viscosité de ce magma primitif.

« une ville dont les rues devenaient de plus en plus molles à mesure qu’on avançait entre leurs maisons baveuses, les fenêtres fondantes et mal closes, sur ces douteuses rumeurs. Les portes, le sol mouvants. »

Cette thématique du mou et du visqueux montre l’ambiguïté même de la matière : à la fois effort vers le solide mais au contraire dissolution, comme la vie humaine : effort vers un solide, dissolution vers la mort.

Le plus insupportable pour Bardamu, c’est que la vie ne peut pas être séparée de la mort. Le malheur de l’homme qui en dépit de sa réalité (décomposition) a une volonté de vie. D’un autre côté, appel à la mort de notre corps lui-même. C’est la parole qui va servir à dire cette vérité, elle sert à dire la mort alors qu’à l’origine, le langage est la seule vraie volonté de vie. Moyen de lutter contre cette décomposition. La parole se calque sur l’objet décrit : elle doit elle aussi être visqueuse. Contamination même du langage.


  1. Le Narrateur


Le choix du je est une tendance omniprésente des romanciers à l’époque de Céline. Réaction dans la première moitié du 20ème : Impossible de connaître l’âme des individus. On conteste à l’écrivain le droit d’inventer des personnages.

2 Bardamu : celui qui a vécu ce qu’il raconte, celui qui raconte ce qu’il a vécu.

Or, comme le voyage ne lui a servi à rien, le narrateur, n’est pas plus avancé que le héros !
Le lecteur vit dans le présent de l’histoire, au temps où elle s’est passée, ce qui interdit au lecteur d’en savoir plus que Bardamu.

« on ne sait rien de la véritable histoire des hommes »

De nombreux trous dans le récit, des manques, des failles. Le choix de ce point de vue subjectif et rétrospectif risquerait d’éclipser la parole même du narrateur. Or, Céline va s’employer à faire surgir le narrateur dans son récit. C’est la parole vive qui importe, non l’histoire.

Nombreuses marques du discours :

  • Jugements, commentaires sur événements, histoire racontée.

  • Rappel insistant de celui qui raconte (« je me souviens… »)

  • Rappel du temps présent du Narrateur par rapport au passé.


On ne sait pas d’où il parle : celui qui raconte est un personnage fictif. Mais au fur et à mesure Céline va parler en son propre nom. D’où ambiguïté : mélange constant des 2 grandes catégories narratives : discours et récit. Le passé composé du début ( « ça a commencé comme ça ») qui met en place une voix sensible laisse la place à l’imparfait/ passé simple où la personne qui parle s’absente (cf Benveniste). D’où oscillation entre deux êtres : celui qui parle de son aventure passée de l’intérieur et celui qui parle mais dont on ne connaît rien.


  1. Bardamu et Robinson


Le narrateur revit l’événement en même temps que le héros : il ne fait pas d’analyse a posteriori sur ce qu’il a vécu ou pensé. D’où difficile de représenter les tensions de son être. (incertitudes, regards…)

C’est pourquoi Céline met en place un autre personnage, le double de Bardamu, Robinson.

Céline : « Robinson, ce n’est pas moi, c’est mon double. Mais Robinson aussi. » (…)« une autobiographie, mon livre ? C’est un récit à la troisième puissance : Céline fait délirer Bardamu qui dit ce qu’il sait de Robinson. »

Donc, Bardamu et Robinson sont sentis comme des doubles de l’auteur. Mais s’ils se ressemblent, ils n’ont pas le même statut. Le rapport Céline/Bardamu est le même que le rapport Bardamu/ Robinson. Cette relation nous permet donc d’éclairer la relation entre l’auteur et son personnage. 

Le roman commence avec la rencontre de Robinson et s’arrête à sa mort. Son nom renvoie au mythe de l’aventure : il est seul et réussit bien. Il est le colonisateur parfait. Il ne craint pas la nature hostile de l’Afrique, mais c’est sa solitude qui va le tuer.

C’est toujours Bardamu qui rejoint Robinson car il croit que Robinson est un appui : il est celui qui fait ce que Bardamu n’ose pas faire : il déserte la guerre, quitte l’Afrique, tue la vielle. Pour Bardamu, Robinson est un modèle de salut individuel. Il est le guide, l’initiateur, destiné à un sort exceptionnel selon Bardamu. La mort tourne autour de Robinson. A la rencontre d’un cadavre, Bardamu dit à Robinson : « le plus curieux, c’est qu’il te ressemble un peu » Robinson, c’est la fascination de la mort. Il appartient aux « malheureux » qui comprennent que leur vie est une mort différée.

Quand Bardamu se rend en Amérique, il poursuit Robinson volontairement (rencontre fortuite en Afrique) car il sait que Robinson représente une anticipation de son destin : il est l’image de son propre destin. Il espère voir l’image de la réussite ; or, là encore, Robinson a échoué. C’est pourquoi à partir de là Bardamu ne cherche plus à suivre Robinson mais à le fuir. Car l’échec de Robinson est le signe de son propre échec. Ce changement dans l’attitude de Bardamu est un moyen astucieux pour montrer le développement psychologique du personnage ( ce qui était difficile par le peu de distance entre le héros et l’auteur)

Donc, si Robinson représente au début la pulsion de vie, la volonté d’échapper à l’emprisonnement, Bardamu comprend ensuite que ce besoin d’absolu, d’un ailleurs est le revers de la pulsion de mort de Robinson. La mort de Robinson préfigure celle de Bardamu (en tant que narrateur, il ne peut raconter sa propre mort)


  1. La langue


Essai d’une recréation de langue orale qui s’ancre dans le populaire, mais différente du langage populaire.


  • La voix d’un délire


Raison polémique quant au choix de la langue parlée : veut s’inscrire dans la littérature en reniant tout. Audace de prêter au narrateur une langue n’ayant jusque là figuré que dans les dialogues du roman. Son premier souci est de montrer sans équivoque que sa langue est la langue populaire.

Polémique :

  • le langage populaire s’oppose au langage châtié : il fait parler pour la première fois la misère (pas Zola) c’est la voix populaire qui parle

  • la langue parlée s’oppose à la langue écrite : ce ne sont pas les mêmes fonctions du langage qui prédominent. Triple fonction de la langue parlée : conative, émotive et phatique. C’est une écriture centrée sur le rapport entre locuteur et destinataire (et non sur le message).En outre, cette parole n’adopte pas la forme discursive (Sujet-Vb-Compl), mais un ordre différent. Mise en relief du prédicat qui supprime la distance entre le locuteur et le destinataire avec reprises nominales et pronominales.


Répétitions : soit de l’aventure, soit d’un trait particulier, redoublement de mots qui manifestent l’oralité de la parole .

Ellipses dans la parole : présence de sous-entendus, d’allusions qui doivent être précisées dans la langue écrite. Ce qui permet l’économie d’une explication, d’où flou, incertitude. Parfois, n’étant pas le destinataire, on ne comprend pas ce qu’il dit.

Cette conversation peut être appelée un soliloque.

Raison stylistique


Liée à une vision particulière de l’homme considérée d’abord comme émotion avant que raison. « Un style, c’est une émotion d’abord, avant tout, par dessus tout. » Donc parole qui ne peut être dite en langue écrite car pour lui la langue écrite est morte. D’autant plus que le français est une langue éminemment construite, rigueur syntaxique. L’argot est une vraie langue car en même temps qu’elle désigne, elle dévoile les sentiments du locuteur.

Les caractéristiques de cette langue


En réalité, Céline utilise peu de mots argotiques. C’est par la syntaxe qu’il donne l’impression que sa langue est argotique .Juxtaposition, importance du rythme (seule chose capable de restituer la langue parlée)

Céline : « pour rendre sur la page l’effet de la langue parlée, il faut tordre le langage, il faut tordre la langue en tout (…) Le roman ne peut être sauvé en tant que roman que s’il tend vers la poésie. » Pas une transcription de la langue parlée puisqu’elle est écrite, mais création d’une autre langue, écrite, mais qui donne l’impression d’être parlée.

Deux grands créateurs de style nouveau : Céline et Giono : écriture poétique.

C’est une écriture qui en dépit de la misère qu’elle raconte proclame la joie de la dire.


  • La subversion du sens


Par la déconstruction de la syntaxe, sens imprécis. Le rapport signifiant / signifié va disparaître.

Le romancier va tenter de réunir toutes les différentes voix (selon classes sociales). Pratique de Bardamu de retranscrire les paroles des autres déformées.(ex : discours patriotique pour se sauver dans le bateau mais parodique)

Satire : laisser parler de telle façon que les creux de parole apparaissent. Dénonciation du pouvoir de domination des langues de l’ordre. Langage orienté par un comique de subversion, domination du signifiant sur le signifié

Jeux de mots, onomastiques

« il s’entortillait de trotter »


  • Conclusion


Lla signification du style est en rapport avec la vision du monde.

Dans le livre, la communication est impossible : soit banalités, soit parole de domination, soit hypocrite. Or, le rapport du narrateur au lecteur est aussi un rapport de domination. Volonté de provoquer le lecteur : langue d’agression. Mais en même temps, il recherche l’écoute de l’autre. Recherche éperdue de contact… pour agresser l’autre.

Renversement de la situation de la société. Bardamu qui subit la parole dominatrice de la société va reprendre cette parole dominatrice par compensation sur le lecteur (transfert).

Mais pas une écriture révolutionnaire car il renverse seulement la domination, usage de la parole renversé. Ecriture qui a pour fonction de servir à celui qui écrit.

Certains ont avancé que l’écriture est à l’image de Céline : fonctionne comme piège : primat de l’émotion, langage comme substitut et compensation, expression d’une vérité humiliée, discours totalitaire car ne laisse pas de liberté.

Mais on peut également envisager le contraire : une voix entre deux silences A la fin, revient au silence, il n’a parlé que parce quelqu’un le lui demandait.

Constante mise en suspension de la parole. Parole toujours malheureuse car son contenu : la mort.

Liaison entre mort et écriture non seulement dans ce qu’elle dit (contenu) mais dans le fait même de parler. Pour Céline, l’écriture est assimilée à un borborygme : un soubresaut d’un corps presque réduit à son aspect squelettique. La parole doit être la plus vraie possible, donc la plus proche de la mort possible.

Etre « toujours au bord de la mort. Ne pas tomber dedans. » comme un cri qu’il ramène, qu’il doit articuler pour communiquer. L’écriture seul moyen d’assumer le tragique de sa condition.

Le seul moyen de dire que je vis : prendre la parole. C’est au moment où je parle que j’existe.


Résumé détaillé


Publication en 1932

Céline met un style fondé sur le français oral et populaire au service d'une vigoureuse dénonciation sociale et une interrogation métaphysique sur l'homme et la condition humaine.
La première cible de la dénonciation est la guerre, en l'occurrence la guerre de 14. Le personnage narrateur, Bardamu, s'y trouve engagé par surprise, et il y découvre d'un seul coup l'horreur de la tuerie et la guerre interne que la hiérarchie militaire livre contre les sans grade qu'elle envoie à la mort. Bardamu s'en tire grâce à une blessure, mais, soigné dans divers hôpitaux de la région parisienne, il y trouve le même antagonisme entre civils profitant de la guerre de mille manières et combattants réduits à l'état de chair à canon. Même les médecins ici, démentant leur vocation, se retrouvent auxiliaires de la mort. Le français populaire de Bardamu fait à chaque page justice de la rhétorique patriotique qui ici est dans toutes les bouches.
Bardamu réformé croit bien faire en fuyant loin du théâtre des opérations, en Afrique, dans la colonie de la Bambola Bragamance. Il s'engage comme gérant d'un comptoir commercial situé en pleine forêt tropicale. Mais le voyage en bateau sur l'« Amiral Bragueton » , puis son séjour à Fort Gono ont tôt fait de lui montrer que, sous d'autres formes, la guerre se poursuit là, comme il la retrouvera aussi bien dans d'autres étapes de ses pérégrinations. Partout les privilégiés exploitent les autres. De ce point de vue, la colonie offre le spectacle instructif d'un monde divisé en castes où les Blancs, tous également minés par un climat pour lequel leur organisme n'est pas fait, et exploités par les propriétaires parisiens de la Compagnie pordurière ou autres supérieurs, se briment les uns les autres en fonction de la hiérarchie, et maltraitent tous les Noirs qu'ils prétendent civiliser. Parvenu a son comptoir de Bikobimbo, Bardamu peut mesurer toute l'absurdité de cette situation. Il y retrouve inopinément en la personne de son prédécesseur un compatriote qu'il avait déjà rencontré par deux fois dans la guerre, Robinson, qui ne cessera de le hanter partout comme une sorte de double.
Malade, délirant, Bardamu est transporté jusqu'à la côte et embarqué sur ce qui lui paraît être une galère vers le Nouveau Monde qu'il désirait connaître. La première vision de New York « ville debout », l'impressionne. Mais cet eldorado se protège, il n'est pas facile d'y pénétrer. Bardamu doit pour cela s'inventer agent compte puces au bénéfice des services d'immigration. Les pauvres, aux États Unis, ne vivent pas mieux qu'ailleurs. On a inventé pour eux, Bardamu le découvre à l'usine Ford de Detroit, une forme nouvelle d'esclavage qui est le travail à la chaîne. Bardamu ne devra de pouvoir s'y soustraire qu'à la tendresse intelligente d'une prostituée. Molly lui offre pour le reste de sa vie la perspective d'un bonheur tranquille qu'il ne parvient pas à accepter.
Le voici donc de retour à Paris. Le récit passe en quelques lignes sur les années d'études, au terme desquelles Bardamu se retrouve médecin. Installé en banlieue à « Rancy », il y découvre d'autres formes de la difficulté de vivre. Médecin de clientèle puis de dispensaire, confronté sans cesse par métier à la maladie et à la mort, il découvre à leur lumière un monde qui est d'abord celui de la petite bourgeoisie. Dans les personnages d'un couple de retraités, les Henrouille, ou de la mère d'une jeune femme mourant d'une fausse couche, l'esprit de calcul, la mesquinerie et la morale deviennent à leur tour des auxiliaires de la mort. La mort la plus insupportable est celle d'un enfant. La typhoïde finit par emporter le jeune Bébert, malgré les efforts désespérés de Bardamu. En cette occasion, la recherche médicale incarnée par le Dr Parapine, d'un Institut « Bioduret » que tout identifie à l'Institut Pasteur, s'est révélée une imposture.
Autour de Bardamu devenu sédentaire commence à se nouer une intrigue. Les Henrouille ont eu l'idée de se débarrasser d'une mère âgée, d'abord en la faisant interner, puis, Bardamu ayant refusé de se prêter à 1 opération, en montant un accident qui doit l'éliminer. L'homme auquel ils ont recours pour cela n'est autre que Robinson, que Bardamu avait de nouveau rencontré à Detroit, et qui désormais rôde autour de lui à Rancy. Mais Robinson, posant un pétard sur une cage à lapin, ne réussit qu'à se blesser les yeux. Les Henrouille sont obligés de le recueillir aveugle. Un curé, l'abbé Protiste, les met à même, avec la complicité de Bardamu, de se débarrasser à la fois de la mère et de Robinson en procurant à ceux ci à Toulouse la gestion d'un caveau d'église dont les momies font une attraction touristique.
Bardamu, cependant, a quitté Rancy. Il s'est fait engager un temps comme figurant au « Tarapout » , music ha11 des boulevards. La proximité et la facilité des girls lui ont fait une vie facile. À la même époque, il a encore élargi sa connaissance de la vie en fréquentant un proxénète du quartier des Batignolles, Pomone. Sa curiosité finit par le conduire à Toulouse, voir ce que deviennent Robinson et la vieille Henrouille. II trouve celle-ci plus gaillarde que jamais. Robinson, lui, est encore presque aveugle, et dolent. Pourtant, un mariage se dessine avec la fille de la marchande de cierges de l'église, Madelon, qui ne se montre pas farouche avec Bardamu en lui faisant visiter le fameux caveau. Au cours de son séjour, Bardamu n'en a pas moins l'occasion, au cours d'une partie de campagne, de surprendre entre les deux fiancés un dialogue amoureux des plus passionnés. Deux jours plus tard, apprenant qu'un u accident » mortel vient d'arriver à la vieille Henrouille, il quitte Toulouse à l'instant.
Sa dernière étape est un établissement psychiatrique de la région parisienne, dans lequel il se fait embaucher et où il retrouve Parapine. II devient le confident du propriétaire, le Dr Baryton, adversaire de la psychanalyse. Bardamu semble avoir trouvé le refuge idéal. Mais le solide Baryton, ayant eu l'idée de profiter de Bardamu pour étudier l'anglais, est saisi par l'instabilité. 11 finit par quitter à jamais la clinique en la confiant à Bardamu. Sur ces entrefaites surgit une fois de plus Robinson, qui a recouvré la vue, mais qui n'a pu supporter l'idée d'une vie de bonheur conjugal et de commerce avec Madelon. Il a donc fui celle-ci, dont il connaît la vindicte et la ténacité, et il demande à Bardamu de le cacher dans la clinique. En effet, Madelon ne tarde pas à paraître à son tour, elle accuse Bardamu de tout et ressaisit Robinson. Bardamu, à cette époque, jouit des faveurs d'une infirmière slovaque de la clinique, Sophie. Pour se réconcilier avec Madelon, il a la maladresse de proposer une sortie à quatre à la fête des Batignolles. C'est la catastrophe. Dans le taxi qui les ramène à la clinique, Robinson résiste aux avances de Madelon, et finit par la provoquer en lui disant ce qu'il pense de l'amour dont elle le poursuit. Elle le tue avec un revolver. Ayant assisté à l'agonie de Robinson et témoigné au poste de police, Bardamu se retrouve à l'aube devant un canal. Il repense à la manière dont « ça a débuté » (c'étaient les premiers mots du roman). Un sifflement sur le canal le fait rêver d'un remorqueur qui traînerait derrière lui le monde entier, « qu'on n'en parle plus ».





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