Le roman inachevé, «Strophes pour se souvenir» (1943) : Louis aragon





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date de publication23.04.2017
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Le roman inachevé, «Strophes pour se souvenir » (1943) : Louis ARAGON  

 

 

 COMMENT LE POETE CELEBRE-T-IL LA MEMOIRE DU GROUPE MANOUCHIAN ?

 

 

1. Il souligne le haut degré de patriotisme des résistants arméniens

 

a) en utilisant les lettres majuscules :
« Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants / Avaient écrits sous vos photos MORTS POUR LA France / ET les matins en étaient différents » (Vers 13-15)

Plus grandes que les autres lettres qui les précèdent et les suivent, les majuscules ne peuvent que frapper le regard et donc l’esprit des lecteurs. L’idée qu’elles contiennent est développée avec une force décuplée : ces partisans arméniens ont péri pour un pays dont ils n’étaient pas originaires mais qu’ils avaient adopté car il symbolisait pour eux la patrie des droits de l’homme ainsi que la liberté.

 

b) en décrivant l’amour que les condamnés éprouvent pour la France et qu’ils expriment jusqu’à leur dernier souffle

 

« Vingt et trois/ qui criaient/ la Fran/ce en s’abattant » (3/3/2/4)

Les partisans continuent à lutter, même s’il ne leur reste que quelques minutes à vivre. Ils en profitent pour dire combien, contrairement à leurs bourreaux, ils aiment la France. Cet amour est remarquable à travers deux procédés. Le premier consiste à utiliser l’imparfait de l’indicatif : ainsi l’action de « crier » est répétée plusieurs fois, répétition qui montre combien les condamnés aiment la France. Le second résiste dans le schéma rythmique de l’alexandrin : le second hémistiche contient une cadence majeure (2/4) qui indique l’intonation montante du mot « France », mot cher à leur cœur.

 

2. Il rappelle l’héroïsme de ces résistants

 

a) des résistants désintéressés

 

Ils agissent non pas en vue d’obtenir la célébrité, attitude égoïste, mais pour satisfaire un idéal de paix et de démocratie, attitude généreuse qui n’a que faire des récompenses. Vers 1 et 2, on remarque l’omniprésence de la forme négative, laquelle exprime le refus qu’on vient de souligner : « Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes / Ni l’orgue ni la prière aux agonisants ». Refus martelé par le son [ni] de la conjonction, présente à trois reprises.

 

b) des résistants dont la disparition laisse un vide immense

 

D’où la quintuple répétition du nombre « vingt et trois » qui, concernant des personnes pourvue de qualités exceptionnelles, apparaît extraordinairement élevé. La position anaphorique de ce nombre (vers 32-35) semble marquer la stupéfaction du poète : leur disparition paraît impossible à combler…

 

3. Il valorise les propos des résistants

 

a) en insérant un fragment de la dernière lettre écrite par Manouchian à sa femme

 

Insertion conséquente puisqu’elle s’étend sur douze vers (19-30), sot un tiers du poème. Le poète invite l’épistolier dans son propre texte en lui accordant une place de choix.

 

b) en donnant la possibilité aux lecteurs d’apprécier l’humanisme du partisan

 

Manouchian en effet :

 

- ne crie pas sa haine contre les soldats allemands comme on pourrait s’y attendre :

 

« Je meurs sans haine pour le peuple allemand » (vers 20). L’adjectif « allemand » rime avec l’adverbe « calmement », ce qui souligne la sérénité d’un homme vertueux sachant faire la part des choses : le « peuple » est ainsi dissocié des soldats. S’exprime le refus d’englober des millions d’êtres humains dans une même image négative. Manouchian exprime ainsi la confiance qu’il place dans le genre humain.

 

- conseille à sa propre femme de continuer à vivre et à aimer

 

Mélinée ne doit pas s’abîmer dans la douleur. L’utilisation de phrases injonctives, lesquelles se succèdent rapidement, indique combien la disparition d’un mari ne doit pas, entraver l’existence d’une épouse : « marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent » (vers 23). Ce conseil est réitéré vers 30 : « et je te dis/ de vi/vre et d’avoir/ un enfant » (4/2/3/3). À la mort de l’adulte doit répondre la naissance d’un enfant. C’est la solution humaine qu’a trouvée Manouchian pour poursuivre sa lutte pour la liberté après sa disparition. Le schéma rythmique rigoureusement parallèle du second hémistiche (3/3) indique combien le partisan souhaite un retour à l’équilibre donc à l’harmonie, harmonie compromise par sa mort. Celle-ci ne doit pas déstabiliser la vie de Mélinée. Elle doit au contraire la revivifier.

 

Conclusion : Le poète célèbre la mémoire du groupe Manouchian qui possède un courage exceptionnel dicté par un amour illimité pour la France et les valeurs qu’elle incarne : liberté, égalité, fraternité. Ces « strophes pour se souvenir » nous rappellent, de façon magistrale, combien la création poétique est fortement liée à la mémoire. La poésie, plus est mieux que les autres genres littéraires, inscrit les hauts faits de manière à maintenir vivante les cicatrices d’un passé qui, parce qu’il est très douloureux, risque d’être trop vite oublié. Aragon, comme Victor Hugo avant lui (les Châtiments : 1852) a pour fonction de fixer, d’une manière définitive, une page d’histoire à la fois cruelle et sublime.

 

Aragon, « Elsa au miroir », extrait de La Diane Française

Aragon est un auteur surréaliste qui fut durement marqué par les horreurs des deux guerres qu’il a vécu en tant que soldat. Il s’engagea dans la résistance lorsque son bataillon fut défait par la capitulation française. Voulant combattre l’invasion culturelle allemande, il écrivit plusieurs poèmes sur l’espoir, la guerre et l’amour. En effet, Elsa, sa femme et muse, prend souvent une valeur symbolique : elle représente la France. Composé de quatre quintils et de cinq distiques, Elsa au miroir est un poème qui relate les événements de 1942 en prenant comme prétexte la chevelure d’Elsa. Nous l’étudierons en deux axes :

I. La femme

1. La chevelure

C’est l’élément déclencheur de la mémoire. En effet, ses cheveux blonds aux reflets roux lui font penser à un incendie : "et peigner sans rien dire un reflet d’incendie", "incendie", "feux", "cheveux d’or" et "cheveux dorés". La métaphore avec l’or est méliorative, elle rend compte de la beauté d’Elsa.

Aragon fait une comparaison entre les cheveux de sa femme et la moire : "le peigne partageait les feux de cette moire" La moire est un tissu chatoyant, qui a l’apparence d’ondes. Cette comparaison montre que les cheveux d’Elsa étaient crantés.

Aragon nous montre la longueur des cheveux d’Elsa : "Pendant tout ce long jour assise à son miroir". La durée de coiffure est évidemment une hyperbole, mais cache tout de même une réalité : la longueur des cheveux d’Elsa. Aragon exagère.

Aragon compare les cheveux d’Elsa à une harpe : "Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit [...] Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire" Cette comparaison montre que les cheveux sont longs et dégradés. En effet, les cordes d’une harpe sont disposées de la plus grave à la plus aiguë. De plus, avec cette comparaison, il considère le mouvement la coiffure comme un geste harmonieux, tel le son de la harpe, ce qui montre qu’il possède une extrême tendresse à l’égard de sa femme. Enfin, cette notion auditive équilibre les sensations visuelles.

La chevelure d’Elsa guide le rythme du texte. Certaines phrases reviennent irrégulièrement au fil des strophes, parfois légèrement modifiées : "C’était au beau milieu de notre tragédie", "Elle peignait ses cheveux d’or ...", "Et pendant un long jour assise à son miroir"

Récurrence de certaines expressions = transposition littéraire d’un geste quotidien : le mouvement du peigne dans la chevelure d’Elsa. En effet, le peigne ne reprend jamais exactement les mêmes mèches.
La progression que l’on observe des quatre quintils aux cinq distiques témoigne de la structure de la chevelure : plus fournie à la base, plus légère aux pointes.

2. Le miroir

D’après la description que Aragon nous bâtit des cheveux d’Elsa, nous pouvons en déduire que l’auteur se tient derrière sa femme, celle-ci se tenant assise à sa coiffeuse. Or, le miroir ne reflète pas le visage d’Elsa comme il devrait le faire, mais, d’après les dires d’Aragon, ce miroir reflète bien d’autres choses...

En effet, c’est un miroir qui sert à la fois de "rétroviseur" et de "projecteur". Rétroviseur car Aragon y voit les événements du passé, il y revit ses souvenirs. Mais c’est aussi un projecteur car il y voit les événements du présent.

Ce miroir montre également la télépathie entre Aragon et sa femme. En effet, les 2 personnes voient la même chose, mais sans se parler : "Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit"
Le miroir reflète leurs angoisses intérieures.

Il s’agit d’une interprétation d’Aragon à propos des pensées de sa femme : "je croyais voir", "j’aurais dit" x2 ...etc.

La signification du miroir est de plus en plus intense au long du texte. Le miroir devient la mémoire dans le vers : "Et pendant tout ce long jour assise à sa mémoire"
Le miroir devient le pivot entre le monde et le jugement d’Aragon sur celui-ci :
"Le monde ressemblait à ce miroir maudit"
C’est le monde qui est maudit, et par là même la mémoire d’Aragon qui lui fait revivre de difficiles moments. On peut penser que la seconde Guerre mondiale lui rappelle les horreurs de la première.

Le miroir et la coiffure révèlent certains aspects d’Elsa : tandis que le miroir est source de perturbations, Elsa les atténue par sa douceur : "patientes mains", "calmer"

3. La femme médiatrice, la femme intermédiaire

Elsa ravive les souvenirs de son mari. Elle est sa muse sans en avoir conscience. Par associations d’idées, il relie le geste de la coiffure à la guerre. D’ailleurs, cette association est remarquable, puisqu’à un geste doux, il associe une période sombre : la guerre. C’est donc à son insu qu’Elsa fait souffrir son mari.

Elsa se tait. Elle n’a pas besoin de parler. C’est une muse passive qui ne souffle pas au poète ce qu’il doit écrire. C’est en effet l’expérience commune qui l’inspire. C’est pour ça que la mémoire devient tantôt la sienne, tantôt celle d’Elsa :
"Qu’elle martyrisait à plaisir SA mémoire"
"Et ces feux éclairaient des coins de MA mémoire"

L’analyse des temps des verbes montre une évolution. D’abord à l’imparfait, la description se fait ensuite au présent. Aragon montre ainsi que l’épisode se répète. Pour lui, le lien entre la chevelure et la guerre s’impose. C’est un thème d’écriture jusqu’à l’obsession : on parle d’hypotypose (c’est à dire le retour d’une image obsessionnelle dans un texte poétique)

La chevelure d’Elsa sert également d’intermédiaire entre la vie intime d’Aragon et son rôle en tant que poète et résistant. Il voit le monde extérieur à travers cette chevelure. Cependant, l’interprétation d’Aragon reste mystérieuse. Il ne donne pas toutes les clés :"Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits". Cela montre sa connivence avec le lecteur, et fait référence au silence d’Elsa.

II. La Souffrance

1. Pourquoi et comment apparaît le thème du Théâtre

Tout au long du texte, le mot "guerre" n’est pas prononcé. Le texte est donc crypté. Il est allusif. Effectivement, il y a des indications temporelles importantes : "comme dans la semaine est assis le jeudi"
Par analogie entre la semaine et les années de guerre, on comprend qu’il s’agit de l’année 1942. À cette époque, les armées allemandes en sont à leur apogée. De même, les "flammes des longs soirs" correspondent aux bombardements. L’auteur indique qu’il faut décrypter le message par le terme "ce que signifient".

La réalité est camouflée sous le champ lexical du théâtre. Tout d’abord, chacun sait qu’une tragédie se termine forcément mal, par la mort d’un des personnages par exemple. Ce terme traduit donc une vision désespérée quant à l’issue des combats. Il montre également le pessimisme de l’auteur quant à la souffrance. Le pronom "notre" qui la qualifie englobe tous les Français. Il s’agit d’une tragédie collective, où Elsa et Aragon ont une part active en tant que résistants.

Le champ lexical du théâtre : "acteurs" est une allusion aux principaux résistants : "Et vous savez leurs noms.." Cette phrase fait penser à un générique. Aragon fait un parallèle entre la liste des morts sur les monuments (aux morts) et la liste des acteurs à la fin d’une pièce. On peut se demander pourquoi il a rapproché l’un et l’autre, puisque normalement, les acteurs ne meurent pas réellement. Il s’agit en fait d’un rapprochement étymologique : "acteur" signifie celui qui agit. Aragon montre que ce sont les plus actifs des restants qui meurent. Chacun joue un "rôle" dans la résistance mais le pathétique vient du fait que ce rôle conduit à la mort.

Le miroir peut être assimilé à une ouverture scénique. Aragon et Elsa sont les spectateurs. Ils assistent à la représentation.

2. La souffrance

Les temps sont subjectifs : "long jour", "longs soirs". L’auteur montre que c’est la durée qui lui pèse. En 1942, on ne voyait pas la fin de la guerre, il s’agit ici d’une souffrance morale.

"Elle martyrisait à plaisir sa mémoire" Il s’agit d’une antithèse, presque un oxymore. Par un geste doux, elle ravive la douleur. Même le quotidien est douloureux pendant l’horreur de la guerre.

"Sans y croire.."
Cela montre le désespoir et l’aspect défaitiste qu’il régnait à cette sombre et terne période.

On trouve plusieurs niveaux de souffrances : Celle d’Elsa n’est pas exprimée. C’est Aragon qui la suppose.
Celle d’Aragon est due aux souvenirs des guerres. Elle est communicative. En effet, Elsa souffre qu’il souffre (mais on peut se demander le bien fondé de cette thèse. En effet, la souffrance d’Elsa n’est qu’imaginée par Aragon.)
Il y aussi la souffrance de ceux qui sont morts : "Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit"
L’opposition entre meilleurs et maudit montre l’injustice de la mort.
On peut rajouter de plus la souffrance collective par l’expression "notre tragédie"
Il ne se plaint pas, c’est du lyrisme.

La souffrance rapproche les êtres entre Aragon et Elsa. On peut l’observer par l’alternance de 2 rimes, à la fois au niveau sonore et par l’utilisation de rimes masculines et féminines.

3. Le thème du souvenir

On observe dans ce poème le thème récurrent de la mémoire : le poème lui-même est un souvenir ("C’était...") de la situation (puisqu’il a été écrit après la guerre). C’est un hymne aux acteurs de la tragédie plus qu’à sa femme.

Il se souvient malgré lui :
"les coins de ma mémoire "
Il n’est pas très sûr : "je crois". Ces souvenirs lui reviennent en flash, ce sont des traumatismes à propos de ces souvenirs : c’est un poids.

Aragon associe ses souvenirs à quelque chose de beau. En effet, les souvenirs lui donnent l’inspiration : "A ranimer les fleurs sans fin de l’incendie"
Lorsqu’il l’inspire, le souvenir est valorisé pour en faire quelque chose de presque beau.
L’incendie n’est pas forcément associé à l’idée de brûlure.
De plus, on peut voir que le souvenir s’estompe. Lorsqu’elle arrête de se peigner, le souvenir disparaît. On ne sait pas si c’est la souffrance qui donne l’inspiration, ou si c’est insupportable.

Conclusion : ce texte trouve sa beauté dans le non dit. En effet, Aragon suggère l’amour. Il trouve aussi sa beauté dans sa technique de construction rare, puisque la structure imite la chevelure d’Elsa. On assiste en effet à la séance quotidienne de coiffure. Ce n’est pas un texte surréaliste, mais presque : la cohérence des mots n’est pas recherchée, l’auteur s’intéresse à celle des idées. (Exemple : "assise à sa mémoire" n’a aucun sens hors contexte). Aragon invente un monde virtuel pour évoquer une réalité horrible, cruelle.

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