Recherches : lacan lettres et traductions





télécharger 0.64 Mb.
titreRecherches : lacan lettres et traductions
page7/10
date de publication22.04.2017
taille0.64 Mb.
typeRecherche
l.20-bal.com > droit > Recherche
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

1960 LACAN A WINNICOTT

Une photocopie de cette lettre, manuscrite, de Lacan à Winnicott fut transmise à J. A Miller par Mme Ellie Ragland-Sullivan ; transcrite par Mme Gloria Gonzales et M. Russel Grigg, elle fut publiée dans Ornicar ? n° 33, Avril-Juin 1985, pp. 7-10.

1960-08-05 :      Lettre à Winnicott (3 p.) 

(7)Villa La Brigida – Parcs de Saint-Tropez – Saint-Tropez – Var

 

Bien cher ami,

Je porte sur moi votre lettre depuis le 11 février (disons le 12) que je l’ai reçue. C’est seulement maintenant après quelques jours de vacances que je me sens assez de loisir pour vous y répondre à mon gré (épargnez-vous, épargnez-moi, d’imaginer ce que cela représente comme manque de répit).

Me voilà donc à la relire, et à goûter comme neuve sa gentillesse. Mettons un terme à la honte que j’ai ressentie de cette bévue de l’altération de votre nom, et non pas seulement dans une citation d’un texte, mais comme auteur honorant notre sommaire[1]. Bévue oui : celui qui corrigea les épreuves, pour connaître votre nom aussi bien que vos articles, n’a pas vu la faute du prote. Le ridicule est tout pour nous ; ne nous le tenez pas à offense.

Pour l’offre aimable que vous me faites de venir parler à la Société de Londres, comment n’y être pas sensible quand elle s’entoure d’explications si profondément bienveillantes. Présentées comme elles le sont, comment même songerais-je à me formaliser de ces convenances, même si elles me rappellent ce qui me lèse constamment ?

J’avais trop à faire pour répondre à votre invitation avant les vacances (8)(j’ai reçu votre lettre à mon retour de Bruxelles où j’ai fait deux conférences). Mais je viendrai à la rentrée quand il vous plaira et dans les conditions qui seront les vôtres.

J’ai consacré mon année de séminaire à tenter de poser les bases d’une Éthique de la psychanalyse. Vous me faites, je pense, le crédit d’imaginer que je mesurais les difficultés, l’audace du sujet. La passion du travail ne me laisse de temps pour aucun vain regret.

Je pourrais peut-être pourtant en ressentir un aujourd’hui à ce que vous me dites n’avoir pu assimiler proprement le sens de mon article, ni mesurer sa portée[2].

C’est là que je peux sentir ce que perd mon enseignement à n’avoir pas dans notre communauté sa diffusion normale. Et ceci m’est d’autant plus sensible quand il s’agit de vous avec qui je me sens tellement de raisons de m’entendre.

Puis-je préciser que j’ai choisi, pour ce mémorial de Jones, de parler de sa théorie du symbolisme –

1.– parce que je trouve des plus fondés en principe son effort pour situer par rapport à la métaphore, c’est-à-dire à une figure de langage, les effets dits de symbolisme en analyse (regrettant que cet effort soit resté sans suite, avant moi) ;

2.– parce que son échec est instructif, comme le sont les échecs des esprits vigoureux. Les trous que montre son entreprise désignant les endroits où elle doit être rectifiée ;

3.– parce que j’y trouve encore une confirmation de mes thèses sur la fonction privilégiée du phallus : la façon dont je la dérive de ses rapports au signifiant est illustrée de façon d’autant plus éclatante que c’est à l’insu de l’auteur, par le fait qu’aucun des exemples qu’il est amené à promouvoir pour satisfaire à sa théorie n’est autre qu’un symbole phallique.

Ceci ne peut cependant être bien compris que de ceux qui savent ce que je fais tourner de décisif (pour la pensée de notre action autant que pour sa technique) autour des rapports du signifiant avec le réel. Position que résume (p. 9) l’affirmation que « le rapport du réel au pensé n’est pas celui du signifié au signifiant, et que le primat que le réel a sur le pensé s’inverse du signifiant au signifié[3] ».

Disons qu’il faut renverser la passivité impliquée dans le verbe signifier, et concevoir que le signifiant marque le réel autant et plus qu’il ne le représente.

(9)Ne vous méprenez pas. Il n’y a là ni idéalisme, ni même simple philosophie, mais seulement effort pour renverser un préjugé dont la fausse évidence se confond avec tout ce qui fait le plus obstacle à notre expérience, avec tout ce qui nous détourne de la voie dans sa configuration exacte, avec tout ce qui nous entraîne à la camoufler pour la faire admettre au dehors.

J’admire en Jones une profonde aperception du vrai relief de cette expérience, et j’aurais pu trouver bien d’autres termes originaux de son œuvre, l’aphanisis, ou la notion de privation comme distincte de la frustration, où j’eusse pu démontrer ce qu’elles apportent à ce que j’enseigne moi-même. J’ai choisi cet article sur le symbolisme parce qu’il me permettait d’éclairer pour mes élèves certains points difficiles de la théorie et de l’histoire analytiques.

Tel est ce qui me dirige toujours dans mon choix. Tout ce que j’ai écrit depuis sept ans ne vaut que dans le contexte de mon enseignement.

Au dehors, vous ne pouvez savoir tout ce que j’ai construit sur une distinction aussi simple, tranchante et fondamentale que celle du désir et de la demande. Elle va paraître avec plusieurs années de retard sous la forme d’une refonte de mon rapport de Royaumont (1958) dans le prochain numéro de La Psychanalyse (vous vous souvenez peut-être du titre : The rules of the Cure and the lures of its power).

Et pourtant comme je me sens soutenu et en accord avec vos recherches dans leur contenu et dans leur style. Cet « objet transitionnel » dont j’ai montré aux miens tous les mérites, n’indique-t-il pas la place où se marque précocement cette distinction du désir par rapport au besoin.

Maintenant il me semble pourtant qu’il faut que je rassemble tout cet effort en une œuvre qui en fixe l’essentiel. Même si je n’avais pas le temps de le faire, je sais qu’une impulsion est donnée à un groupe où une direction sera préservée assez de temps pour être transmise même si on en oublie l’origine.

Comment tout cela se sera-t-il forgé dans ce relatif isolement n’est pas une question qui me concerne particulièrement. La confusion des langues à l’intérieur de l’Internationale m’ôte beaucoup de regret d’avoir poursuivi ma carrière au dehors.

Vous savez peut-être que nous faisons cette année un petit Congrès avec les Hollandais à Amsterdam sur la sexualité féminine. Autre sujet, négligé depuis Jones, que j’ai cru devoir ramener à l’attention du jour. Je m’abstiens cette fois d’y produire un rapport, j’ouvrirai le Congrès et m’intéresserai moins à y intervenir qu’à voir ce qu’y donneront ceux que j’ai formés.

(10)Je suis ici avec ma femme et ma plus jeune fille. L’autre, Laurence, la fille de ma femme, que vous évoquez si gentiment à propos de la bouteille cassée dans la cuisine, nous a donné cette année beaucoup de tourment (dont nous sommes fiers), ayant été arrêtée pour ses relations politiques. Elle est libérée maintenant, néanmoins nous restons soucieux d’une affaire qui n’est pas close encore.

Nous avons aussi un neveu qui vécut chez moi durant ses études comme un fils, qui vient d’être condamné à une peine de deux ans de prison pour son activité de résistance à la guerre d’Algérie.

Que ceci complète pour vous le tableau de ce qui occupe un trop long silence. Que ceci vous aidera à me le pardonner, si j’ajoute que ma pensée s’est souvent portée vers vous et votre femme, avec toute l’amitié que nous vous avons chez moi vouée for ever.

J. Lacan

Ce 5 août 60.
[1]. Il s’agit du sommaire du numéro 5 de la revue La Psychanalyse, (PUF 1959), où figure une traduction de l’article de Winnicott « Transitionnal Objects and Transitionnal Phenomena » ; le nom de l’auteur y est porté avec un seul t.

[2]. L’article en question, qui ouvre le numéro 5 de La Psychanalyse, est « À la mémoire d’Ernest Jones : sur sa théorie du symbolisme » (repris dans les Écrits, pp. 697-717).

[3]CfÉcrits, p. 705.

27

1963 LACAN A LECLAIRE

Lettre publiée en janvier 1977 dans « L’excommunication », supplément au n° 8 de Ornicar ?, p. 91.

Guitrancourt, le 10 novembre 1963

 

Mon cher Leclaire,

 

Pour la première fois cet après-midi, je manquerai à une réunion plénière de notre Société.

Ma seule présence, en effet – j’ai pesé ce que je vais dire – exigerait le désaveu par la Société de la motion dite d’ordre du 14 octobre.

Ce désaveu, à mon sens, s’impose d’un concert opérant hors du débat et de la ligne pour laquelle ses participants avaient demandé la confiance de la Société : sur ce que signifie l’expression française « au coin d’un bois », concernant leur initiative.

Vous savez où je suis.

J’y poursuis un travail, depuis plus d’un an soutenu dans les conditions torturantes qui sont maintenant le su de tous. C’est le mieux que je puisse faire pour présenter et préserver les fins de notre Société dans ce qu’elles ont d’essentiel.

Croyez à ma fidélité. Jacques Lacan

1963 LACAN LETTRES A ALTHUSSER 01

Parue dans le Magazine littéraire, novembre 1992, n° 304, p. 49.

Ce mercredi

non jeudi 21.XI.63

 

Nos relations sont vieilles, Althusser. Vous vous souvenez sûrement de cette conférence[1] que je fis à Normale après la guerre, grossier rudiment pour un moment obscur. (Un des acteurs de mon drame présent y trouva pourtant sa voie) ; au reste votre jugement un peu impressionniste m’était quelque temps après « rapporté ».

Celui qui m’arrive maintenant du Bulletin (de juin-juillet) de l’enseignement philosophique j’aurais mauvaise grâce à en décliner l’honneur. Et je vous remercie de m’avoir fait entendre ce témoignage en une conjoncture où certes je n’ai pas à douter de mon entreprise, mais où tout de même un vent stupide fait rage sur mon esquif, bien frêle.

J’ai mis un terme à ce séminaire où j’essayais depuis dix ans de tracer les voies d’une dialectique dont l’invention fut pour moi une tâche merveilleuse.

Je le devais. J’en ai de la peine.

Et puis je pense à tous ceux qui gravitent dans votre région et dont on me dit qu’ils tenaient en estime ce que je faisais – qui n’était pas pour eux pourtant.

Je pense ce soir ou plutôt ce petit matin à ces figures amies… Il faudrait qu’on leur dise quelque chose. J’aimerais que vous veniez me visiter, Althusser.

 

Jacques Lacan
[1]. Conférence prononcée en 1945 qu’Althusser n’avait pas, semble-t-il, appréciée. Cf. Yann Moulier Boutang, Louis Althusser une biographie, éd. Grasset, 1992, p. 303.

1963 LACAN LETTRE A ALTHUSSER 02

Parue dans le Magazine littéraire, novembre 1992, n° 304, p. 49.

 

Bien cher ami,

Quel précieux témoignage constitue pour moi votre lettre.

Que se fasse entendre à la distance où vous êtes ce que j’adresse à un prochain, souvent opaque, – c’est la justification de la foi que j’ai l’air d’accorder (au point de déconcerter certains) au pur acte de dire – au fait seul d’avoir dit (c’est eux qui s’expriment ainsi).

Votre article – je l’étudie. Il me passionne, et j’y retrouve mes questions.

Mais l’urgence reste qui m’impose de vous demander l’heure dont je vous priais l’autre jour.

Donc à votre gré. J’appelle lundi.

Votre J.L.

Ce samedi 1er décembre 63

 ------------------------

1964 LACAN LETTRE A ALTHUSSER 03

Parue sous le titre : « Jacques Lacan à Louis Althusser », dans Louis Althusser, Écrits sur la psychanalyse. Freud et Lacan, textes réunis et présentés par Olivier Corpet et François Matheron, Paris, Stock/Imec, 1993, p. 298.

 

Cher Althusser.

 

J’ai préféré ne pas courir les risques de la poste italienne – et en ces jours de fête – et vers un endroit assez retiré, je crois – pour que mes vœux vous parviennent.

Je pars moi-même aujourd’hui pour six jours à Rome (Congrès Enrico Castelli[1]. Connaissez-vous cet extraordinaire personnage [ ?] Théologien allemand + Ricœur + Waehlens + etc., autour de : Technique, casuistique et eschatologie [sic].) Enfin c’est une folie mais j’espère m’y détendre.

Voilà mon carton.

Par la même main, je dépose une invitation pour Mr Flacelière[2], mais il y a un secrétaire, je crois. Voulez-vous dire à ma femme son nom – pour l’inviter aussi ?

Croyez-moi votre

Lacan.

Ce lundi 6-1-64
[1]. Enrico Castelli, théologien italien, fut l’organisateur à Rome, du 7 au 12 janvier 1964, d’un colloque intitulé « Technique et casuistique ». Le résumé des interventions de Lacan à ce colloque a paru sous le titre « Du Trieb de Freud et du désir du psychanalyste », in Écrits, Le Seuil, 1966, pp. 851-854. Sur la rencontre entre Paul Ricoeur et Lacan à l’occasion de ce colloque, voir Elisabeth Roudinesco, La Bataille de cent ans. Histoire de la psychanalyse en France, t. II, op. cit., pp. 398-405.

[2]. Il s’agit du directeur de l’École normale supérieure.
1964 LACAN LETTRE A ALTHUSSER 04

1964 Parue sous le titre : « Jacques Lacan à Louis Althusser », dans Louis Althusser, Écrits sur la psychanalyse. Freud et Lacan, textes réunis et présentés par Olivier Corpet et François Matheron, Paris, Stock/Imec, 1993, p. 299.

 

Plutôt bien, votre gars[1].

Merci.

J.L.

Ce mercredi 22-I-1964
[1]. Ils’agit de Jacques-Alain Miller, futur gendre de Lacan, et pour l’heure élève d’Althusser.
1964 LACAN LETTRE A ALTHUSSER 05

1964 Parue sous le titre : « Jacques Lacan à Louis Althusser », dans Louis Althusser, Écrits sur la psychanalyse. Freud et Lacan, textes réunis et présentés par Olivier Corpet et François Matheron, Paris, Stock/Imec, 1993, p. 299. 

Ce 31-III-64

[Thessalonique[1]]

Cher Althusser.

 

Cette photo vient de chez le Pater Photios – le plus hospitalier des hommes – après vous. Bien entendu.

Cette cellule qu’il habite est à Kariès, chef-lieu de cette presqu’île où les moines sont chez eux et qu’on appelle la Sainte Montagne.

Il y a quelque chose à en dire, et l’excursion vous arrache au temps présent. Croyez-moi bien votre J. Lacan.

[1]. Texte rédigé sur une carte postale noir et blanc, expédiée de Thessalonique (Grèce), reproduction d’un morceau de fresque du monastère représentant l’archange Gabriel

1964 LACAN LETTRE A ALTHUSSER 06

1964 Parue sous le titre : « Jacques Lacan à Louis Althusser », dans Louis Althusser, Écrits sur la psychanalyse. Freud et Lacan, textes réunis et présentés par Olivier Corpet et François Matheron, Paris, Stock/Imec, 1993, p. 300 et reproduction manuscrite p. 269.

Ce lundi 6-VII-64

 

Cher Althusser,

L’autre soir je vous ai téléphoné pour ce renseignement – sous le coup de l’étonnement où j’étais qu’on pût avoir une réponse pour laquelle je croyais m’être adressé aux sources les plus sûres (ou les plus averties).

Je n’ai pas voulu me contenter du fil pour vous dire tout le gré que je vous sais de votre article[1] . Profond et pertinent : ajoutant la dimension de votre méditation au sujet.

Je suis très honoré d’un tel effort et conforté de son plein succès.

Croyez-moi votre très fidèle

 

J. Lacan.

 
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

similaire:

Recherches : lacan lettres et traductions iconRecherches 02 lacan textes et conferences
«Le Mythe individuel du névrosé ou poésie et vérité dans la névrose» est une conférence donnée au Collège philosophique de Jean Wahl....

Recherches : lacan lettres et traductions iconA. Éditions de textes et traductions
...

Recherches : lacan lettres et traductions iconRecherches lacan textes et conferences 01
«esprit de naturaliste» qui anime la psychiatrie française à l’esprit de spéculation sur l’essence, qui marque la tradition allemande...

Recherches : lacan lettres et traductions iconSynopsis : / Un anti-Lacan

Recherches : lacan lettres et traductions iconProgramme Journée du jeudi 21 novembre 2013, Université de Paris-Est, Créteil
«Omar Bongo», Gabon; Faculté des lettres de l’Université de Craïova, Roumanie; Institut de Recherches Interculturelles et Philologiques...

Recherches : lacan lettres et traductions iconLes lettres du lycéE À L’université
«Bac -3/+3», des enseignants de lettres en lycée ont été accueillis par le département de lettres de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis...

Recherches : lacan lettres et traductions iconTrois traductions pour ne pas oublier

Recherches : lacan lettres et traductions iconSylvie lacan – Lycée Professionnel Jean Perrin – Saint Cyr l’Ecole

Recherches : lacan lettres et traductions iconLacan
«Colloques philosophiques internationaux», sous le titre de «La dialectique», Jean wahl nous y invitant

Recherches : lacan lettres et traductions iconTraductions Pièces orpheus britannicus
«The evening primrose» Poème de John Clare (1793-1864) «La primevère vespérale»





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com