Recherches : lacan lettres et traductions





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Il en va moins bien de la jalousie de la troisième espèce, jalousie délirante.véritablement Elle aussi vient de tendances réprimées à l’infidélité, mais les objets de ses fantasmes sont de nature homosexuelle. La jalousie délirante répond à une homosexualité « tournée à l’aigre », et a sa place toute désignée parmi les formes classiques de la paranoïa. Essai de défense contre une trop forte tendance homosexuelle, elle pourrait (chez l’homme) se laisser circonscrire par cette formule : Je ne l’aime pas lui, c’est elle qui l’aime[2].

Dans un cas donné de délire de jalousie, il faut s’attendre à voir la jalousie tirer sa source de l’ensemble de ces trois assises, jamais seulement de la troisième.

 

B.– LA PARANOÏA. – Pour des raisons connues, les cas de paranoïa se soustraient le plus souvent à l’examen analytique. Cependant, j’ai pu ces derniers temps tirer de l’étude intensive des deux paranoïaques quelque chose qui était pour moi nouveau.

Le premier cas fut celui d’un jeune homme qui présentait, pleinement épanouie, une paranoïa de jalousie, dont l’objet était son épouse d’une fidélité au-dessus de tout reproche. Il sortait alors d’une période orageuse, dans laquelle il avait été dominé sans rémission (394)par son délire. Lorsque je le vis, il présentait encore des accès bien isolés qui duraient plusieurs jours, et, point intéressant, débutaient régulièrement le lendemain d’un acte sexuel, qui se passait d’ailleurs à la satisfaction des deux parties. On est en droit d’en conclure qu’à chaque fois, après que fut assouvie la libido hétérosexuelle, la composante homosexuelle, réveillée avec elle, se frayait son expression par l’accès de jalousie.

Le malade tirait les faits dont prenait donnée son accès, de l’observation des plus petits signes par où la coquetterie pleinement inconsciente de la femme s’était trahie pour lui, là où nul autre n’eût rien vu. Tantôt elle avait frôlé de la main par mégarde le monsieur qui était à côté d’elle, tantôt elle avait trop penché son visage vers lui et lui avait adressé un sourire plus familier que si elle était seule avec son mari. Pour toutes ces manifestations de son inconscient il montrait une attention extraordinaire et s’entendait à les interpréter avec rigueur, si bien qu’à vrai dire il avait toujours raison et pouvait encore en appeler à l’analyse pour confirmer sa jalousie. En vérité, son anomalie se réduisait à ce qu’il portait sur l’inconscient de sa femme une observation trop aiguë et qu’il y attachait beaucoup plus d’importance qu’il ne serait venu à l’idée de tout autre.

Souvenons-nous que les paranoïaques persécutés se comportent de façon tout à fait analogue. Eux aussi ne reconnaissent chez autrui rien d’indifférent et, dans leur « délire de relation », sollicitent les plus petits indices que leur livrent les autres, les étrangers. Le sens de ce délire de relation est précisément qu’ils attendent de tous les étrangers quelque chose comme de l’amour, mais les autres ne leur montrent rien de pareil, ils se gaussent en leur présence, brandissent leurs cannes et crachent aussi bien par terre sur leur passage, et réellement c’est là ce qu’on ne fait pas lorsqu’on prend à la personne qui est dans le voisinage le moindre intérêt amical. Ou alors, on ne fait cela que lorsque cette personne vous est tout à fait indifférente, lorsqu’on peut la traiter comme l’air ambiant, et le paranoïaque n’a, quant à la parenté foncière des concepts d’ « étranger » et d’ « hostile », pas si grand tort, en ressentant une telle indifférence, en réponse à son exigence amoureuse, à la façon d’une hostilité.

Nous soupçonnons maintenant qu’est peut-être insuffisante notre description de la conduite des paranoïaques, tant du jaloux que du (395) persécuté, quand nous disons qu’ils projettent au dehors sur autrui ce qu’ils se refusent à voir dans leur for intérieur.

Certes, c’est ce qu’ils font, mais par ce mécanisme ils ne projettent, pour ainsi dire, rien en l’air, ils ne créent rien là où il n’y a rien, bien plutôt se laissent-ils guider par leur connaissance de l’inconscient, en déplaçant sur l’inconscient d’autrui cette attention qu’ils soustraient au leur propre. Que notre jaloux reconnaisse l’inconstance de sa femme, il la substitue à la sienne ; en prenant conscience des sentiments de celle-ci, déformés et monstrueusement amplifiés, il réussit à maintenir inconscients ceux qui lui reviennent. En prenant son exemple pour typique nous conclurons que l’hostilité, que le persécuté découvre chez les autres, n’est aussi que le reflet de ses propres sentiments hostiles à leur égard. Or, nous savons que, chez le paranoïaque, c’est justement la personne de son sexe qu’il aimait le plus, qui se transforme en persécuteur ; dès lors surgit le point de savoir d’où naît cette interversion affective, et la réponse qui s’offre à nous serait que l’ambivalence toujours présente du sentiment fournit la base de la haine, et que la prétention à être aimé, faute d’être comblée, la renforce. Ainsi, l’ambivalence du sentiment rend au persécuté le même service pour se défendre de son homosexualité que la jalousie à notre patient.

Les rêves de mon jaloux me réservaient une grande surprise. À vrai dire, ils ne se montraient jamais simultanément avec l’explosion de l’accès, mais pourtant encore sous le coup du délire ; ils étaient complètement purs d’élément délirant, et laissaient reconnaître les tendances homosexuelles sous-jacentes sous un déguisement non moins pénétrable qu’il n’était habituel autrement. Dans ma modeste expérience des rêves des paranoïaques, je n’étais dès lors pas loin d’admettre que communément la paranoïa ne pénètre pas dans le rêve.

L’état d’homosexualité se saisissait chez ce patient à première vue. Il n’avait cultivé ni amitié, ni aucun intérêt social ; l’impression s’imposait d’un délire auquel serait incombée la charge de l’évolution de ses rapports avec l’homme, comme pour lui permettre de rattraper une part de ce qu’il avait manqué à réaliser. La mince importance du père dans sa famille et un trauma homosexuel humiliant dans ses primes années de jeune garçon avaient concouru à réduire au refoulement son homosexualité et à lui barrer la route vers la sublimation. Sa jeunesse tout entière fut dominée par(396)un fort attachement à la mère. De plusieurs fils, il était le chéri avoué de sa mère, et il épanouit à son endroit une forte jalousie du type normal. Lorsque plus tard il se décida pour un mariage, décision prise sous le coup de ce motif essentiel d’apporter la richesse à sa mère, son besoin d’une mère virginale s’exprima dans des doutes obsessionnels sur la virginité de sa fiancée. Les premières années de son mariage furent sans traces de jalousie. Il fut alors infidèle à sa femme et s’engagea dans une liaison durable avec une autre. Dès que l’effroi d’un soupçon précis l’eut fait rompre ces relations amoureuses, une jalousie du second type éclata chez lui, jalousie de projection, au moyen de quoi il put imposer silence aux reproches touchant son infidélité. Elle se compliqua bientôt par l’entrée en scène de tendances homosexuelles, dont l’objet était son beau-père, pour former une paranoïa de jalousie, pleine et entière.

Mon second cas n’aurait vraisemblablement pas été classé sans l’analyse comme paranoïa persecutoria, mais je fus contraint de concevoir ce jeune homme comme un candidat à cette issue morbide. Il existait chez lui une ambivalence dans les relations avec son père d’une envergure tout à fait extraordinaire. Il était d’une part le rebelle avoué qui s’était développé manifestement et en tous points, en s’écartant des désirs et des idéaux de son père ; d’autre part, dans un plan plus profond, il était toujours le plus soumis des fils, celui qui, après la mort de son père, eut conscience d’une dette de cœur, et s’interdit la jouissance de la femme. Ses rapports avec les hommes dans la réalité se posaient ouvertement sous le signe de la méfiance ; avec sa force d’intelligence il savait rationaliser cette réserve, et s’entendait à tout arranger en sorte que ses connaissances et amis le trompent et l’exploitent. Ce qu’il m’apprit de neuf, c’est que les classiques idées de persécution peuvent subsister, sans trouver chez le sujet foi ni assentiment. Occasionnellement, durant l’analyse, on les voyait passer en éclairs, mais il ne leur accordait aucune importance et, dans la règle, s’en moquait. Il se pourrait qu’il en fût de même dans bien des cas de paranoïa. Les idées délirantes qui se manifestent quand une telle affection éclate, peut-être les tenons-nous pour des néoproductions, alors qu’elles sont constituées depuis longtemps.

Une vue primordiale me parait être celle-ci, qu’une instance qualitative, telle que la présence de certaines formations névrotiques, importe moins en pratique que cette instance quantitative, à savoir, (397) quel degré d’attention, ou, avec plus de rigueur, quel ordre d’investissement affectif ces thèmes peuvent concentrer en eux. La discussion de notre premier cas, de la paranoïa de jalousie, nous avait incités à donner cette valeur à l’instance quantitative, en nous montrant que l’anomalie consistait là essentiellement en ce surinvestissement affecté aux interprétations touchant l’inconscient étranger. Par l’analyse de l’hystérie, nous connaissons depuis longtemps un fait analogue. Les fantasmes pathogènes, les rejetons de tendances réprimées, sont tolérés longtemps à côté de la vie psychique normale et n’ont pas d’efficacité morbifique, jusqu’à ce qu’ils reçoivent d’une révolution de la libido une telle surcharge ; d’emblée éclate alors le conflit qui conduit à la formation du symptôme. Ainsi sommes-nous conduits de plus en plus, dans la poursuite de notre connaissance, à ramener au premier plan le point de vue économique. J’aimerais aussi soulever le point de savoir si cette instance quantitative sur quoi j’insiste ici, ne tend pas à recouvrir les phénomènes pour lesquels Bleuler et d’autres récemment veulent introduire le concept d’« action de circuit ». Il suffirait d’admettre que d’un surcroît de résistance dans une direction du cours psychique s’ensuit une surcharge d’une autre voie, et par là sa mise en circuit dans le cycle qui s’écoule.

Un contraste instructif se révélait dans mes deux cas de paranoïa quant au comportement des rêves. Alors que, dans le premier cas, les rêves, nous l’avons noté, étaient purs de tout délire, le second malade produisait en grand nombre des rêves de persécution, où l’on peut voir des prodromes et des équivalents pour les idées délirantes de même contenu. L’agent persécuteur, auquel il ne pouvait se soustraire qu’avec une grande anxiété, était dans la règle un puissant taureau  ou quelque autre symbole de la virilité, que bien des fois en outre il reconnut au cours même du rêve comme une forme de substitution du père. Une fois il rapporta, dans la note paranoïaque, un très caractéristique rêve de transfert. Il vit qu’en sa compagnie je me rasais, et remarqua à l’odeur que je me servais du même savon que son père. J’en agissais ainsi pour l’obliger au transfert du père sur ma personne. Dans le choix de la situation rêvée se montre, de façon impossible à méconnaître, le maigre cas que fait le patient de ses fantasmes paranoïaques et le peu de créance qu’il leur accorde ; car une contemplation quotidienne pouvait l’instruire qu’en général je ne me mets pas dans le cas de (398)me servir de savon à raser, et qu’ainsi sur ce point je n’offrais aucun appui au transfert paternel. [cf.STO : avec vos lunettes !]

Mais la comparaison des rêves chez nos deux patients nous apprend que la question soulevée par nous, à savoir si la paranoïa (ou toute autre psychonévrose) pouvait pénétrer même dans le rêve, ne repose que sur une conception incorrecte du rêve. Le rêve se distingue de la pensée de veille en ce qu’il peut accueillir des contenus (du domaine refoulé) qui n’ont pas le droit de se présenter dans la pensée vigile. Abstraction faite de cela, il n’est qu’une forme de la pensée, une transformation de la matière pensable de la préconscience, par le travail du rêve et ses déterminations. Au refoulé lui-même notre terminologie des névroses ne s’applique pas ; on ne peut le qualifier ni d’hystérique, ni d’obsessionnel, ni de paranoïaque. C’est au contraire l’autre partie de la matière soumise à l’élaboration du rêve, ce sont les pensées préconscientes qui peuvent ou bien être normales, ou porter en soi le caractère d’une quelconque névrose. Les pensées préconscientes ont des chances d’être des résultats de tous ces processus pathogènes où nous reconnaissons l’essence d’une névrose. On ne voit pas pourquoi chacune de ces idées morbides ne devrait pas subir la transformation en un rêve. Sans aller plus loin, un rêve peut ainsi naître d’un fantasme hystérique, d’une représentation obsessionnelle, d’une idée délirante, je veux dire livrer dans son interprétation de tels éléments. Dans notre observation de deux paranoïaques, nous trouvons que le rêve de l’un est normal, alors que l’homme est en accès, et que celui de l’autre a un contenu paranoïaque, quand le sujet se moque encore de ses idées délirantes. Ainsi, dans les deux cas, le rêve accueille ce qui dans le même temps est réprimé lors de la vie de veille. Encore ceci n’est-il pas forcément la règle.

 

C.– L’HOMOSEXUALITE. – La reconnaissance du facteur organique de l’homosexualité ne nous dispense pas d’étudier les processus psychiques qui sont à son origine. Le processus typique, bien établi dans des cas sans nombre, consiste en ce que chez le jeune homme, jusqu’alors intensément fixé à sa mère, se produit, quelques années après le cours de la puberté, une crise ; il s’identifie soi-même avec la mère et cherche à son amour des objets où il puisse se retrouver lui-même et qu’il ait le loisir d’aimer, comme sa mère l’a aimé. Comme vestige de ce processus, une condition d’attrait s’impose au sujet, d’habitude pour nombre d’années, c’est que les objets (399)masculins aient l’âge où chez lui le bouleversement eut lieu. Nous avons appris à connaître les divers facteurs qui, avec une force variable, contribuent vraisemblablement à ce résultat. Tout d’abord la fixation à la mère qui enraye le passage à un autre objet féminin. L’identification à la mère permet de sortir des liens qui se rattachent à son endroit, tout en ouvrant la possibilité de rester fidèle en un certain sens à ce premier objet. Ensuite, vient la tendance au choix narcissique de l’objet, qui d’une façon générale est plus immédiate et plus facile à accomplir que la conversion vers l’autre sexe. Derrière cette instance s’en dissimule une autre d’une force toute particulière, ou bien peut-être coïncide-t-elle avec la première : le haut prix attaché à l’organe mâle et l’impossibilité de renoncer à ce qu’il existe dans l’objet aimé. Le mépris de la femme, l’aversion pour elle, voire le dégoût qu’elle provoque, se rattachent dans la règle à la découverte tôt faite que la femme ne possède pas de pénis. Plus tard, nous avons découvert encore, comme un puissant motif d’un choix homosexuel de l’objet, les égards pour le père ou l’angoisse éprouvée à son endroit, quand le renoncement à la femme signifie que l’on esquive la concurrence avec lui (ou toutes les personnes mâles qui jouent son rôle). Ces deux derniers motifs, l’arrêt à la condition du pénis, ainsi que la dérobade, peuvent être attribués au complexe de castration. Attachement à la mère – narcissisme, – angoisse de castration, ces instances au reste nullement spécifiques, nous les avons repérées jusqu’alors dans l’étiologie psychique de l’homosexualité ; s’y associent encore l’influence d’une séduction, qui peut répondre d’une fixation précoce de la libido, ainsi que celle du facteur organique qui favorise le rôle passif dans la vie amoureuse.

Mais nous n’avons jamais cru que cette analyse de l’origine de l’homosexualité fût complète. Je suis aujourd’hui en état d’indiquer un nouveau mécanisme qui mène au choix homosexuel de l’objet, bien que je ne puisse préciser à quelle ampleur il faut fixer son rôle dans la constitution de l’homosexualité extrême, de celle qui est manifeste et exclusive. L’observation m’a rendu attentif à plusieurs cas, où, dans la première enfance, des tendances jalouses d’une force singulière, issues du complexe maternel, s’étaient élevées contre des rivaux, le plus souvent contre des frères plus âgés. Cette jalousie menait à des attitudes intensément hostiles et agressives envers le groupe des frères, attitudes qui purent aller jusqu’au (400)vœu meurtrier, mais ne résistèrent pas à l’action du développement. Sous l’influence de l’éducation, sûrement aussi par suite de l’échec où les vouait leur impuissance, ces tendances venaient à être refoulées, le sentiment à se retourner, si bien que les précoces rivaux étaient maintenant les premiers objets homosexuels. Une telle issue de l’attachement à la mère nous montre des rapports, intéressants en plus d’un point, avec d’autres processus de nous connus. Elle est tout d’abord le pendant complet du développement de la paranoïa persecutoria, dans laquelle les personnes primitivement aimées se changent en persécuteurs haïs, tandis qu’ici les rivaux haïs se retrouvent objets d’amour. Par delà elle figure une exagération du procès qui, selon mes vues, mène à la genèse individuelle des instincts sociaux[3]. Ici et là existent tout d’abord des tendances jalouses et hostiles qui ne peuvent trouver satisfaction, et les sentiments d’identification, de nature amoureuse, aussi bien que sociale, naissent comme formes de réaction contre les impulsions agressives refoulées.

Ce nouveau mécanisme du choix homosexuel de l’objet, qui jaillit de la rivalité surmontée et du refoulement des tendances agressives, vient se mêler, dans bien des cas, aux déterminations typiques de nous connues. Il n’est pas rare d’apprendre, par l’histoire de la vie des homosexuels, que le tournant est survenu après que la mère eût fait l’éloge d’un autre enfant et l’eût donné en exemple. C’est là ce qui a réveillé la tendance au choix narcissique de l’objet et, après une courte phase de jalousie aiguë, changé le rival en objet aimé. Par ailleurs, le nouveau mécanisme se distingue en ce que dans ces cas la transformation se produit au cours d’années bien plus précoces et que l’identification à la mère passe au second plan. Aussi bien, dans les cas que j’ai observés, ne conduisait-il qu’à des attitudes homosexuelles, qui n’excluaient pas l’hétérosexualité et n’entraînaient aucun horror feminae.

Le fait est bien connu qu’un assez grand nombre de personnes homosexuelles se signalent par un développement particulier des instincts à tendance sociale et par leur dévouement à des intérêts d’utilité publique. On serait tenté de lui donner cette explication théorique, qu’un homme qui voit dans les autres hommes de virtuels objets d’amour, doit se comporter différemment envers la(401)communauté des hommes, qu’un autre qui est forcé d’envisager l’homme d’abord comme un rival auprès de la femme. Une seule considération s’y oppose, c’est que dans l’amour homosexuel il y a aussi rivalité et jalousie et que la communauté des hommes comprend aussi ces rivaux possibles. Mais s’abstiendrait-on de cette motivation spéculative, il ne peut être indifférent, pour les rapports de l’homosexualité et du sens social, qu’en fait il ne soit pas rare de voir naître le choix homosexuel de l’objet d’une maîtrise précoce de la rivalité à l’égard de l’homme.

Dans la conception psychanalytique nous sommes habitués à concevoir les sentiments sociaux comme des sublimations de comportements, homosexuels quant à leur objet. Chez les homosexuels doués de sens social, les sentiments sociaux n’auraient pas opéré leur détachement du choix primitif de l’objet avec un entier bonheur.

 
[1]. Comparez cette strophe du chant de Desdémone : « Je l’appelais trompeur ? Que dit-il à cela ? Si je regarde la fille, tu lorgnes vers le garçon ».

[2] Rapprocher les développements du cas Schreber : « Remarques psychanalytiques sur la description autobiographique d’un cas de paranoïa (démence paranoïde) », [recueilli dans le vol. VIII des Œuvres complètes]. (Trad. franç. Marie Bonaparte et R. Loewenstein, Revue française de Psychanalyse, tome V, n° 1).

[3]. Voyez « Psychologie des foules et analyse du moi », 1921 (vol. VI des Œuvres complètes). Trad. franç. Jankélévitch, Paris, Payot.
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