Il y a quelque temps déjà, un philosophe en toge arpente les rues d’Athènes en parlant du beau. IL s’invente, pour ce faire, un contradicteur imaginaire qui lui





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date de publication22.11.2019
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Il y a quelque temps déjà, un philosophe en toge arpente les rues d’Athènes en parlant du beau. Il s’invente, pour ce faire, un contradicteur imaginaire qui lui demanderait pour quelle raison les plaisirs du nez et de la bouche, qui ne sont pas moins des plaisirs que les autres, ne pourraient être regardés comme beaux.
Et le philosophe de répondre : « C’est que tout le monde se moquerait de nous, si nous disions que manger n’est pas agréable, mais beau, et qu’une odeur suave n’est pas chose agréable, mais belle ».
Et voilà. Tout est dit. Nous sommes au IVème siècle avant Jésus-Christ. Platon, par la voix de Socrate, vient de bannir les odeurs du champ de l’esthétique et ce, pour 25 siècles.
25 siècles d’intolérance face à l’odorat, disqualifié en un sens mineur, subalterne et vulgaire, abandonné à l’état de nature.
25 siècles où renifler est considérer comme un attribut de l’homme préhistorique, un résidu de l’évolution rattaché au cerveau reptilien, tout juste bon à flairer l’approche d’une bête ou à sélectionner les baies comestibles.
25 siècles de ténèbres et d’ostracisme pour le nez…
… Jusqu’à ce soir… où l’on ose enfin défier cet opprobre et le sens de l’histoire en demandant à ce qu’une odeur – la fragrance d’un parfum – soit protégée par le droit d’auteur au titre des œuvres de l’esprit.
L’affaire ne se présente pas sous les meilleures auspices : le parfum en question a pour nom « Le Mâle », rappel de la bestialité dont l’odorat porte le sceau, véritable « pied de nez » au passé sulfureux de ce sens refoulé.
Le défi est d’autant plus osé que le parfum lui-même n’a pas échappé à l’opprobre social des odeurs : par son étymologie même, il part en fumée, devenant ainsi symbole de dilapidation ; masque olfactif, il trompe la nature ; parure de la peau, il flatte les vices de la mollesse et du narcissisme.
Le droit va-t-il bousculer ses narines délicates et accepter ainsi qu’une odeur – fût-elle agréable – fasse l’objet d’une protection privative et exclusive ?

Une chance pour le parfum, le droit d’auteur est généreux : pas de liste limitative et des objets les plus divers qui en bénéficient. Voyez plutôt : un ouvre-bouteille, une carte des vins de France, un panier à salades, un catalogue de timbres, un boulon, ce rapport lui-même… C’est dire !
Il est simplement requis une forme perceptible et une création originale.
Que le parfum soit une forme d’expression perceptible, on pourrait en douter, tant le langage commun se trouve dépourvu lorsqu’il s’agit de décrire une telle forme. On peut néanmoins dire, en empruntant aux mots des autres sens, qu’une essence de citron a une forme acide, aiguë et fraîche ou qu’une essence de rose a une forme fruitée et suave.
Il n’est pas nécessaire, au demeurant, que la forme d’une œuvre puisse être décrite en détail pour être protégée : il est ainsi des pièces musicales pour 12 chanteurs, orgue, 4 modulateurs en anneaux et bande magnétique qui sont difficilement descriptibles, mais qui n’en sont pas moins protégées.
Il importe peu, en outre, que la fragrance d’un parfum soit éphémère et évolutive : une sculpture de glace ou un maquillage sont protégeables, tout comme un mobile à géométrie variable ou l’improvisation d’un musicien.
Par ailleurs, nul ne saurait contester que le parfum est perceptible.
Il fait appel non seulement aux sens (en créant des émotions immédiates), mais aussi à l’intelligence et à l’imagination (en suscitant des réminiscences et en faisant voyager l’esprit).
Comme l’odeur du varech restitue toute la poésie de la Bretagne, certains parfums sont, par un mécanisme proustien, d’une puissance évocatrice formidable, bien plus efficace que la vision.
Cyrano – qui s’y connaissait – n’a-t-il pas dit que « le nez est le siège de l’âme » ?
Certes, les parfums ne sont pas perçus par tous de la même manière.
Mais, c’est le propre de toutes les perceptions sensorielles que d’être relatives et de varier suivant les connaissances, l’expérience et la sensibilité de chacun. D’ailleurs, le droit se moque bien de cette variabilité dans la perception des œuvres, par nature éminemment subjective et culturelle.

Forme expressive et communicable, la fragrance d’un parfum est-elle, dès lors, une création originale ?
Nul ne peut douter ici que les parfumeurs sont des créateurs.
Quand d’autres disposent de 3 couleurs fondamentales ou de 7 notes de base, le parfumeur invente à partir de plusieurs milliers de composants naturels ou chimiques qui constituent sa « gamme olfactive ». Il compose à la manière d’une symphonie ou d’un opéra, avec une ouverture – la volatile note de tête -, des actes ou mouvements – la thématique note de cœur – et un final – la tenace note de fond.
Bien sûr, le parfumeur met en œuvre, ce faisant, un savoir-faire ; mais sa création ne se résume pas à la maîtrise d’une technique : Dali avait développé un savoir-faire extrêmement élaboré pour la préparation de ses toiles ; ce n’est pas une raison suffisante pour le regarder comme un plombier.
La composition de parfums est un processus intellectuel, au cours duquel le créateur compose dans l’abstrait, grâce à sa mémoire olfactive et à son intuition, afin de mettre en forme la représentation mentale d’une odeur idéale. Guidé par un concept poétique, il poursuit un but esthétique qui est de susciter le plaisir des sens et d’ « éveiller la pensée » comme le disait Hugo.
Le parfum sera ainsi nécessairement original en ce que, fruit de l’intelligence et de la sensibilité de son créateur, il portera l’empreinte de sa personnalité, sa vision du monde.
Il n’y a pas, à cet égard, reproduction des senteurs de la nature, mais stylisation du réel, comme peut l’être une photographie ou un jardin à la française.
La nature n’est qu’un prétexte repensé selon les intentions esthétiques du compositeur de parfums.

On le voit, la fragrance d’un parfum est bien plus qu’une œuvre de l’esprit, c’est une œuvre d’art – art abstrait par excellence, mais art tout de même.
Dès lors, par le seul fait que la fragrance d’un parfum doit être considérée comme une œuvre artistique, elle doit bénéficier de la protection du droit d’auteur, laquelle s’impose, peu important qu’une autre protection puisse être envisagée.
Mais, à tout prendre, on se convaincra que le droit d’auteur est la protection la plus adaptée.
Le secret de fabrique – défense traditionnelle du parfum – ne suffit plus : il n’est devenu, en effet, qu’un secret de polichinelle que les pillards, grâce aux techniques actuelles, peuvent aisément éventer.
Le brevet ne se conçoit pas plus pour l’odeur d’un parfum qui n’est pas une solution technique à un problème technique.
La marque olfactive requiert, quant à elle, une représentation graphique difficile à formaliser.
Et l’action en concurrence déloyale ou parasitaire n’a vocation qu’à empêcher les captations de clientèle, ce qui vaut surtout pour la marque, le flacon et le conditionnement.
En réalité, le droit d’auteur est l’instrument juridique idoine pour protéger les créations esthétiques qui, comme les parfums, sont en relation avec le beau.

On a, enfin, évoqué des obstacles techniques et économiques à la protection des parfums par le droit d’auteur. Ils ne tiennent pas.
On ne pourrait, tout d’abord, démontrer la contrefaçon.
Mais, c’est oublier que, de l’alchimie, on est passé à la chimie et que le juge peut désormais compter sur la « chromatographie en phase gazeuse » et la « spectrométrie de masse » pour identifier avec une grande précision les composants d’un parfum.
Il peut également s’appuyer sur des expertises de nez et des sondages auprès des femmes, dont l’autorité en la matière est, tout le monde en conviendra, innée.
On créerait, par ailleurs, la zizanie dans les sociétés de parfumerie, en permettant aux créateurs de s’opposer à une modification de leur création ou d’exiger que leur nom figure sur les flacons.
On rappellera ici que, s’agissant des œuvres cinématographiques, même le nom du cascadeur apprenti qui a loué ses services dans une scène coupée apparaît au générique ! Le nom du créateur du parfum a bien le droit de figurer quelque part !
Il est temps, en réalité, de sortir les compositeurs de parfums de l’ombre inhibante dans laquelle le marketing et la « magie de la griffe » les ont poussés.
Leur accorder le droit d’auteur ne paralysera pas la créativité : il stimulera tout au contraire la compétence et le talent, en libérant les créateurs du carcan de l’homogénéisation.
En un mot, on réenchantera les parfums en restaurant leur prestige.

A l’aire de l’homme aromatisé, nous avons le devoir de sortir le sens de l’odorat du mépris séculaire dont il est l’objet.
Ne désodorisons pas le droit et suivons la voie tracée par la Cour suprême des Pays-Bas – la patrie de Vermeer – qui vient de juger qu’une combinaison d’odeurs pouvait être protégée par le droit d’auteur.
Aussi répondrai-je fermement par la négative à la question posée, en me prononçant contre le projet d’arrêt qui suit : « la fragrance d’un parfum, qui procède de la simple mise en œuvre d’un savoir-faire, ne constitue pas la création d’une forme d’expression pouvant bénéficier de la protection des œuvres de l’esprit ».

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