Atelier «Histoire des religions»





télécharger 171.88 Kb.
titreAtelier «Histoire des religions»
page1/4
date de publication16.01.2018
taille171.88 Kb.
typeAtelier
l.20-bal.com > droit > Atelier
  1   2   3   4


Atelier « Histoire des religions »



Ethique et Foi

1ère séance : mardi 1er décembre 2009


Bouddhisme : Ethique et responsabilité
Par le vénérable Tcheupel

SANGHA LOKA DE CHAMPAGNE






La Voie du Bouddha, une voie de responsabilité et d’éthique


Monsieur le Pasteur, je tiens d’abord à vous remercier de votre invitation à venir présenter, dans votre nouveau cycle de conférences, la place de l’éthique et de la responsabilité dans la voie du Bouddha.

Comme le veut aussi notre règle, je tiens aussi à souhaiter la bienvenue à vous, toutes et tous, qui me faites l’honneur d’être venu, ce soir, échanger ensemble.

Accueillir d’abord, accueillir l’Autre, tout autre, c’est ce que signifient les 8 bols disposés devant les représentations de la Bouddhéité. Nous marquons ainsi notre volonté d’accueillir tout particulièrement le potentiel qui est en chacun de nous, cette capacité que nous avons tous à réaliser l’Expérience de ce que nous qualifions « Eveil ».

8 bols offerts à celle, à celui qui se met en route, 8 bols qui accueillent l’état « éveillé » que nous possédons tous, 8 bols dont les contenus marquent, à leur manière, les étapes du chemin, 8 bols donc :

- le premier contient de l’eau pour boire, de l’eau qui, plus que la soif, apaise la chaleur des passions,

- le deuxième, rempli d’eau lustrale pour laver, au delà des mains, les « négativités » de l’esprit : comme le désir de pouvoir, de renommée, d’accaparement de biens inutiles, l’attachement irrépressible, la jalousie, la haine…

- le troisième contient des fleurs épanouies pour indiquer que le travail entrepris vise à ouvrir la conscience,

- le quatrième porte de l’encens qui, se consumant, révèle l’odeur qui partout fait analogiquement pressentir la vraie nature de notre esprit sans limites,

- dans le cinquième, une chandelle brûle. Sa flamme fragile doit être préservée avec vigilance : elle éclaire comme la claire lumière de l’esprit,

- le sixième, rempli d’eau parfumée, est à l’image de la compassion intimement mélangée à la sagesse,

- le septième, débordant de nourriture, illustre l’énergie qui se dévoile dans l’expérience,

- sur le huitième, est posé une conque, dont les sons harmonieux émis grâce à la mise en vibration par le souffle, préfigurent les différentes qualités de l’éveil….
Permettez-moi d’abord, de préciser d’où provient le Sangha Loka de Champagne. Khounpo Rimay Chös Ling, car tel est le nom symbolique du Sangha de Champagne. Ce qui peut se traduire par « Lieu où l’aigle de la guérison prend son envol dans l’ouverture ». Ainsi est définit la mission donnée à ce sangha rattaché à la Fédération Sangha Rimay.

Celle-ci va fêter ses 30 années d’existence en 2010. C’est en 1979 que Kalou Rinpotché, confia à Lama Denys, son plus ancien disciple occidental, la mission de créer et développer KARMA LING dans une ancienne chartreuse au sud de Chambéry dont le saint Patron a été Hugues d’Avalon, celui de la quête Arthurienne. Chartreuse soit dit en passant qui a été fondé en l’an 1173, par Saint BRUNO, un champenois, ancien écolâtre célèbre de Reims…

Le Domaine d’Avalon, qui abrite désormais l’Institut KARMA LING, se situe ainsi à la confluence de deux filiations : l’une occidentale par son implantation avec sa culture, son imaginaire dont fait partie la quête du graâl et l’autre orientale, dans la filiation des grands Maîtres Yogi du Tibet.
Pour ceux qui n'en auraient pas entendu parler, Kalou Rinpoché (1904-1989) est considéré comme l’un des maîtres tibétains les plus accomplis. Sa réalisation a été unanimement reconnue par les différentes traditions. Il a considérablement œuvré à la diffusion du bouddhisme en Occident. Après une vingtaine d’années de formation à ses côtés, Lama Denys a été nommé Vajracarya, c’est à dire Maître du Vajrayana, la voie du Diamant, par Kalou Rinpoché. Celui-ci l'a ainsi investi pour poursuivre cette transmission de l’essence de la voie du Bouddha dans l’intelligence de notre langue et du contexte mondial actuel. En 1994, l’Etat français a reconnu le Sangha Rimay comme une congrégation, puisque la loi de 1905 utilise ce terme, sous le titre distinctif de DACHANG RIMAY.

Rimay, à pour sens : l’ouverture, l’absence d’une quelconque prépondérance d’une tradition vis à vis d’une autre. C’est pourquoi, le Sangha Rimay est à l’initiative de nombreux échanges entre toutes les traditions occidentales, amérindiennes, africaines, australiennes, sibériennes, et bien-sûr orientales dans le but de l’émergence d’une culture de paix et de non-violence.

Le Sangha Rimay initie aussi de nombreux échanges transdisciplinaires à propos de la psychologie contemplative, des arts martiaux, des arts du soin - en particulier les accompagnements en fin de vie, - on peut traduire Bouddha par Grand médecin…-, des arts en général tels la sculpture, la peinture, la calligraphie, la musique traditionnelle.

Par ailleurs, l’espace de l’Institut Karma Ling est un lieu ou s’expérimente, dans l’action, une gestion écologique : toute la haute vallée du Bens – nom du torrent qui y coule - est ainsi devenue un éco-site reconnu.
Plusieurs champenois ont accompagné le développement de Karma Ling au cours de ces 30 années. Et quelques uns ont souhaité pouvoir se retrouver en Sangha, c’est à dire ensemble, dans la région, pour poursuivre et développer le cursus de transmission personnelle initié dans le site d’Avallon. C’est pourquoi, il y a 8 ans, Lama Denys Rinpoché me confia en tant d’Acarya c’est-à-dire de « maître » au sens d’instituteur, celui qui institue, la charge de mettre en place le Sangha Loka de Champagne puis depuis 5 ans, de le conduire en tant qu’Arhat ou Vénérable, garant du dharma.

C’est à ces titres interne et externe, que je suis devant vous, ce soir, pour vous présenter : la Voie du Bouddha, une voie de responsabilité et d’éthique dans le cadre du cycle de vos conférences sur le thème « éthique et foi ».
Mais avant, et compte tenu des circonstances, et surtout du thème que vous m’avez demandé d’aborder ce soir, permettez-moi de vous donner quelques nouvelles de ce qui continue à se tramer au Tibet. Cela sera une bonne mais malheureuse suite à l’introduction à ces questions d’éthique et de responsabilité.

Ce qui se passe au Tibet maintenant que les projecteurs des jeux olympiques se sont depuis longtemps éteints n’est pas moins grave. Ce n’est malheureusement pas nouveau non plus : le régime de terreur ne s’est pas relâché. Ce régime qui n’a pas hésité à tirer sur des tibétains désespérés de ne pouvoir se faire entendre, poursuit son entreprise de génocide culturel, d’exploitation coloniale, d’annexion totale.

Comment agir, nous ici ? Avec tous les enjeux liés à une économie mondialisée dont nous sommes très directement tributaire, cela est très difficile au niveau institutionnel. D’autant que la violence a pour conséquence immédiate de révéler la violence : c’est un cercle vicieux, disons nous en occident, c’est le piège samsarique, est-il dit en la Voie du bouddha. La violence extérieure révèle la violence intérieure, les violences institutionnelles réarment les violences individuelles. Quand advient l’idée lancinante que l’on est en train de vous faire disparaître, - alors mourir pour mourir -, ne reste que la révolte totale, sans concession aucune, qui apporte la preuve paradoxale de votre existence, au prix même de votre mort. Une mort choisie pour récuser celle qui vous est quotidiennement et lentement imposée.

Malheureusement, nous craignons que pour beaucoup de jeunes sans espoir au Tibet, nous en soyons arrivé là. Cela est terrifiant !

Alors que faire à notre niveau, là où nous sommes ? Peut-être d’abord, faire savoir : l’injustice est d’autant plus grande qu’elle n’est pas dite, point reconnue. Bien sûr, il y a un besoin urgent d’un dialogue direct entre les instances représentatives, mais à ce jour, nous sommes encore confrontés au déni d’existence même du peuple tibétain, d’une culture tibétaine originale. Alors, reste le dialogue de peuple à peuple, de personne à personne. C’est ce que le Sangha Rimay essaye de promouvoir. Ainsi, nous avons rencontré et invité à Karma ling la communauté chinoise de France, qui a découvert à notre grande surprise en action et dans la pratique ce qui, jusqu’à ce jour, semble lui avoir été caché : le grand fonds spirituel et humaniste chinois fait de bouddhisme, de taoïsme et de confucianisme. Néanmoins, le dharma renaît en Chine, et c’est peut-être là qu’il faut voir, pour partie aussi, l’intransigeance arquebouttée des dirigeants. Nous avons eu la surprise de voir que nos échanges ont été relayés dans les principaux organes de presse chinois sans subir une quelconque censure, alors est-il possible de garder sans illusion, un espoir ?

Les requêtes des tibétains sont raisonnables et justifiées : Un Pays, deux systèmes suivant la formule qui fonctionne à Hong Kong.
C’est dans cet état d’esprit, que je vous propose de découvrir l’une des caractéristiques essentielle de la Voie du Bouddha : Une Voie universelle de responsabilité et d’éthique.
Une double perspective, dharmique et globale

Nous aborderons cette dimension essentielle du bouddhisme, si vous le voulez bien, sous une double approche, un double éclairage, à la fois général mais aussi particulier. Nous verrons également en quoi cette question de spiritualité, dans une perspective globale, est au cœur de la tradition du Bouddha et peut aider aussi à comprendre les prises de position des uns et des autres vis à vis de cette région du monde et de sa culture.
La transposition sur un plan global de l’esprit rimay

Rimay, de Dachang-Rimay, nom de la Fédération dont le Sangha loka de Champagne est membre, fait référence à une démarche qui a pris naissance le siècle dernier dans l’Est du Tibet, là où Kyabdjé Kalou Rinpoché enseignait. Dans le contexte tibétain de l’époque, cette démarche visait à mettre en évidence ce qu’il y a de fondamental dans tout cheminement spirituel, au-delà des attitudes partisanes et des clivages qui peuvent venir des différentes formulations. Cet esprit rimay, comme nous le nommons en tibétain, est susceptible de se transposer au-delà du contexte tibétain et bouddhiste. Une démarche identique peut s’appliquer d’une façon globale. C'est en partie ce que nous allons explorer, ce soir, en gardant néanmoins la référence à la tradition du Bouddha.
Ne pas confondre  « unité dans la diversité » et « amalgame ou syncrétisme »

Je voudrais d’abord formuler une mise en garde. Lorsque l’on parle, comme nous allons le faire, d’éthique et de spiritualité universelles ou globales, il ne s'agit pas du tout d’essayer d’initier une nouvelle tradition, une nouvelle religion, pas plus que de tenter une sorte de syncrétisme ou d’amalgame. Le propos est de considérer ce qu’il y a d’universel et de fondamental dans une démarche éthique et spirituelle. Ensuite, dans cette intelligence, il appartient à chacun de trouver, selon sa réceptivité personnelle, l’expression et la pratique spécifique qui lui convient le mieux.
On peut qualifier assez justement cette approche d’ « unité dans la diversité ». Unité souligne la part commune et fondamentale propre à toute quête d’éthique et de spiritualité. Diversité exprime les différences de toutes ces approches qui permettent à chacun de saisir selon ses affinités, les valeurs fondamentales que nous allons voir. Cette multiplicité ne constitue aucunement un problème mais au contraire est une solution car c’est une véritable richesse.

Dans un bon restaurant, bien que tous les plats aient pour fonction de nourrir les convives, menus et cartes proposent une grande variété de choix. À chacun donc selon son goût, sa réceptivité, sa sensibilité. Unité pour la dimension universelle et fondamentale et diversité comme richesse d’expression et comme réponse aux besoins ou à la réceptivité de chacun.
Au delà de croyance et dogmatisme, une vision élargie à toutes les traditions

Ce que nous allons envisager dépasse le domaine de ce que l’on appelle habituellement les religions. La voie du Bouddha n’est pas une religion au sens habituel. Pour faire court, disons simplement qu'aujourd’hui, d’une façon générale, la notion de religion est articulée à celui de croyance, voire à un conditionnement mental.
En ce sens, le Dharma – la voie du Bouddha – n’est pas une religion car elle ne requiert aucune croyance au sens d’une adhésion à un dogme quel qu’il soit. D’une façon générale, nous parlerons donc de tradition, tradition s'entendant comme synonyme de transmission. Aussi est-il juste de dire que la Voie du Bouddha est une tradition agnostique avec la réserve qu'agnostique n’est pas synonyme d’athée, mais est pris ici dans le sens de ne pas être fondé sur une croyance, ni sur l’exigence d’une adhésion à un dogme. Et à ce titre, la voie du Bouddha récuse toute démarche dogmatique.
Bien sûr, il y a toutes sortes de traditions. Mais ce dont nous parlons ce soir, est d’une part le fond commun de toutes ces approches traditionnelles, au sens où je l’ai employé. Et d’autre part, ce quelque chose qui, dans le fond commun, dépasse le caractère spécifiquement religieux. En fait, comme il est dit en Occident, toute personne libre, de bonne mœurs – j’y reviendrai - et de bonne volonté peut se retrouver dans une telle démarche que nous nommons d’éthique et de spiritualité universelles. Il s’agit non seulement du fond commun aux traditions même religieuses, mais aussi de celui exprimé en philosophie ou dans un humanisme fondamental, sans que cela ne soit nullement réducteur.
Une perspective quasiment médicale de l’éthique

Alors, en quoi consiste et comment aborder ce qu’il y a d’universel dans l’éthique entendue comme règles de vie, de conduite, de comportement ? Nous l'envisagerons dans une perspective que l’on peut qualifier de médicale, une perspective de santé qui est aussi une perspective d'harmonie. Santé et harmonie ayant d’ailleurs - on peut facilement le comprendre - des significations liées. Lorsque notre corps agit harmonieusement, c’est l’état de santé.. Lorsque se manifestent des dysharmonies, des dysfonctionnements dans ses fonctions, c’est ce que l’on nomme communément la maladie. Et c’est un lieu commun de dire que la santé est un "état de bien-être" et que la maladie, un "état de mal-être". La santé est un état de bonheur, la maladie est un état de douleur. Et la perte de l’un par le développement de l’autre est source de souffrance.
Sur la base d’une aspiration universelle à aspirer au bien-être

Il est important à ce point de considérer que, qui que nous soyons et d’où que nous venions, nous partageons tous une même motivation, une même aspiration au bien-être. Chacun à sa façon, certes, mais tous, nous souhaitons le bonheur, nous souhaitons être bien. Nous avons tous la même aspiration au bonheur. C’est dans ce contexte que nous pouvons concevoir une dimension éthique fondamentale comme étant le même droit au bonheur pour chacun qui que nous soyons.
La règle d’Or de la non-violence comme fondement d’une éthique universelle

Dans l’intelligence de cette aspiration commune au bonheur se trouve ce que l’on nomme la Règle d’Or. Une règle très simple qui consiste à dire : “ ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ”. Il est clair que cela se retrouve dans presque toutes religions, dans différentes philosophies, dans les traditions humanistes. Donc, dans le domaine des relations interpersonnelles, cette Règle d’Or est à considérer comme un fondement éthique général.
La non-violence comme clef d’évaluation de l’éthique d’un comportement

D’une façon plus étendue, on peut aussi considérer le principe de non-violence comme élément d’évaluation du caractère éthique ou non éthique d’une situation. Une situation qui implique la violence, qui fait à d’autres ce que l’on ne voudrait pas subir, va à l’encontre de l’éthique fondamentale. Ce principe de non-violence peut aussi être appliqué aux situations économiques, politiques, écologiques, bioéthiques. C’est pourquoi, je vous propose ce principe de non-violence comme clef d’évaluation du caractère éthique d’un comportement.

Quel est cet esprit-expérience que je suis, que je vis ?

Considérons maintenant la dimension spirituelle, dans ce qu’elle a d’universelle. Spirituelle signifie “ de l’esprit ”. Et justement, la question est de savoir ce qu’est cet esprit que nous sommes et que nous vivons. Il y a une dimension spirituelle universelle dans l’adage socratique : “ Sache qui tu es ”. De nombreux temples portent en leur fronton la célèbre maxime : “ Connais-toi toi-même et tu connaîtra le monde et les dieux ”. Qui ne s’est jamais posé cette question lancinante : “ Que suis-je, qui suis-je donc ? ”.
Savoir ce que nous sommes, ce qu’est notre conscience, la nature de notre expérience, cette compréhension. Qui est ce Qui? Qui est-ce qui ? Il ne s’agit pas ici de répondre à ces interrogations, à cette quête, par une réponse toute faite, qui serait d’une façon ou d’une autre dogmatique ou artificielle, mais d'entreprendre un processus de recherche, d’examen et d’expérience. Entendu que ce que nous sommes fondamentalement est au fond de nous, dans ce qu’il y a en nous de plus fondamental, de plus primordial, d’initial…
L’expérience de ce que nous sommes avant même que nous nous représentions ce que nous sommes dans notre nature première, immédiate est ce que nous désignons par l’expérience primordiale. Avoir pour but cette expérience d’être ce que nous sommes est ce qui indique l’authenticité de toute quête spirituelle. « Cherches et tu trouveras ! » telle est l’injonction occidentale qui est répondu à celles et ceux qui manifestent le désir de s’engager dans cette quête de la recherche de la nature de leur être. D’une façon bouddhiste, on propose plutôt de vivre là, ici, maintenant l’expérience de la nature de l’esprit, d’initialiser cet esprit-expérience que nous sommes et que nous vivons sans le savoir consciemment.
La réponse se trouve dans l’expérience profonde

La quête bouddhiste se caractérise par sa dimension expérimentale. Il s’agit d’expérimenter, de faire l’expérience, de vivre ce dont il s’agit. D’entrer dans l’expérience de notre nature profonde, avant même de concevoir celle-ci, avant sa conception. Ceci n’est pas de l’ordre du discours. C’est pas non plus d’ordre philosophique, c’est d’ordre expérimental, de l’ordre d’une science expérimentale de l’esprit. Cette démarche existe depuis 25 siècles. Dans la tradition du Bouddha, on la nomme méditation. Ici, méditation n’a pas le sens d’une réflexion ni celui d’un exercice de concentration mais celui d’une entrée dans l’expérience profonde de ce que l’on est. Il s’agit d’entrer dans l’expérience profonde de sa propre nature et d’y rester. Cette pratique est fondée sur la présence : être totalement présent ici, là, maintenant, autrement dit La-ma…
Passé comme avenir ne sont que mentaux, la réalité est dans l’instantanéité du présent

Je parlais tout à l’heure de l’expérience première, l’expérience avant toute idée, toute pensée, toute conception. Le passé comme le futur n’existent que dans le mental. Le passé au titre de souvenir, est engrammé dans le mental. L’avenir n’est que la capacité du mental à se projeter dans le futur, à anticiper. Ici, le point important est que passé comme avenir ne sont que mentaux. Par contre, l’expérience profonde de notre nature et de ce qui est réellement, est dans le présent et même, plus exactement, dans l’état que l’on nomme de présence immédiate, de présence instantanée : KUNDUN….

Spiritualité universelle : la simple présence a-conceptuelle

D’où une spiritualité qui ne repose sur aucune conception et que l’on pourrait appeler spiritualité de la présence, spiritualité qui, par cette qualité de simple expérience directe et immédiate, a un caractère universel. De telle sorte que cette expérience de présence peut être vécue aussi bien par un contemplatif de quelque tradition authentique que ce soit, que par un yogi. La qualité d’une tradition spirituelle est alors sa capacité à introduire le pratiquant qui la suit dans cet état de présence qui n’est pas conceptuel. Cela signifie d’ailleurs que cette tradition doit avoir en elle-même la capacité de relativiser les concepts qu’elle utilise et de ne pas les solidifier en vérité absolue qu’il faudrait alors porter et défendre partout….
Ethique et spiritualité : les deux pôles de la voie du Bouddha

Dans la Voie du Bouddha plus particulièrement, éthique et spiritualité sont les deux pôles de la tradition. On peut la résumer à ces deux points complémentaires qui récapitulent les différents aspects du cheminement.

Le « bien-faire » comme résumé d’une éthique non-violente inscrite dans une perspective de santé

L’éthique se définit comme ce qui gouverne la vie au niveau relatif et relationnel, la vie dans tous ses faits et gestes. Elle permet de bien faire, de bien vivre, dans une perspective de santé, en évitant les comportements violents qui sont pathogènes. Je vous avais promis de revenir sur la formule concernant les « personnes libres et de bonne mœurs » ; nous y voici ! Faire violence à l’Autre est aussi une violence faite à Soi. Ce qui s’avère violent pour les autres, l’est aussi pour nous. ça peut ne pas paraître évident de prime abord mais le moi et l’autre sont interdépendants. De bien des façons, nous dépendons des autres. Ceci est déjà clairement vrai au niveau social, ça l’est au niveau économique, ça l’est aussi au niveau cognitif.. On peut même dire que « Je » n’existe de par les autres, j’existe ainsi de par l’Autre. Dépendant donc des autres, faire ce qui est bon pour eux réalise du même coup ce qui est bon pour soi. Il y a ainsi dans l’altruisme une forme d’égoïsme intelligent. Ne pas reconnaître cette interdépendance est à l’origine de la plupart de nos problèmes, sources de souffrance. C’est pourquoi les expériences que propose la Voie du Bouddha conduisent à ce que l’on pourrait traduire par « être en ainsité » : ainsi soit-il, c’est à dire reconnaissant dans les deux sens du terme qu’il en soit ainsi, là maintenant. Car reconnaître sa part de dépendance aux autres, à l’environnement, c’est aussi, dans le même mouvement, connaître sa part de liberté.
L’éthique du Dharma se résume donc au «bien faire » : éviter ce qui fait du tort ou ce qui fait violence aux autres : être bienfaisant, être en la Bienfaisance.
Sa présence, KUNDUN, le Dalaï Lama, exprime en trois points, ces perspectives d’action :

  • développer les valeurs éthiques et spirituelles universelles que j’ai tenter de vous brosser à grand traits ce soir ;

  • Promouvoir l’harmonie entre toutes les traditions ;

  • Sauvegarder la tradition, la culture et l’identité du peuple tibétain qui aujourd’hui sont menacées alors qu’elles appartiennent au patrimoine mondial.



Après ces considérations générales, comment cela se traduit-il sur le plan pratique.

Concrètement, dans l’éthique du Dharma, on énumère dix comportements positifs et dix comportements négatifs. Pour référence, je vous les donne selon le triptyque traditionnel « Corps, Parole, Esprit ».
Trois actes positifs du corps

Il est positif de protéger la vie. Détruire la vie est une forme de violence, d’agression. On peut détruire la vie par colère, par avidité ou par stupidité. Il est également sain de dépasser la possessivité et d’avoir une attitude qu’on dirait généreuse. Toujours au niveau du corps, il convient d’avoir une vie sexuelle harmonieuse, qui peut aussi se comprendre comme libre de violence, de comportements qui heurtent aussi bien l’autre que soi. Ce sont les trois premiers comportements qui concernent le corps.
Il y en a dix en tout et vous voyez que ces principes recoupent des principes éthiques classiques. Néanmoins - et c’est là un point important - la perspective est différente au sens où il ne s’agit pas d’une perspective morale ou d’une perspective de commandement. Ce n’est pas non plus une perspective juridique, mais bien une perspective médicale, au sens où ces comportements négatifs, tuer ou prendre la vie, voler ou dans un sens plus large s’approprier ce qui n’est pas offert, avoir des comportements sexuels violents et destructeurs, sont pathogènes. Par leur caractère maladif, ils sont sources de problèmes qui se traduisent en mal-être et en souffrance. Or comme personne ne souhaite la souffrance, l’intelligence dicte d’éviter ces comportements.
Quatre actes positifs de la parole

Il y en a ensuite quatre au niveau de la parole. Au niveau de la parole, il est sain de dire ce qui est, de dire la vérité, la réalité.. Il est aussi sain, sain s’entendant santé, sain de santé. Il est sain donc d’être facteur de concorde, d’harmonie, conciliateur. Il est toujours sain de communiquer par une parole sans violence, de telle sorte que ce qui est dit peut être entendu. Une communication violente n’est pas entendue. Seule la violence que la parole véhicule est reçue dans ce cas et non son contenu. Enfin il est également sain de parler à bon escient.

Maintenant vous pouvez inverser et les comportements malsains seront : dire ce qui est faux, utiliser la parole d’une façon qui crée la dysharmonie, la mésentente, employer des paroles blessantes, violentes et enfin user de paroles inutiles, de bavardages frivoles qui agitent l’esprit et stimulent les passions.

Trois comportements positifs de l’esprit

Maintenant les trois comportements positifs de l’esprit sont : Le premier, la bienveillance – une attitude d’esprit qui souhaite ce qui est bon et heureux pour les autres. Le deuxième, être libre de possessivité. Une attitude possessive, une attitude d’attachement captateur, de saisie, d’appropriation possessive, est toujours, dans sa fixation, source de mal-être et de souffrance. Enfin le troisième comportement positif de l’esprit est de cultiver la compréhension de ce qui est. Entretenir et cultiver une compréhension juste, une quête de la réalité telle qu’elle est.

Et donc l’inverse, le comportement négatif correspondant serait la malveillance, la possessivité et les comportements mentaux qui entretiennent des compréhensions erronées.

Cultiver le bien-faire et la présence, un double développement qui constitue le corps de la pratique du Dharma

Vous voyez donc que ces dix actes et comportements positifs, qui sont la base de l’éthique du Dharma, peuvent aussi se comprendre au-delà de celui-ci. Leur pratique, leur intégration dans notre vie, constitue ce que l’on appelle le développement du « bien-faire ». C’est un terme qui peut sembler un peu curieux la première fois. Cultiver le bien-faire ! On parle dans le Dharma de deux développements ou de deux dimensions à cultiver, de deux cultures si l’on peut dire.
Le premier développement consiste à d’abord cultiver le bien-faire à travers ces comportements sains qu’on dit aussi vertueux, mais vertueux dans le sens où ils sont simplement sains.

Le deuxième développement à cultiver est celui de la présence, le développement d’expérience immédiate. Développement de l’expérience profonde. La profondeur de cette expérience venant de ce qu’elle est directe. Plutôt que de vivre à la surface de la réalité, dans la carte des projections et des représentations que le mental conceptuel habituellement plaque sur ce que l’on vit, il s’agit de découvrir la possibilité d’une expérience qu’on pourrait qualifier de retrait des projections, de transparence des projections ou des conceptions, retrait qui introduit à l’expérience profonde. C’est ce que l’on nomme aussi le développement d’immédiateté.. En simplifiant, cultiver ces deux développement constitue le corps de la pratique du Dharma

Nécessité d’un engagement personnel éthique et spirituel global : une attitude de Bodisattva

Toutes ces considérations ont une portée dans la vie de la cité, dans la vie du monde. Dans le contexte mondial global actuel, il est à mon sens important pour tous et particulièrement pour ceux qui suivent la voie du Bouddha de développer une pratique engagée, pratique naturelle à l’intelligence d’une éthique et d’une spiritualité globales telles que nous en avons parlé.. Dans le contexte du Mahayana - la voie universelle du Dharma – on parle d’une attitude de bodhisattva que l’on peut traduire en occident par une attitude chevaleresque.
Fixer les principes d’une règle du jeu globale : architecture globale consensuelle

Le contexte mondial actuel est souvent décrit en termes de globalisation. La globalisation économique. La question n’est pas d’être pour ou contre. C’est aujourd’hui une réalité ! Et pour gérer harmonieusement cette réalité globale, il n’y a actuellement qu’un principe financier sauvage de gestion. D’où la nécessité d’un mécanisme de régulation - une “ architecture globale ” au niveau mondial apte à gérer cette globalisation. Les interrogations quant à la possibilité de mise en place d’une telle architecture globale conduisent à la nécessité d’aboutir à des principes consensuels généraux.
On ne peut que souhaiter qu’un jour, tout le monde s’entende sur les mêmes règles, règles simplement éthiques. Il y a une réflexion à mener. Aujourd’hui, cette réflexion est conduite à différents endroits dans le monde à propos de ce que peut ou pourrait être une éthique globale consensuelle, une éthique qui permette de fixer les principes d’une règle du jeu globale à laquelle chacun puisse adhérer quels que soient son origine, sa culture, sa tradition, sa religion, sa langue, etc. C’est en cela que cette réflexion sur l’éthique universelle est importante comme fondement possible de principes généraux, globaux.
Chaque citoyen planétaire partage la responsabilité globale de la survie du monde

Dans cette perspective, je voudrais suggérer la responsabilité que nous avons. Car nous avons, chacun de nous en tant que personne, une responsabilité puisque nous avons une liberté. Certes, nous sommes relativement conditionnés, mais reconnaître être relativement conditionnés signifie aussi être relativement libres. Et l’usage que nous faisons de notre liberté relative détermine autant l’issue de notre vie individuelle que, d’une façon plus large, l’évolution de tout ce qui se passe autour de nous et de ce qui se passe plus globalement.
Aujourd’hui, dans le contexte mondial, l’interdépendance des différentes parties du monde s’accroît constamment. Ce qui se passe à un endroit a des répercussions à des milliers de kilomètres. Les pays producteurs dépendent des pays transformateurs qui dépendent des pays consommateurs et réciproquement. Un incident écologique, où qu’il se produise, a des répercussions qui s’étendent jusqu’à des milliers voire des dizaines de milliers de kilomètres. La survie de notre planète nécessite une concertation globale, à propos de la façon dont nous gérons notre planète.
Nous sommes donc de différentes façons responsables. Nous partageons une responsabilité universelle et il est important que chacun s’éveille à la réalité d’une responsabilité globale. Certains parlent d’une citoyenneté planétaire. Il n’y a aucun doute que foncièrement nous sommes habitants de cette planète. De ce fait-même, il est important que nous soyons en quelque sorte citoyens du monde dans un esprit de responsabilité globale. Dans cet esprit s’impose à minima une perspective d’éthique universelle et certainement aussi la dimension spirituelle.
Spiritualité et responsabilité universelle peuvent aussi se comprendre dans l’acceptation la plus large de notre devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » en entendant la liberté naturelle de l’esprit, de la parole et du corps en laquelle nous sommes tous égaux au delà de nos égos.
Voilà ! j’ai essayé d’esquisser en quelques touches, pas mal d’idées.

Je préférerais maintenant que nous prenions le temps d’une discussion, d’une réflexion en commun en fonction de vos intérêts et aussi sur ce qui peut ne pas être clair dans ce que j’ai dit jusqu’à maintenant.
Je vous remercie de votre écoute.

  1   2   3   4

similaire:

Atelier «Histoire des religions» iconAtelier d’écriture et mise en spectacle *
«le portrait l’autre et moi» en travaillant l’histoire de l’art, l’histoire de la photographie, la littérature et l’infographie

Atelier «Histoire des religions» iconAtelier artistique Atelier artistique Atelier artistique Atelier...
«Atelier artistique» aux élèves de quatrième pour l’année scolaire 2015-2016. Cet atelier de 2 heures par semaine, s’adresse aux...

Atelier «Histoire des religions» iconAtelier d’écriture p. 36 : «Le premier dessin ou le début de l’histoire»
«Les caractéristiques des contes merveilleux» p. 53 (=synthèse de fin de chapitre : «Un genre oral» + «Une forme de récit»)

Atelier «Histoire des religions» iconAtelier Artistique Atelier de Culture Scientifique et Technique ou...

Atelier «Histoire des religions» iconEnseigner l’Histoire au Cycle III : Histoire des Arts et Histoire Janvier 2009

Atelier «Histoire des religions» iconEnseigner l’Histoire au Cycle III : Histoire des Arts et Histoire Janvier 2009

Atelier «Histoire des religions» iconL’ultime combat de Jean Amrouche (1906-1962)
«ignore les frontières des races, des couleurs et des religions» et «les Français d’Algérie, chez qui le racisme constitue, bien...

Atelier «Histoire des religions» iconAtelier n°1 : Définir les critères pour qu'un texte soit un texte...
«le grand atelier des petits poètes», sur le site de l’académie de Nancy. Aller dans «la salle des jeux d'écriture»

Atelier «Histoire des religions» iconArchives de Sciences Sociales des Religions, 116, Oct déc. 2001 : 27-30
«syncrétisme» s’impose également pour la plupart des catégories du discours de l’anthropologie religieuse contemporaine : traditionalisme,...

Atelier «Histoire des religions» iconBibliographie Ouvrages genéraux
«secret», allait en effet marquer l'apogée de la civilisation indienne, fixant jusqu'à nos jours les canons des représentations si...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com