Notes pour une approche des premiers poèmes de «Leçons»





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Ce travail sur les poèmes du recueil  A la lumière d’hiver de JACCOTTET a été réalisé par Christian FERRE, agrégé de Lettres modernes, pour ses élèves de Terminale L du Lycée Mistral à Avignon

Notes pour une approche des premiers poèmes de « Leçons »

I – « Qu’il se tienne dans l’angle de la chambre… »

  1. Remarques d’ensemble

Quatrain initial à considérer comme un poème en exergue, la typographie en italiques nous invite à cette interprétation. Un quatrain programmatique sur le plan thématique et poétique.

La triple injonction votive : qu’il se tienne », « qu’il mesure », « que sa droiture garde » = une épigraphe. « Leçons » est un tombeau. L’épigraphe prend la forme d’une prière propitiatoire. L’être tutélaire non nommé est emblématique = une figure qui obéit à une exigence d’honnêteté morale. L’exigence morale de Louis Haesler doit guider le poète.

Ce quatrain se lit aussi comme une épitaphe : une inscription funéraire dressant le rapide portrait du mort à l’usage des vivants. Il s’agit de l’épitaphe de Louis Haesler, beau-père du poète, imprimeur et rédacteur en chef de la « Feuille d’avis de la Béroche », mort en 1966.

Le texte poétique se construit sur la métaphore géométrique de la droiture, à la fois physique et morale : la droiture est le fait de l’imprimeur, la figure de l’imprimeur sous-tend le quatrain et en constitue la réalisation ; la forme carrée du texte s’inscrit dans le cadre du matériel d’imprimerie au « plomb ». Le plomb : matériau lourd, non noble, 1er élément des alchimistes, il faut bien l’utiliser : la droiture morale, l’éthique = apothéose de l’alchimiste, transfiguration de l’homme qui se perfectionne pour un idéal de vertu.

Tracer des lignes équivaut à imprimer un livre mais surtout à tracer un chemin de vie dans la droiture morale. La typographie est dès lors une éthique dont doit s’inspirer la poétique.

  1. Approche linéaire du poème

Vers 1 : qu’il se tienne… : représentation du corps recroquevillé tourné vers le mur, malade agonisant + la chambre = métaphore du temps.

v.1 à 3 : échange des personnes : il, il/je, me/sa ; sa/ma. Echange relayé par des rimes suffisantes ou riches : « mesure »/« droiture » qui renvoient à ce « il » synonyme de sûreté et d’intégrité

v. 2 et 4 : « assemble/tremble » se rapporte à un « je » incertain au point de se réduire à la métonymie de la main ; les assonances en nasales (an) verrouillent phonétiquement le texte sou l’égide de « l’angle de la chambre » = idée de dégoût, d’écoeurement + les autres nasales glissent à la sphère du poète : « assemble », « questionnant » « rappelant, tremble » = la même proximité instaure un écho entre « fin » et « main ». = 2 monosyllabes qui annulent dans leur succession l’interruption due à la mort : après la fin, la main du poète reprend l’ouvrage inachevé.

v.3. « en questionnant, me rappelant sa fin » = le gérondif insiste sur la simultanéité de l’écriture et du souvenir, comme si écrire pouvait réparer la séparation.

v.4 : « garde ma main d’errer ou dévier, si elle tremble » = diérèse, on entend l’idée de voie, de ligne géométrique et de vie = souligne la droiture physique et morale

  • La première leçon du recueil est le vœu de se conformer à un idéal de droiture morale et pragmatique.

II – « Autrefois, / moi l’effrayé, l’ignorant »

Deux strophes fustigent le passé en 7 vers, un dernier tercet inaugure une nouvelle veine poétique avec une mesure métrique plus « honnête », plus modérée. « Autrefois » : l’adverbe temporel résonne à travers le passé composé «  j’ai prétendu ».

« Moi » = orgueil, moi tonique triomphant mais appartenant au passé = homéotéleute avec « autrefois ».

Vers 4 = figure d’Orphée qui est révoquée, le verbe « prétendre » = condamnation et idée d’échec. Orphée semble être le contre-modèle de Jaccottet. Il est trop savant, trop artificier, peu épris de mesure et de droiture. Il s’agit pour Jaccottet d’aller vers l’amenuisement de la figure du poète. Le poète doit tendre au simple.

Opposition entre le « je » du vers 4 et le « je » du vers 10 : je ancien du locuteur, le dernier je est fragile et incertain = différence dans l’instance énonciative. A l’orée de  « Leçons », la poésie est présentée comme une posture vaniteuse et une imposture : adjectifs « épargné », « abrité », verbe « souffrant à peine » + vers 3 = les images poétiques sont un leurre, la beauté poétique rend aveugle ; Jaccottet se présente comme celui qui n’a pas vécu. Il dresse un bilan dévalorisant. Cf. l’écho phonétique entre « ignorant », « couvrant » « mourant » = on ne peut pas évoquer la mort par l’artifice poétique

Dernier tercet : « lampe soufflée » : thème de l’obscurité. Le poète est plongé dans une obscurité mentale, il cherche à avancer, il tâtonne. Il faut renoncer aux images rhétoriques convenues. L’adjectif « errante » = cheminement, apprentissage. L’air = souffle poétique, vital + « errante », « tremblante » = renvoient au poème en exergue. Le dernier mot ouvre à l’envol = renouveau poétique.

III – « Raisins et figues »

Vers 1 à 5 : évocation d’un paysage convenu de la fertilité composé de vergers et de vignes dans un cadre de montagnes sous les nuages. « Raisins et figues » = fruits de l’abondance du monde. Les fruits : signe de l’automne, d’une fin qui approche = quasi paronomase entre « loin » et « lents » + double sens de « fraîcheur »

« sans doute » = insistance dans l’expression de l’incertitude. Allusion à la production du poète antérieure à « Leçons » = remise en question d’une conception romantique de la poésie, le lien entre nature et poète vacille.

Vers 6 à 9 : apparition d’un temps au présent « vient » + métaphore du chemin, qui se poursuit jusque dans la strophe 4 : « pas », « passer », « tourne », « emmené si loin », « suivre ». A l’évocation du passé succède celle du moment présent, douloureux : l’expérience présente rend dérisoire les tentatives poétiques passées.

Assonance en (ou) = « se couche », « couvés », « doute » phonème récurrent des 3 premières strophes = phonème qui unifie ces strophes, même thème : évocation de la fin dans un paysage mûrissant.

« l’aîné » = rapprochement avec le quatrain liminaire du recueil + présence d’une allitération de sifflantes : « se…presque…sans…son…assuré » = souligne la difficulté.

Contre-rejet : vers7 et 8 : « On voit / de jour en jour » : la syntaxe est maladroite, elle se disloque comme se disloque le monde des vivants à l’approche de la mort, idée de chute, de rupture qui fait voir et entendre un pas moins assuré.

Vers 10 à 12 : double sens du verbe « passer » = traverser mais aussi mourir (« passer de l’autre côté », « trépasser »)

« cela » = démonstratif neutre = non référentiel, réalité vague, incapacité à nommer la mort envisagée comme un irréversible obstacle + le verbe « ne se tourne pas » = ce qui ne se contourne pas.

Vers 13 à 18 : l’aîné devient « le maître » ; « lui-même » = même le sage est soumis à la mort.

« je cherche » = présence explicite de l’instance lyrique qui se trouve en posture de disciple = signe d’un méta-discours : le tâtonnement est performatif comme l’indiquent les deux points qui ouvrent une triple énumération négative « : ni…ni…ni ».

« Le suivre » = il faut accompagner le mourant, lui faire escorte : anaphore de la conjonction de coordination « ni » ; = le monde naturel ne peut soulager l’agonie + idée que l’ancienne poésie de Jaccottet était inopérante = c’est la fabrique des images qui est sanctionnée, rejet des motifs importants dans les premiers recueils : l’Effraie, L’ignorant, Airs. Refus de l’esthétisation de l’agonie

Vers 18 : « images » renvoie phonétiquement à « nuage » = homéotéleute = les images ne sont qu’évanescence sans épaisseur

Vers 19-21 :« plutôt » : sens comparatif ; « le linge et l’eau » = soins apportés au mourant ; « main » et « cœur » = métonymies de l’accompagnant, don physique et affectif s’opposant au travail intellectuel et savant d’une écriture poétique artificielle qui croit rendre compte de la mort.

Pistes pour l’étude des titres du recueil

Philippe Jaccottet publie chez Gallimard, en 1977, le recueil A la Lumière d’hiver. Ce recueil se compose de « Leçons », « Chants d’en bas » et « A la lumière d’hiver ». Jaccottet écrit les textes de ce recueil dansdes circonstances particulièrement sombres : il perd des êtres chers dont son beau-père et sa mère.

Les titres des sections renvoient à ce contexte de deuil mais traduisent aussi le renouvellement poétique d’un sujet lyrique qui souhaite rompre avec ce qu’il pense être la grandiloquence de ses textes précédents. Ce sont en outre des titres dont la simplicité apparente recèle une polysémie subtile.

I – « Leçons »

  1. Le contexte d’écriture : Louis Haesler, un maître

Leçons est un livre de deuil. Le recueil évoque l’agonie et le décès de Louis Haesler, le beau-père du poète. Le recueil suit chronologiquement les étapes de sa déchéance jusqu’à sa mort. Titre pluriel qui indique qu’il existe plusieurs leçons à tirer de cette expérience de la mort. Le poète se positionne comme un élève : il se qualifie par des termes qui dénotent le manque d’expérience : « effrayé », « écolier » (14) ; c’est un sujet qui « recommence » (poème liminaire). Cette posture d’élève se décline dans les verbes « je cherche »(12) ; «  j’écoute », «  j’apprends »(14). Le locuteur cherche à suivre la leçon d’un sage expérimenté : la figure du maître apparaît à travers les substantifs « l’aîné » (12), « le bon maître » (15), la périphrase «  ce rocher de bonté grondeuse et de sourire » et le souhait qui ferme la section : « demeure en modèle de patience ». Cette figure du maître a été présentée implicitement dès le poème liminaire.

  • Le beau-père du poète éclaire un des sens du titre« Leçons » = son existence et sa personnalité se transforment en leçon de vie, Louis Haesler est un modèle à suivre.



  1. La leçon vécue : l’apprentissage difficile

Pour l’élève, cette leçon de vie est dure à entendre : c’est un face à face avec sa propre finitude. Il s’interroge sur l’après mort (19) ;il rejette notre pauvre condition d’être humain (23). L’expression « instruits au fouet »,détachée du reste du poème, témoigne de la dureté de cette leçon. Jaccottet manifeste colère et dégoût devant le cadavre (27) : refus d’acceptation, manque de sérénité ; l’injonction du vers 4 (« qu’on emporte cela »), le terme « pourriture » et la question oratoire de l’avant dernier vers (« qui se venge, et de quoi par ce crachat ? ») illustrent le refus de la mort et de la déchéance du corps.

A partir du 20ème texte, le poète retrouve une certaine sérénité. Il s’interroge sur une conscience supérieure qui supplanterait la mort (30). Après le décès, le poète trouve refuge dans la nature (« Plutôt, le congé dit, …à creuser le berceau des herbes / à porter sous les branches basses des figuiers… soupirs » 31)

La fin confirme cela (32) : image romantique du sujet épanoui, reprenant goût à la vie et retrouvant pleinement le monde naturel + effet d’écho « Et moi » avec le texte suivant « toi » , qui se clôt par l’image de la « la page » d’écriture associée aux « raisins » = travail de l’écriture liée à une nature élémentaire = image de la véritable sérénité.

  1. Une leçon de poésie : la leçon du mètre

Philippe Jaccottet se méfie de deux aspects de la poésie. Le premier concerne l’emploi des images et le deuxième concerne la forme fixe avec un vers mesuré et rimé. Le poète estime s’être trompé en évoquant la mort dans ses précédents recueils = il emploie des expressions et des mots critiques à l’encontre de sa pratique antérieure de l’image : « autrefois …me couvrant d’images les yeux… » + sens de ce texte en rapport avec l’écriture poétique + sens du texte en exergue en rapport avec l’humilité poétique. Il décide aussi de rompre la mesure du vers jugée superficielle : rejet, (16) contre-rejet, sonnet décomposé (11), quatrain solitaire (exergue). Refus d’une norme académique car la vie n’est pas normée, schématique = choix de l’hétérométrie, les accents ne sont pas fixes et les rimes ne sont pas obligatoires = traduction du désarroi. La forme est instable dans « Leçons ».

II – « Chants d’en bas »

  1. Des poèmes liés à la mort

« CB »s’ouvre sur un poème qui évoque le corps de la mère du poète, figé dans la mort : « Je l’ai vue droite et parée de dentelles » (37). La mort de la mère est évoquée de manière indirecte p. 48 ; p. 61-62, le poète tente d’entendre « les pleurs » de la défunte, disparue « sous la terre ».

La mort sur laquelle s’ouvre cet ensemble de poème lui confère une tonalité très sombre, dominée par la mélancolie du poète.

« Chants d’en bas » : des chants inspirés par la mort ; des chants qui proviennet des régions obscures où gisent les morts.

  1. La remise en cause du chant

« Chant » : désigne traditionnellement, par métaphore, la parole et l’écriture poétique.La section « Parler » met en accusation l’exercice de la poésie, perçuecomme vaine et mensongère en comparaison avec l’expérience de la perte. Jaccottet adresse des reproches à la poésie : mensonge, jeu rhétorique, retrait dans un monde imaginaire. Il se fustige : « assez ! oh assez./détruis donc cette main qui ne sait plus tracer/que fumées, / et regarde de tous tes yeux » (48) ; « singer la mort à distance est vergogne » (51) = référence à la posture passé du poète. Cette posture critique culmine dans le poème qui assure la transition entre les deux parties (53) : Jaccottet s’en prend à lui-même dans un accès de colère masochiste.

Remise en cause d’un lyrisme trop éloquent ; doutes quant à la légitimité et à la valeur de la poésie. Il faut donc essayer de chanter de plus bas, de baisser la voix, de privilégier la rugosité à la fluidité, le heurt au chant mélodieux et équilibré.

  1. Un discours souterrain 

La deuxième partie de« CB », « Autres chants »,laisse affleurer les mouvements de l’inconscient avec les pulsions érotiques, les fantasmes sexuels : (58)« le tremblement des lèvres écartant la robe » ; (60) on relève des images et des souvenirs sensuels ; (61) « j’ai langui auprès des corps ».Ces poèmes explorent la part d’ombre du sujet lyrique. Cette deuxième partie de l’ensemble donne un visage cru à l’expression du désir. L’expression du désir sexuel pourrait être liée à une culpabilité inconsciente : la vue du cadavre de la mère s’apparente à la vision d’une nudité interdite. Une transgression majeure semble à l’œuvre dans le poème liminaire qui érotise le cadavre de la mère (cf. la charge érotique possiblement contenue dans les « dentelles » dontle corps de la morte est « paré »).A la suite de poème liminaire, la pulsion sexuelle parcourt tout le recueil, comme un retour du refoulé.

  • « Chants d’en bas » = discours souterrain, liés aux profondeurs du sujet.

III – «  A La lumière d’hiver »

  1. Une lumière féconde

Ensemble de poèmes composé durant deux ans, de 1974 à 1976, et organisé en deux moments, précédés d’un poème liminaire : « Dis encore cela ». Ce texte d’ouverture manifeste la difficulté et l’espoir de saisir l’authenticité de l’existence terrestre par les mots. Récurrence du verbe « recueillir » et du groupe verbal en anaphore et épiphore : « soit recueilli » + allégorie du « dernier cri du fuyard » : le poète formule le vœu que le cri, forme extrême de parole, survive à l’individu au-delà de la mort.

Le titre suggère une antithèse : « lumière » connote la chaleur, la clarté, la germination, alors qu’ « hiver » connote le froid, l’obscurité, la stérilité. Ces deux significations annoncent la double posture du poète dans cette section : souffrance, difficulté à écrire mais aussi affirmation de la puissance de la poésie qui peut aider à renouer avec soi et avec le monde. Le titre suggère une ouverture vers le dehors, après le repli sur soi et la confrontation avec la douleur dont témoignaient les deux premières sections.

  1. Un hommage au monde naturel

Jaccottet choisit ce titre en forme de dédicace pour évoquer un soir d’hiver au cours duquel il se promène dans son jardin et retrouve un nouvel élan en contact avec une nature vibrante, dans la lumière d’une nuit hivernale. Le jardin devient donc un motif privilégié de cette section : (80) « comme l’espace entre tilleul et laurier, dans le jardin » ; (85) « les légères feuilles bougent à peine…/je traverse la distance transparente, et c’est le temps même qui marche ainsi dans ce jardin » ; (86) «La lumière du jour s’est retirée, elle révèle/ à mesure que le temps passe et que j’avance en ce jardin… je sors dans la nuit/…j’avance enfin parmi les feuilles apaisées ». Le monde est comme purifié par la neige et par la lumière de l’hiver (94, 96).

  1. La conversion de la nuit  

La lumière d’hiver peut aussi être perçue comme une métaphore du vieillissement. Le poète se confronte à la pensée de son vieillissement et de la mort, et cherche à lui résister : (78)  « j’ai une canne obscure / qui, plus qu’elle ne trace aucun chemin, ravage / la dernière herbe sur ses bords, semée / peut-être un jour par la lumière pour un plus / hardi marcheur… » ; (81) « un homme qui vieillit est un homme plein d’images » : impuissance de la parole, des mots et du poète lui-même ; (82)  « Les mots…de nouveau, je m’égare en eux, / de nouveau , ils font écran, je n’ai est plus/ le juste usage » .Mélancolie du vieillissement : (82) « et déjà le jour baisse, le jour de mes yeux » ; (86) « et le temps passe…l’aiguille du temps brille » ; (88) « Une étrangère s’est glissée dans mes paroles…et déjà je la suis parce que faible et presque vieux ». Jaccottet rappelle dans « ALH » que la mort est une menace. Le thème universel de la mort intervient à travers la mention de la déréliction du corps : (80) « si l’étoffe du corps se déchire » ; la mort est envisagée de façon très concrète (92) : « notre crâne » n’est plus « qu’ une cruche d’os / bientôt bonne à jeter ». La couleur noire, dominante dans le recueil, connote l’approche inexorable de la mort : le décor est sombre (85) « air noir…c’est la nuit même qui passe »+ présence d’une entité féminine, d’une allégorie nocturne : « la femme d’ébène et de cristal, la grande femme de soie noire…l’obscurité lave la terre. » La lumière du jour est comparée à un voile, comme si la vie était une étoffe, qui en se retirant, révélerait la vérité de la mort.

Mais cette tonalité chromatique se transfigure : la nuit offre une sérénité, attestée par la figure féminine mystérieuse et « cristalline ». La nuit devient claire et heureuse dans la deuxième partie de la section (85-87). Elle est métaphorisée en jeune femme admirable, claire femme « d’ébène » qui ravive le désir. La « lumière d’hiver » permet à Jaccottet de renouer avec le monde, de rompre avec la mélancolie – de la transfigurer par les pouvoirs de la rêverie. C’est une lumière apaisante et gratifiante, comme le suggéraient les sonorités claires et la musicalité du syntagme composant le titre. La section s’achève par l’image de la neige, lumière aussi et féconde : (96) « Sur tout cela maintenant je voudrais / que descende la neige, lentement,/…et qu’elle fasse le sommeil des graines, / d’être ainsi protégé, plus patient ». L’hiver n’est pas la saison de la stérilité, mais de la dormance : un renouveau est en germe dans ces « graines » ensommeillées.

La mort dans A la lumière d’hiver
La question de la mort occupe une place essentielle dans l’œuvre de Jaccottet. Elle est pour le poète la source d’une inquiétude profonde, qui prend souvent les traits de l’angoisse et de la terreur. Présente dès les premiers écrits de Jaccottet, la mort se manifeste particulièrement dans le recueil ALH. En effet, ce dernier comporte « deux livres de deuil » précédemment publiés, Leçons et Chants d’en bas, qui évoquent la mort de deux proches : le beau-père et la mère du poète. Avec ces poèmes, auxquels est ajouté en 1977 l’ensemble de textes qui donne son titre au livre, il ne s’agit plus pour Jaccottet d’évoquer la mort de manière générale et lyrique, comme il se reproche de l’avoir fait dans ses précédents recueils, mais de se confronter à la mort réelle, d’autant plus éprouvante qu’elle touche des êtres chers.

Il faut se demander quelle place la mort occupe dans ALH et quelle représentation Jaccottet en propose : quels aspects revêt-elle dans le recueil ? En quoi la confrontation du poète avec la mort constitue-t-elle un des enjeux majeurs du livre ?

  1. L’épreuve de la mort

  2. Une vision terrifiée de la mort

  3. Une tentative de dépassement de l’effroi provoqué par la mort
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