En quoi l’écriture littéraire sous toutes ses formes est-elle particulièrement apte à dénoncer les problèmes de la société ?





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Dissertation du bac blanc 21 mai 2016
En quoi l’écriture littéraire sous toutes ses formes est-elle particulièrement apte à dénoncer les problèmes de la société ?
Dès l’Antiquité, les Grecs- Aristote- puis les Romains- Cicéron- ont réfléchi et écrit sur l’art oratoire, c’est-à-dire la rhétorique, permettant de convaincre et de persuader. Cet art repose sur trois objectifs – docere, placere, movere (enseigner, plaire et instruire) et sur plusieurs règles. Chaque écrivain qui souhaite faire partager son opinion se doit de les respecter. L’écriture littéraire argumentée d’autre part comprend les grands genres traditionnels tels que le roman, la poésie et le théâtre mais aussi la littérature d’idées avec les essais, les discours, les lettres… L’aptitude de la littérature à dénoncer, à être engagée et à participer aux débats d’idées d’une société donnée sera considérée : le lecteur doit être pris en compte puisqu’il doit aussi réagir et à son tour prendre en considération le problème évoqué. Il s’agira donc de voir les enjeux de l’écriture et d’analyser les moyens et les procédés dont disposent les écrivains engagés pour créer et donner à lire des textes à la fois originaux et percutants pour livrer avec succès un combat qu’ils jugent justes et nécessaires. Dans un premier temps, nous montrerons donc que l’écrivain est un homme d’engagement qui agit dans son temps. Puis, nous analyserons les différents enjeux des écrits littéraires et dans un dernier temps nous nous interrogerons sur les procédés les plus habiles pour enrichir l’argumentation.
L’homme de lettres livre des combats, dans le seul et unique but de faire réagir ses contemporains et donc de faire progresser la société et le monde qui l’entourent.

Il est donc d’abord un homme d’action : il participe pleinement à la vie de la cité et il exerce une profonde influence sur son époque. Ainsi, traditionnellement, lors de la remise du prix Nobel de littérature, le lauréat s’exprime sur sa conception de l’art littéraire. Au XX ème siècle, plusieurs écrivains français ont reçu cette distinction et certains d’entre eux ont partagé cette conception de l’engagement. En décembre 1957, Albert Camus déclare alors dans son Discours de Suède : «  Le rôle d’un écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles […] Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, […], l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté ». Trois ans plus tard, en 1960, le poète Saint -John Perse ne dira pas autre chose en recevant le Nobel : « Poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance. Et c’est ainsi que le poète se trouve aussi lié, malgré lui, à l’événement historique. Et rien du drame de son temps ne lui est étranger ». L’homme de lettres emploie les mots pour s’engager et ainsi dénoncer les problèmes de la société.

Cet engagement passe donc naturellement par « l’écriture littéraire » qui pendant longtemps fut utilisée pour combattre. La plume devient alors plus forte que le fer. L’écriture littéraire est alors ancrée dans une époque et l’écrivain la choisit en fonction d’une esthétique bien précise. En effet, les formes littéraires évoluant au fil des siècles, l’écrivain utilise celle qui est la plus percutante et la plus appropriée pour toucher le lecteur et lui permettre d’adhérer à sa cause. Au XVI ème siècle, dans une France déchirée par les guerres de religion longues et sanglantes, les poètes par leurs vers dénonçaient les vices des catholiques ou bien des protestants. Ronsard dans les Discours des Misères de ce temps écrit ces quelques vers pour répondre aux attaques protestantes : « Ainsi que l’ennemi par livre a séduit/ Le peuple dévoyé qui faussement le suit/ Il faut en disputant par livres le confondre/ Par armes l’assaillir par armes lui répondre ». Ronsard entre donc dans la sphère publique pour défendre la cause des catholiques qu’il croit juste et menacée. De même, à l’époque des Lumières, c’est l’œuvre de ce siècle, l’Encyclopédie écrite entre 1751 et 1772 qu’écrivains et philosophes ont critiqué et dénoncé des problèmes. Par exemple, tel fut le cas de Diderot dans «  Autorité politique » qui énonce dès la première phrase « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres ».

Ecrire est donc un moyen pour l’écrivain de s’engager et de lutter sans faire couler le sang. User des mots pour défendre une cause ou dénoncer les problèmes de la société devient une force aux enjeux multiples.
Dès lors que l’écrivain se saisit de sa plume pour s’engager dans son combat, il doit argumenter car son but est bien de rallier son lecteur. L’écriture littéraire peut alors prendre des directions multiples dont les deux principales sont convaincre et persuader.

Dans un premier temps, l’écrivain peut simplement chercher à convaincre, c’est-à-dire faire appel à la raison, aux facultés d’analyse et de raisonnement, à l’esprit critique du destinataire pour obtenir son accord. La Bruyère publia les Caractères dans cette perspective. Observateur subtil de la société du XVIIème siècle et de la cour du Roi Soleil qu’il fréquenta longuement, le moraliste classique choisit le fragment autrement dit la maxime pour dénoncer les faiblesses et les failles de la société. Le chapitre X intitulé «  Du Souverain ou de la République » inclut cette pensée au présent de vérité générale : «  Il ne faut ni rat ni science, et la politique qui ne consiste qu’à répandre le sang est fort bornée et de nul raffinement ; elle inspire de tuer ceux dont la vie est un obstacle à notre ambition ». Avec concision, élégance et perspicacité, La Bruyère condamne directement un régime qu’il juge tyrannique et sanguinaire. De même au XVIII ème siècle, Marivaux utilisera une autre forme littéraire pour défendre la cause des femmes. C’est en effet au théâtre avec La Colonie en 1729 qu’il mènera ce combat : sur scène s’affrontent différents personnages masculins et féminins qui débattent du statut de la femme et Arthénice déclare que les femmes veulent désormais se « mêler de tout, être associées à tout et exercer tous les emplois ».

Toutefois, convaincre n’est pas l’unique perspective se présentant devant l’écrivain. Il peut aussi parvenir à ses fins par la persuasion. Persuader, c’est faire appel aux sentiments et aux émotions du destinataire. Pour le toucher avec succès, l’écrivain va alors jouer sur un système de valeur, faire appel à de grands principes universels, que chacun partage : la vérité, la justice, le bonheur, la liberté. L’homme de lettres devra donc emporter l’adhésion du lecteur. C’est ainsi qu’au XIX ème siècle, alors que la France a trouvé un régime de progrès, un homme, Napoléon III, renverse et tue la IIème république en se proclamant Empereur des Français. Victor Hugo alors s’indigne et écrit un discours qui est en fait une « Proclamation à l’armée » datée du 3 décembre 1851, dans laquelle il exhorte les soldats à revenir à la raison et à ne pas soutenir celui qui couvre la France de sang et de honte. Sa rhétorique repose sur le jeu des oppositions entre la gloire et l’indignité, la force et la faiblesse, la grandeur et la petitesse. Devant l’insupportable, l’écrivain use donc de ses talents pour réagir et faire réagir. De même au XX ème siècle, alors que l’armée allemande inflige à la France d’horribles souffrances, de grands noms de la Résistance choisissent la poésie pour lutter. L’écriture littéraire prend alors autant de place que les mitraillettes et les canons. La parole poétique est dès lors un moyen d’exprimer sa rébellion et sa protestation. C’est ainsi qu’Eluard écrivit dans son recueil Au Rendez-vous allemand le poème «  Liberté » où chaque quatrain se termine par cette même phrase «  J’écris ton nom » et qu’Aragon publia dans La Diane française en 1944 «  La Rose et le Réséda » : » Celui qui croyait au Ciel/ Celui qui n’y croyait pas/ Tous deux adoraient la belle/ Prisonnière des soldats/ Lequel montait à l’échelle/ Et lequel guettait en bas ».

Pour dénoncer les problèmes de la société et défendre une cause, l’écrivain peut utiliser différentes stratégies argumentatives et varier les genres littéraires : de façon directe ou indirecte, il saura trouver les mots pour convaincre et persuader de la justesse de son combat. Reste alors à découvrir et à analyser les ressources et les procédés qu’il a à sa disposition pour être le plus original possible tout en étant au plus près de la vérité.
Au-delà des buts que se donne l’écriture littéraire, elle se doit avant tout de toucher sa cible c’est-à-dire d’avoir un effet profond sur le lecteur. Elle doit l’amener à réfléchir et à agir. Ainsi, l’œuvre peut être utile.

La littérature en effet doit conduire les hommes vers le progrès par ses pouvoirs et ses ressources. C’est l’objectif que se fixe notamment Victor Hugo lorsqu’il publie Les Misérables en 1862 et qu’il écrit dans sa Préface «  tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être utiles ». Le texte littéraire alors met en œuvre différents procédés qui soulignent son originalité. Il peut par exemple jouer sur les registres. Autrement dit, l’écriture littéraire fait naître une émotion, un sentiment qui ne le laissera pas insensible. Ainsi, si l’écrivain parvient à l’impliquer dans sa démarche et s’il arrive à créer des réactions de joie ou de tristesse, il sera parvenu à ses fins et le texte aura donc accompli son but. Molière au XVII ème siècle, use du comique pour faire réagir ses contemporains, tout son théâtre repose alors sur «  Castigat ridendo mores » qu’il énonce dans la Préface du Tartuffe en 1664 et qui veut dire « corriger les mœurs en riant ». Ses grandes comédies suscitent donc le rire mais dénoncent en même temps les grands problèmes de la société : Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme lui permet d’attaquer la vanité intellectuelle et Harpagon dans l’Avare l’avarice. Deux siècles plus tard, Emile Zola choisit le roman naturaliste pour dénoncer les problèmes de la société et défendre la cause des mineurs dans Germinal ou des gens du peuple dans l’Assommoir. Dans ce dernier roman, Zola exploite toute la richesse du pathétique pour susciter la compassion du lecteur, notamment devant Gervaise qui meurt abandonnée de tous dans une niche sous un escalier.

Cependant les registres ne sont pas les seuls à susciter l’adhésion du lecteur. S’ils jouent sur l’émotion, d’autres moyens peuvent être choisis pour jouer avec la raison du lecteur et le premier moyen est l’ironie. En effet, le lecteur doit alors comprendre qu’il est appelé à réfléchir et à prendre ses distances avec les formulations de l’auteur et les inverser. L’ironie est une stratégie essentielle de l’argumentation parce qu’elle rend le lecteur complice, elle l’oblige à parcourir la moitié du chemin dans l’adhésion à la thèse. Au XVI ème siècle, alors qu’il est à Rome, Du Bellay observe la société romaine et note dans ses carnets la décadence de ce qui fut jadis le fleuron de la civilisation. Ainsi, dans plusieurs sonnets des Regrets publiés en 1558, le poète humaniste fustige les problèmes de la société et notamment dans le sonnet 91 où il énumère ironiquement les différentes parties du corps des prostituées «  Ô beau corps transparent ! Ô beaux membres de glace ! / Ô divines beautés ! Pardonnez-moi de grâce, / Si pour être mortel, je ne vous ose aimer ». Le siècle des Lumières, lui, mettra en valeur l’ironie de façon à ce que les lecteurs puissent user de leur raison et de leur réflexion. C’est le cas de Voltaire dans Candide écrit en 1759 où l’écrivain amuse son lecteur et soulève des problèmes fondamentaux : en se moquant des règles du conte, en créant un personnage naïf et peu débrouillards il invite à réfléchir sur des causes justes : la lutte contre l’esclavage, la possibilité d’être heureux ou l’accès au travail.

Enfin, les textes littéraires sont aptes à défendre une cause parce qu’ils sont plaisants. L’écrivain va alors soigner son style pour faire preuve d’habileté et de maîtrise. S’il est un genre qui permet de concilier beauté de la forme, grandeur de l’idée et justesse de l’expression, c’est l’apologue. Au Grand siècle, en suivant l’esthétique du classicisme «  plaire et instruire », La Fontaine écrivit ses Fables. Dans « La Cour du Lion », publiée dans le deuxième recueil en 1678, il raconte par exemple l’histoire d’un Lion, derrière lequel se cache Louis XIV tyrannique, violent et sanguinaire. Par le détour plaisant de la fiction, le fabuliste dénonce certains traits de la monarchie absolue pour les révéler à son lecteur et ainsi répondre à l’objectif qu’il exprimait dans sa Préface «  Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ». Au XX ème siècle, l’apologue n’est pas une forme morte. Par exemple, Albert Camus l’utilise encore, notamment avec La Peste : dans ce roman publié en 1947, Camus raconte l’histoire de la ville d’Oran en Algérie dans les années 40 qui se retrouve envahie par les rats. Cette invasion de rongeurs repoussants et malsains illustre la montée et la propagation rapide du nazisme en Europe et les difficultés de l’Occupation. C’est comme l’a dit le critique Roland Barthes, par le plaisir du texte que le lecteur prend toute la mesure des problèmes de la société.
Ainsi, l’écriture littéraire sous toutes ses formes est un outil fondamental lorsque l’écrivain souhaite s’exprimer et s’engager dans les grandes luttes de son époque. Il en fait une arme essentielle puisqu’avec les mots il parvient à susciter l’intérêt du lecteur. De cet intérêt naissent une émotion et des réactions. Le lecteur ne reste pas insensible. Et donc l’écrivain parvient avec succès à dénoncer les travers de la société. Chaque grande époque de l’Histoire a eu ses défenseurs : les plus grandes plumes ont su allier la réflexion personnelle et les talents d’écriture. Le monde a aussi découvert d’autres ressources et les autres artistes, à savoir les peintres, les musiciens et les cinéastes se sont eux aussi attachés à défendre et dénoncer ce qui leur tenait à cœur.

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