Littérature et société/Le fantastique





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titreLittérature et société/Le fantastique
date de publication01.06.2017
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Littérature et société/Le fantastique

Objectifs

  • Connaissances : le fantastique (littérature, images, cinéma)

  • Capacités : compréhension écrite/orale, expression écrite/orale, rédiger, analyser des œuvres d’art, les contextualiser, visionner des films, réaliser un diaporama.

  • Attitudes : travail en groupe et en autonomie

Travail encadré par Emmanuelle Guillou, professeure de Lettres et Catherine Barruel, professeure d’HG

Séance 1. Définitions

Pour les élèves

Travail en groupe de 2, 3 ou 4 puis restitution dans un autre groupe

  • Définitions de monstre et fantastique à partir d’articles de dictionnaires donnés.

  • Etablir une typologie des monstres

Compléments

  1. Les montres physiques qui ont un aspect qui suscite l’effroi

  • Des êtres surnaturels et légendaires (animaux, êtres semi humain, créatures mythologiques –centaure, cyclope, cerbère, Godzilla, la bête - vampire, Frankenstein)

  • Des êtres humains Quasimodo, Elephant man, la sorcière

2 possibilités :

  • Soit la monstruosité physique est accompagnée de méchanceté ou de monstruosité morale

  • Soit la monstruosité est physique et est contredite par la bonté morale du personnage. Donc contradiction, l’apparence est trompeuse comme Quasimodo ou Frankenstein



  1. Les monstres moraux

Leur apparence peut être tout à fait normale, ordinaire ou au contraire sublime mais ils commettent des actes contraires à la morale.

Jack l’éventreur, serial killer, Mme de Mestenol, sorcière Karaba, Dexter ?

Séance 2 et 2bis. Les sources littéraires

Démarche

  1. Distribuer les textes plus les questions à faire en groupe de 4 élèves. (attribuer un numéro de 1 à 4 à chaque élève dans chaque groupe)

  2. Restitution en groupes reconstitués (tous les 1 ensemble, les 2 ensemble ….)

Pour les élèves

  • Espace –temps : Textes 1, 2, 5 

  1. Présentez les lieux et le temps de chacun de ces textes.

  2. Quelles sont les connotations attachées à ces lieux  et à ces moments? Qu’ont-ils en commun ? Pourquoi les lieux des textes 3 et 4 sont-ils différents ?

  • Monstres

  1. Quelles sont les différences entre ces monstres ? Comment apparaissent-ils au personnage ? Comment le narrateur s’y prend-il pour susciter l’effroi ?

Corpus documentaire
I – le cadre spatio-temporel

Matthew Lewis, Le Moine, 1796

- Venez ! dit-elle, et elle lui prit la main ; suivez-moi, et soyez témoin des effets de votre résolution.
À ces mots, elle l’entraîna précipitamment. Ils passèrent dans le lieu de sépulture sans être vus, ouvrirent la porte du sépulcre, et se trouvèrent à l’entrée de l’escalier souterrain. Jusqu’alors la clarté de la lune avait guidé leurs pas, mais à présent cette ressource leur manquait. Mathilde avait négligé de se pourvoir d’une lampe. Sans cesser de tenir la main d’Ambrosio, elle descendit les degrés de marbre; mais l’obscurité les obligeait de marcher avec lenteur et précaution.

- Vous tremblez ! dit Mathilde à son compagnon ; ne craignez rien, nous sommes prêts du but.
Ils atteignirent le bas de l’escalier, et continuèrent d’avancer à tâtons le long des murs. À un détour, ils aperçurent tout à coup dans le lointain une pâle lumière, vers laquelle ils dirigèrent leurs pas : c’était celle d’une petite lampe sépulcrale qui brûlait incessamment devant la statue de Sainte-Claire ; elle jetait une sombre et lugubre lueur sur les colonnes massives qui supportaient la voûte, mais elle était trop faible pour dissiper les épaisses ténèbres où les caveaux étaient ensevelis. Mathilde prit la lampe.

- Attendez-moi ! dit-elle au prieur ; je reviens dans un instant.

À ces mots, elle s’enfonça dans un des passages qui s’étendaient dans différentes directions et formaient une sorte de labyrinthe. Ambrosio resta seul. L’obscurité la plus profonde l’entourait, et encourageait les doutes qui commençaient à renaître dans son sein.
Ann Radcliff, Les mystères d’Udolphe, 1798

Vers la chute du jour, la route tourna dans une vallée plus profonde qu’enfermaient, presque de tout côté, des montagnes qui paraissaient inaccessibles. À l’orient, une échappée de vue montrait les Apennins dans leur plus sombre horreur. La longue perspective de leurs masses entassées, leurs flancs chargés de noirs sapins présentaient une image de grandeur plus forte que tout ce qu’Emilie avait déjà vu. Le soleil se couchait alors derrière la montagne même qu’Emilie descendait, et projetait vers le vallon son ombre allongée ; mais ses rayons horizontaux, passant entre quelques roches écartées, doraient les sommités de la forêt opposée, et brillaient sur les hautes tours et les combles d’un château dont les vastes remparts s’étendoient le long d’un affreux précipice. La splendeur de tant d’objets bien éclairés s’augmentait encore du contraste formé par les ombres qui déjà enveloppaient le vallon.

Voilà Udolphe, dit Montoni, qui parlait pour la première fois depuis plusieurs heures.

Emilie regarda le château avec une sorte d’effroi, quand elle sut que c’était celui de Montoni. Quoiqu’éclairé maintenant par le soleil couchant, la gothique grandeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, en faisaient un objet imposant et sinistre. La lumière s’affaiblit insensiblement sur les murs, et ne répandit qu’une teinte de pourpre qui, s’effaçant à son tour, laissa les montagnes, le château et tous les objets environnants dans la plus profonde obscurité.

Isolé, vaste et massif, il semblait dominer la contrée. Plus la nuit devenait obscure, plus ses tours élevées paraissaient imposantes. Emilie ne cessa de le regarder que, lorsque l’épaisseur du bois, sous lequel les voitures commençaient à monter, lui en eut absolument dérobé la vue. L’étendue et l’obscurité de ces énormes forêts présentèrent d’épouvantables images à l’esprit d’Emilie, qui ne les trouvait propres qu’à servir de retraite à quelques bandits.
Ernest Hoffman, La Maison déserte, 1817

L’avenue bordée d’hôtels somptueux qui conduit à la porte de —— est le rendez-vous habituel des gens du grand monde, à qui leur position ou leur fortune permet d’user largement des jouissances de la vie. Le rez-de-chaussée de ces riches et vastes palais est généralement affecté à des magasins où sont exposées les marchandises de luxe, et les étages supérieurs sont habités par des personnes de la plus haute condition. C’est dans cette rue que sont situés aussi les hôtels publics les plus distingués, et la plupart des ambassadeurs étrangers y ont leur résidence. Vous pouvez donc vous figurer ce lieu comme le théâtre perpétuel d’un mouvement et d’une vie extraordinaires qu’on ne retrouve point dans les autres quartiers de la capitale ; de même que l’aspect de celui-ci donnerait une idée exagérée de la population commune ; car l’affluence générale fait que maintes personnes se contentent en cet endroit d’un logement exigu relativement à leurs besoins réels ; ce qui donne à plusieurs maisons occupées par un grand nombre de familles l’aspect de véritables ruches d’abeilles.

J’avais déjà bien souvent parcouru cette promenade, lorsqu’un jour une maison qui contrastait d’une manière frappante et singulière avec toutes les autres arrêta tout-à-coup mes regards. Figurez-vous une maison basse avec quatre fenêtres de façade au premier étage, qui ne dépassait guère en hauteur les croisées du rez-de-chaussée des maisons voisines, et deux beaux hôtels la comprimant pour ainsi dire entre leurs grands murs latéraux. Sa devanture décrépie, sa toiture mal entretenue, une partie des vitres remplacée par du papier collé, témoignaient de la négligence absolue du propriétaire. Imaginez l’effet que devait produire cette masure au milieu de tant d’édifices somptueux ornés de tous les embellissements de l’art et du goût.

Je m’arrêtai, et, après un examen attentif, je remarquai que toutes les croisées étaient soigneusement fermées ; celles du rez-de-chaussée paraissaient avoir été murées ; et je cherchai vainement auprès de la porte bâtarde, pratiquée sur un côté de la façade, et qui devait servir d’entrée, la sonnette d’usage. Je ne pus même découvrir sur cette porte ni serrure ni poignée. Bref, je restai convaincu que cette maison devait être tout-à-fait inhabitée ; car jamais, jamais, à quelque heure du jour que je passasse, je n’y aperçus la moindre trace d’une créature humaine.
Maupassant, La Main d’écorché, 1875

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R..., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s'ouvre toute grande et un de mes bons amis d'enfance entre comme un ouragan. "Devinez d'où je viens, s'écria-t-il aussitôt. - Je parie pour Mabille, répond l'un, - non, tu es trop gai, tu viens d'emprunter de l'argent, d'enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante, reprend un autre. - Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. - Vous n'y êtes point, je viens de P... en Normandie, où j'ai été passer huit jours et d'où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter." A ces mots, il tira de sa poche une main d'écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d'une force extraordinaire, étaient retenus à l'intérieur et à l'extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d'une lieue. "Figurez-vous, dit mon ami, qu'on vendait l'autre jour les défroques d'un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d'un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, ce quoi faisant je trouve qu'il n'avait pas tort, puis pendu au clocher de l'église le curé qui l'avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d'un monastère de religieuses. - Mais que vas-tu faire de cette horreur ? nous écriâmes-nous. - Eh parbleu, j'en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. - Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par le procédé nouveau, je te conseille d'en faire du bouillon. - Ne raillez pas, messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j'ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : "Qui a tué tuera." - Et qui a bu boira", reprit l'amphitryon. Là-dessus il versa à l'étudiant un grand verre de punch, l'autre l'avala d'un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : "Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître", puis on parla d'autre chose et chacun rentra chez soi. 
BRAM STOCKER, Dracula, 1897

Bientôt, nous fûmes entre deux rangées d’arbres qui, à certains endroits, formaient réellement une voûte au-dessus du chemin, si bien que nous avions l’impression de traverser un tunnel. Et, de nouveau, de part et d’autre, de grands rochers nous gardaient, sans rien perdre cependant de leur air menaçant. Abrités de la sorte, nous entendions toutefois le vent siffler et gémir entre ces rochers, et les branches des arbres s’agiter violemment. Il faisait pourtant de plus en plus froid, une neige très fine commençait à tomber – il ne fallut pas bien longtemps pour que tout fût blanc autour de nous. Le vent nous apportait encore des hurlements de chiens, encore qu’ils nous parvinssent de plus en plus faibles à mesure que nous nous éloignons. Mais, à entendre les loups, on eût dit, au contraire, qu’eux se rapprochaient sans cesse, qu’ils finiraient par nous entourer complètement. J’en étais, je l’avoue, fort effrayé, et je voyais que l’inquiétude recommençait à s’emparer des chevaux également. Le cocher, cependant, restait parfaitement calme, regardant à gauche puis à droite, comme si de rien n’était. J’avais beau essayer de distinguer quelque chose dans l’obscurité, je n’y parvenais pas.
II- Les « monstres »
MARY SHELLEY, Frankenstein ou Le Prométhée moderne, 1817

Une sinistre nuit de novembre, je pus enfin contempler le résultat de mes longs travaux. Avec une anxiété qui devint une agonie, je réunis les instruments de vie pour en communiquer une étincelle à la chose inanimée couchée à mes pieds. I1 était déjà une heure du matin. La pluie fouettait lugubrement sur les carreaux, et la bougie achevait de se consumer. Tout à coup, à la lueur de la flamme vacillante, je vis la créature ouvrir des yeux d'un jaune terne. Elle respira profondément et ses membres furent agités d'un mouvement convulsif.

Comment pourrais-je dire l'émotion que j'éprouvais devant cette catastrophe, où trouver les mots pour décrire l'être repoussant que j'avais créé au prix de tant de soins et tant d'efforts ? Ses membres étaient, certes, bien proportionnés, et je m'étais efforcé de conférer à ses traits une certaine beauté. De la beauté ! Grand dieu ! Sa peau jaunâtre dissimulait à peine le lacis sous-jacent de muscles et de vaisseaux sanguins. Sa chevelure était longue et soyeuse, ses dents d'une blancheur nacrée, mais cela ne faisait que mieux ressortir l'horreur de ses yeux vitreux, dont la couleur semblait se rapprocher de celle des orbites blafardes dans lesquelles ils étaient profondément enfoncés. Cela contrastait aussi avec la peau ratatinée du visage et avec le trait noir qui formait ses lèvres. J’avais travaillé durement pendant presque deux ans dans le seul but de donner la vie à un corps inanimé. Je m’étais privé de repos et de soins. Je l’avais désiré avec une ardeur sans bornes, mais maintenant que c’était fini, la beauté du rêve s’évanouissait. Mon cœur se remplit de dégoût et d’une horreur indicible. Ne pouvant supporter la vue de l’être que j’avais créé je me précipitai hors de la pièce et pendant longtemps je marchai de long en large dans ma chambre sans pouvoir me calmer.
VICTOR HUGO, Les travailleurs de la mer, 1866.

Ce qu'il éprouva en ce moment c'est l'horreur indescriptible. .

Quelque chose qui était mince, âpre, plat, glacé, gluant et vivant venait de se tordre dans l'ombre autour de son bras nu. Cela lui montait vers la poitrine. C'était la pression d'une courroie et la poussée d'une vrille. En moins d'une seconde, on ne sait quelle spirale lui avait envahi le poignet et le coude et touchait l'épaule. La pointe fouillait sous son aisselle.

Gilliatt se rejeta en arrière, mais put à peine remuer. Il était comme cloué. De sa main gauche restée libre il prit son couteau qu'il avait entre ses dents, et de cette main, tenant le couteau, s'arc-bouta au rocher, avec un effort désespéré pour retirer son bras. Il ne réussit qu'à inquiéter un peu la ligature, qui se resserra. Elle était souple comme le cuir, solide comme l'acier, froide comme la nuit.

Une deuxième lanière, étroite et aiguë, sortit de la crevasse du roc. C'était comme une langue hors d'une gueule. Elle lécha épouvantablement le torse nu de Gilliatt, et tout à coup s'allongeant, démesurée et fine, elle s'appliqua sur sa peau et lui entoura tout le corps. En même temps, une souffrance inouïe, comparable à rien, soulevait les muscles crispés de Gilliatt. Il sentait dans sa peau des enfoncements ronds, horribles. Il lui semblait que d'innombrables lèvres, collées à sa chair, cherchaient à lui boire le sang.

Une troisième lanière ondoya hors du rocher, tâta Gilliatt, et lui fouetta les côtes comme une corde. Elle s'y fixa.

L'angoisse, à son paroxysme, est muette. Gilliatt ne jetait pas un cri. Il y avait assez de jour pour qu'il pût voir les repoussantes formes appliquées sur lui. Une quatrième ligature, celle-ci rapide comme une flèche, lui sauta autour du ventre et s'y enroula.

Impossible de couper ni d'arracher ces courroies visqueuses qui adhéraient étroitement au corps de Gilliatt et par quantité de points. Chacun de ces points était un foyer d'affreuse et bizarre douleur. C'était ce qu'on éprouverait si l'on se sentait avalé à la fois par une foule de bouches trop petites. Un cinquième allongement jaillit du trou. Il se superposa aux autres et vint se replier sur le diaphragme de Gilliatt. La compression s'ajoutait à l'anxiété Gilliatt pouvait à peine respirer. Ces lanières, pointues à leur extrémité, allaient s’élargissant comme des lames d'épée vers la poignée. Toutes les cinq appartenaient évidemment au même centre. Elles marchaient et rampaient sur Gilliatt. Il sentait se déplacer ces pressions obscures qui lui semblaient être des bouches. Brusquement une large viscosité ronde et plate sortit de dessous la crevasse. C'était le centre; les cinq lanières s'y rattachaient comme des rayons à un moyeu; on distinguait au côté opposé de ce disque immonde le commencement de trois autres tentacules, restés sous l'enfoncement du rocher. Au milieu de cette viscosité il y avait deux yeux qui regardaient.

Ces yeux voyaient Gilliatt. Gilliatt reconnut la pieuvre.

VICTOR HUGO, L’Homme qui rit, 1869.

La nature avait été prodigue de ses bienfaits envers Gwynplaine. Elle lui avait donné une bouche s’ouvrant jusqu’aux oreilles, des oreilles se repliant sur les yeux, un nez informe fait pour l’oscillation, des lunettes de grimacier, et un visage qu’on ne pouvait regarder sans rire. Deux yeux pareils à des jours de souffrance, un hiatus pour bouche, une protubérance camuse avec deux trous qui étaient les narines, pour face un écrasement, et tout cela ayant pour résultante le rire, il est certain que la nature ne produit pas toute seule de tels chefs-d’oeuvre. [...]

Il semblait évident qu’une science mystérieuse, probablement occulte qui était à la chirurgie ce que l’alchimie est à la chimie, avait ciselé cette chair, à coup sûr dans le très bas âge et créé, avec préméditation ce visage. Cette science, habile aux sections, aux obtusions et aux ligatures, avait fendu la bouche, débridé les lèvres, dénudé les gencives, distendu les oreilles, décloisonné les cartilages, désordonné les sourcils et les joues, élargi le muscle zygomatique, estompé les coutures et les cicatrices, ramené la peau sur les lésions, tout en maintenant la face à l’état béant, et de cette sculpture puissante et profonde était sorti ce masque : Gwynplaine.

Gwynplaine était saltimbanque. Il se faisait voir en public. Pas d’effet comparable au sien. Il guérissait les hypocondries rien qu’en se montrant. Il était à éviter pour des gens en deuil, confus et forcés, s’ils l’apercevaient, de rire indécemment. Un jour le bourreau vint, et Gwynplaine le fit rire.
MAUPASSANT, Le Horla, 1887

18 MAI.
Je viens d'aller consulter mon médecin, car je ne pouvais plus dormir. Il m'a trouvé le pouls rapide, l'oeil dilaté, les nerfs vibrants, mais sans aucun symptôme alarmant. Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium.

25 MAI.

Aucun changement ! Mon état, vraiment, est bizarre.

A mesure qu'approche le soir, une inquiétude incompréhensible m'envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne vite, puis j'essaye de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue à peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l'oppression d'une crainte confuse et irrésistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit. Vers dix heures, je monte donc dans ma chambre. A peine entré, je donne deux tours de clef, et je pousse les verrous ; j'ai peur... de quoi ?... Je ne redoutais rien jusqu'ici... j'ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j'écoute... j'écoute... quoi ?... Est-ce étrange qu'un simple malaise, un trouble de la circulation peut-être, l'irritation d'un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante, puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j'attends le sommeil comme on attendrait le bourreau.

Je l'attends avec l'épouvante de sa venue ; et mon coeur bat, et mes jambes frémissent ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu'au moment où je tombe tout à coup dans le repos, comme on tomberait pour s'y noyer, dans un gouffre d'eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, caché près de moi, qui me guette, qui va me saisir par la tête, me fermer les yeux, m'anéantir.

BRAM STOCKER, Dracula, 1897

La grande boîte était toujours à la même place. J’ai enlevé le couvercle, et je l’ai posé contre le mur. Ce que je vis alors emplit mon âme d’horreur et d’effroi.

Le comte gisait dans la boîte. Mais il semblait avoir retrouvé une partie de sa jeunesse. Sa moustache et ses cheveux blancs avaient pris une teinte gris-acier ; ses joues étaient plus pleines, et une coloration rouge-rubis émanait de sous la peau blanchâtre ; la bouche était plus rouge que jamais, et sur ses lèvres se trouvaient des gouttes de sang frais qui s’écoulait en un filet continu, glissant sur le menton et sur son cou. Ses yeux fiévreux semblaient encore plus profondément enfoncés dans son visage bouffi, car ses paupières étaient enflées. On aurait dit que cette abominable créature était tout entière gorgée de sang. Il était étendu là, comme une écœurante sangsue en pleine digestion. Un terrible désir de meurtre monta en moi. Je ne pouvais laisser vivre un tel monstre. Je saisis une pelle, et la soulevai le plus haut possible pour frapper cet ignoble visage. Mais comme j’allais asséner un coup terrible, ses yeux se tournèrent vers moi, grands ouverts et flamboyants comme ceux du basilic. Ce regard semblait me paralyser et, soudain, la pelle ses retourna dans mes mains.

Des éléments de correction :

Espace/ temps

Lieux :

  • inquiétants (châteaux, cimetière, cryptes …)

  • Des lieux ordinaires rendus inquiétants par le climat ou l’heure de la journée. maisons

Temps :

  • Nuit, soir, aube , pleine lune, orage, bruit, mugissements

Monstres

- Dracula, Frankenstein, Horla, Pieuvre, Gwynplaine

Voir la séance précédente pour la typologie

Les différentes fonctions du fantastique (à faire en cours dialogué, reprise)

Il peut s’agir de pointer les limites de la raison –

Toujours en temps de crise

  • montrer l impuissance de la raison face à la force de l’imagination (désenchantement/critique de Goya, par exemple, sa hantise des monstres engendrés par le fanatisme)

  • montrer les excès de la raison scientifique (Frankenstein)

  • troubler les limites morales, braver/expérimenter les interdits et les conventions (roman gothique – Dracula)

Donner une chronologie – ère post-révolutionnaire/ puis renouveau à partir de 1870 (exaspération face au scientisme et à la morale du second empire)

Séance 3 et 3 bis et 3 ter : Analyse d’images et contextualisation

  • Réaliser un dossier sur word

Allez sur le réseau du lycée sur le serveur commun, travail, littérature et société, images sur le fantastique

Sur chaque image :

  • Auteur et sa présentation

  • Date et contexte de création de l’œuvre

  • Nature du médium

  • Description de l’image (ce que je vois, ce que je perçois, ce que je sais)

Puis vous consulterez ces sites afin de trouver des outils d’analyse des œuvres : ex pour le cauchemar de Füssli vous pouvez consulter :

http://www.telerama.fr/scenes/une-oeuvre-a-la-loupe-le-cauchemar-de-fussli,65088.php

http://mini-site.louvre.fr/saison18e/fr/antiquite_revee/ar36.html

Pour le vol des sorcières de Goya:

http://video.lefigaro.fr/figaro/video/le-vol-des-sorcieres-de-goya-dechiffre/2203161203001/

Pour le crâne aux yeux exhorbités de Duvocelle

http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/arts-graphiques/commentaire_id/crane-aux-yeux-exorbites-9489.html?cHash=12b7d9b58e

Encre de Victor Hugo, photogramme de Nosferatu, photographie spirit.

Des éléments de complément :

Plusieurs médiums des photogrammes, des photographies spirit, Peinture, dessin (plume, encre, fusain, aquarelle)

Des images qui souhaitent donner corps à l’impensable, la cruauté le sublime, l’inquiétant. La peinture se lance ds les phénomènes difficiles à saisir, insondables, ténèbres, effroi mais avec un nouveau vecteur : l’oeil

Elles accordent une importance créative et poétique au hasard (Hugo).

Les couleurs : le noir domine (il est en l’homme, c’est son sens de l’inhumain).

La figure humaine devient incertaine jusqu’à disparaître ds un univers sans limites. (ex paysages de Friedrich) ou présence de ruines.

Nouvelle question se pose : celle de la représentation, il faut voir et faire voir au – delà de l’image. (faire remarquer qu’à ce moment il y a interactivité entre ce qui s’écrit et se peint et se dessine : c’est une composante essentielle de la modernité qui deviendra déterminante ds l’aventure surréaliste ou textes et images ne cessent de se répondre)

D’ou vient cette peinture ? Une part d’inspiration de la littérature d’autre part l’imagination de l’artiste. Ce sont souvent des visions oniriques.

  • Füssli va au – delà de la littérature par le dvt des cauchemars. Ds son tableau le cauchemar (source littéraire présumée, la sorcière de Middleton, 1616) il témoigne d’une réflexion sur l’essence des visions oniriques et pas seulement une illustration. Il se situe entre réalité et fiction.

  • Goya, les caprices (série) rôle fondamental de l’imagination, pas de localisation précise, un monde intermédiaire. Nombreuses scènes ou le regard est menacé ou mutilé, car c’est à travers le regard que s’exprime la folie d’une personne. (vol des sorcières ou le songe de la raison engendre des monstres). Il peut aussi montrer l’effarement. En peinture ce n’est plus une illustration mais un véritable regard.

  • Friedrich on retrouve le thème des paupières fendues. Mais aussi chez Böcklin, Dali. C’est le noyau du romantisme noir ;

On remarque aussi que les tableaux deviennent plus grands pour impliquer encore plus le spectateur (radeau de la méduse > le spectateur peut alors s’identifier aux naufragés)

Sens des tableaux ?

  • Les Caprices de Goya : forme d’expression artistique qui n’obéit à aucune règle, affranchie de toute entrave.  C’est ici une critique de la société et de la religion. Les monstres surgissent toujours qd la raison se retire ; Place alors à l’incontrôlable. Goya s’inspire de la RF et ses méfaits en Espagne où elle a été violement combattue (voir aussi les tableaux Dos et Tres de Mayo).

  • Cauchemar de Füssli : Icône du début du romantisme : épouvante et érotisme. L’effroi et de nature animale (cheval terrifiant et singe qui symbolise la frayeur, cauchemar qui est interprété comme un coït avec le diable). Ici l’excitation sexuelle est mise en parallèle avec les convulsions.

D’autres peintures : présentent des visions d’apocalypse comme Géricault, puis la peinture symboliste (Moreau, Böcklin, Redon, Ensor, Klinger) travaillent en réaction à l’impressionnisme. Il dvp le thème de la femme fatale, séductrice et meurtrière (Mélusine, Salammbô… ) chez Munch, il y a le rapport de force entre les sexes. Le contenu du rêve est désormais montré il rappelle la fragilité de la condition humaine.

Photographies spirits : les photographes cherchent à montrer l’existence de forces occultes agissantes, tjrs entre rêve et réalité pour voir dedans/dehors

Séance 4. Mise au point le fantastique, sens, expression, explication, contextualisation

Et diffusion de Nosferatu de Murnau (60 minutes)

  1. Donc naissance du fantastique ds la littérature du XVIIIe, gagne les arts picturaux au XIXe et le cinéma au XXe.

  2. Chaque fois une réponse à un contexte : XVIIIe réponse aux lumières, au XIX réponse à l’industrialisation et son cortège d’idéologies nouvelles, au XXe s réponse aux guerres (surtout la 1ère et sa folie meurtrière), à la montée des fascismes dans l’entre deux guerre et à la crise économique.

  3. Les mots du fantastiques : à faire eux. (étrange, merveilleux, sublime, inquiétant, sombre, ténèbres, obscur, noir, montagne, châteaux, incroyable, irréel, monstre effarant…)

  4. Films : soit Nosferatu de Murnau (durée 60 mn) soit Dracula de Tod Browning 1931 (71 mn). Objectif trouver comment le fantastique se traduit au cinéma, relever les procédés techniques, visuels, sonores

Séance 5 : Diaporama pour présenter un ou deux films fantastiques (au moins 3 séances car il faut voir le film

Les élèves choisissent un ou deux films (ancien/récent) ou un film et une œuvre littéraire, ou un film et une œuvre picturale : l’objectif est de présenter le ou les films sur un diaporama (présentation orale) en réinvestissant le vocabulaire et les codes du fantastique ainsi que les les outils techniques utilisés pour renforcer le côté fantastique

  1. Fiche technique du film

  • Titre original

  • Réalisateur

  • Genre

  • Date/Pays

  • Scénario

  • Interprètes

  • Décors et costumes

  • Musique

  • Production

  • Durée

Et/ou fiche technique de l’œuvre littéraire ou picturale

  • Titre original

  • Auteur

  • Date/pays

  • Genre

  • Personnages principaux

  • Bref résumé

  1. Proposer un chapitrage du film et donnant des titres

  2. Contextualisation historique, politique, culturelle

Que se passe – t – il pendant cette période sur le plan historique ? Quel régime politique ou évènements politiques majeurs ? Quel est le contexte culturel, les mouvements, genre… ?

  1. Dans quel courant artistique le film se situe – t –il ?

  2. Biographie de l’auteur du film.

  3. Retrouver les éléments de la peur/fantastique et sélectionner des séquences correspondantes (3 au moins) travailler avec les fiches en ligne de collégiens au cinéma.

  4. Trouver des œuvres (peintures, dessins, sculptures) qui se rapprochent des films soit parce qu’elles en sont la source soit parce qu’elles expriment la même chose ? Dites en quoi ces œuvres sont proches.

  5. Présentez votre travail sous forme d’un diaporama qui sera le support de votre exposé oral.

Evaluation : une note sur le travail pendant les séances, une note sur le dossier et une note de présentation orale.



Lycée Albert Camus, Rillieux la Pape, 2014

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