Voyages imaginaires et récits des autres mondes





télécharger 82.08 Kb.
titreVoyages imaginaires et récits des autres mondes
date de publication19.04.2017
taille82.08 Kb.
typeDocumentos
l.20-bal.com > littérature > Documentos


Voyages imaginaires et récits des autres mondes

dans la littérature européenne (XVIe-XXIe)

E. Courant (Ecole Normale Supérieure)


Argumentaire

« Je n’ai rien voulu imaginer sur les habitants des mondes, qui fût entièrement impossible et chimérique. J’ai tâché de dire tout ce qu’on en pouvoit penser raisonnablement, et les visions même que j’ai ajoutées à cela ont quelque fondement réel. Le vrai et le faux sont mêlés ici, mais ils y sont toujours aisés à distinguer. »
C’est en ces termes que Fontenelle introduisait ses Entretiens à la pluralité des mondes en 1686. Une telle affirmation est caractéristique des stratégies d’écriture relatives aux récits des autres mondes, partagées entre réalisme et fantaisie. Au regard de la littérature pléthorique qui se rapporte à ce sous-genre, il faut entendre par autres mondes tous les univers alternatifs au nôtre, produits de l’imagination. Il peut s’agir d’autres planètes peuplées d’hypothétiques habitants, de mondes géométriques comme le Flatland d’Edwin Abbot, d’univers parallèles tels que la troisième dimension spirite de Balzac et Flammarion.

Or ces récits jouent avec les catégories littéraires et une certaine tradition des récits de voyage, plus ou moins sérieuse, qui remonte à l’antiquité de Lucien. On y trouvera les caractéristiques topiques du genre telles qu’elles furent définies par Frank Lestringant, avec une bipartition systématique entre narration et description ; mais parce que ces récits se projettent en dehors de notre univers référentiel, ils excèdent aussi ces catégories. Ce sont ces démarches d’écriture que nous souhaitons interroger : dans quelle mesure peut-on parler d’une pratique littéraire spécifique aux récits des autres mondes ? On y trouvera une variété de registres qui complexifie la question, de l’ironie satirique d’un Cyrano à la description réaliste depuis les débuts de la science-fiction au XXIème siècle, en passant par les spéculations philosophiques de Fontenelle.

L’enjeu est d’autant plus intéressant que de telles œuvres se définissent par rapport à la science contemporaine, engageant des considérations épistémologiques sur le type de savoir, potentiellement paradoxal, que ces textes peuvent apporter. Un tel rapport est d’ailleurs réciproque, puisque les scientifiques eux-mêmes jouent avec les catégories littéraires. On se souvient de sélénites du Songe de Kepler, qui connurent une fortune sans précédent dans les récits fictionnels, mais aussi des âmes trépassées de Lumen, roman spirite de Flammarion. En réalité, il s’agit probablement d’un lieu commun du discours scientifique, sinon de la vulgarisation scientifique, s’appuyant sur la vieille tradition du mythos aristotélicien, la fable permettant mieux que tout autre discours de transmettre une forme de vérité.

Mais la vérité dont il s’agit n’est pas seulement épistémologique ; elle est aussi de l’ordre de la figuration. Les romans des autres mondes engagent en effet un rapport particulier à l’image et à la représentation de l’ailleurs : il s’agit toujours de relever un défi posé à l’imaginaire, en interrogeant nos propres catégories. Comment représenter un autre monde, l’exotisme par excellence ? Les récits de l’irréalité ne s’attachent-il pas à définir en creux ce qu’est cette différence propre à l’Autre ? Or le paradoxe est que bien souvent, c’est l’anthropocentrisme qui l’emporte, l’homme restant le référent central de ces représentations.

Les articles du volume envisagés ont pour ambition de tirer les leçons de ces divers constats en prêtant une attention particulière aux considérations narratologiques qu’elles impliquent. Si les structures du récit des « autres mondes » évoluent avec le temps, elles transmettent de siècle en siècle des images et des procédés qui entrent dans la tradition littéraire, de la Renaissance inspirée de l’antiquité, à la science-fiction contemporaine, renouvelant parfois l’imaginaire des siècles passés.

Programme


5 octobre 2016, 16h-18h, salle Dussane

Ce que l'Autre Monde fait à la pensée : réflexions sur Cyrano et ses voyages, Thomas Mondemé (Lille)
12 octobre 2016, 16h-18h, salle Dussane

Le voyage lunaire en images, Patrick Désile (CNRS)
19 octobre 2016, 16h-18h, salle 235 A (29 rue d’Ulm)

L’autre monde introuvable dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien, Isabelle Pantin (ENS)
2 novembre 2016, 16h-18h, salle Dussane

Jules Verne, utopique et archaïque, Jean-Michel Gouvard (Université de Bordeaux Montaigne)
9 novembre 2016, 16h-18h, salle Dussane

Anthropologie des mondes possibles dans le roman pour adolescents, Laurent Bazin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
16 novembre 2016, 16h-18h, salle Dussane

Italo Calvino, pour une littérature de l’en-deçà. Les Cosmicomics et les Villes invisibles, esquisses cosmographiques, Maria Pia Mischitelli & Mélinda Palombi (Université Aix-Marseille)
23 novembre 2016, 16h-18h, salle 235 A (29 rue d’Ulm)

Les théories fictionnelles des mondes possibles dans la science-fiction française, Simon Bréan (Université Paris Sorbonne)
30 novembre 2016, 16h-18h, salle Dussane

Les mondes de Balzac, Thomas Conrad (ENS)
7 décembre 2016, 16h-18h, salle Dussane

La fabrique des extraterrestres, Roland Lehoucq (CEA Saclay)
14 décembre 2016, 16h-18h, salle Jean Jaurès (29 rue d’Ulm, sous-sol)

World building et imaginaire contemporain, Anne Besson (Université d’Artois)

Comité scientifique

Simon Bréan ; Elsa Courant ; Roland Lehoucq ; Isabelle Pantin

Résumés

Ce que l'Autre Monde fait à la pensée : réflexions sur Cyrano et ses voyages

Thomas Mondemé
Si la fiction nous projette dans d’« autres mondes » comme ceux décrits par Cyrano dans ses deux romans d’exploration céleste (Les États et empires de la Lune et Les États et empires du Soleil), les expériences de dépaysement qu’elle propose ne concernent pas que l’imaginaire du lecteur. L’une des fonctions importantes de ce dispositif est aussi de dépayser la pensée, au sens où la configuration fictionnelle de mondes « autres » oblige le lecteur à adapter les inférences qu’il produit de façon continue tout au fil du processus de lecture. Les exemples du « monde renversé » ou du monde « décentré » ne sont donc pas que des manières exotiques de produire de la narration ou de provoquer des expériences de « point de vue » : ce sont de véritables machines cognitives qui visent à problématiser, à bloquer, ou à intensifier nos inférences standard, provoquant ainsi un profond renforcement cognitif par l’épreuve. Il s’agira donc de regarder comment l’expérience de dépaysement par la fiction est avant tout inférentielle, et comment celle-ci, par des dispositifs précis, oblige le lecteur engagé dans la narration à adapter ou réviser ses stratégies cognitives habituelles (avec des conséquences potentiellement durables). Suivant des pistes indiquées il y a quelques années par Thomas Pavel, il sera possible de pointer une efficacité toute particulière de la fiction des autres mondes en utilisant certaines avancées de la philosophie du langage d’inspiration pragmatiste (Robert Brandom) et de la théorie littéraire récente avec, notamment, la notion de fictions formatrices chez Joshua Landy. Cette approche nous permettra de mettre en valeur la puissance cognitive de la fiction cyranienne.
Les mondes de Balzac

Thomas Conrad
Balzac proclame fièrement que « [Son] ouvrage a sa géographie comme il a sa généalogie et ses familles, ses lieux et ses choses, ses personnes et ses faits ; comme il a son armorial, ses nobles et ses bourgeois, ses artisans et ses paysans, ses politiques et ses dandies, son armée, tout son monde enfin ! » L’exploration du multiple se résoudrait donc en un « monde » unique et totalisant, la société cartographiée dans les Études de mœurs . On sera peut-être plus surpris de voir le même mot de « monde » mis au pluriel dans le même texte, à propos cette fois des phénomènes de magnétisme mentionnés surtout dans les Études philosophiques  : « Dans certains fragments de ce long ouvrage, j’ai tenté de populariser […] les prodiges de l’électricité qui se métamorphose chez l’homme en une puissance incalculée ; mais en quoi les phénomènes cérébraux et nerveux qui démontrent l’existence d’un nouveau monde moral dérangent-ils les rapports certains et nécessaires entre les mondes et Dieu ? en quoi les dogmes catholiques en seraient-ils ébranlés ? »

Que Balzac, comme d’autres, ait cru à certaines forces « surnaturelles », n’est pas étonnant ; mais comment ces forces se combinent-elles avec la représentation réaliste de la société ? On s’intéressera au « Livre mystique » (Louis Lambert, Les Proscrits, Séraphîta) mais aussi à d’autres textes où un autre monde, la « sphère » du « monde spirituel » se superpose au monde « réaliste » ou du moins interfère avec lui (Ursule Mirouët, Les Comédiens sans le savoir).
Anthropologie des mondes possibles dans le roman pour adolescents

Laurent Bazin

Dans le grand champ des récits de fiction, les paralittératures ne bénéficient pas toujours du plus grand crédit institutionnel, tant la prégnance de l’héritage culturel et une certaine tradition scientifique tendent à déconsidérer des œuvres doublement suspectes par leur objectif (l’évasion érigée en principe de plaisir) et leur lectorat (dit « populaire », donc relevant de la culture de masse). Ce discrédit s’aggrave lorsqu’il s’agit de textes destinés à l’enfance, la littérature de jeunesse ayant longtemps tardé à être reconnue comme un objet de recherche pleinement légitime dans le champ des sciences humaines. À l’encontre de tels préjugés, on tiendra que de telles productions constituent des phénomènes profondément significatifs : d’une part parce que l’ampleur de leurs auditoires témoigne de leur capacité à prendre le pouls des représentations collectives ; d’autre part parce que leur inventivité débarrassée des contraintes de la mimesis constitue une façon pas moins efficace et souvent originale d’aborder autrement les grandes questions de société tout en renouvelant les classifications qui sous-tendent volontiers l’activité critique (fantastique, anticipation, science-fiction…).
L’objet de cette intervention sera d’explorer sous cet angle le roman pour adolescents en s’intéressant aux récits mettant en scène la découverte d’autres univers, avec l’hypothèse qu’il ne s’agit pas d’un thème parmi d’autres dans l’histoire des fictions pour la jeunesse, mais bien d’une composante structurelle et même structurante d’une littérature qui ferait de la rencontre inter-mondes un invariant formel et thématique, censé répondre aux spécificités de son lectorat. On se propose en conséquence :

- d’abord, de mettre en évidence cette fonction récurrente du passage entre les mondes dans les choix éditoriaux en retraçant l’histoire du genre du XIXème à nos jours (voyages extraordinaires de Jules Verne, exploration des univers parallèles dans les publications de l’entre-deux guerres, prolifération des mondes possibles dans la production contemporaine…) ;

- ensuite, d’analyser les stratégies d’écriture permettant de mettre en scène des univers différents, dans un cadre épistémologique résolument transgressif parce qu’encourageant la porosité entre les grilles interprétatives (de la psychologie cognitive à l’astrophysique quantique) ;

- enfin, de mettre en lumière la façon dont le voyage entre les univers, bien plus qu’un topos du récit d’aventure, constitue un passage obligé de la construction de soi en tendant au jeune lecteur une double cristallisation, esthétique autant qu’éthique, de la rencontre des cultures et de la conflagration entre les identités.
Jules Verne, utopique et archaïque

Jean-Michel Gouvard
Dans ses écrits sur Paris au XIXème siècle1, Walter Benjamin considère que l’une des caractéristiques de la période réside dans la tension croissante entre les nouvelles techniques, qui se sont imposées avec la révolution industrielle, et une société qui demeure archaïque par bien des aspects et est inadaptée à cet ordre nouveau. Il s’ensuit, d’une part, que la technique s’émancipe de l’art, et, d’autre part, que l’art entoure d’illusions nostalgiques la représentation de la technique, et du nouvel ordre social qui lui est associé.

De telles « illusions nostalgiques » se traduisent, chez Jules Verne, (i) par des procédés narratifs et descriptifs qui s’inspirent en partie du discours utopique, qu’il soit littéraire, politique, ou philosophique ; et (ii) par des choix lexicaux qui renvoient à des genres traditionnellement associés à un passé rêvé et merveilleux, comme les contes folkloriques, ou les « féeries » des théâtres populaires. Cette orientation de son écriture est particulièrement sensible dans les récits de voyage qui décrivent des mondes plus ou moins imaginaires ; mais je serai amené à montrer qu’elle contamine aussi les aventures plus sérieusement documentées, même si c’est à un moindre degré.

Malgré l’intérêt et la fascination de Verne pour les sciences de son temps, son écriture n’en reflète pas moins la nostalgie d’un monde où la technique ne se serait pas émancipée de l’emprise de l’art ; et que l’écriture d’une œuvre articulant science et littérature a peut-être été pour lui un moyen de résoudre en partie cette tension.
Une poétique de la limite : voix de l’au-delà chez Giacomo Leopardi

Mélinda Palombi

L’écriture léopardienne est une écriture du désir, mue par une tension irrésistible et constante vers l’inconnu, l’arcano. La question d’une dimension autre et son opposition à l’hic et nunc constitue l’un des axes structurants de sa pensée, l’un des motifs récurrents de son écriture, et elle se manifeste par des variantes qui composent son univers poétique et l’agencent en dimensions parallèles, séparées, opposées. La réalité et l’imaginaire, l’état de veille et le sommeil, la vie et la mort, la terre et le cosmos – autant de variantes du binôme monde connu / inconnu – forment un réseau de dimensions opposées qui sous-tendent l’écriture léopardienne, dont émerge un motif fondamental : celui de la limite. Aussi Leopardi peut-il être considéré comme le poète de la limite, le poète de la tension vers un au-delà multiple que permettrait d’atteindre le franchissement de cette limite.

Dans les Chants, ces dimensions de l’extranéité, évoquées, désirées, prennent corps, se matérialisent littéralement. C’est également le cas dans un autre recueil atypique, qui n’appartient à aucun genre prédéfini : les Petites Œuvres morales. Nous analyserons en particulier deux textes clefs où l’au-delà prend enfin la parole et se révèle : le Dialogue de Frédéric Ruysch et de ses momies et le Cantique du coq sauvage.

Italo Calvino, pour une littérature de l’en-deçà. Les Cosmicomics et les Villes invisibles, esquisses cosmographiques

Mélinda Palombi & Maria Pia Mischitelli
« C’est une vocation profonde de la littérature italienne qui va de Dante à Galilée : l’œuvre littéraire comme carte du monde et du savoir, l’écriture mue par un désir de connaissance qui est tantôt théologique, tantôt spéculatif, tantôt relevant de la sorcellerie, tantôt encyclopédique, tantôt appartenant à la philosophie naturelle, tantôt à l’observation transfiguratrice et visionnaire. […] Depuis plusieurs siècles, cette veine créatrice est devenue plus sporadique […] aujourd’hui, le moment de la reprendre est peut-être venu. »
Calvino écrit dans la continuité de cette tradition littéraire et c’est certainement dans cette perspective qu’il entreprend l’écriture des Cosmicomics, récits relatant l’origine de l’Univers et des possibilités d’autres mondes. Des possibilités imaginées entre la réalité de la science et l’imaginaire narratif, rejoignant à ce titre un autre roman de Calvino Les villes invisibles, cités rêvées, fantasmées, mais qui pourraient ou auraient pu exister dans un univers parallèle au nôtre et que relate inlassablement Marco Polo au grand Khan. Ces autres mondes s’inscrivent dans une pratique littéraire relevant du mythe : mythe des Origines pour les premières, mythe de la cité idéale pour les secondes. Ou encore du voyage, à travers le temps et l’espace, dans une science-fiction à rebours ou bien dans un temps suspendu. Des temps et des espaces abolis par l’imaginaire narratif et ses codes. Mais chez Calvino c’est en démythifiant le mythe lui-même grâce à un procédé d’écriture spécifique mêlant habilement icasticità et vide qu’émergent ces univers autres relevant d’une réalité où se conjuguent, en creux, un indicible et un invisible caractéristiques de ces ailleurs multiples et toujours autres.
Science-fiction du passé, cosmographie de l’inachevé, la représentation calvinienne de l’univers se compose finalement de multiples esquisses, juxtapositions du possible, qui relèvent non pas du dépassement, mais au contraire de l’en-deçà : pour une littérature de la carte mais aussi de l’inexistant, de l’indéterminé, de l’ineffable.


L’autre monde introuvable dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien

Isabelle Pantin

Tolkien, dans son Legendarium, a imaginé un univers, et a suivi son développement depuis sa création ex nihilo jusqu'à son entrée dans le temps historique. Par son ampleur, comme par sa radicalité, son entreprise constitue donc un modèle pour les inventeurs et les explorateurs d'autres mondes, selon la voie de la Fantasy.

Cependant, son orientation est très singulière. Il s'agissait moins pour Tolkien de projeter un univers possible, que de découvrir la vérité d'un monde antérieur, dont la mémoire était pour lui encore présente dans notre monde. C'est sur ce paradoxe que l'on se propose de réfléchir.
Les théories fictionnelles des mondes possibles dans la science-fiction française

Simon Bréan
La littérature contemporaine de science-fiction s'est faite l'héritière de nombreuses modalités de représentation d'autres mondes que le nôtre, par décalage temporel (anticipation, histoire alternative des uchronies), par adjonction de strates supplémentaires dans les interstices de notre cartographie terrestre (mondes perdus, terres creuses, dimensions nouvelles), par exploration d'une pluralité de mondes habités (terres parallèles, planètes extraterrestres). Si un grand nombre de récits de science-fiction se contentent de postuler l'existence de ces espaces supplémentaires ou alternatifs, il est également courant d'y trouver des formulations de théories destinées à rendre compte tant des conditions de possibilité d'autres mondes que des lois régissant tant leur nature que leurs interactions avec notre monde. Là où un Borgès procède par sidération ou par vertige logique (« La Bibliothèque de Babel », « Tlön Uqbar Orbis tertius »), les écrivains de science-fiction exposent ces théories de manière explicite, non comme des transgressions de l'ordre naturel, mais comme de simples avenants au contrat liant les personnages aux règles usuelles de la réalité : les aventures correspondent alors à autant d'expériences permettant de tester et de comprendre les implications effectives de ces modifications ontologiques. L'exploration d'un corpus de romans de science-fiction français devra permettre de déterminer les formes que peut prendre la théorisation interne des lois de mondes possibles, en même temps que ses différentes fonctions narratives.

Corpus primaire : André Ruellan, Le Disque rayé ; Philippe Curval, L'Homme à rebours ; Michel Jeury, Le Temps incertain ; Roland C. Wagner, Les Ravisseurs quantiques ; Colin Marchika, Les Gardiens d’Aleph-Deux.

La fabrique des extraterrestres

Roland Lehoucq

La toute première représentation d’un être extraterrestre remonte à 1835. Il s’agissait d’hommes chauve-souris habitant la Lune, observés au moyen d’un super télescope imaginaire. Le Sélénite fut rapidement détrôné par le Martien et, avec l’apparition du cinéma, l’aspect des extraterrestres s’est considérablement diversifié. Si la forme humanoïde domine largement, rien n’assure que d’éventuels extraterrestres soient humanoïdes. S’il existe une vie extraterrestre, elle résultera de milliards d’années d’une évolution biologique dans un milieu planétaire différent du nôtre. Elle sera le résultat d’une chaîne de mutations biologiques au hasard, soumises aux contraintes environnementales, dont seules les plus avantageuses se développeront. Ignorants des formes qu’une éventuelle vie extraterrestre pourrait prendre, nous avons bien du mal à faire la liste exhaustive des conditions que doit respecter une planète pour que la vie y apparaisse. Il est cependant possible de donner quelques grandes tendances en se fondant sur ce que nous constatons sur Terre. Ainsi, rien n’empêche de penser que d’éventuelles formes de vie extraterrestres présenteraient des similitudes avec la vie terrienne. Cette conviction est fondée sur trois constatations : les lois de la physique-chimie sont universelles, la vie terrienne est fondée sur les 6 éléments les plus abondants dans l’univers, l’organisme de tous les êtres vivants de notre planète ont des fonctions en commun. Néanmoins, les œuvres de l’imaginaire tombent facilement dans une sorte de « chauvinisme terrien » car n’ayant que la vie de notre planète pour exemple, leurs auteurs sont réduits à faire des hypothèses sur les formes que pourraient prendre des extraterrestres. Dans cet article, nous nous livrerons à une analyse de quelques extraterrestres de science-fiction et ébaucherons des pistes pour imaginer des créatures originales.

World building et imaginaire contemporain

Anne Besson

Cette réflexion s’attachera à repérer le développement récent des mondes secondaires dans les genres de l’imaginaire de la culture médiatique (science-fiction et fantasy), de telles constructions sur plusieurs supports, textuels ou iconotextuels, audiovisuels, vidéoludiques et plus largement numériques, correspondant à des tendances fortes de la production comme de la consommation contemporaines, de la mise en place de « franchises » à leur appropriation par un public actif. On développera ensuite l’exemple d’un de ces vastes mondes, celui du « Trône de Fer » / « Game of Thrones », à travers ses expansions successives et toujours plus larges.

Bibliographie
Ouvrages littéraires
ABBOTT, Edwin A., Flatland, Paris, Anatolia, 1996.

ASSOCIATION DE LA CLINIQUE PSYCHANALYTIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE, Sciences et fictions : Psychanalyse et recherches universitaires, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1999.

BALZAC (de), Honoré, Œuvres complètes, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1951-1965.

CALVINO, Italo, Cosmicomics, Paris, Gallimard, 2013.

CENDRES, Martial, Futuropolis, n.l., Persée, [1937] 1977.

CHOUSY (de), Didier, Ignis, Paris, Slatkine, [1883] 1981.

CURVAL, Philippe, L’Homme à rebours ; roman. Paris, Laffont, 1974.

CYRANO de BERGERAC (de), Savinien, Les États et empires de la Lune et du Soleil, M. Alcover (éd.), Paris, Champion, [1657] 2004.

EYRAUD, Achille, Le Voyage à Vénus, Paris, Michel Lévy, 1865.

FLAMMARION, Camille, Récits de l’infini, Paris, Didier & Co., 1873.

—————— Uranie, Paris, Marpon et Flammarion, 1889.

—————— Stella, Paris, H. Champion, [1897] 2003.

GALOPIN, Arnould, Le Docteur Oméga. Aventures fantastiques de trois Français dans la planète Mars, Paris, Librairie mondiale, 1906.

GROC, Léon, La Cité des ténèbres, Paris, Tallendier, [1926] 1952.

JEURY, Michel, Le Temps incertain ; roman. Paris, Laffont, 1973.

LA HIRE (de), Jean, L’Homme qui peut vivre dans l’eau, Paris, Ferencz & fils, [1908] 1925.

LAURIE, André, Les Exilés de la Terre, Paris, Hetzel, 1888.

—————— Un roman dans la planète Mars, Paris, Edition des Barbares, [1895] 2007.

—————— Atlantis, Paris, Hetzel, 1895.

LUCIEN de SAMOSATE, Voyages extraordinaires, A.-M. Ozanam & J. Bompaire (éd.), Paris, Les Belles Lettres, 2009.

MARCHIKA, Colin, Les Gardiens d’Aleph-deux, Paris, Librairie Générale Française, 2006.

MOILIN, Tony, Paris en l’an 2000

NIZEROLLES (de), René-Marcel, Les Aventuriers du ciel, Paris, Ferenczi, 1935-37.

PARAZOLS, Denis, Rêve à Vénus, anticipation sociale, Marseille, n.e., 1935

ROBIDA, Albert, Le Vingtième siècle, Paris, A la Librairie illustrée, [1883] 1893.

ROSNY, J. H., Les Xipéhuz, Paris, Savine, [1887] 1888.

—————— Un autre monde, Paris, Plon, Nourrit & Co, 1895.

—————— Les Navigateurs de l’infini, Paris, Nouvelle revue critique, [1925] 1927.

RUELLAN, André, Le Disque rayé, Paris, Librairie générale française, 1997.

TANCREDE, Vallerey, Radiopolis, Paris, Nathan, [1933] 1946.

TOLKIEN, John Ronald Reuel, Le Seigneur des anneaux, Paris, Bougeois, 1995.

WAGNER, Roland, Les Ravisseurs quantiques ; suivi de Le Réveil du parasite, Nantes, L’Atalante, 2002.

VARLET, Théo & JONCQUEL, Octave, Les Titans du ciel, Amiens, E. Malfère, 1921.

VERNE, Jules, Paris au XXème siècle : roman, Paris, Hachette, [1863] 2000.

—————— Voyage au centre de la Terre, Paris, Hachette, [1864] 1923.

—————— De la Terre à la Lune, Boston, Houghton Mifflin, [1865] 1959.

—————— Vingt mille lieues sous les mers, Paris, Hachette, [1870] 1954.

VERNE, Jules & Michel, La Journée d’un journaliste américain en 2890, Villellongue-d’Aude, Atelier du Gué, [1889] 1994.

VILLIERS de l’ISLE-ADAM, L’Eve future, Paris, J.-J. Pauvert, [1886] 1960.


Ouvrages critiques

ANGUISSOLA, Alberto & LESTRINGANT, Frank, Ombres de l’utopie : essais sur les voyages imaginaires du XVIème au XVIIIème siècle, Paris, Champion, 2011.

BARETS Stanislas, Le Science fictionnaire, Paris, Denoël, 1994.

BAUDOU, Jacques, La Science-fiction, Paris, PUF, 2003.

BESSON, Anne (dir.), Autres mondes, Arras, Université d’Artois, Cahiers Robinson, 2005.

BOURDIL, Pierre-Yves, Les Autres mondes : philosophie de l’imaginaire, Paris, Flammarion, 1999.

BOZETTO, Roger, L’Obscur objet d’un savoir. Fantastique et science-fiction : deux littératures de l’imaginaire, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 1992.

BREAN, Simon, La Science-fiction en France : théorie et histoire d’une littérature, Paris, PUPS, 2012.

BREAN, Simon & KLEIN, Gérard, Penser l’histoire de la science-fiction, Limoges, Université de Limoges, 2012.

BRIDENNE, Jean-Jacques, La Littérature française d’imagination scientifique, Paris, Dassonville, 1950.

CHASSAY, Jean-François (dir.), Le Scientifique entre Histoire et fictions, Montréal, Le Quartanier, 2008.

—————— Si la science m’était contée. Des savants en littérature, Paris, Seuil, 2009.

DAHAN-GAIDA, Laurence (dir.), Conversations entre la littérature, les arts et les sciences, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2006.

DUPEYRON-LAFAY, Françoise (dir.), Le Livre et l’image dans la littérature fantastique et les œuvres de science-fiction, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2003.

FONDANECHE, Daniel, La Littérature d’imagination scientifique, Amsterdam, Rodopi, 2012.

GATTEGNO, Jean, La Science-fiction, Paris, PUF, 1973.

GUIOT, Denis ; ANDREVON, Jean-Pierre ; BARLOW, George, La Science-fiction, Paris, MA Editions, 1987.

GOUANVIC, Jean-Marc, La Science-fiction française au XXème siècle (1900-1968), Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1994.

HOLTZ, Grégoire & MAUS de ROLLEY, Thibaut, Voyager avec le diable : voyages réels, voyages imaginaires et discours démonologiques, XVème-XVIIème siècles, Paris, PUPS, 2008.

HOTTOIS, Gilbert, Science-fiction et fiction spéculative, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 1985.

LANGLET, Irène, La Science-fiction. Lecture et poétique d’un genre littéraire, Paris, Armand Colin, 2006.

LAVOCAT, François (dir.), La Théorie littéraire des mondes possibles, Paris, CNRS, 2010.

LESTRINGANT, Frank (dir.), Arts et légendes d’espaces : figures du voyage et rhétorique du monde, Paris, Presses de l’Ecole normale supérieure, 1981.

—————— L’Atelier du cosmographe : ou l’image du monde à la Renaissance, Paris, A. Michel, 1991.

—————— Le Livre des îles : atlas et récits insulaires de la Genèse à Jules Verne, Genève, Droz, 2002.

PIERSSENS, Michel, Savoirs à l’œuvre. Essais d’épistémocritique, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1990.

SADOUL, Jacques, Hier l’an 2000. L’illustration de science-fiction des années 30, Paris, Denoël, 1973.

STIENON, Valérie & DESSY, Clément (dir.), (Bé)vues du futur. La dystopie par le texte et l’image (1840-1940), Paris, Presses Universitaires du Septentrion, à paraître.

SYLVOS, Françoise, Poétiques du voyage aérien dans la littérature, Paris, Garnier, 2015.

TORRES, Anita, La Science-fiction française, auteurs et amateurs d’un genre littéraire, Paris, L’Harmattan, 1997.

TROUSSON, Raymond, Sciences, techniques et utopies : du paradis à l’enfer, Paris, L’Harmattan, 2003.

VAN HERP, Jacques, Panorama de la science-fiction : les thèmes, les genres, les écoles, les problèmes, Verviers, Gérard & Co, 1973.

VAN HERP, Jacques, Fantastique et mythologies modernes, Bruxelles, Editions Recto-verso, 1985.

VERSINS, Pierre, Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, Lausanne, L’Âge d’homme, 1972.

Collections littéraires
CHAMPION (Ilda dos Santos) « L’atelier des voyages »

GARNIER (Lestringant) « Géographies du monde »

1 W. Benjamin, Paris capitale du XIXème siècle, 2009, Editions du CERF.


similaire:

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconCcf 1ère situation : écriture longue sequence : voyages en contrees imaginaires

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconUsages de l’orient dans les recits de voyages en orient
«est-il bon ? Est-il méchant ?» C’est-à-dire : «Donne-t-il une vision positive ou négative de l’Orient ?»

Voyages imaginaires et récits des autres mondes icon«L’année du Mexique en France» : travaux de recherche, intervention...
«Voyages» regroupant les travaux «Rêveries espagnoles» (poésies illustrées en cours d’arts plastiques) et «Mondes hispanophones»,...

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconProgression annuelle classe de Cinquième Voyages et voyages dans le temps…

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconLa musique, qu'est-ce que c'est ?
«Sambistas» du Brésil, c'est l'explosion de la joie de vivre. Pour le chaman de Corée, c'est le cheval qui lui permet de passer dans...

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconDevenir Balzac L’invention de l’écrivain par lui-même
«La Grenadière», et autres récits tourangeaux de 1832, édition établie et présentée par Nicole Mozet, 1999

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconLe monde britannique 1815-1931
Fardeau de l’homme blanc (et surtout du Britannique) qui est d’apporter la civilisation aux autres mondes. Sa carrière se poursuit...

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconRéunions de Presse
«état» de l’Afrique, de ses drames, ses rêves et ses imaginaires, et toujours la confiance des cinéastes dans la capacité de résistance,...

Voyages imaginaires et récits des autres mondes iconPatrimoine : le mot renvoie vers l’immobilité apparente, l’hiératisme...
«Ils sentent le dehors, Ils savent le dehors.» L’art de bâtir s’est toujours nourri des imaginaires, des échanges de savoir-faire,...

Voyages imaginaires et récits des autres mondes icon̶ utopie, imaginaires partagés, rencontres baroques et obliques ̶̶





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com