Note : Le principe de cette chronique est le suivant : Matthieu Gosztola écrit à chaque fois un poème «sur»





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date de publication09.01.2017
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Le poème pour dire les poètes contemporains, 5 :

la poésie d’Henri Deluy
Note : Le principe de cette chronique est le suivant : Matthieu Gosztola écrit à chaque fois un poème « sur » l’œuvre d’un poète contemporain. Ce poème a pour fonction, de par et le sens qu’il véhicule et le recours à la forme qui le constitue en tant que poème, de dire quelque chose de cette œuvre et de son mouvement.
À la suite de son propre poème, Matthieu Gosztola propose plusieurs poèmes du poète en question.

Le détail

& la citation

& l’histoire
La grande (H)

& la petite (h)
Sans oublier

Oui, n’oublions pas

Les recettes (poisson, viande, peu de desserts, il est vrai)
Le poème se doit

De tout raconter
Pour Henri Deluy
La vie personnelle

& celle impersonnelle
Qui croise

Tout ou partie de la vie
Personnelle
Ou ne croise rien Précisément
Mais doit être

Dite

Malgré tout
Car c’est là
Les poèmes

Très simples
Sont là (C’est aussi là)
Pour énumérer

Ce qui du monde
Peut être énuméré
À savoir

Les visages

Du réel
Pas tous

– Le plus possible
Les visages
Dans leurs dé

chirures – yeux, sourires dans la bouche ou seule

ment cri – Dans leurs rides

dans leurs expressions
dans

leur présence

d’âme
y compris

quand l’âme

se pense se fait

seule

dans le sommeil
Le mystère

Qui naît de la simplicité

Énumérative

De la poésie d’Henri Deluy

Tient au trouble

Dans lequel nous plonge (Plongeur, es-tu prêt ?)

1 seul vrai détail
Quand ce détail

Devient ce qui est

Avec insistance
Regardé

Soupesé

Abordé

Envisagé
Imaginé
Conçu


Sélection de poèmes d’Henri Deluy par Matthieu Gosztola

Il est encore trop tôt. Il n’y a personne

À cette heure de la matinée, dans les rues

Avoisinantes.

Un lambeau de papier, avec une adresse.

14 rue du Mont qui Tourne,

2e étage, porte de droite.
*
JUILLET, FIN DE SOIRÉE
La Paz. Sur un mur, bien visible,

Dans un quartier apparemment

Cossu (mais nous verrons la

Même inscription ailleurs) :

« Muerte a Regis Debrai »

Le Che a été assassiné en 1967.
*
DÉBUT AOÛT
Rio de Janeiro, sur la plage, après la photo,

Une sorte d’orage, grouillant de couleurs noires

Et épicées, tournait au-dessus de nos têtes.

La lumière sombre remplaçait la mer.

Je cherchais une liste d’oiseaux,

Dans un petit livre jaune, la majorité

Étaient des rapaces.

L’amour s’ajoutait à la détresse

De l’amour.
*
Il était né en 1113, en 1113 encore

Il était entré à Cîteaux. En 1859

Il avait dirigé la grève des maçons,

À Londres. De 1100 à 1150, il avait mis

En valeur la musique polyphonique,

Avec l’école Saint-Martial de Limoges.

En 1067, il s’occupait de tapisserie,

À Bayeux.

En 1968, il avait visité Prague.

Certains jours, la terre vieillissait avec lui.
*
DÉCEMBRE
Apparition des premiers camions-pizzas.

Apparition des premiers éléments

Biographiques et des mots :

« Objets manufacturés »

Apparition d’un autre corps.

Apparition du sucre blanc

(Qui bleuit très vite).

L’ignorance se dégage des quelques

Phrases connues.

Julia porte sur sa robe, à l’endroit

Du cœur, un cœur dessiné à l’encre de Chine.

Je cherche la Chine sur une carte.

Sa robe n’a pas de côté gauche.

La fenêtre de la voisine, en face de ma chambre,

Est toujours ouverte.

L’humidité de l’air touche à la chaleur

Et la transforme.

Apparition de la formule :

« Crime organisé »

À 17 h, il fait nuit.

*
Un métier

Un bout d’ombre poisson grillé

Au charbon de bois
Les vieux bus la fine poussière

Tout ce qui traverse le siècle
*
Géraniums écarlates

Marguerites d’automne ou bleu azur

Doigts des pigeons sur l’heure

Dix huit heures trente
Et boudin noir
*
Des tournesols jaunes

Dans une lucarne basse
Des pélargoniums rouges

Et des traînées de grappes
Juteuses dans un bocal à

Confiture des fonds de verre
Et d’autres objets qui vont

Pourrir avec cet effet
L’authenticité proche

De l’effet du poème
*
Tu aimais la fugue et le requiem

La cantate et le gloria tu aimais
Le confiteor la fanfare et la nouba

Et les rosiers grimpants dont les
Branches se cassent et c’est ainsi

Que tu rentrais dans la mort

Henri Deluy est né Marseille le 25 avril 1931. Poète, il est aussi un inlassable passeur de poésie. Il anime la revue Action Poétique depuis 1955 et dirige depuis 1990 La Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne (mais vient de céder la main à Jean-Pierre Balpe). 
Son activité éditoriale est tellement intense qu’il est difficile de donner une bibliographie, d’autant que la plupart de celles auxquelles on peut se référer, mêlent intimement les recueils personnels d’Henri Deluy et ses préfaces, présentations, traductions et anthologies. 
Henri Deluy a en effet construit de nombreuses anthologies (poètes néerlandais, troubadours galégo-portugais, poésie française contemporaine) et a traduit, seul ou en collaboration, des poètes allemands, slovaque (Leco Novomesky), tchèque (Jaroslav Seifert), portugais (Pessoa, Adilia Lopes), russe (Alexandre Tvardosky, Marina Tsvétaïeva, Anna Akhmatova, Maïakovski), grec (Constantin Cavafy), espagnol (Saül Yurkievich, Reina Maria Rodriguez), flamand (Paul van Ostraijen). 
 
Bibliographie :
Images, Éditions de La Revue Moderne, 1948
Adrian Roland-Holst, Par-delà les chemins (traduit du néerlandais par Ans et Henri Deluy, Dolf Verspoor), Seghers, 1954.
Nécessité vertu, 1957.
For intérieur, in Action poétique, 1962.
L'amour privé, in Action poétique, 1963.
La Courbe Protestataire, supplément de Action poétique, 1963.
Dix-sept poètes de la RDA (traduit de l'allemand avec Paul Wiens, Andrée Barret, Jean-Paul Barbe, Alain Lance, Lionel Richard), Pierre-Jean Oswald, 1967.
Laco Novomesky, Villa Tereza et autres poèmes (traduit du slovaque avec François Kerel, présentation), Pierre-Jean Oswald, 1969.
Prague poésie Front gaucheChange n° 10 (traduit du tchèque et du slovaque, en collaboration), Seghers-Laffont, 1972.
L'Infraction, Seghers, 1974.
Marseille, capitale Ivry, L'Humanité, 1977.
Serge Trétiakov, Dans le front gauche de l'Art (présentation), Maspero, 1977.
A. Bogdanov, La science, l'art et la classe ouvrière (avec Dominique Lecourt et Blanche Grinbaum, présentation), Maspero, 1977.
Youri Tynianov, Le Vers lui-même (avec Léon Robel et Yvan Mignot, présentation), 10/18, 1977.
Jaroslav Seifert, Sonnets de Prague (traduit du tchèque), in Action poétique/Change, 1979, réédition augmentée, Seghers, 1985.
La psychanalyse mère et chienne (avec Élisabeth Roudinesco), 10/18, 1979.
L ou T'aimer, Orange Export Ltd, 1980.
Les Mille, Seghers, 1980.
Peinture pour Raquel, Orange Export Ltd, 1983.
La substitution, La Répétition, 1983.
Poètes néerlandais des années cinquante, in Action poétique n°91, 1983.
L'anthologie arbitraire d'une nouvelle poésie, 1960-1982, Flammarion, 1983.
Première version la bouche (gravures sur bois et eau-forte de Frédéric Deluy), ENSAD, 1984.
Raymond Jean, Jean Tortel, suivi d'un entretien de J. T. avec Henri Deluy, Seghers, 1984.
Fernando Pessoa, 154 quatrains (traduit du portugais), Unes, 1986.
Martim Codax, Les sept chants d'ami (traduit du galégo-portugais, gravures de Marc Charpin), Avec/Royaumont, 1987.
Vingt-quatre heures d'amour en juillet, puis en août, Ipomée, 1987.
Troubadours galégo-portugais, une anthologie, POL, 1987.
Fernando Pessoa, Quatrains complets (traduits du portugais, présentation), Unes, 1988.
Tango, une anthologie (traduit de l'espagnol avec Saül Yurkievich, présentation finale), POL, 1988.
Le Temps longtemps (gravures de Frédéric Deluy), ENSAD, 1988.
Quatre poètes soviétiques (traduit du russe avec Charles Dobzynski, Hélène Henry, Léon Robel, présentation), Éditions Royaumont, 1989.
Alexandre Tvardovsky, De par les droits de la mémoire (texte français, présentation), Messidor, 1989.
Poésie en France, 1983-1988, une anthologie critique, Flammarion, 1989.
Bert Schierbeek, Formentera (traduit du néerlandais), Cahiers de Royaumont, 1990.
Le Temps longtemps, Messidor (Petite Sirène), 1990.
Premières suites, Flammarion, 1991.
Bert Schierbeek, La Porte (traduit du néerlandais, présentation), Fourbis, 1991.
La répétition, autrement la différence, Fourbis, 1992.
Marina Tsvétaïeva, L'Offense lyrique (texte français, présentation), Fourbis, 1992.
Une autre anthologie, Fourbis, 1992.
Yolanda Pantin, Les bas sentiments (texte français), Fourbis, 1992.
Marina Tsvétaïeva (avec Liliane Giraudon), La Main Courante, 1992.
Adilia Lopes, Maria Cristina Martins (traduit du portugais, présentation), Fourbis, 1993.
Constantin Cavafy, Poèmes (texte français, présentation), Fourbis, 1993.
Jean Tortel, Limites du corps (présentation), Gallimard, 1993.
Marina Tsvétaïeva/Sophia Parnok, Sans lui (texte français, présentation), Fourbis, 1994.
L'Amour charnel, Flammarion, 1994.
Poésies en France depuis 1960, 29 femmes, une anthologie (avec Liliane Giraudon), Stock, 1994.
Une anthologie de circonstance, Fourbis, 1994. 
Je ne suis pas un autre, In Memoriam Georges Bataille, Fourbis, 1994.
Saül Yurkievich, Embuscade (traduit de l'espagnol avec l'auteur), Fourbis, 1996.
Une anthologie immédiate, Fourbis, 1996.
Fernando Pessoa, Poèmes (traduits du portugais, notes et présentation), Fourbis, 1997.
Reina Maria Rodriguez, Comme un oiseau étrange qui vient du ciel (traduit de l'espagnol, Cuba, présentation), Fourbis, 1998.
Noir sur blanc, une anthologie, Fourbis, 1998.
Anna Akhmatova, Autres poèmes (texte français, présentation et notes), Farrago, 1998.
Da Capo, Flammarion, 1998.
Pronom personnel, Phi/Ecrits des Forges, 1998.
L'Anthologie 2000, Farrago, 2000.
Vladimir Maïakovski, L'Universel reportage (texte français, présentation et notes), Farrago, 2001.
Paul van Ostaijen, Nomenklature (traduction du flamand et présentation), Farrago, 2001.
Une anthologie de rencontres, Farrago, 2002.
Je ne suis pas une prostituée, j'espère le devenir, Flammarion, 2002
Traduire en poésie, avec Dominique Buisset, Biennale, Farrago/Léo Scheer, 2002
L'Anthologie 2000 Biennale Internationale des Poètes en Val - de - Marne, Farrago
Autres Territoires, Anthologie, Farrago, 2003
Marina Tsvetaïeva : L’Offense lyrique et autres poèmes (texte français, présentation et notes), Farrago, 2004
Potlatch(es), une anthologie, Farrago, 2004
Lucebert : Apocryphe (traduit du néerlandais avec Kim Andringa, présentation), Le Bleu du Ciel, 2005
Poètes du tango, édition d’Henri Deluy et Saül Yurkievich, Poésie/Gallimard, 2006
En tous lieux nulle part ici, une anthologie, Le Bleu du ciel, 2006
Les arbres noirs, Flammarion, 2006
Au blanc de neige, Éditions Virgile, 2007 
Stripboek, Ink, 2009 
Vladimir Maïakovski, L’Amour, la Poésie, La Révolution, adresses à Vladimir, choix des poèmes, traductions, Henri Deluy, Le Temps des Cerises, 2011 
Manger la mer, bouillabaisses et soupes de la mer autour du monde, Al Dante, 2011 
Poètes néerlandais de la modernité, en collaboration avec Erik Lindner, Anna Maria van Soesbergen, Saskia Deluy, Daniel Cunin, Kiki Coumans, Kim Andringa, Liliane Giraudon, Eric Suchère, Saskia de Jong, Le Temps des cerises, 2011 
L’Heure dite, Flammarion, 2011
(Source : Poezibao)

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