La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l'iufm des Pays de la Loire. Cadre théorique





télécharger 65.25 Kb.
titreLa portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l'iufm des Pays de la Loire. Cadre théorique
page1/3
date de publication21.01.2019
taille65.25 Kb.
typeLittérature
l.20-bal.com > littérature > Littérature
  1   2   3

LA PORTÉE PHILOSOPHIQUE DE LA LITTÉRATURE JEUNESSE


par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l'IUFM des Pays de la Loire edwige.chirouter@wanadoo.fr.

CADRE THÉORIQUE


La pratique de la philosophie avec les enfants, développée et diffusée au XXe siècle grâce aux travaux du professeur américain M. Lipman, se développe en France depuis une dizaine d'années. Les programmes 2002 de l'école élémentaire, en instaurant une demi-heure de débat réglé et un programme de littérature, ont permis aux enseignants d'aborder avec leurs élèves des interrogations philosophiques fondamentales. Depuis une dizaine d'années, on peut même observer la naissance de différents " courants " aux objectifs et aux pratiques bien distinctes. Trois courants de pratiques à visée philosophique se dégagent nettement à l'heure actuelle :

  1. Le courant dit " psychologique " met l'accent sur la nécessité pour l'enfant de se découvrir comme " sujet-pensant ", porteur, en tant qu'être humain, d'interrogations métaphysiques fondatrices de sa condition. Les questions que l'enfant se pose ne sont pas des questions " pour les grands ", comme le lui renvoient trop souvent les adultes de son entourage, mais il peut et doit s'en emparer dans un espace de parole libre et authentique.

  2. Le deuxième courant dit d'" éducation à la citoyenneté ", porté essentiellement par des enseignants issus des courants Freinet et de l'éducation nouvelle, insiste sur l'aspect démocratique des échanges philosophiques et sur les fonctions que peuvent occuper les élèves pendant ces discussions (président de séance, journaliste, reformulateur).

  3. Le troisième grand courant, dans lequel se situe ma pratique, se nomme le " courant philosophique ". Il insiste sur les exigences intellectuelles inhérentes au discours dit philosophique.

Pour ma part, professeur " classique " de philosophie, j'ai d'abord regardé l'ensemble de ces pratiques avec une certaine méfiance. Cette innovation pédagogique bouleverse effectivement complètement les représentations traditionnelles de l'enseignement de cette discipline. Les enfants en sont-ils vraiment capables ? Il ne suffit effectivement pas de discuter d'un thème philosophique pour philosopher. Le discours philosophique exige une rigueur intellectuelle et des compétences spécifiques. Michel Tozzi a montré dans sa thèse qu'on pouvait les résumer au triptyque suivant : problématiser, conceptualiser, argumenter. En philosophie, il ne suffit pas de dire ce que l'on pense, mais de penser ce que l'on dit. Ce qui n'est évidemment pas la même chose ! C'est pourquoi il me semble indispensable de toujours garder comme fil conducteur des séances ces exigences intellectuelles. Mais se pose alors la question de savoir comment et quels outils donner à de jeunes enfants pour leur permettre de répondre aux exigences citées. Car " philosopher " s'apprend. Pierre Bourdieu, notamment, a bien montré qu'aucune aptitude intellectuelle, aucun soi-disant "talent", "compétence", "goût" ou "disposition" ne sont le fruit d'une nature plus ou moins bienveillante, mais l'aboutissement d'un long processus d'incorporation de nos multiples influences sociales, familiales et culturelles. Et l'école, par ignorance de ces processus, exige de ses élèves des compétences qu'elle n'offre pas, creusant et légitimant ainsi les inégalités sociales. De la même façon, la réflexion philosophique exige des compétences qui ne sont pas innées mais qui nécessitent un long apprentissage - ce que l'institution scolaire semble toujours ignorer.

C'est pourquoi beaucoup d'adolescents de Terminale semblent si désappointés devant le degré d'exigence de la discipline. On peut ainsi considérer qu'il s'agit d'un enjeu majeur pour la didactique de la philosophie que d'étudier les conditions d'une initiation précoce à la fois aux interrogations métaphysiques (mais les enfants n'ont pas besoin de l'injonction de l'institution scolaire pour commencer à se poser ces questions!) et surtout à la rigueur intellectuelle qu'elle requiert. C'est ce que souligne Michel Tozzi quand il affirme que depuis vingt ans " le paradigme de cet enseignement a très peu évolué : les élèves, généralement motivés au départ par l'espoir de s'exprimer sur les questions existentielles, sont souvent vite rebutés par l'aridité d'un cours magistral, la difficulté de textes philosophiques, et la faible note de leur première dissertation. Ils réussissent au baccalauréat malgré une note en philosophie majoritairement inférieure à la moyenne. Les enseignants peinent, surtout dans l'enseignement technique où les " nouveaux lycéens " (F. Dubet) n'ont guère leurs habitus linguistiques et culturels, à maintenir leurs exigences intellectuelles et souvent l'attention des élèves, d'autant qu'ils privilégient la position frontale du discours de haut niveau du maître, avec peu de situations actives comme des travaux de groupes ou des discussions. "

Si nous souhaitons une véritable démocratisation de l'enseignement de la philosophie, il faut pouvoir offrir à tous les élèves les outils intellectuels, culturels qui leur permettront de répondre aux exigences de la réflexion philosophique. Ni démagogie, ni élitisme, seule une initiation précoce à la rigueur du philosopher peut permettre de gagner ce pari.

Même si l'institution - inspection, grand nombre de professeurs du secondaire et de l'université - reste méfiante envers ces nouvelles pratiques, celles-ci se développent considérablement, jusqu'à devenir à ce jour un véritable "phénomène de mode " : sans tenir compte du succès des multiples collections pour la jeunesse (dont nous allons reparler), de nombreux articles et reportages, dans la presse écrite mais aussi audio et audiovisuelle, rendent compte de cet engouement. Signalons simplement ici que, Citrouille, la revue des Librairies Spécialisées Jeunesse lance un appel dans son numéro de décembre 2005 : " Et si on rendait la philosophie aux enfants... ". Le Journal des Instituteurs consacre, lui aussi, son dossier du numéro du mois de mars 2006 à la philosophie avec les enfants. Il en est de même pour la revue Le nouvel éducateur. Le Monde de l'éducation propose dans son numéro d'avril 2006 une bibliographie d'ouvrage sur " la philosophie avec les enfants ". La Chaîne Arte, dans son émission " Métropolis " du 14 janvier 2006, a diffusé un reportage " Quand les enfants philosophent ") (TF1 en avait diffusé un en 2005). Oscar Brenifier, auteur d'un grand nombre d'ouvrages de philosophie pour enfants, a été l'invité de Patricia Martin dans son émission sur France Inter, Philofil, le 25 décembre 2005.
  1   2   3

similaire:

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Module de littérature autour d’une œuvre complète
«Constituer un réseau de correspondants écoles» du 15 au 19 novembre 2004 à Tananarive. Stage animé par Christine delpierre professeur...

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Module de littérature autour d’une œuvre complète
«Constituer un réseau de correspondants écoles» du 15 au 19 novembre 2004 à Tananarive. Stage animé par Christine delpierre professeur...

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Module de littérature autour d’une œuvre complète
«Constituer un réseau de correspondants écoles» du 8 au 12 novembre 2004 à Tananarive. Stage animé par Christine delpierre professeur...

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Philosophie des marges littéraires : l’écriture du dehors
...

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Littérature n° 18, 1975 «Le prétexte de la philosophie : Bachelard»
«Nietzsche et la théorie du discours philosophique», in Nietzsche aujourd’hui, U. G. E., 1973

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\La Loire, la Loire des plages de sable, des immensités, des bras...
«un brave garçon a tourné la tête». IL veut rejoindre Nantes pour tenter de gagner l'Amérique

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Litterature de jeunesse
«Alice aux pays des merveilles» («De l’autre côté du miroir»), «Le petit prince»

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Dans la Région des Pays de la Loire

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Cours philosophique sera L’art
«l’art» (dans le fascicule «Philosophie de la culture» rédigé par Yves Baudrin, pages 34 à 58)

La portée philosophique de la littérature jeunesse par Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l\Cette courte séquence sur la rentrée en 6ème est proposée par Mme...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com