Questions sur Tolkien Sauron et l'archétype de Dieu-Lieur





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scandinaves, indous avec la même sensation d'évasion que les oeuvres

de Tolkien. Le même ravissement aussi, si ce n'est que dans Arda, je

retrouve tout ce que j'aime... ou deteste...

La bible, le Coran, et autres mythologies (excusez-moi, mais je

suis athée pratiquante) n'a de légitime que l'âge ou le nombre de

personne qui se sont tapé dessus pour la faire accepter par

d'autres... Enfin, c'est ma vision réduite des choses, et elle vaut

ce qu'elle vaut...

Ce qui revient à dire que pour moi, mais indépendemment des écrits

de Tolkien, les mythologies n'ont jamais été réelles. A peine peuvent-

elles être à mon sens des allégories, symboles... Mais que je ne

remettrais jamais en doute leur utilité ou leurs responsabilités dans

l'Histoire du monde (le notre).

Voilà mon opinion, qui n'intéresse peut-être pas grand monde, mais

je tiens à signaler au passage (surtout quand on aborde des histoires

de religions) que je n'attaque personne, aucune communautés ou

autres... ;o)

Virginie B – 18/01/2002
Pour ce qui est des mythes grecs, je te conseille de lire Les Grecs ont-ils

cru à leurs mythes? de Paul Veyne, qui bien que difficile d'accès d'un

premier abord est très intéressant. Je pense quant à moi qu'il y avait

plusieurs lectures : des récits héroïques sur lesquels les jeunes garçons

grecs apprenaient à lire ( l'Iliade, l'Odyssée... ), à la métaphore des bases

et du fonctionnement de la cité grecque ( les actes d'un héros fondateur par

ex peuvent délimiter le territoire de la cité et symboliser son unité ) et à

la fonction protectrice, guérisseuse ou néfaste attribuée à ces personnage (

d'où les cultes qui leur étaient rendus ). Même si c un anachronisme et que

le comparaison n'est pas historiquement valable, on peut comparer ça aux

récits de la vie des saints et à leur rôle d'intercesseur entre hommes et

Dieu : on peut croire à ces récits, ou les interpréter comme symboles de

valeurs profondes ( foi, courage, bonté... ). Voilà! Excusez-moi de m'être

emballé mais c un sujet qui me passionne et dont j'ai fait le sujet de mon

mémoire! ( la déformation professionnelle me guette ).Quant à moi les mondes

inventés par Tolkien me fascinent tout autant que les mythologies de toute

sorte...

Erostrate – 20/01/2002
Bonjour et merci à tous, vos réponses dépassent toutes mes hypothèses. Je n'ai découvert Tolkien que depuis deux mois environ et vos explications précèdent mes lectures. Mais ce n'en n'est pour moi que mieux. Je vais cette fois regrouper toutes mes réponses en une seule et tenter de vous clarifier ce qui pour moi est encore obscur... (cette ML est une véritable maïeutique...).
En réalité, dans l'application à l'oeuvre de Tolkien des catégories dumézilienne, il y a, plus qu'une question de degrés d'exactitude ou de réussite, une question de nature. Bien évidement Dumézil commente des textes littéraires, des épopées, qui, en tant que tels, sont comparables au SdA par exemple. Il analyse des textes qui expliquent la création du monde, tout comme le Sil. Mais ceux-ci sont la retranscription poétique de croyances (souvent orales) ou la trace, même inconsciente, de croyances structurantes fondamentales. Dans mon dernier message je soutenait l'idée qu'une comparaison d'un texte "uniquement" littéraire et d'un texte qui résultait ou exprimait une croyance était illégitime, tout du moins si elle ne faisait pas cette distinction. Je crois en effet que le projet de Dumézil repose sur un postulat anthropologique et historique fort, celui de retrouver, par une méthode comparative nouvelle, une origine et une "idéologie" commune aux peuples indo-européens. Et s'il écarte de la comparaison d'autres peuples c'est pour retrouver la spécificité des indo-européens, par exemple par la grande tripartition sociale et théologique, connue, mais que je rappellerai quand même, en espérant ne pas la trahir :

I/ La première fonction : la souveraineté magique et juridique, ce qui relève du spirituel, l'ordre des prêtre et des rois.

II/ La seconde fonction : La force physique du combattant, l'ordre des guerriers.

III/ La troisième fonction : la richesse, la prospérité et la fertilité, le peuple agriculteur et commerçant.

Cette structure, ces fonctions sociales auxquelles correspondent des divinités et même des héros légendaires, souvent critiquée, est la base commune, plus ou moins consciente et/ou visible, à tous les indo-européens. Une fois ce cadre posé, à l'intérieur et à l'intérieur seulement de ce cadre tripartite, Dumézil relève des traits caractéristique, comme la "faculté" de lier à soi les hommes, propre aux Dieux occupant la première fonction (et à eux seuls) par le biais d'un objet souvent acquis par un sacrifice, une mutilation volontaire.

Lorsque Didier tu remarques à juste titre que Sauron lie les êtres à lui par le pouvoir de l'anneau (ou des anneaux) je suis d'accord, mais le comparer pour cela à Odin et Tyr qui occupent la première fonction chez les Scandinaves, là, je demande réflexion. Il y a ici deux possibilités :

- soit nous pensons que l'on peut appliquer la qualité de Dieu-Lieur hors du cadre indo-européens et à mon sens c'est d'une part ne pas respecter son sens dumézilien et d'autre part perdre de vue sa spécificité et son rôle (qui est de caractériser la première fonction, celle du roi-magicien). Dans un cadre non tripartite mais conservant le caractéristique du Dieu Lieur, pourquoi alors comparer Sauron précisément à Tyr et Odin, qui occupent le première fonction, équivalents scandinaves de Mitra et Varuna ? Tyr est à Odin ce que Mitra est à Varuna : une divinité première car plus ancienne, symbolisant l'ordre juridique, le contrat, et se laissant supplanter par la divinité nouvelle, Odin, rusé, inquiétant, que l'on invoque en la craignant. Où est Sauron dans tous ça ?

- soit nous pensons que la comparaison tient la route, y compris dans la répartition tripartite. Cela voudrait dire que l'on pourrait retrouver dans l'univers créé par Tolkien les trois fonctions indo-européennes. Qui de vous soutiendra cette idée ? Si l'un de vous est tenté par l'aventure, rien que pour voir si ça tient, je veux bien ouvrir le bal avec quelques suggestions en vrac :

1) les trois fonctions sont avant tout sociales. Or il n'y a pas, dans chacune des races décrites par Tolkien, d'équivalents : les Hobbits n'ont pas de guerriers attitrés, les Elfes n'ont pas de prêtres, etc. A moins que cela ne conviennent qu'aux hommes ? Oui, mais leur temps, c'est le quatrième âge... et de ce que l'on en sait dans le troisième, ils n'ont pas de culte, d'Église au sens d'ordre religieux. Des magiciens, oui, mais Gandalf est un Maiar. Autre hypothèse, ce n'est pas dans chacune des différentes races qu'il faut chercher, mais chaque race représente une fonction. C'est tentant : les Hobbits représenteraient la troisième fonction, celle du petit peuple prospère qui cultive la terre et recherche la richesse (leur avidité est connu, pensons à Sméagol-Gollum, et oui, c'est un hobbit). Mais les Elfes ? Les Nains ? Les Hommes ? Car ils faut bien laisser la première fonction aux Ainur... Comment faire alors ? Dernière hypothèse et je m'arrête, chaque âge représente une fonction : le premier âge est celui des Ainur, donc de la première fonction ; le second âge est celui de la grande guerre contre Sauron, c'est la seconde fonction ; enfin le troisième âge est celui des Hobbits, du petit peuple prospère qui reprend le flambeau, qui achève la quête et l'aventure. Bilbo puis Frodon résistant contre l'avidité en renforçant le côté positif de la troisième fonction. C'est tentant, mais il y a un quatrième âge, celui de la domination des hommes. Quoique le quatrième âge est aussi celui de l'oubli des autres races et des âges précédents. Cette idée est intéressante : Tolkien aurait représenté les trois fonctions par trois âges successifs. Ce serait le passé de l'humanité, ne naissant vraiment, elle, qu'au quatrième âge et oubliant en même temps son passé et ses racines. Si quelqu'un veut soutenir cette thèse (j'ai des doutes sur le deuxième âge mais l'idée est belle) bonne chance et bon courage !

2) Les trois fonctions sont ensuite théologiques : qui occupe la place du Dieu premier dans le panthéon ? Eru ? Certainement. Qui est le Dieu guerrier ? Tulkas ? OK. Qui sera le Dieu de la fertilité ? Une déesse ? Le couple Aulé-Yavanna ? Pourquoi pas ? Mais je crois que je m'égare et que ce mail devient complètement délirant. En tous cas si cela fonctionne le couple Melkor-Sauron est rejeté du côté maléfique (Loki par exemple) et Sauron ne peut-être qualifié de Dieu-Lieur.

Cette longue digression peut vous sembler soit géniale soit complètement stupide, mais il faut oser aller au bout de chaque hypothèse. Dans le cadre de la première, appliquer la caractéristique de Dieu Lieur sans la répartition tripartite, je ne vois plus trop l'intérêt : que le pouvoir soit de lier à soit les êtres, qu'il soit séducteur, envoûteur et maintienne son charme (au sens fort) par le biais d'un objet qui deviendrait alors totémique, Freud suffit sans aller chercher Dumézil. Alors que lier à soi par un objet des gens assujettis, c'est maintenir une domination autre que par la force ou le don de fécondité et de fertilité et donc se démarquer des deux autres fonctions théologiques, ne plus en avoir besoin. En gros, Odin peut soumettre et dominer sans avoir besoin de Thor pour être craint et de Frey pour être aimé.

Cet échange nous a conduit ensuite à l'article de Didier sur Miriel et l'emploi du terme de hiérophanie comme révélation du sacré présent ou non chez Tolkien. Quand j'ai fais une distinction, maladroite certes, entre simple littérature et récits mythologiques, c'était simplement pour dire qu'on ne devait pas les traiter au même niveau, de la même manière. Qu'il y ait une dimension de sacralité dans la littérature, c'est évident. Que la littérature médiéval en soit une preuve indéniable, soit, mais encore une fois, la croyance dont il est question chez Dumézil n'a de sens que dans le cadre indo-européen : les récits légendaires y sont étudiés en ceci seulement qu'ils sont la preuve d'une appartenance oubliée au groupe indo-européen, le réceptacle de croyance commune à différents peuples et qui ne se retraduit plus que par la littérature. Il étudie d'abord le mythe et la structure de la société d'un peuple et s'il n'y a pas de répartition tripartite alors seulement il étudie sa littérature pour voir s'il y subsiste une trace de cette tripartition.

Qu'il y ait du sacré chez Tolkien, d'accord, mais je ne connais pas assez son oeuvre pour pouvoir le définir (je vais m'atteler à la tache mais je manque terriblement de temps). Un grand merci à Didier et Vincent pour les références fournies car je ne connais ni les HoME ni le poème "Mythopeia" dans "Tree and Leaf". De ce côté, je suis acquis d'avance à toute recherche sur le sens du sacré et du mythe chez Tolkien. D'ailleurs pouvez-vous m'en dire plus ? En quel sens les mythe disent-ils le vrai ? Est-ce au sens platonicien de l'allégorie ? Cela rejoint les mails de Virginie (merci pour Paul Veyne !) et de Laetitia.
Définir le statut, le rôle et la portée du mythe et du sacré chez Tolkien... à suivre. En attendant, je crois vraiment que si l'on utilise Dumézil cela ne peut être qu'entièrement, sans quoi c'est doublement illégitime. D'abord pour Dumézil lui même : ses catégories et ses analyses sont trop souvent utilisées hors de leur contexte et on finit par les dénaturer. (Je n'ai pas encore pu lire l'article Frédérique Munier que cite Didier et qui visiblement a tenté d'appliquer la tripartition à Tolkien). Ensuite pour Tolkien. Arnaud parlait de son projet poétique propre. Je crois que le lien entre Tolkien et l'univers mythologique n'est qu'un aspect de l'oeuvre, tentant, passionnant, mais peut-être réducteur. Tolkien s'inscrit tout aussi bien dans une autre tradition littéraire : "Bilbo le Hobbit" est pour moi le frère jumeaux d'"Alice au pays des Merveilles" et "De l'autre côté du miroir" de Lewis Carroll. Il y a une influence très nette de Carrol sur Tolkien. L'utilisation des comptines comme celles des "Aventures de Tom Bombadil", de même, se rapproche d'un genre littéraire qu'il ne faut pas occulter...
Désolé d'avoir été si long et si... loin. David.

Discussion compilée par Guilhemette Ambroise
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