Questions sur Tolkien Sauron et l'archétype de Dieu-Lieur





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étude, en soi, n’avait d’ambition que celle d’ouvrir des pistes de réflexion

sur l’œuvre de Tolkien et sur le fond mythologique du « Seigneur … » (me trompé-

je ?) ; c’est un bon article qui a au moins le mérite de nous faire écrire !

Voilà, je me suis un peu retourné le cerveau pour ces quelques lignes, et

j’attend des réactions avec impatience !

Erostrate – 13/01/2002
Je vais, pour suivre les conseils de Guibod, regrouper mes réponses en un seul message.
I/ Olorin Gandalf écris : "Déjà le titre du message voudrait "induire" une réponse hé hé! D'autre part, Erostrate tu es visiblement du côté des Valar, des Elfes et des Hommes... Il me semble que Tolkien a comparé lui même quelque part les Maiar à des "anges". Des êtres supranaturels certes mais certainement pas "créateurs". Ne fonce pas tout de suite aux conclusions! Secoue un peu ta vision judéo-chrétienne de la divinité ; mais si tu veux y revenir parce que tu y es plus à l'aise, voici la question à tiroirs multiples: comment définirais-tu le satan,l'oiseleur et poseur de filets? Ne pourrait-il être une image (et vice versa) de Sauron? Tolkien a une vision syncrétique des mythologies et religions."

Non, en réalité, mon message reprenait le fil d'une discussion antérieure, ce n'est ma "vision judéo-chrétienne" de la divinité dont il est ici question (quoi qu'elle doive l'être de toute façon). Par contre, qu'entends-tu par "vision syncrétique des mythologies et des religions ?" Cela me parait déjà beaucoup plus intéressant, peux-tu développer ?
II/ Arnaud, tu écris : "Qu'il soit possible d'appliquer à l'oeuvre de Tolkien les catégories Duméziliennes devrait au contraire nous encourager à découvrir au sein d'un même corpus non pas une cohérence exogène et un peu artificielle, mais au contraire un projet poétique, qui, à partir d'un riche héritage mythologique, a contribué de manière absolument inédite à la richesse du roman européen. Car Sauron est un personnage de roman, «Le Seigneur.» reste un roman, mais quel roman ? [...]. On étudie ses sources, les thèmes soulevés dans son ouvre, mais jamais son projet poétique comme un tout indivisible."

Là tu touches pour moi un point crucial : entre une explication par des paramètres extrinsèques à l'oeuvre et une restitution de son sens interne, tu penses que la première peut mener à la seconde. Sur l'idée générale, pourquoi pas, mais le problème est que Dumézil, en recherchant à cerner l'archétype indo-européen, écarte la portée littéraire du mythe pour retrouver le sens commun de la croyance, les éléments identiques dans les croyances de différents peuples et dans leur mode de développement afin de retrouver leur origine commune. Or tu as raison de rappeler que le SdA reste un roman et qu'il s'agit uniquement de littérature. Retrouver le projet poétique du SdA implique des distinctions nécessaires. C'est là que les choses se compliquent : l'oeuvre de Tolkien est à la croisée des chemins, c'est ce qui me fascine le plus. C'est de la littérature, de la fiction qui fait rêver parce qu'elle réintroduit dans le champs littéraire des éléments mythologiques. Elle réinvestit dans la littérature la magie du mythe, en dépouillant ce dernier de toute croyance. A chaque page un élément fait repenser à telle légende, à telle religion, et fait croire qu'elle est une référence à telle ou telle chose. C'est un leurre, un faux semblant qui fait penser à de l'hyper-texte mais qui n'en n'est pas. Ce n'est pas une référence à autre chose d'extérieur mais un réinvestissement, une réappropriation de l'élément mythologique et magique pour reconstituer un nouvel univers cohérent. C'est là l'une des richesses de l'oeuvre et c'est beaucoup plus difficile à définir. Comparer le SdA à ce que compare Dumézil, c'est à dire des croyance, des mythes, des légendes en ceci qu'elles sont un résidu de croyance, la littérature médiévale en ceci qu'elle trouve sa sources dans d'anciennes croyances (traces de paganisme dans un monde évangélisé), c'est comparer un texte littéraire, superbe soit, mais uniquement littéraire (et c'est à cette seule condition que l'on peut restituer son projet poétique) à des textes qui sont le réceptacle de croyance, de ce à quoi que des hommes ont cru, de ce en quoi ils ont espéré, ce pour quoi ils ont prié, sacrifié ou fait la guerre.

D'où un renversement : le Silmarillion est un récit littéraire si proche des récits mythologiques qu'il ferait presque douter de la réalité des récits mythologiques eux-mêmes, en tant que croyances et non comme simples fables. Je me suis toujours demandé jusqu'à quel point des gens ont-ils cru à ce que nous appelons mythologies, qu'elles soient grecques, scandinaves ou autres.

Maintenant il reste à définir ce "projet poétique comme un tout indivisible". Et comme il faut bien, à un moment ou à un autre, se jeter à l'eau... peux-tu nous en dire un peu plus ?
III/ Didier : tout d'abord un grand merci pour tes explications et en particulier sur la puissance "finie" des Valar et des Maiar (il faut décidément que je me remette à l'anglais pour les HoME...).

Effectivement ton article sur "Míriel, la confrontation de la lune et du soleil" ( rappel du lien : http://www.geocities.com/almacq.geo/tolktop.html ) me semble plus abouti, tant dans l'approfondissement des "comparaisons" ou "rapprochements" que dans la légitimation de la démarche elle-même. Ta conclusion, "Mythe ou Histoire", répond par avance à mes interrogations précédentes, mais par un nouveau détour : la pensée symbolique. Pourtant, le terme de "hiérophanie" comme "révélation du sacré" fait encore une fois problème, précisément en ceci qu'il s'agit dans le cas de Tolkien d'un texte uniquement littéraire, d'une fiction certes, mais pas d'une croyance. S'il y a sacralité, elle est feinte. Encore une fois la proximité de l'oeuvre de Tolkien avec les récits mythologique fait songer à du sacré mais n'en n'est pas. Qu'il y ait émergence d'un univers symbolique transcendant le réel, soit, mais pourquoi par une hiérophanie ? Pourquoi introduire ici la sacralité ? Ne risque-t-on pas de perdre de vue le "projet poétique" dont parle Arnaud ? Je repose encore cette question, même s'il s'agit d'herméneutique, parce qu'elle définit les limites de l'interprétation légitime de Tolkien : quelle est la nature du texte dont nous parlons ? La réponse déterminera le champs de l'interprétation. La "pensée symbolique" est aussi riche que pauvre : elle englobe tout mais ne définit rien en particulier, elle déborde le réel, soit, mais ne reconstruit rien par elle-même. Si elle le laisse croire, c'est lorsqu'elle s'appuie sur une croyance ou une sacralité. Ici, il n'en n'est rien. La réappropriation du mythe par la littérature à travers Tolkien ne doit pas laisser croire que les catégories herméneutiques s'appliquant au mythe s'appliquent à Tolkien. Il n'y a pas ici réciprocité. Tu critiques en note de ton article le livre de Nicolas Bonnal parce qu'il "multiplie les comparaisons sans pour autant déboucher sur un argument clair", mais n'assiste-t-on pas à ce genre de d'égarements simplement parce que la nature du texte de Tolkien n'est pas clairement définie ? Quel est le statut du mythe chez Tolkien ? Quel est le statut de cette mythologie purement littéraire et dépourvue de sacralité ? Le terme de "religion des indo-européens" chez Dumézil a été maintes fois critiqué. Peut-on faire "comme si" et traiter le texte de Tolkien, sous prétexte de se placer au niveau symbolique, comme n'importe quel texte mythologique ?

Je suis désolé si je me répète ou si mes questions sont vaines mais c'est seulement par cet échange que je peux clarifier ce qui pour moi fait problème, le ressort de cette attirance et de ce plaisir à lire Tolkien et à essayer de comprendre pourquoi il me semble si différent des autres auteurs que l'on peut lire... encore merci. David.

Didier – 14/01/2002
Bonsoir,
> III/ Didier : tout d'abord un grand merci pour tes explications et

> en particulier sur la puissance "finie" des Valar et des Maiar (il

> faut décidément que je me remette à l'anglais pour les HoME...).
Ce à quoi j'ajouterai, pour l'étude des aspects "théologiques" chez

Tolkien, que le volume X ("Morgoth's Ring") est particulièrement

éclairant. La version longue du "Staute of Finwë and Míriel" comme

le débat "Athrabeth Finrod ah Andreh" évoquent la nature de la foi,

le destin, la présence et le rôle de Dieu/Eru. Ces textes me semblent

incontournables pour appréhender la "sacralité" chez Tolkien (je

reviens sur les termes plus bas). Sans mentionner la littérature

secondaire (notamment le recueil de Pierce, "Tolkien A Cebration",

etc.) qui aborde la question.
> [....]

> Pourtant, le terme de "hiérophanie" comme "révélation du sacré"

> fait encore une fois problème, précisément en ceci qu'il s'agit

> dans le cas de Tolkien d'un texte uniquement littéraire, d'une

> fiction certes, mais pas d'une croyance.
Qu'est ce qui permet de dire que le texte n'est que littéraire (i.e.

dans quelle acceptation) ? La définition que tu donnais plus haut

(que je ne recite pas ici) me paraît un peu limitée (comme opposition

entre la forme littéraire pure et le récit sacré ? Je ne suis pas

certain d'avoir bien saisi).
Mais "Elves and Men .... represent the problem of Death"

(Letters, n°181, p. 236) : on commence à toucher de très prêt

à la croyance. Non pas la croyance dans les faits littéraires

énoncés (Míriel, Finwë, Finrod, Andreth ne sont *que* des

personnages littéraires, imaginaires), mais dans la thématique

à travers laquelle leur histoire est projettée : celle du

"mythe vrai" pour Tolkien, c'est à dire de la foi chrétienne.

Ce qu'il expose dans ces textes, c'est une certaine vision

de la foi, exprimée au travers de situations imaginaires.
> S'il y a sacralité, elle est feinte. Encore une fois la proximité

> de l'oeuvre de Tolkien avec les récits mythologique fait songer à

> du sacré mais n'en n'est pas. Qu'il y ait émergence d'un univers

> symbolique transcendant le réel, soit, mais pourquoi par une

> hiérophanie ? Pourquoi introduire ici la sacralité ?
On l'indroduit déjà parce qu'il semble que le texte l'impose.

Maintenant, la raison pour laquelle il l'impose est tout aussi

importante (et à peine esquissée dans l'article sous sa forme

actuelle).
Ce qu'est le Míriel et Finwë ? Un mythe transmis d'une part,

un "Statute" d'autre part (un *jugement figé* sur l'[im]mortalité).

Ce qu'est l'Athrabeth ? Une conversation rapportée d'une part,

un "Debate" d'autre part (une *controverse* ouverte au doute).
Je me contente de noter qu'en moins d'un an d'écart, Tolkien aborde

ainsi, sous deux formes littéraires que tout oppose -- l'une

tendant à la hiéophanie, l'autre étant marquant par son caractère

explicatif -- les problèmes de la mort, du sens de l'existence et

de l'amour de Dieu pour ses enfants ("If we are indeed the Eruhin,

the Children of the One, the He will not suffer Himself to be

deprived of His own (...) This is the last foundation of Estel"

(HoME X, p. 320).
> Ne risque-t-on pas de perdre de vue le "projet poétique" dont

> parle Arnaud ?
Il n'est pas exclu pour autant... :)

C'est un tout, je dirais.
> Je repose encore cette question, même s'il s'agit

> d'herméneutique, parce qu'elle définit les limites de

> l'interprétation légitime de Tolkien : quelle est la nature du

> texte dont nous parlons ? La réponse déterminera le champs de

> l'interprétation.
Je ne pense pas qu'elle fixe les "limites" de l'interprétation

légitime (ou si elle le fait, c'est qu'elle est mal posée

peut-être). Elle l'ouvre à de nouveaux horizons, sans nier

d'autres niveaux de lecture.
> Tu critiques en note de ton article le livre de Nicolas Bonnal

> parce qu'il "multiplie les comparaisons sans pour autant déboucher

> sur un argument clair", mais n'assiste-t-on pas à ce genre de

> d'égarements simplement parce que la nature du texte de Tolkien

> n'est pas clairement définie ?
Pour le Bonnal, c'est d'une tout autre facture... Cf. le compte

rendu qu'en donne Michael Devaux dans "La Feuille de la Compagnie

n°1", 2001, editions l'ODS.
> Quel est le statut du mythe chez Tolkien ? Quel est le statut de

> cette mythologie purement littéraire et dépourvue de sacralité ?

> Le terme de "religion des indo-européens" chez Dumézil a été

> maintes fois critiqué.
De mémoire, il n'emploie pas (ou plus, en tout cas, à la fin)

le terme "religion" dans ses écrits techniques. Il parle plutôt

d'idéologie, notant que le terme est aussi problématique. Mais

bon, je ne me lancerai pas dans la critique de Dumézil - quoique

ses réponses à ses plus ardents opposants pour le moins

interessantes comme défense d'une "démarche" (plus à la rigueur,

que la défense d'un "concept").
> Peut-on faire "comme si" et traiter le

> texte de Tolkien, sous prétexte de se placer au niveau symbolique,

> comme n'importe quel texte mythologique ?
C'est justement, je trouve, une question très intéressante à

étudier. Les critiques américains sont nettement en avance, sur

ce thème (les articles de Verlyn Flieger, de vrais régals :)
Didier.

Vincent Ferre – 16/01/2002
Didier a répondu plus vite que moi sur certains points, mais je voulais

préciser :

Erostrate, lorsque tu écris avec raison (reprenant un autre message) que "le

SdA reste un roman et qu'il s'agit uniquement de littérature. [...] C'est de

la littérature, de la fiction qui fait rêver parce qu'elle réintroduit dans

le champs littéraire des éléments mythologiques. ", est-ce que
logiquement cela ne devrait-il pas s'appliquer également à la littérature

médiévale ?

j'ai peut-être mal lu ta phrase, mais :
"Comparer le SdA à ce que compare Dumézil, c'est à dire des croyance, des

mythes, des légendes en ceci qu'elles sont un résidu de croyance, la

littérature médiévale en ceci qu'elle trouve sa sources dans d'anciennes

croyances (traces de paganisme dans un monde évangélisé), c'est comparer un

texte littéraire, superbe soit, mais uniquement littéraire (et c'est à cette

seule condition que l'on peut restituer son projet poétique) à des textes

qui sont le réceptacle de croyance, de ce à quoi que des hommes ont cru, de

ce en quoi ils ont espéré, ce pour quoi ils ont prié, sacrifié ou fait la

guerre."

me semble faire un amalgame entre le corpus à partir duquel

travaille Dumézil et des oeuvres (médiévales) qui sont vraiment

_littéraires_, et se dégagent de leur substrat mythologique.
"D'où un renversement : le Silmarillion est un récit littéraire si

proche des récits mythologiques qu'il ferait presque douter de la réalité

des récits mythologiques eux-mêmes, en tant que croyances et non comme

simples fables. Je me suis toujours demandé jusqu'à quel point des gens

ont-ils cru à ce que nous appelons mythologies, qu'elles soient grecques,

scandinaves ou autres."

Ici, il ne faut pas oublier un élément propre à Tolkien : pour lui,

les mythes disent le vrai : cf. le poème "mythopoeia" dans "Tree and Leaf".

tu le connais ?

laetitia_martini – 18/01/2002
Pour ma part, j'ai toujours lu les réçit mythologiques grecs,
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