Dans une chanson hommage à Ferré et dont l’inspiration est si proche de celle du vieux Léo, Ann Gaétan le voit là-bas sur la grève / les mains qui lèvent le





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date de publication30.05.2017
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Les mots
Dans une chanson hommage à Ferré et dont l’inspiration est si proche de celle du vieux Léo, Ann Gaétan le voit « là-bas sur la grève / les mains qui lèvent le cœur ailleurs », et le remercie pour avoir reçu « un peu de (son) feu pour y voir / un peu de (son) cœur pour y croire »
Pierre Marcelle dont la chronique dans Libération a déjà été évoquée ici, nous rappelle un poème de Constantin Cavafy :
Pourquoi nous être ainsi rassemblés sur la place?
Il paraît que les barbares doivent arriver aujourd’hui
Et pourquoi le Sénat ne fait-il donc rien ?

Qu'attendent les Sénateurs pour édicter des lois?
C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui.

Quelles lois pourraient bien faire les Sénateurs?

Les barbares, quand ils seront là, dicteront la loi.
Pourquoi notre empereur s'est-il si tôt levé,

et s' est-il installé, aux portes de la ville,

sur son trône, en grande pompe, et ceint de sa couronne?
C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui.

Et l'empereur attend leur chef

pour le recevoir. Il a même préparé

un parchemin à lui remettre, où il le gratifie

de maints titres et appellations.
Pourquoi nos deux consuls et les préteurs arborent-ils

aujourd'hui les chamarrures de leurs toges pourpres ?

pourquoi ont-ils mis des bracelets tout incrustés d'améthystes,

et des bagues aux superbes émeraudes taillées;

pourquoi prendre aujourd'hui leurs cannes de cérémonie

aux magnifiques ciselures d’or et d'argent?
C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui,

et que pareilles choses éblouissent les barbares.
Et pourquoi nos dignes rhéteurs ne viennent-ils pas, comme d'habitude,

faire des commentaires, donner leur point de vue?
C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui;

et ils n'ont aucun goût pour les belles phrases et les discours.
D'où vient, tout à coup, cette inquiétude

et cette confusion (les visages, comme ils sont devenus graves)

Pourquoi les rues, les places, se vident-el1es si vite,

et tous rentrent-ils chez eux, l'air soucieux ?
C'est que la nuit tombe et que les barbares ne sont pas arrivés.

Certains même, de retour des frontières,

assurent qu'il n'y a plus de barbares.
Et maintenant qu'allons-nous devenir, sans barbares.

Ces gens-là, en un sens, apportaient une solution.
Constantin Cavafy – En attendant les barbares - En Attendant Les Barbares & Autres Poèmes, coll. Poésie, éd Gallimard, 1999-2003 - p. 44, 45
Elle a lu le texte du Mahmoud Darwich. Sur quatre feuilles blanches, avec une plume de calligraphie, elle a recopié :
« La poésie est fragile.

C’est ce qui en fait sa puissance.

Si elle tentait d’affronter les tanks, elle serait écrasée. »
« La poésie a la fragilité de l’herbe.

L’herbe paraît si vulnérable,

mais il suffit d’un peu d’eau et d’un rayon de soleil

pour qu’elle repousse. »
« J’ai choisi d’être malade d’espoir »
« Je refuse l’esprit de défaite

et m’accroche à l’espoir fou

que la vie, l’histoire, la justice

ont un sens. »
A l’aide de pinces à linge, elle a suspendu les quatre feuilles sur l’étendage de la cage d’escalier.
Le dernier album de JJ Milteau s’intitule « "Fragile", pourquoi ? Parce que Milteau est allé pêcher dans une sentence d'Elvis Presley cette curieuse remarque : ce qui le collait aux gens du blues, c'est la fragilité. Pas la faiblesse, la fragilité. »(Le Monde 04.02.06).
Fragiles aussi nos espérances, mais pas faibles.

Fragiles aussi nos mots et nos idées. Ceux-là au moins, dont nous usons, celles ci au moins, que nous n’avons pas perdues en route, quand partis pour le midbar, le pays de nulle part, nous nous sommes peut-être égarés en chemin.

Ceux-là, celles ci, qui nous ont été parfois empruntés, parfois volés et mis sur le trottoir de la communication à faire le tapin.
Au Québec, l’hypersexualisation des filles a pu être appréhendée comme un effet pervers du féminisme.

Les luttes des années 70 pour la reconnaissance entière de la condition féminine se sont accompagnées d’une information sexuelle rigoureuse et rationnelle, avec la volonté de penser le désir. La reconnaissance de plus en plus large de la légitimité de cette information sexuelle est devenue une relative indifférence parentale par rapport aux sources « d’informations » des adolescents. Ceux-ci, de plus en plus jeunes sont confrontés à la pornographie. Mais quand le « Notre corps nous appartient » des années 70 devient le « Je fais ce que je veux avec mon corps » d’aujourd’hui, cela ne tient pas au féminisme, par exemple du Planning Familial, qui se bat depuis longtemps pour une autre réalité que celle qui est advenue. Cette dérive est un effet pervers d’une nouvelle réalité sociale et non du féminisme des années 70.

Ailleurs, Patrick Coupechoux nous raconte d’une part, comment les psychiatres d’après-guerre ont voulu casser les murs et multiplier les structures extra-hospitalières, en souhaitant « comprendre et soigner la maladie mentale, au lieu de l’isoler et de la neutraliser », en réhabilitant le patient comme sujet et non comme objet de soin, et d’autre part, comment aujourd’hui, pour accompagner une réduction des effectifs et des moyens, et jusqu’à la nausée, « les pires conservateurs, libéraux et gestionnaires utilisent le vocabulaire des anti-psychiatres : fermer les asiles, désaliéner, retour à la cité, intégration … pour justifier ce qui est un abandon »

Dans le grand désarmement théorique auquel nous sommes soumis depuis trois décennies, revient sans cesse la même figure d’une théorie dépassée, et d’une théorie dépassée par une nouvelle réalité. ( On imagine en effet assez mal, Marx ou Freud dépassés par l’un de nos “penseurs” dominants).

Ces nouvelles réalités, celle de l’économie, celle de la souffrance psychique, ne sont pas devenues dans notre temporalité sociale, plus larges, plus complexes comme voudraient nous en convaincre ceux qui s’adonnent selon la belle expression du vieux Charlie, à un matérialisme misanthrope. Elles sont le résultat d’une objectivation réductrice dans laquelle des pans entiers, ici de l’économie, là de la souffrance psychique, ne peuvent accéder ne serait-ce qu’à une existence dérisoire.

Ces nouvelles réalités dans lesquelles s’englue souvent une pensée alternative, aspirent à être tout le réel, et s’inscrivent nécessairement dans un devenir totalitaire. Dans le même mouvement, la question de la gestion du retour du refoulé qui affecte l’ensemble du corps social, devient de plus en plus aigue.

Nous vivons un temps de peste où la généralité du mal doit être tue, où un mal généralisé devra être porté par quelques uns — obèses, arabes, … — dans quelques territoires, aisément les uns et les autres, stigmatisables.
En me quittant, il me dit :« Tu vois Antigone, la haine est en train de monter toute seule des deux côtés. Elle est nécessaire pour vaincre ». Je ne suis pas de taille à lui répondre, j'entends retentir en moi, la voix faible et musicale de K., je vois son sourire attentif et rusé qui me souffle : « C'est bien leur logique d'incendiaire, ça fonctionne très bien, jusqu'au moment où tout est brûlé. Il ne faut pas discuter, il faut dire non, rien que non »…

Henri Bauchau — Antigone — Actes Sud, coll. Babel, 1997 - p.218
Nos mots, nos belles idées nous reviennent, dans les bruits du monde, petits sacs de papier vidés de toute vie, de toute mémoire, ou bien outrageusement fardés, méconnaissables. Leurs multiples vocations sémantiques et pratiques entrent en collision, et la multiplication infinie des discours, des signes nous prive de parole. Suivent les systèmes techniques de surveillance grillageant nos horizons.

Sans doute avons-nous à les reprendre un à un, à les restaurer, à les remettre en lumière avec autant de bonheur que nous avions eu à les découvrir et à les utiliser hier. Dans leurs plis, un peu de vie. Dans leurs plis, la seule espérance possible d’une parole, et d’une humanité.
Il n’y a pas grand monde dans le train / Il n’y a pas grand monde sur le chemin / Pas beaucoup d’ombres dans le lointain /

Les cœurs qui grondent / les outils plein les mains / ont disparu des imageries / C’est trop ringard / toutes ces conneries / mais j’aime encore y croire /

Un soir dans le vent / je rejoindrais les partisans / de ceux qui ont de l’amour pour la vie /

Un soir dans la nuit / il suffira d’un instant / pour comprendre la force d’être unis…

Mano Solo – Dans le vent
Et puis il y a les mots absents.
Ceux qui n’ont pas été prononcés.

Ceux qui ne pourront plus jamais l’être et pour lesquels il est trop tard.

Ceux tues par l’habitude, par la vitesse dérisoire de nos pantomimes

Ceux aussi qui ont été empêchés par la force du chemin. Aimer en silence. And let me die in my footsteps (Bob Dylan)

Il y a encore les mots espérés, attendus, à inventer ou à recevoir.

Ceux qui viendront et ceux qui ne viendront jamais, mais qui ensemble nourrissent le rêve…
Jm Ben Adeb, le 08.03.2006.

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