L'hiver de Guillaume Apollinaire





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Des poésies sur le thème de l’hiver

(il y en a encore d’autres…)

L'hiver de Corinne Albaut

Corinne Albaut écrit, publie, interprète des comptines pour les petits (Collection "Petits bonheurs" chez Actes Sud junior).
Ses "Comptines pour le temps de Noël", dont le texte ci-dessous, sont publiées chez Actes Sud junior, illustrées par Michel Boucher. Un beau cadeau pour le temps de Noël (10 € en librairie).

Le bonhomme de neige

Au nord de la Norvège
Vit un bonhomme de neige.
Il n'a pas peur de fondre,
Là-bas, la neige tombe
Pendant de très longs mois,
Il y fait toujours froid.

Et le bonhomme de neige,
Bien assis sur son siège,
Regarde les flocons
Voler en tourbillons.

Sais-tu ce que j'en pense ?
Il a bien de la chance
Pour un bonhomme de neige
D'habiter la Norvège.

Corinne Albaut ("Comptines pour le temps de Noël")

L'hiver de Guillaume Apollinaire


On connaît des passages de ce poème, un classique de la classe de neige.

Les sapins

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
À briller plus que des planètes

À briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d'automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l'hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L'été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles

Sapins médecins divagants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l'ouragan
Un vieux sapin geint et se couche.

Guillaume Apollinaire ("Alcools" - poèmes, 1898-1913, Mercure de France, 1913 et éditions Gallimard Poésie, 1971)

L'hiver de Paul Arène


Paul Arène, ou Paul-Auguste Arène, (1843-1896) est un poète de langue provençale et française, contemporain et proche d'Alphonse Daudet (il aurait participé à l'écriture des Lettres de mon moulin ) et de François Coppée (poète présent sur le blog dans cette même catégorie : L'hiver). Il préside le Félibrige de Paris en 1879 (mouvement littéraire créé par Frédéric Mistral en 1854 pour favoriser et organiser la sauvegarde et la promotion de la langue d’oc).

Si le poème qui suit célèbre la fin de l'automne et l'hiver à Chaville, en région parisienne, c'est la Provence de Sisteron qu'il décrit préférentiellement dans ses nouvelles, poèmes et romans.

Paysage

L'automne à Chaville est superbe ;
Le bois par place est resté vert ;
Ailleurs, tournant au vent d'hiver
Les feuilles s'abattent sur l'herbe ;
Mais les grands chênes fiers encor,
Gardent leur parure tenace,
Et, sentant que le froid menace
S'habillent de cinabre et d'or,
Qu'importe si le ciel est sombre,
Quand on a la claire forêt !
Son feuillage ardent qui paraît
Plus radieux au sein de l'ombre
Nous garde en ses rameaux vermeils,
Dans ses feuilles d'or pur baignées
Et de longs rayons imprégnées,
Le souvenir des vieux hivers.

Paul Arène

L'hiver d'Albert Atzenwiler


Poète suisse, et directeur de l'enseignement à Genève, auteur de manuels scolaires ( Leçons et exercices de grammaire française, école primaire), et de contes pour enfants, Albert Atzenwiler (1898-1941) nous présente cet intrépide bonhomme de neige :

Le bonhomme de neige

Un jour, un bonhomme de neige
Eut envie de voyager.

Il prit sa belle écharpe beige
Et son bâton de noisetier.

A peine arrivé en Afrique,
Il se sentit très fatigué.

Il fut piqué par un moustique
À l'ombre d'un grand cocotier.

Il fut pris d'une forte fièvre
Et soudain se mit à trembler,

Comme tremblent lapins et lièvres
Quand la chasse va commencer.

Il transpirait à grosses gouttes,
Il fondait de la tête aux pieds ...

Albert Atzenwiler

L'hiver de Patrick Bousquet


Patrick Bousquet est un auteur contemporain de chansons, de poésies, et de romans pour les enfants et la jeunesse.

Bonjour monsieur l'Hiver

- Hé ! bonjour monsieur l'Hiver !
Ça faisait longtemps...
Bienvenue sur notre terre,
Magicien tout blanc.
- Les montagnes t'espéraient ;
Les sapins pleuraient ;
Les marmottes s'indignaient ;
Reviendra-t-il jamais ?
- Mes patins s'ennuyaient ;
Mes petits skis aussi ;
On était tous inquiets ;
Reviendra-t-il jamais ?
- Hé ! bonjour monsieur l'Hiver !
Ça faisait longtemps ...
Bienvenue sur notre terre,
Magicien tout blanc.

Patrick Bousquet

L'hiver de Marguerite Brunat-Provins


Ce poème de Marguerite Brunat-Provins (1872-1952), poètesse française installée dans le Valais en Suisse, est un adieu rouge sang à la saison d'automne. L'arbre rouge

Sur l'arbre rouge as-tu-vu
Le corbeau noir ?
L'as-tu entendu ?
En claquant du bec il a dit
Que tout est fini;
Les fossés sont froids,
La terre est mouillée.
Nous n'irons plus rire et nous cacher
Dans la bonne chaleur du blé.
Le corbeau noir a dit cela,
En passant,
Dans l'arbre rouge couleur de sang.

Marguerite Brunat-Provins ("Chansons rustiques" - éditions Sauberlin et Pfeiffer)

L'hiver de Maurice Carême


Merci à la Fondation Maurice Carême

Maurice Carême annonce l'hiver avec cette "dernière pomme" :

La dernière pomme

Vais-je tomber, ne pas tomber ?
Se disait la dernière pomme.
J'ai résisté aux vents d'automne,
Aux pluies, aux premières gelées :

- Il ne faut pas que j abandonne
Mon fidèle ami, le verdier.
Vais-je tomber, ne pas tomber ?
Il y va de mon cœur de pomme.

Je suis d'or rouge et de miel jaune
Comme une lune à son lever
Et j'éclaire tout le pommier.
Non, non, verdier, je me cramponne,
J'attendrai l'hiver pour tomber.

Maurice Carême

Il a neigé

Il a neigé dans l'aube rose
Si doucement neigé,
Que le chaton croit rêver.
C'est à peine s'il ose
Marcher.

Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé,
Que les choses
Semblent avoir changé.

Et le chaton noir n'ose
S'aventurer dans le verger,
Se sentant soudain étranger
À cette blancheur où se posent,
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.

Maurice Carême

L'hiver de Pernette Chaponnière


Pernette Chaponnière est née en 1915 en Suisse. Elle est auteure de romans, de livres pour enfants et de pièces de théâtre.
La neige

Regardez la neige qui danse
Derrière le carreau fermé.
Qui là-haut peut bien s'amuser
A déchirer le ciel immense
En petits morceaux de papier ?

Pernette Chaponnière ("L'Écharpe d'Iris" - éditions Hachette, 1990)

L'hiver d'Anne-Marie Chapouton


Anne-Marie Chapouton (1939-2000) est l'auteur d'albums, de comptines et de poèmes pour les enfants, qu'elle a souvent illustrés elle-même. L’hiver, la neige

Voilà
Les arbres
Avec
Du sucre
Sur le nez

La route
Toute
Poudrée
Le ciel
Enfariné

La neige
A tout changé.

Anne-Marie Chapouton

L'hiver de François Coppée


De François Coppée (1842-1908), ce tableau de neige en couleurs :

Il a neigé

Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle.
Le toit, les ornements de fer et la margelle
Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc
Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc.
Le grésil a figé la nature, et les branches
Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches.
Mais regardez. Voici le coucher de soleil.
À l'occident plus clair court un sillon vermeil,
Sa soudaine lueur féérique nous arrose,
Et les arbres d'hiver semblent de corail rose.

François Coppée ("Promenades et Intérieurs")

L'hiver de Guy-Charles Cros


Guy-Charles Cros (1879-1956) est le fils de Charles Cros, inventeur du phonographe et du hareng-saur (voir les catégories d'humour sur ce blog).
Héritier de la poésie fantaisiste de son père, il est l'auteur des recueils Les Fêtes quotidiennes (1912), Avec des mots (1927), Mon Soleil nouveau (1944). C'est volontairement qu'il a laissé la grande ombre paternelle éclipser son œuvre poétique.

Voici deux poèmes, qu'on attribue parfois par erreur à son père, Charles Cros :

Matin de décembre

On s'éveille
du coton dans les oreilles
une petite angoisse douce
autour du cœur, comme mousse
c'est la neige,
l'hiver blanc
sur ses semelles de liège
qui nous a surpris, dormant.

Guy-Charles Cros ("Avec des mots" - éditions L'artisan du Livre, 1927)

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Croquis de janvier

Tout est dur, clair, sans voix, et mort ;
l'hiver est fermé comme un livre.
On dirait que la vie a tort
de vouloir encor vivre.

Le fleuve est pris ; le ciel si bas
pèse sur les étendues blanches...
Un oiseau pourtant chantera
en avril, dans les branches.

Guy-Charles Cros ("Avec des mots" - éditions L'artisan du Livre, 1927)

L'hiver de Lucie Delarue-Mardrus


Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) est l'auteur de nombreux poèmes, romans, contes et nouvelles ...
Elle est aussi  dessinatrice, sculptrice et historienne.

L'hiver

L'hiver, s'il tombe de la neige,
Le chien blanc a l'air beige.

Les arbres seront bientôt touffus
Comme dans l'été qui n'est plus.

Les oiseaux marquent les allées
Avec leurs pattes étoilées.

Aussitôt qu'il fait assez jour,
Dans le jardin bien vite on court.

Notre maman nous emmitoufle,
Même au soleil, la bise souffle.

Pour faire un grand bonhomme blanc,
Tout le monde prend son élan.

Après ça, bataille de neige!
On s'agite, on crie, on s'assiège.

Et puis on rentre, le nez bleu,
Pour se sécher autour du feu

Lucie Delarue-Mardrus ("Poèmes mignons pour les enfants" - Gedalge, 1929)

L'hiver de Louis Delorme


Louis Delorme est un peintre et poète contemporain, auteur de nombreux recueils de poésie qu'il a lui-même illustrées. Il écrit également des romans et des pièces de théâtre.

Le flocon

Venant de Norvège
Un flocon de neige
Qui volait au vent
S’en allait rêvant.
Voyant un fille
D’allure gentille
Par le Nord giflée
Bien emmitouflée
D’un bonnet de laine
Il se dit : "Ma veine !
De la bonne aubaine
Si je profitais pour me camoufler
Et me réchauffer.
J’attendrai demain
Pour continuer tout ce long chemin."
Il n’eut pas de peine
A mettre le nez
Dessous le bonnet
Mais sa longue route
Soudain s’arrêta :
Un frêle goutte
Fut le résultat.
Ceux qui se figurent
Pouvoir ignorer
Tout de leur nature
N’ont plus qu’à pleurer.

Louis Delorme

L'hiver de Micheline Dupray


Micheline Dupray est une poétesse et biographe d'aujourd'hui.

Les oiseaux de l'hiver (extrait)

Mais d'où viennent ces oiseaux
Que j'entends chanter l'hiver ?
Où se cachent leurs fuseaux
De plume sur fil de chair ?

Il neigeait encor hier
Sur l'arbre et le caniveau,
Et les miettes de pain clair,
Pour des petits yeux d'oiseaux,
Se perdaient dans la lumière
Des flocons à mes carreaux.

Ô mes oiseaux de l'hiver,
Par le froid levés si tôt,
Ô mes oiseaux sans manières,
Faits pour chanter comme l'eau
Dès qu'elle a roulé rivière.
(...)

Micheline Dupray

L'hiver de Jean de La Fontaine




La Cigale et la Fourmi

La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août*, foi d'animal,
Intérêt et principal. "
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

l'août : orthographe originale : "l'Oût"

Jean de La Fontaine ("Fables" - Livre I)

L'hiver de Pierre Gamarra


Pierre Gamarra est né en 1919. Il est romancier, auteur de théâtre et poète, (nombre de ses romans et de ses recueils sont destinés aux enfants) et a dirigé la revue littéraire "Europe", créée par Romain Rolland puis par Louis Aragon en 1946, après la guerre.

Des romans choisis : Le maître d'école, La victoire de l'ourse (publié en 2006)

Où donc est passé le feu ?

Où donc est passé le feu ?
Je n'ai pas de cheminée !
Quand l' hiver au gros nez bleu
Vient à la fin de l'année,

Quand décembre blanc et noir
vient siffler devant ma porte
et quand la tempête emporte
les arbres au fond du soir,

je m'en vais à ma croisée,
je suis triste un petit peu,
je n'ai pas de cheminée.
Où donc est passé le feu ?

Pierre Gamarra ("La tarte aux pommes", 1977 - L'école des loisirs)

Théophile Gautier

La bonne soirée

Quel temps de chien ! - il pleut, il neige ;
Les cochers, transis sur leur siège,
Ont le nez bleu.
Par ce vilain soir de décembre,
Qu'il ferait bon garder la chambre,
Devant son feu !
...

On n'entend rien dans le silence
Que le pendule qui balance
Son disque d'or,
Et que le vent qui pleure et rôde,
Parcourant, pour entrer en fraude,
Le corridor.

Théophile Gautier ("Émaux et camées", 1852)

L'hiver d'Eugène Guillevic

L'ennemi (titre proposé)

Il y aura toujours dans l'automne   
Une pomme sur le point de tomber.

Il y aura toujours dans l'hiver 
Une fontaine sur le point de geler.

L'ennemi, 
Nous le connaissons.

Eugène Guillevic ("Gagner" - collection Poésie des éditions Gallimard, 1981)



Arbre l'hiver

L'arbre, ici, maintenant, debout,
Rien que du bois,
Comme un oiseau figé debout
La tête en bas.

L'arbre vécu
Comme du bois
Et comme oiseau
Ne bougeant pas.

Eugène Guillevic ("Sphère" - éditions Gallimard, 1963)

L'hiver de Victor Hugo


La bise

Va-t'en, me dit la bise,
C'est mon tour de chanter.
Et tremblante, surprise,
N'osant pas résister,

Fort décontenancée
Devant un Quos ego,
Ma chanson est chassée
Par cette Virago.

Pluie. On me congédie
Partout, sur tous les tons.
Fin de la comédie.
Hirondelles, partons.

Grêle et vent. La ramée
Tord ses bras rabougris ;
Là-bas fuit la fumée
Blanche sur le ciel gris.

Une pâle dorure
Jaunit les coteaux froids.
Le trou de ma serrure
Me souffle sur les doigts.

Victor Hugo ("Les Chansons des rues et des bois")

L'hiver de Guy de Maupassant


Guy de Maupassant (1850-1893) est un auteur français de romans (Une vie ; Bel ami) et de nouvelles (Boule de Suif ; Les Contes de la bécasse).
C'est aussi un poète méconnu. Les passages en couleur de la poésie qui suit sont parfois proposés aux élèves d'élémentaire.

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant

L'hiver de Pierre Menanteau


Le vieux rosier

Quand pourrai-je me reposer ?
Dit le rosier,
J'ai tant de roses, tant de roses ...
C'est en hiver qu'il se repose.

Sait-il alors qu'il a porté
Le poids léger du mois de mai
Sait-il encor qu'une autre année
En décembre il portait trois roses

O vieux rosier, ce poids léger,
Accepte-le comme un poète
Qui, sous la blancheur de sa tête,
Voit s'épanouir la beauté !

Pierre Menanteau

L'hiver de Jean-Luc Moreau


Jean-Luc Moreau, né en 1927, est écrivain, poète et universitaire. Il est l’auteur de recueils de poèmes (comme Poèmes de la souris verte, Hachette Jeunesse, 2003) et d’anthologies (La Liberté racontée aux enfants, éditions ouvrières, 1988), et a également écrit des contes pour les enfants.
Chanson d'hiver

Le soleil est en congé :
Comme il neige ! comme il neige !
Le soleil est en congé
(Joli temps pour voyager !...)
La froidure a délogé
Sous la neige, sous la neige,
La froidure a délogé
Les oiseaux du potager.

Le soleil est en congé :
Comme il neige ! comme il neige !
Le soleil est en congé
(Quelque part à l'étranger ?...)
Quant à moi, flocons légers,
Quand il neige, quand il neige,
Quant à moi, flocons légers,
J'aime à vous voir voltiger.

Le soleil est en congé :
Comme il neige ! comme il neige !
Le soleil est en congé
(S'il n'a pas déménagé ! ...)
Chacun de s'interroger,
Tant il neige, tant il neige,
Chacun de s'interroger :
Jusqu'à quand va-t-il neiger ?

Jean-Luc Moreau ("Poèmes de la souris verte - éditions Hachette Jeunesse, 2003)

L'hiver d'Alfred de Musset


Alfred de Musset (1810-1857) est un poète romantique, auteur de contes et de pièces de théâtre (On ne badine pas avec l'amour).

le premier frisson d'hiver (titre proposé)

Que j'aime le premier frisson d'hiver ! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s'éveille le foyer ;

C'est le temps de la ville. - Oh ! lorsque l'an dernier,
J'y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J'entends encore au vent les postillons crier),

Que j'aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine !
J'allais revoir l'hiver. Et toi, ma vie, et toi !

Oh ! dans tes longs regards j'allais tremper mon âme
Je saluais tes murs. Car, qui m'eût dit, madame,
Que votre cœur sitôt avait changé pour moi ?

Alfred de Musset ("Premières poésies" - 1829-1835)

L'hiver d'Anna de Noailles


Anna de Noailles (1876-1933), appelée  à juste titre :-) Comtesse de Noailles, est une écrivaine et une poétesse, au féminin total, romantique et passionnée.

... "Je me suis appuyée à la beauté du Monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains" ...

[extrait du poème L'offrande à la Nature, recueil "Le Cœur innombrable"].

L'hiver

C'est l'hiver sans parfums ni chants ...
Dans le pré, des brins de verdure
Percent de leurs jets fléchissants
La neige étincelante et dure ...

Quelques buissons gardent encor
Des feuilles dures et cassantes
Que le vent âpre et rude mord
Comme font les chèvres grimpantes.

Et les arbres silencieux
Que toute cette neige isole
Ont cessé de se faire entre eux
Leurs confidences bénévoles ...

Bois feuillus qui, pendant l'été,
Au chaud des feuilles cotonneuses,
Avez connu les voluptés
Et les cris des huppes chanteuses,

Vous qui, dans la douce saison,
Respiriez la senteur des gommes,
Vous frissonnez à l'horizon
Avec des gestes qu'ont les hommes.

Vous êtes las, vous êtes nus,
Plus rien dans l'air ne vous protège,
Et vos cœurs, tendres ou chenus,
Se désespèrent sous la neige.

Et près de vous, frère orgueilleux,
Le sapin où le soleil brille
Balance les fruits écailleux
Qui luisent entre ses aiguilles ...

Anna de Noailles ("Le Cœur innombrable" - 1901)

L'hiver de Charles d'Orléans


Hiver, vous n'êtes qu'un vilain ...

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain,
Eté est plaisant et gentil,
En témoin de Mai et d'Avril
Qui l'accompagnent soir et matin.

Eté revêt champs, bois et fleurs
De sa livrée de verdure,
Et de maintes autres couleurs,
Par l'ordonnance de Nature.

Mais vous, hiver, vous êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil :
On doit vous bannir en exil.
Sans vous flatter je parle plein,

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain !

Charles d'Orléans (1394-1465)

version originale :

Yver, vous n'estes qu'un villain

Yver, vous n'estes qu'un villain,
Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d'Avril
Qui l'acompaignent soir et matin.

Esté revest champs, bois et fleurs
De sa livree de verdure,
Et de maintes autres couleurs,
Par l'ordonnance de Nature.

Mais, vous, Yver, trop estes plain
De nege, vent, pluye et grezil :
On vous deust bannir en essil.
Sans point flater, je parle plain,

Yver, vous n'estes qu'un villain !

Charles d'Orléans

L'hiver de Jacques Prévert


Chanson pour les enfants l'hiver

Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.

Jacques Prévert ("Chanson pour les enfants l’hiver, suivi de Les Prodiges de liberté" - Jacqueline Duhême. Gallimard, 1995)

L'hiver de Pierre Reverdy

Pierre Reverdy (1889-1910) n'est pas à ranger dans les poètes surréalistes. Était-il, pour avoir fréquenté Picasso, un "poète cubiste", comme on l'a dit ? Il a en tous cas inspiré des peintres, Henri Matisse et donc Pablo Picasso, et des écrivains et poètes tels que Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard.
Natif de Narbonne, en Roussillon, c'est la Montagne Noire qui peuple ses textes de neige.

Philippe Jaccottet, poète d'aujourd'hui, a écrit de Pierre Reverdy :

"L’univers de Reverdy a pour modèles la limpidité hivernale, les merveilles du givre, l’éblouissement des cascades, ou, par moindre bonheur, les voiles de la pluie, la fuite des nuées, les lueurs des vitres."
Philippe Jaccottet dans "Une claire goutte de temps", 1968.



Un poème en prose :

Souffle

Il neige sur mon toit et sur les arbres. Le mur et le jardin sont blancs, le sentier noir, et la maison s'est écroulée sans bruit. Il neige.

Pierre Reverdy



Calme intérieur

Tout est calme
Pendant l'hiver
Au soir quand la lampe s'allume
À travers la fenêtre où on la voit courir
Sur le tapis des mains qui dansent
Une ombre au plafond se balance
On parle plus bas pour finir
Au jardin les arbres sont morts
Le feu brille
Et quelqu'un s'endort
Des lumières contre le mur
Sur la terre une feuille glisse
La nuit c'est le nouveau décor
Des drames sans témoin qui se passent dehors.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)



Son de cloche

Tout s'est éteint
Le vent passe en chantant
Et les arbres frissonnent
Les animaux sont morts
Il n'y a plus personne
Regarde
Les étoiles ont cessé de briller
La terre ne tourne plus
Une tête s'est inclinée
Les cheveux balayant la nuit
Le dernier clocher resté debout
Sonne minuit.

Pierre Reverdy ("Plupart du temps" - Gallimard, 1969 - poèmes écrits de 1915 à 1922)



La neige tombe 

La neige tombe
Et le ciel gris
Sur ma tête où le toit est pris
La nuit
Où ira l'ombre qui me suit
À qui est-elle
Une étoile ou une hirondelle
Au coin de la fenêtre
La lune
Et une femme brune
C'est là
Quelqu'un passe et ne me voit pas
Je regarde tourner la grille
Et le feu presque éteint qui brille
Pour moi seul
Mais là où je m'en vais il fait un froid mortel.

Pierre Reverdy ("Sources du vent" - 1929)

L'hiver de Jules Supervielle


Jules Supervielle, poète franco-uruguayen de langue française, est né en 1884 à Montevideo, et il est mort à Paris en 1960.
Il a partagé son existence entre deux pays, deux continents, d'où vient peut-être cette approche du monde.
..." Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,
Un grand pommier en fleurs au milieu de l'hiver ..."

Le pommier

A force de mourir et de n'en dire rien
Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,
Un grand pommier en fleurs au milieu de l'hiver
Et des oiseaux gardaient de leurs becs inconnus
L'arbre non saisonnier, comme en plein mois de mai,
Et des enfants joyeux de soleil et de brume
Faisaient la ronde autour, à vivre résolus.
Ils étaient les témoins de sa vitalité.
Et l'arbre de donner ses fruits sans en souffrir
Comme un arbre ordinaire, et, sous un ciel de neige,
De passer vos espoirs de toute sa hauteur.
Et son humilité se voyait de tout près.
Oui, craintive, souvent, vous vous en approchiez.

Jules Supervielle ("Le forçat innocent", 1930 ; suivi de "Les Amis inconnus", 1934 - éditions Gallimard - collection Poésie Gallimard, 1970)

L'hiver d'André Theuriet


André Theuriet (1833-1907, est un écrivain, auteur de romans et de pièces de théâtre, et poète français.

Voici un court extrait (les 4 premières strophes) sur le thème de l'hiver d'un texte qui mène aux beaux jours. Nous en proposerons d'autres passages de saison, au printemps.

La ferme

Dans la plaine onduleuse et nue,
Sous les brumes d'un soir d'hiver,
La ferme isolée est perdue
Ainsi qu'un îlot dans la mer.

À peine un fil bleu de fumée
Au piéton la montre de loin,
Quand, dans sa course accoutumée
Du bois noir il tourne le coin ;

Et, le soir, la rougeur de l'âtre,
À travers la vitre qui luit,
À peine la désigne au pâtre
Poussant son troupeau dans la nuit.

Parmi la bruine et le givre
Elle dort d'un profond sommeil :
Mais en mars on la voit revivre
Aux tiédeurs du premier soleil.

...

André Theuriet ("Le Chemin des bois, poèmes et poésies"  - édit Alphonse Lemerre, 1867)

Émile Verhaeren

Neige

Viens jusqu’à notre seuil, répandre
Ta blanche cendre,
Ô neige pacifique et lentement tombée !
Le tilleul du jardin tient ses branches courbées
Et plus ne fuse au ciel la légère calandre.

Ô neige
Qui réchauffes et qui protèges
Le blé qui lève à peine
Avec la mousse, avec la laine
Que tu répands de plaine en plaine !

Neige silencieuse et doucement amie
Des maisons, au matin dans le calme endormies,
Recouvre notre toit et frôle nos fenêtres

Et soudain par le seuil et la porte pénètre
Avec tes flocons purs et tes dansantes flammes,
Ô neige lumineuse au travers de notre âme,

Neige, qui réchauffes
Encor nos derniers rêves

Comme du blé qui lève !

Émile Verhaeren ("Les villages illusoires")

L'hiver de Paul Verlaine


Dans l'interminable ennui de la plaine

Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Comme les nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la Lune.

Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive?

Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable

Paul Verlaine ("Romances sans paroles", Ariettes oubliées - 1874)

L'hiver de Jules Verne


Jules Verne (1828-1905) n'est pas seulement le célèbre auteur de romans d'aventures et de science-fiction que l'on connaît.

Quand par le dur hiver

Quand par le dur hiver tristement ramenée
La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,
Laissez geindre du temps la face enchifrenée.
Par nos nombreux fagots, rendez-moi l'âtre étroit !

Par le rêveur oisif, la douce après-dînée !
Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit
Au bonheur !  il ne veut devant sa cheminée
Qu'un voltaire* bien doux, pouvant railler le froid !

Il tisonne son feu du bout de sa pincette ;
La flamme s'élargit, comme une étoile jette
L'étincelle que l'œil dans l'ombre fixe et suit ;

Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ;
L'illusion redouble ; heureux ! il pense joindre
À la chaleur du jour le charme de la nuit !    

* un voltaire : un fauteuil
Jules Verne ("Poésies inédites" - Le cherche-midi)

L'hiver de Théophile de Viau


Théophile de Viau (1590-1626) est un des plus grands poètes de son siècle, étiqueté "poète baroque".

Ode contre l'hiver (Contre l'Hyver) - extrait

Plein de colère et de raison
Contre toi barbare saison
Je prépare une rude guerre,
Malgré les lois de l'Univers,
Qui de la glace des hivers
Chassent les flammes du tonnerre
Aujourd'hui l'ire de mes vers
Des foudres contre toi desserre.
...

Tous nos arbres sont dépouillés,
Nos promenoirs sont tout mouillés,
L'émail de notre beau parterre
A perdu ses vives couleurs,
La gelée a tué les fleurs,
L'air est malade d'un caterre,
Et l'œil du Ciel noyé de pleurs
Ne sait plus regarder la terre.

La nacelle attendant le flux
Des ondes qui ne courent plus,
Oisive au port est retenue ;
La tortue et les limaçons
Jeûnent perclus sous les glaçons,
L'oiseau sur une branche nue
Attend pour dire ses chansons
Que la feuille soit revenue.

Le Héron quand il veut pêcher,
Trouvant l'eau toute de rocher,
Se paît du vent et de sa plume,
Il se cache dans les roseaux,
Et contemple au bord des ruisseaux,
La bise contre sa coutume,
Souffler la neige sur les eaux,
Où bouillait autrefois l'écume.

Les poissons dorment assurés,
D'un mur de glace remparés,
Francs de tous les dangers du monde,
Fors que de toi tant seulement,
Qui restreins leur moite élément,
Jusqu'à la goutte plus profonde,
Et les laisses sans mouvement,
Enchâssés en l'argent de l'onde.
...

Théophile de Viau ("Œuvres poétiques - Première partie")

L'hiver d'Alfred de Vigny


Alfred de Vigny (1797-1863) est un de nos plus grands poètes romantiques.

La neige (extrait)

Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s'élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher
L'immobile corbeau sur l'arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher !
(...)

Alfred de Vigny ("Poèmes antiques et modernes")

L'hiver de Paul Vincensini

Paul Vincensini (1930-1985) est connu des élèves pour le poème "Toujours et Jamais"

Cet "archiviste du vent " (titre d'un poème), n'est pas qu'un poète d'humour : "... sous le sourire, il y a la tendresse, une gravité, une sensibilité aiguë à tout ce qui fait le tragique de l'existence" (Jacques Imbert  - Anthologie des poètes français).

La boule de neige (titre proposé, le texte original n'en ayant pas)

Il prend une boule de neige
La serre très fort sur son cœur
Et fond tout entier avec elle
Ne laissant ici-bas
Qu'une paire de bretelles
Dans une flaque d'eau.

Paul Vincensini ("Le point mort" - éd Guy Chambelland)



Un autre texte, plein d'humour et d'humanité, pour les grands enfants :

Moi l'hiver je pense  

Moi l'hiver je pense
Aux petits oiseaux
Qui couvent des œufs glacés
Dans les arbres

Moi l'hiver je pense
Aux petits poissons
Qui se gèlent les bonbons
La nuit
Dans les rivières.

Paul Vincensini ("Qu'est-ce qu'il n'y a")



Et celui-ci, pour le plaisir des mots et des images :

Hiver

Le vent d'hiver dérange tout
Les Poisseaux
Les Oisons
La rivière dans les arbres
Le froid fait peur à tout le monde
Mais au cœur de la pierre
Il fait chaud
Et on entend une musique.

Paul Vincensini (texte emprunté à l'anthologie "Le Coffre à poèmes - pour les enfants de 5 à 12 ans" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1984)

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