Sujet 2 bac blanc déc. 2009 La culture permet-elle d'échapper à la barbarie ?





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date de publication26.04.2017
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Sujet 2 bac blanc déc. 2009 La culture permet-elle d'échapper à la barbarie ?

1ère approche

1) La culture peut s'entendre en plusieurs sens :

- c'est, dans le sens courant, les connaissances, notamment littéraires et artistiques, d'un individu ;

- ce sont aussi, dans un sens plus large, les productions intellectuelles d'une civilisation qui lui donnent sa marque particulière.

- Mais la culture, en tant que ce qui procède de l'homme, désigne tout ce qui est acquis et produit par l'homme (techniques, art, institutions, coutumes) : c'est ce qui s'oppose à la nature, qui existe théoriquement avant la société, ce qui est acquis et propre à l'homme.

2) La barbarie est ce qui va à l'encontre des valeurs morales, et elle est souvent synonyme de cruauté et de férocité : un état de cruauté tel qu'il semble inhumain.

Mais au sens propre, la barbarie désigne l'état de ce qui est barbare, de ce qui n'est pas civilisé. Il faut donc analyser également le terme « barbare » : c'est au départ l'étranger, celui qui appartient à une autre civilisation. Ce terme, inventé par les Grecs, signifiait : celui qui ne parle pas grec et qui donc n'appartient pas à la culture grecque.

Il y a donc une double signification : a) ce qui appartient à une autre civilisation, avec une nuance d'infériorité ; b) ce qui est cruel.

Problématique :

On voit généralement la culture comme ce qui vient adoucir et policer les mœurs humaines et l'éloigner d'une nature frustre, rude et violente. Et pourtant, il suffit d'une simple constatation historique pour mettre à mal cette idée : le XXè siècle, raffiné par sa culture – à la fois d'un point de vue artistique et technique, voire politique – est également un siècle de grande barbarie. Si on analyse le lien entre culture et barbarie, il est bien sûr souhaitable de montrer comment la première peut mettre un frein à la seconde, mais également impossible de ne pas s'étonner : pourquoi la culture n'empêche-t-elle pas la barbarie ? Dès lors, quel lien unit ces deux notions ? Est-ce bien un lien d'opposition ?

Plan

I – Culture et barbarie : deux notions qui se veulent antithétiques

II – Quelle culture, quelle nature ?

III – Dialectique de la culture et de la barbarie
2ème approche

Définition officielle de l'Unesco. Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.

Hitler était très friand de culture ; il désirait faire de Berlin la capitale culturelle du monde.

C’est avec le monde moderne que le souci de l’âme est remplacé par le culte de l’ego avec des conséquences morales dramatiques. Ce phénomène culmine au 20ème siècle avec le totalitarisme et ses massacres de masse. Mais il avait été précédé en 1793  par la Terreur de Robespierre et la guerre de Vendée. Comme l’a écrit Schiller, les principes idéologiques ont ruiné les sentiments humains et ce fut le règne de la barbarie.

Le danger barbare est toujours là car, si l’homme moderne condamne le totalitarisme, il a adopté la philosophie des Lumières comme philosophie officielle. Or, les racines de la barbarie du 20ème siècle viennent de là : culte de la raison, « libération » proclamée des instincts, dévaluation des sentiments humains et moraux considérés comme répressifs et réactionnaires. La croyance que le savoir préserve de la barbarie vient aussi des Lumières alors que les régimes totalitaires, qui n’étaient pas sans savoirs scientifiques et technologiques, ont prouvé le contraire et pratiquèrent en masse des actes barbares.

Comme l’a montré Heidegger, la science ne protège pas de la barbarie car elle ne « pense » pas dans ce sens qu’elle n’apporte pas de sens, et de sens moral, à la vie. Sur ce terrain, elle est neutre. La réussite de l’Occident en matière de sciences et de technologie contraste avec le mauvais fonctionnement de ses institutions politiques et avec la crise de l’éducation, de la religion, de la morale, de l’art notamment. Les signes de la mauvaise santé des âmes sont nombreux : cela va de la montée considérable des crimes et des délits (essentiellement depuis 1968) et de la chute démographique sans précédent qui nous affecte. L’arbre de la modernité doit être jugé à ses fruits. S’il débouche sur la disparition démographique de l’Occident, c’est bien le signe que nous sommes en présence d’un « immonde » et non d’un monde, d’un environnement qui tue l’âme et la vie.

Les Lumières ont pu être utiles pour sortir l’homme de la sauvagerie en réhabilitant la raison mais elles ouvrent un passage à la barbarie si la raison, devenue une idole, sert à justifier l’instinct, notamment d’agression, contre le sentiment humain. Cela donne les « barbares rationalistes » que furent Robespierre et Staline ou Pol Pot, formé à la Sorbonne à Paris ! C’est la structure de l’âme totalitaire dont la matrice a été le monde moderne et non l’ancien Régime. Mais en récusant le totalitarisme, beaucoup d’intellectuels et d’hommes politiques occidentaux n’ont pas poussé plus loin l’analyse qui montre que la barbarie totalitaire est née sur le terreau dit démocratique inspiré des Lumières.

Nous pouvons voir que l’âme humaine n’est harmonieusement structurée, n’est « belle » et non difforme que si elle prend appui sur un « monde » extérieur. La famille, le métier, la morale, la religion, etc. concourent à former ce monde qu’il faut dès lors étudier.
3ème approche

Certains actes nous révulsent : comment ne les qualifierait-on pas de "barbares" ? Ils sont pourtant accomplis par des hommes. Tout homme appartient à une culture, qui l'éloigne de la "barbarie" naturelle, mais toute culture a tendance à se considérer comme la seule authentique. S'il ne peut plus être question de qualifier simplement l'autre de "barbare" parce qu'il n'est pas comme nous, la qualification peut être maintenue lorsque, dans une culture, certains actes violent les droits élémentaires de l'humanité. La difficulté est alors d'amener les cultures qui les ignorent à les reconnaître.

Plan du document :
I) Par définition, la culture fait sortir de la "barbarie".
II) La culture ne mène-t-elle pas à des comportements inacceptables ?
III) La barbarie peut être dénoncée au nom de ce qui devrait dépasser toutes les cultures.
4ème approche

« Tout au long de mes travaux, j'ai essayé de montrer que les idées d'Homo sapiens, d'Homo faber et d'Homo economicus étaient insuffisantes : l'Homo sapiens peut en même temps être Homo demens. » Structuré en trois « moments » (« Barbarie humaine et barbarie européenne », « Les “antidotes” culturels européens », « Penser la barbarie du xxe siècle » – totalitarisme soviétique, nazisme, fascisme), cet essai d'Edgar Morin propose, après une rapide fresque historique, une réflexion sur la coexistence de culture et barbarie, les ambivalences des idées et leurs conséquences (la « nation », l'humanisme à double visage, la colonisation et l'émancipation…) et rend évident que l'Europe ne pourra se construire que dans et par la reconnaissance de toutes les barbaries – et non par les repentances – car « penser la barbarie, c'est déjà commencer à résister ».

5

5ème approche

En 1940, peu avant de mourir à la frontière espagnole, où il essayait de fuir les persécutions nazies, le philosophe allemand Walter Benjamin écrivait dans ses « Thèses sur le concept d’histoire » que tout document de culture est aussi, en même temps et indissociablement, un document de barbarie. Cette phrase semble résumer en une ligne toute la dialectique de notre époque. Entre la Première Guerre Mondiale et la chute du mur de Berlin, les victimes de guerres, génocides et violences politiques de nature différente ont été au moins 187 millions : voilà un nombre qui suffit à désigner la barbarie comme l’un des traits majeurs du XXème siècle, l’âge des extrêmes. Un abîme le sépare, à cet égard, des époques qui l’ont précédé. Peu après la chute de Napoléon, le stratège militaire Carl von Clausewitz évoquait l’interdiction de tuer les prisonniers de guerre et de transformer les populations civiles en cibles militaires comme un principe définitivement acquis au sein des nations européennes. Ce principe sera en effet intégré au sein du droit de la guerre et inscrit dans les traités des conventions de Genève (la première datant de 1867) et de la Hague (1907). Un siècle après Clausewitz, la Grande Guerre pulvérisait son diagnostic optimiste, en faisant découvrir à l’Europe le massacre industrialisé et la mort anonyme de masse. La Deuxième Guerre Mondiale fera presque cinquante millions de morts, dont la moitié de civils. À l’aune des idéaux du militaire prussien, le projet de la bombe aux neutrons – une arme capable d’exterminer des vies humaines sans endommager les biens matériels – apparaît comme le signe d’un renversement de valeurs à peu près complet.

Les violences extrêmes du XXème siècle n’ont pas été le produit d’une rechute de la civilisation dans une sauvagerie ancestrale, selon un cliché que de nombreux philosophes et sociologues ont contribué à véhiculer. Les violences totalitaires impliquent le monopole étatique de la violence, un monopole que, dans le sillage de Thomas Hobbes, le sociologue Norbert Elias avait interprété de façon unilatérale comme un vecteur de pacification de la société et donc du processus de civilisation. Elles révèlent l’émergence d’une barbarie moderne, alimentée par des idéologies se réclamant de la science et mise en oeuvre grâce aux moyens techniques les plus avancés. Une barbarie simplement inconcevable en dehors des structures constitutives de la civilisation moderne : la technique, l’industrie, la division du travail, l’administration bureaucratico-rationnelle. L’application industrielle de la technique a permis la production sérielle de la mort, qui a ainsi perdu l’« aura » qu’elle possédait encore dans la guerre traditionnelle. La rationalité administrative et la division du travail entraînent une séparation entre idéation et exécution des tâches qui dilue le processus d’extermination en une série d’opérations distinctes, sans connexion apparente, en engendrant ainsi la déresponsabilisation éthique des acteurs sociaux. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, les fonctionnaires préposés à l’organisation des réseaux ferroviaires n’étaient pas censés connaître ce que transportaient les trains : des passagers, des soldats, des armes ou des déportés vers les camps de la mort. Ce « détail » était parfaitement superflu pour l’exécution de leur tâche. Le monde contemporain a connu des formes historiquement nouvelles de violence qui ont radicalement remis en cause l’idée de Progrès, véritable icône du XIXème siècle, lorsqu’elle s’était imposée avec la force d’une foi et d’une religion. Auschwitz, le Goulag et Hiroshima ont soulevé une interrogation majeure au sujet de la civilisation occidentale. La Shoah résume en elle certains traits marquants des violences du XXème siècle : l’extermination raciale, la déportation de masse et la destruction technologique. Si l’antisémitisme en était la prémisse, sa mise en oeuvre supposait d’abord la déportation des juifs de presque toute l’Europe, puis leur extermination par des méthodes industrielles. Avec la bombe atomique, l’humanité a franchi un seuil qui relevait, jusqu’au début de ce siècle, de la pure science-fiction : elle a désormais atteint une capacité d’auto anéantissement total. Le philosophe Günther Anders tirait le bilan dans son ouvrage L’obsolescence de l’Homme : l’homme a enfin réalisé, grâce à la technologie, son ancien rêve prométhéen, mais d’une façon purement négative. Incapable de créer ex nihilo, il s’est doté des moyens d’une complète destructio ad nihil. Cependant, c’est bien au nom des valeurs héritées des Lumières que les hommes et les femmes ont combattu cette violence. Au début de la Première Guerre Mondiale, Rosa Luxemburg lançait le mot d’ordre « socialisme ou barbarie ».

Elle ne pouvait pas prévoir que, sous la forme du stalinisme, le socialisme lui-même se métamorphoserait tragiquement en un des visages de la barbarie. Si le XXème siècle n’a pas éclipsé toute espérance émancipatrice, il a montré que le « progrès » et la violence ne sont pas antinomiques et que, sans une transformation en profondeur des bases de la civilisation, toute lutte contre la barbarie serait inéluctablement vouée à l’échec.
6ème approche

Quand les temps s’annoncent plus sombres pour l’humanité, les intellectuels sont enclins à voir une crise – une de plus – de la Culture. La montée des périls entre les deux premières guerres mondiales a donné lieu à une profusion d’études sur ce thème (principalement en langue allemande). Les tumultes contemporains pourraient bien avoir un effet similaire. Mais, aujourd’hui, le dogme selon lequel la culture représentait la victoire sur la barbarie, et la barbarie se caractérisait par la haine de la culture, est ressenti comme inconsistant. Désenchantement et mise en soupçon. 1940 : une victoire nazie se dessine. Walter Benjamin, intelligence exilée, rédige dans l’urgence ses « Thèses sur le Concept d’histoire » où on lit cette phrase terrible : « car il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps témoignage de barbarie ». Certes, Benjamin marque en premier lieu que la production et la transmission de tels témoignages ne peuvent être dissociées de l’exploitation, de l’oppression sociale, mais est-ce rassurant ? Et à qui souligne le terme « témoignage » pour sauver la culture en tant que telle, il pourra être objecté, en paraphrasant Cocteau (!) qu’ « il n’y a pas de Culture, il n’y a que des témoignages de culture ». Et si, de la culture, il ne restait que des « objets marchandises culturels » adaptés à une consommation de masse ? L’industrie du divertissement ne dédaigne pas brandir des étendards sur lesquels « culture » figure en lettres dorées.

Après tout, pourquoi pas ? S’il est un mot dont on a fort diversement usé, au gré de l’histoire et des intérêts humains, c’est bien « culture ». De la culture de soi, de Cicéron à la Révolution Culturelle chinoise, il s’agit toujours de transformer la vie, l’homme… A part cela ! La phrase célèbre de Goebbels « quand j’entends le mot « culture », je sors mon revolver » pourrait bien avoir, contrairement à l’interprétation courante, la signification suivante : « ce revolver, je l’affirme comme objet de culture à part entière ». Les totalitarismes ne se désintéressent nullement de la culture, ils la dorlotent à leur manière, l’instrumentalisent ; en se réservant l’ultime décision purificatrice : contre l’art dégénéré non aryen, le formalisme anti-prolétarien, etc.
7ème approche

La culture est-elle une aliénation de l'humanité ?

Dure cette question !  Accuser la culture d'aliéner l'homme c'est oublier que c'est par elle qu'il découvre son humanité. On ne peut pas avoir de jugement aussi tranché. Disons plutôt qu'il y a culture et culture. La culture peut travailler au développement de l'humain comme travailler au conditionnement de l'humain.  Tout dépend de l'intention qui la porte. Le drame terrible vécu par les intellectuels qui ont traversé les camps de concentration est là. Ils ont vu qu'il était possible d'écouter Mozart, d'aimer la poésie et de torturer en même temps. Primo-Lévi n'a pas supporté cette idée. Nous voudrions que la culture sauve l'humanité et nous avons vu que la culture et la barbarie peuvent aller ensemble. C'est terrible. Il n'y a qu'une solution claire à un tel problème, il faut que la culture ait une dimension spirituelle vraie, qu'elle soit portée par une ouverture de la conscience, qu'elle favorise l'expansion de la conscience. En bref, je dirais que la culture doit être centrée sur la connaissance de soi et conduire à la Présence. Le reste n'est que verbiage intellectuel.
8ème approche

Culture et barbarie européennes

1) - Culture et barbarie : une relation complexe

Pour E. Morin, la relation entre culture et barbarie est contradictoire et complémentaire (elle est dialogique). Elle doit être mieux comprise pour savoir mieux résister à la barbarie car le pire est toujours possible. La culture humaniste s’est construite et renforcée en rebond à la barbarie, la barbarie s’est souvent trouvée au paroxysme du délire de la raison.

La barbarie fait partie intégrante de la civilisation. Elle a indirectement produit l’humanisme, ferment émancipateur, qui a sapé la domination de l’Europe sur le monde et en même temps apporté une contribution essentielle, à vocation universelle, au progrès humain vers une plus grande libération de l’individu. Penser le vingt-et-unième siècle, pour mieux construire l’avenir, nécessite de penser la relation complexe entre civilisation et barbarie.

Barbarie et civilisation sont intimement liées : « comme Walter Benjamin  l’a mis en évidence, il n’est pas un signe ou un acte de civilisation qui ne soit en même temps un acte de barbarie ». La barbarie sécrète en son sein les germes d’une résistance possible et suscite un rejet de la violence qui finit par trouver à s’exprimer dans une forme de « plus jamais ça ».

Sa contribution anthropologique, philosophique et historique apporte à la compréhension des ressorts de la double évolution de l’Europe vers un degré élevé de civilisation et des régressions profondes vers les abîmes de l’intolérance et de la barbarie.

Le résumé ci-dessous vise à synthétiser les origines historiques et anthropologiques de la barbarie pour en montrer la relative permanence à travers les siècles. Dans un deuxième temps, seront présentés les quelques antidotes culturels à la barbarie, remparts réels mais fragiles contre le retour de la barbarie. Humanisme et barbarie sont les deux faces du Janus moderne et l’ouvrage de Edgar Morin nous invite à penser la barbarie pour mieux pouvoir lui résister.
2) - Aux origines de la barbarie

En anthropologue, E. Morin s’intéresse aux origines de la barbarie humaine pour analyser ses manifestations à travers l’histoire. Présente dans les sociétés archaïques comme chez les chimpanzés la violence a atteint un degré inégalé dans l’Europe des cinq derniers siècles. Dans le même temps les cultures européennes ont apporté une contribution décisive à la reconnaissance des droits humains fondamentaux à travers le monde et permis, chez elles, la régression de la barbarie ces cinquante dernières années.

La longue marche de l’humanité à travers les millénaires vers l’homme de raison a dans le même temps produit sa contradiction, l’homme de délire, de démence. Homo sapiens et Homo demens sont deux catégories anthropologiques complémentaires et contradictoires. Antidote au délire, la raison peut aussi, par l’excès de rationalisation, produire les systèmes sociaux les plus fermés et les plus meurtriers. La barbarie est virtuellement dans la raison car la raison est potentiellement délirante. Il existe un délire de la rationalité close.

L’Homo faber autre facette contradictoire de l’humain s’est montré capable des plus belles réalisations techniques mais il est aussi créateur de mythes délirants. Tout en fabriquant des machines, l’homme a créé une multitude de dieux. Ces derniers ont autant inspiré les actes les plus sublimes que les pires atrocités. De son coté, en échappant à l’humanité qui l’a produite, la technique est devenue une menace gérée par des apprentis sorciers. Déshumanisée par le calcul froid, elle menace de se retourner contre l’humain qui l’a produite. Les maladies de la raison ne tiennent pas à la rationalité elle-même, mais à sa perversion en rationalisation et à sa quasi-déification.

L’Homo economicus et l’Homo ludens caractéristiques nouvelles de l’homme moderne sont à la fois générateurs de la richesse économique et de la société des loisirs mais aussi de comportements individualistes et égoïstes porteurs de potentialités de barbarie.

Avec l’apparition des premières grandes civilisations il y a huit mille ans, progrès technique et constitution des Etats concourent au développement d’une barbarie organisée. Au plan interne, l’apparition des cités-Etats favorisée par l’urbanisation a développé des ferments de délinquance et de criminalité et engendré des dieux féroces et guerriers appelant à l’extermination de l’ennemi. Guerres de conquête, esclavage, viols… sont devenus des pratiques systématiques :

«… il se produit surtout un véritable déchaînement de conquêtes qui va au-delà du seul besoin vital et se manifeste par des massacres, des destructions systématiques, des pillages, des viols, de l’esclavage »

En historien E. Morin relève une différence essentielle entre les sociétés archaïques et les sociétés historiques : la démesure démentielle, l’hybris, qui se manifeste dans l’apparition d’une barbarie d’Etat et d’une barbarie religieuse. En rompant avec le polythéisme des sociétés grecque et latine le monothéisme juif puis chrétien s’est instauré par l’intolérance et la barbarie. « Le monothéisme (…) a apporté son intolérance propre, et je dirais même sa barbarie propre, fondée sur le monopole de la vérité et de sa révélation ».

Plus encore que le monothéisme juif, le monothéisme chrétien s’est révélé plus destructeur en raison de son prosélytisme et de sa vocation universelle. Deux caractéristiques que l’on ne retrouve pas dans la religion juive davantage repliée sur elle-même et sur l’alliance qu’elle entretient avec Dieu. Dans la Rome antique comme en Grèce, le polythéisme a permis à des croyances diverses de coexister dans une relative transparence.

D’un point de vue historique 1492 est une date charnière. Celle-ci marque la découverte de l’Amérique par C. Colomb et, simultanément, la chute de Grenade, dernier bastion musulman en terre d’Espagne. Alors que coexistaient pacifiquement à El Andalus, zone islamique, les communautés juive, chrétienne et musulmane, le décret de 1492 imposa aux juifs et musulmans de choisir entre conversion au catholicisme ou expulsion.

« cette invention européenne, la nation, s’est donc d’abord construite sur la base d’une purification religieuse »

La constitution du concept de nation s’est réalisée par une purification religieuse suivie d’une purification ethno-religieuse qui a consisté dans l’expulsion vers l’Afrique du Nord des morisques, population Maure d’Andalousie convertie au catholicisme. Le travail de purification réalisé par l’Inquisition donna naissance au « phénomène des Conversos péjorativement dénommés Marranos, les Marranes ».

Les guerres de religion qui se sont emparées de l’Europe au XVIème siècle sur fond de réforme calviniste et luthérienne se sont partout fondées sur l’idée de nation. Le cas des cités des Pays-Bas et celui de la France pendant l’édit de Nantes (1598-1685) furent des exceptions à l’intolérance généralisée. Les guerres civiles n’ont pris fin qu’avec le traité de Westphalie qui institua partout la religion du prince comme religion de l’Etat, renforçant ainsi la tendance à la purification religieuse.

L’année 1492 fut également celle de la découverte de l’Amérique et, avec elle, le début de la destruction de toutes les religions précolombiennes, de l’exploitation et de l’esclavage des populations autochtones.

Sans avoir le monopole de la violence, l’Europe a été durant le seul vingtième siècle, le principal foyer de deux guerres mondiales, a enfanté le nazisme, le fascisme, le goulag et les guerres de décolonisation.

3) - La culture, un antidote à la barbarie

Le retour de la Grèce au XVIème siècle dans la culture européenne « fait éclater le carcan théologique et produit une autonomisation de la pensée ». La Renaissance, en reprenant l’héritage latin et surtout grec, libère l’essor de la philosophie et des sciences modernes. Le poète latin Horace ne disait-il pas : « La Grèce vaincue a vaincu son farouche vainqueur ».

La pensée rationnelle, bien que présente chez certains théologiens comme les thomistes, ne trouva à s’affirmer pleinement qu’en se laïcisant et en s’humanisant. En se laïcisant, la pensée rationnelle s’universalise. Beaucoup de penseurs du XVIème siècle connaissaient l’arabe, l’hébreu, le grec et le latin. En échappant aux dieux, la pensée rationnelle s’humanise.

En combinant l’héritage gréco-latin à l’héritage judéo-chrétien la culture européenne a produit un humanisme. A la rationalité froide vient se combiner la fraternité religieuse pour constituer avec elle la source de l’humanisme européen.

La Renaissance et plus tard les lumières ont forgé la capacité des cultures européennes à l’autocritique. Montesquieu et les lettres persanes, Voltaire et son Discours aux Welches, jusqu’à Lévi-Strauss ont oeuvré pour le triomphe de la rationalité sur la pensée magique prêtée aux religieux.

Avec la révolution française, une nouvelle conception de la nation émerge. Le contrat social de J.J. Rousseau ou l’idée de nation « plébiscite  de tous les jours » d’E. Renan ne sont pas porteurs des mêmes valeurs que les nations du XVIème siècle fondées sur l’identité ethnique ou religieuse. La conception moderne de la nation intègre des identités diverses sur le principe d’une démarche consciente et volontaire.

Au cœur de l’effort vers l’autonomisation de la pensée se trouvent des consciences qui ont trouvé à s’exprimer malgré ou en opposition aux pressions du contexte. Il faut un Romain Roland pour résister aux sirènes du nationalisme ou un Jean Jaurès pour appeler à la paix dans l’immédiat avant-guerre de l’année 1914. Edgar Morin souligne l’influence des Marranes et des néo-marranes dans la résistance à la domination qu’elle soit militaire ou intellectuelle. De même, quatre siècles plus tôt, Bartolomé de Las Casas, lui-même d’ascendance converso, était bien isolé pour faire admettre à sa hiérarchie religieuse l’idée que les Amérindiens pussent avoir une âme. Les persécutions dont les Marranes ont été les victimes leur ont tôt appris à pratiquer leur culte en secret, à exercer leur liberté de conscience à l’abri de toutes les formes d’inquisition. Morin retrouve des traces de marranisme, il est vrai plutôt ténues, chez K. Marx, La Boétie ou Montaigne.

Paradoxalement, les guerres ont été un facteur d’intégration des nations. La guerre de sécession aux Etats-Unis, par exemple, est suscitée par le désir d’émancipation. De même les guerres de décolonisation ont constitué le ciment fédérateur des nations nouvellement indépendantes et le vecteur d’expression de leur volonté de libération.

Le phénomène appelé mondialisation est également, à certains égards, un antidote à la barbarie. La diffusion rapide grâce au progrès technique des idées et des œuvres culturelles contribue à créer un espace pour la construction d’une culture commune respectueuse de la diversité des identités. La mondialisation, enclenchée avec le début des circumnavigations colombiennes a toujours été portée par une puissance à vocation hégémonique : principalement l’Espagne, le Portugal, La Grande-Bretagne, la France puis les Etats-Unis. Derrière la mondialisation à visée dominatrice, Morin voit, au second plan, une deuxième mondialisation liée par une relation dialectique avec la première et dont les effets renforcent les espoirs d’émancipation de l’humanité. L’effondrement de l’Union soviétique, par exemple, en marquant l’échec d’une expérience qui a dévié vers le totalitarisme et la barbarie, a dans le même temps ouvert un mouvement de démocratisation dans les pays de l’ex bloc soviétique mais aussi en Amérique latine et en Afrique.

A la mondialisation contemporaine, techno-économique, s’ajoute une mondialisation des enjeux sociaux et politiques qui suscite des débats controversés entre pro-mondialisation et alter-mondialisation. A l’échec des Internationales socialistes succède une Internationale de la contestation de la mondialisation par le marché. En lançant le slogan « Le monde n’est pas une marchandise », J. Bové et les autres acteurs du courant alter-mondialiste tentent de réintroduire l’homme au cœur de l’histoire en structurant, avec beaucoup de difficultés, une exigence d’émancipation des individus par rapport aux nouvelles formes d’aliénation. Cependant, l’émergence d’une conscience planétaire peine à produire une société planétaire. La fragilité des Nations unies et du droit international fait que la nécessité de la régulation de la mondialisation techno-économique ne parvient pas à se réaliser à une échéance prévisible. Ainsi se développe la dialogique entre la mondialisation économique et la mondialisation humaniste. Cette dialogique signifie qu’il y a opposition entre ces mondialisations et que pourtant l’une se nourrit de l’autre, en ce sens au moins que l’une ne peut exister sans l’autre.
« L’Europe a été le foyer d'une domination barbare sur le monde durant cinq siècles. Elle a été en même temps le foyer des idées émancipatrices qui ont sapé cette domination. Il faut comprendre la relation complexe, antagoniste et complémentaire, entre culture et barbarie, pour savoir mieux résister à la barbarie. Les tragiques expériences du XXe siècle doivent aboutir à une nouvelle conscience humaniste. Ce qui est important, ce n'est pas la repentance, c'est la reconnaissance. Cette reconnaissance doit concerner toutes les victimes: Juifs, Noirs, Tziganes, homosexuels, Arméniens, colonisés d'Algérie ou de Madagascar. Elle est nécessaire si l'on veut surmonter la barbarie européenne. Il faut être capable de penser la barbarie européenne pour la dépasser, car le pire est toujours possible. Au milieu du désert menaçant de la barbarie, nous sommes pour le moment sous la protection relative d'une oasis. Mais nous savons aussi que nous sommes dans des conditions historico-politico-sociales qui rendent le pire envisageable, particulièrement lors des périodes paroxystiques. La barbarie nous menace, y compris derrière les stratégies qui sont censées s'y opposer. »

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