Cette séquence sur l’objet d’étude «Poésie» a été réalisée par Evelyne duisit, agrégée de Lettres Modernes, pour ses élèves de 1ère s du Lycée Cézanne à Aix en Provence





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Mon rêve familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Paul Verlaine (Poèmes saturniens 1866)

1° LECTURE MAGISTRALE

2° REACTIONS DE LA CLASSE  Tableau  PLAN 
I. Un rêve

II. Une femme

III. Le refuge du poète

INTRODUCTION : Ce sonnet, « Mon rêve familier », est extrait de la première des quatre sections de Poèmes saturniens, premier recueil de poèmes de Paul Verlaine, publié en 1866. Dans cette section, intitulée « Melancholia », le poète évoque des souvenirs en leur associant ses états d’âme.

Dans « Mon rêve familier », il tente de saisir l’image d’une femme, mise en scène dans un rêve récurrent, pour l’idéaliser et s’y réfugier


  1. UN REVE PARTICULIER ET PARADOXAL : Pourquoi ? Parce que :


1) Un rêve obsédant

2) Un rêve énigmatique

3) Un rêve à décrypter pour et par le poète
1) Un rêve obsédant :

1-1 Le titre : - adjectif possessif « mon »  caractère unique de l’appartenance

 proximité, intimité, renforcée par l’adj. qualificatif « familier » = habituel, qui appartient à un environnement proche et connu.

1-2 Le caractère itératif du rêve : - le présent du verbe « je fais », renforcé par l’adverbe de temps imprécis, mais qui indique la répétition « souvent ».

- le déterminant démonstratif « ce » qui implique que le rêve est déjà connu du poète.

- l’expression à valeur distributive « chaque fois ».

- le rythme ternaire de l’alexandrin (« Je fais souvent // ce rêve étrange // et pénétrant »)  cycle qui se répète.
2) Un rêve énigmatique :

2-1 L’effet d’annonce : -provoqué par le démonstratif « ce », qui met en valeur le mot clé du poème « rêve », placé à la fin du premier hémistiche et caractérisé par les 2 adjectifs « étrange et pénétrant » et précisé par l’enjambement au vers suivant du complément de détermination « d’une femme inconnue ».

2-2 Le paradoxe créé par ces 2 adjectifs avec celui du titre (« familier ») : - « étrange » > « extraneus » (latin) = « qui vient du dehors, extérieur »  « hors du commun » (= « extraordinaire, épouvantable » langue classique)  L’étrange : mouvement littéraire au XIXème siècle qui désigne le fait d’intégrer des éléments étranges au récit.

- « pénétrant » désigne ce qui émeut fortement et qui laisse une trace forte.

INQUIETUDE du POETE exprimée à travers la dureté des sonorités : allitérations en [r] et en [t] et la répétition de la nasale [ã]
3) Un rêve à décrypter pour et par le poète : démarche rendue difficile par

3-1 Son absence de cohérence : - traduite par l’opposition entre l’adjectif « inconnue » qui qualifie cette femme et les 2 relatives « que j’aime et qui m’aime », qui indique au contraire un certain degré d’intimité.

- traduite par l’opposition des 2 pronoms indéfinis antonymes « la même » et « une autre », renforcée par la construction négative symétrique des 2 hémistiches, qui accentue l’indécision du poète, indécision rendue encore plus floue par la répétition de la locution adverbiale « tout à fait ».

3-2 L’implication du poète : - au centre du poème : désigné par l’emploi de la 1ère pers. du singulier  « je fais » : promoteur d’un rêve (pronom personnel sujet), dont il est actant (« j’aime », « me » pronoms personnels sujet et objet) dans les 2 quatrains et dont il se détache dans les 2 tercets pour le tâcher de le décrypter (« Je l’ignore », « Je me souviens »).

: justifiée par l’expression de ses sentiments (amour) et ses émotions (« hélas »)

qui contribuent à ancrer le poème dans un registre lyrique

- son impuissance à décrypter le rêve: est exprimée à travers le dialogue-enquête qu’instaure le poète avec lui-même dans le 1er tercet: - deux questions basiques qui ont trait à l’aspect physique (couleur de la chevelure) et à l’identité (nom) de la femme rêvée.

- deux réponses qui n’en sont pas  identification impossible : ~incapacité de reconnaissance physique traduite par le sens absolu du verbe « je l’ignore »

~incapacité de nommer la femme rêvée, souvenir du nom réduit à des impressions auditives, évoquées par les adj. « doux et sonore ».  rêve ? souvenir ? ou ?



QUELLE EST CETTE FEMME ?



  1. UNE FEMME : Comment est-elle représentée ? Elle est représentée comme :


1) Une femme insaisissable

2) Une femme omniprésente

3) Une femme idéale
1) Une femme insaisissable :

1-1 Aucun indice d’identification : - l’article indéfini « une » n’apporte aucun indice pour la caractériser, renforcé par l’adjectif « inconnue », qui conforte son caractère insaisissable et mystérieux.

- l’adj. « inconnue » du 2ème vers est précisé dans le 1er tercet par l’absence de repère physique et nominatif.

- fausse information concernant la précision de son regard : comparaison avec le « regard des statues »  regard fixe et vide, inexistant.

- précision ambigüe concernant sa voix, rendue par le 1er des 3 épithètes détachées énumérées, « lointaine » difficile à entendre.


Mais
2) Une femme omniprésente :

2-1 Dans le poème : - désignée par le GN initial : « une femme inconnue ».

- désignée tout au long du poème par le pronom anaphorique : « elle »

- désignée par les déterminants possessifs : « son », « sa ».



Objet du poème

2-2 Au cœur du rêve : - sujet de la plupart des verbes.

- la polysyndète (polysyndète = fait de répéter un mot de liaison plus que la grammaire ne l’exige # asyndète = absence de mot de liaison) de la conjonction de coordination « et », répétée 11 fois dans le poème, relie tout à elle, comme les fils d’une toile dont elle serait le centre.
3) Une femme idéale :

3-1 Qui incarne l’amour : - dont elle est à la fois l’objet et l’agent, exprimé par le pronom relatif COD « que », puis par le pronom relatif sujet « qui », de « aime ».

- dans sa réciprocité, exprimée par l’inversion des pronoms de la 1ère et 3ème personnes sujets / objets du même verbe.




Symbiose du couple homme-femme, renforcée par la répétition du verbe « aime » et par l’homophonie (= la même sonorité : « aime », « même ») prolongée par l’allitération en [m].

3-2 Qui incarne l’amour maternel : - dans sa faculté d’empathie (= de comprendre les sentiments, les émotions d’autrui), évoquée à travers la répétition de « comprend », renforcée l’insistance apportée par le connecteur logique justificatif « car », et par l’épithète détachée mis en valeur par le contre-rejet « transparent » (= qui se laisse pénétrer, saisir). (rejet : terme ou expression placé(e) en début de vers, mais lié(e) par la syntaxe et le sens au vers précédent # contre-rejet : terme ou expression placé(e) à la fin d’un vers, mais lié(e) par la syntaxe et le sens au vers suivant.  ces 2 procédés sont des variations de l’enjambement : procédé qui consiste à poursuivre une unité syntaxique et sémantique sur le vers suivant.)

- dans sa faculté de soigner l’âme, évoquée par le nom « cœur », synecdoque pour désigner le siège des émotions, et le corps, représenté par le GN « front ».  pouvoir inné, qui semble lié à cette vocation maternelle, traduit par le verbe « savoir ».

- dans sa faculté de compatir (< cum patior (latin)= je souffre avec), que traduit le gérondif « en pleurant ».



Symbiose du couple mère-enfant, renforcée par les allitérations en [m] et en [l] qui confèrent une impression de douceur et contribuent à l’harmonie du rythme  bonheur réactualisé par le rêve dans lequel le poète se réfugie pour le revivre à l’infini.



  1. LE REFUGE DU POETE : Contre quoi ? Pour quoi ?


1) Pour fuir une réalité

2) Qui sublime l’image de la femme

3) Pour vaincre la mort et l’oubli
1) Un refuge pour fuir une réalité :

1-1 faite de solitude : exprimée par l’adj. anaphorique « seule » et l’implicite douloureux que traduit « cesse d’être un problème », signifiant que ce n’est pas le cas pour tous les autres.

1-2 faite de souffrance : exprimée par - l’interjection lyrique : « hélas », qui traduit une souffrance morale..

- l’atmosphère de la maladie que traduisent le nom « moiteurs », qui évoque la fièvre, et l’adjectif « blême » qui caractérise le front et qui évoque une extrême pâleur.
Le rêve permet de fuir cette réalité douloureuse.
2) Un refuge qui sublime l’image de la femme :

2-1 Une image idéalisée par le rêve : - description morale évoquée dans les 2 quatrains

- identification immatérielle, effectuée uniquement par analogie (nom, regard, voix) dans les 2 tercets, qui fait ressortir le souvenir de bonheurs anciens, exprimés par « aimés » et « chères », mis tous 2 en valeur à la fin du 1er hémistiche du dernier vers de chaque tercet.

Portait flou, impressionniste, qui ne désigne pas une femme en particulier mais la femme en général.

2-2 Une image immortalisée par la poésie : - harmonie qui se dégage de cette évocation de la femme grâce au rythme donné par la polysyndète de la conjonction « et », par la répétition ou la reprise de termes ou expressions, par la répétition des mêmes sonorités à l’intérieur du vers et à la rime (« souvent » / « étrange » / « pénétrant », «  comprend » / »transparent »…)  envoûtement qui berce, qui endort lyrisme

- fugacité du rêve figée par le poème : à travers la répétition ou la reprise de mots ou expressions (« m’aime », « ni tout à fait », « me comprend », « elle seule », « regard », « voix »), qui semble vouloir le retenir pour le traduire et le retranscrire le plus fidèlement possible.


Poème = refuge du poète pour pérenniser une image, un souvenir
3) Un poème pour vaincre la mort et l’oubli :

3-1 Un poème pour vaincre la mort : - mort évoquée implicitement par l’euphémisme dans les périphrases : « ceux que la Vie exila » (= ceux qui sont morts) et « voix chères qui se sont tues » et par opposition à la personnification allégorique : « la Vie », exprimée par la majuscule.

- mort évoquée implicitement à travers ~ l’emploi du passé simple « exila », totalement coupé du présent d’énonciation (« Je l’ignore », « Je me souviens ») et du présent de narration dominant dans le sonnet. ~ l’emploi du passé composé « se sont tues », qui marque l’aspect accompli, achevé, irrémédiable.

- mort évoquée implicitement à travers la comparaison avec le regard des statues, fixe et vide, la statue caractérisant la rigidité, l’absence de vie.

- mort évoquée implicitement à travers le court champ lexical de l’éloignement : « exila », «lointaine ».

3-2 Un poème pour vaincre l’oubli : - l’oubli du bonheur : identification impossible de la couleur de la chevelure de la femme aimée, ou confusion de tous les souvenirs de femmes aimées.

- l’oubli du souvenir lui-même : perception visuelle ayant disparu, demeure une perception auditive floue et qui s’atténue progressivement en volume (« doux et sonore ») et en tonalité, exprimée par les 3 épithètes détachées : « lointaine et calme et grave »  éloignement de l’objet du souvenir à travers le caractère de moins en moins audible de la voix du souvenir,

 disparition sur laquelle s’achève le poème, évoquée par le participe passé monosyllabique, « tues », qui en souligne brutalement l’aspect définitif.



Si le poète est impuissant à faire vivre cette femme rêvée, il a le pouvoir de la sublimer et de l’immortaliser dans un poème et d’en rendre le souvenir éternel. Son désespoir ne reste pas vain, car il est source de lyrisme

CONCLUSION : Dans ce sonnet, Verlaine joue du paradoxe et de l’implicite pour suggérer l’image d’une femme idéale, à la fois égérie et sublimée, ce qui lui permet d’exprimer son incapacité pour la retenir, d’où sa mélancolie et son désespoir, sources du lyrisme qui baigne le poème. Cependant, si l’image de cette femme lui reste floue et insaisissable, le poème la fixe et sa lecture la réactualise à tout jamais.
« A UNE PASSANTE » de BAUDELAIRE : LECTURE ANALYTIQUE
A une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,

La douleur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair…puis la nuit ! – Fugitive beauté,

Dont le regard m’a fait soudain renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais !
Baudelaire (1860, « Tableaux parisiens » 1861)
(Les Fleurs du mal)

Préparation :
I. Recherche : biographie et œuvres de Baudelaire.
II. Questions sur « A une passante » :

1) De quel type de poème s’agit-il ? Justifiez votre réponse.

2) Comment sont disposées les rimes ? Comment appelle-t-on celles qui se terminent par

[e] ? Les autres ?

3) Quel type de vers Baudelaire a-t-il choisi ?
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