J'aurais moins compris rimbaud sans le surrealisme





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J'AURAIS MOINS COMPRIS RIMBAUD SANS LE SURREALISME.

ERNEST DELAHAYE

Paris, le 23 Octobre 1927.

Messieurs les Représentants des Ardennes,

Monsieur le Maire de Charleville,

Messieurs les Notables,

Monsieur le Président de la Société des Poètes ardennais,

Vous prenez, paraît-il, la responsabilité d'inaugurer aujourd'hui, pour la seconde fois, un monument à la mémoire d'Arthur Rimbaud et d'organiser à ce propos une petite fête régionale. Il est regrettable que la consécration officielle manque encore à votre entreprise, mais ce n'est que partie remise, nous nous en portons garants. Que n'avez-vous réussi à déranger M. Louis Barthou, à le distraire, ne fût-ce qu'un instant, des soucis que lui donne le communisme, à réveiller en lui le bibliophile qui disparaît un peu ces derniers temps derrière le pourvoyeur de prisons !

Vous avouerez, Messieurs, que l'occasion est peut-être mal choisie de se laisser aller au délire patriotique, celui que vous célébrez n'ayant eu pour vous que des gestes de dégoût et des paroles de haine et ne pouvant jouir à jamais que d'une gloire toute contraire à celle des écrivains morts pour la France, ces « Chevaliers de l'esprit en qui se concentre ce que la France a défendu au cours de la dernière guerre » (*).

Il est vrai que vous ne savez pas qui est Rimbaud et de nouveau vous le lui faites bien voir :

- MA VILLE NATALE EST SUPERIEUREMENT IDIOTE ENTRE LES PETITES VILLES DE PROVINCE. SUR CELA, VOYEZ-VOUS, JE N'AI PLUS D'ILLUSIONS. PARCE QU'ELLE EST A COTE DE MEZIERES - UNE VILLE QU'ON NE TROUVE PAS, - PARCE QU'ELLE VOIT PEREGRINER DANS SES RUES DEUX OU TROIS CENTS DE PIOUPIOUS, CETTE BENOITE POPULATION GESTICULE, PRUDHOMMES-QUEMENT

____________________

(*) Herriot.

____________________

SPADASSINE, BIEN AUTREMENT QUE LES ASSIEGES DE METZ OU DE STRASBOURG ! C'EST EFFRAYANT, LES EPICIERS RETRAITES QUI REVETENT L'UNIFORME ! C'EST EPATANT COMME CA A DU CHIEN, LES NOTAIRES, LES VITRIERS, LES PERCEPTEURS, LES MENUISIERS, ET TOUS LES VENTRES, QUI, CHASSEPOT AU COEUR, FONT DU PATROUILLOTISME AUX PORTES DE MEZIERES ; MA PATRIE SE LEVE ! MOI, J'AIME MIEUX LA VOIR ASSISE ; NE REMUEZ PAS LES BOTTES ! C'EST MON PRINCIPE.

(25 Août 1870).

Nous sommes curieux de savoir comment vous pouvez concilier dans votre ville la présence d'un monument aux morts pour la patrie et celle d'un monument à la mémoire d'un homme en qui s'est incarné la plus haute conception du défaitisme, du défaitisme actif qu'en temps de guerre vous fusillez.

GUERRE : PAS DE SIEGE DE MEZIERES. POUR QUAND ? ON N'EN PARLE PAS... - PAR-CI PAR-LA DES FRANCS-TIRADES. ABOMINABLE PRURIGO D'IDIOTISME, TEL EST L'ESPRIT DE LA POPULATION. ON EN ENTEND DE BELLES, ALLEZ ! C'EST DISSOLVANT.

(2 Novembre 1870).

....

JE SOUHAITE TRES FORT QUE L'ARDENNE SOIT OCCUPEE ET PRESSUREE DE PLUS EN PLUS IMMODEREMENT. MAIS TOUT CELA EST ENCORE ORDINAIRE.

(Juin 1872).

....

J'AI ETE AVANT-HIER VOIR LES PRUSSMANS A VOUZIERS, UNE SOUS-PREFECTURE DE 10 000 AMES, A SEPT KILOM D'ICI. CA M'A RAGAILLARDI.

(Mai 1873).

De toute façon, la France le dégoûtait. Son esprit, ses grands hommes, ses moeurs, ses lois symbolisaient pour lui tout ce qu'il peut y avoir au monde de plus insignifiant et de plus bas.

QUELLE HORREUR QUE CETTE CAMPAGNE FRANCAISE... QUELLE CHIERIE ! ET QUELS MONSTRES D'INNOCINCE, CES PAYSANS. IL FAUT, LE SOIR, FAIRE DEUX LIEUES, ET PLUS, POUR BOIRE UN PEU. LA MOTHER M'A MIS LA DANS UN TRISTE TROU.

(Mai 1873).

....

TOUJOURS LES VEGETAUX FRANCAIS, HARGNEUX, PHTISIQUES, RIDICULES OU LE VENTRE DES CHIENS BASSETS NAVIGUE EN PAIX AUX CREPUSCULES.

....

MUSSET EST QUATORZE FOIS EXECRABLE POUR NOUS, GENERATIONS DOULOUREUSES ET PRISES DE VISIONS, - QUE SA PARESSE D'ANGE A INSULTEES ! OH ! LES CONTES ET LES PROVERBES FADASSES ! O « LES NUITS », O « ROLLA », O « NAMOUNA », O « LA COUPE » ! TOUT EST FRANCAIS, C'EST-A-DIRE HAISSABLE AU SUPREME DEGRE ; FRANCAIS, PAS PARISIEN ! ENCORE UNE OEUVRE DE CET ODIEUX GENIE QUI A INSPIRE RABELAIS, VOLTAIRE, JEAN DE LA FONTAINE ! COMMENTE PAR M. TAINE ! PRINTANIER, L'ESPRIT DE MUSSET ! CHARMANT, SON AMOUR ! EN VOILA, DE LA PEINTURE A L'EMAIL, DE LA POESIE SOLIDE ! ON SAVOURERA LONGTEMPS LA POESIE « FRANCAISE » MAIS EN FRANCE.

(5 Mai 1871).

Rimbaud ? Il ne tolérait pas qu'on saluât les morts devant lui, il écrivait « MERDE A DIEU » sur les murs des églises ; il n'aimait pas sa mère « AUSSI INFLEXIBLE QUE 73 ADMINISTRATIONS A CASQUETTES DE PLOMB ».

Rimbaud ? Un Communard, un bolcheviste au témoignage même de M. Ernest Delahaye :

- IL EST DES DESTRUCTIONS NECESSAIRES... IL EST D'AUTRES VIEUX ARBRES QU'IL FAUT COUPER, IL EST D'AUTRES OMBRAGES SECULAIRES DONT NOUS PERDRONS L'AIMABLE COUTUME. CETTE SOCIETE ELLE-MEME : ON Y PASSERA LES HACHES, LES PIOCHES, LES ROULEAUX NIVELEURS. « TOUTE VALLEE SERA COMBLEE, TOUTE COLLINE ABAISSEE, LES CHEMINS TORTUEUX DEVIENDRONT DROITS ET LES RABOTEUX SERONT APLANIS ». ON RASERA LES FORTUNES ET L'ON ABATTRA LES ORGUEILS INDIVIDUELS. UN HOMME NE POURRA PLUS DIRE : « JE SUIS PLUS PUISSANT, PLUS RICHE ». ON REMPLACERA L'ENVIE AMERE ET L'ADMIRATION STUPIDE PAR LA PAISIBLE CONCORDE, L'EGALITE, LE TRAVAIL DE TOUS POUR TOUS. »

Rimbaud ? Il vécut comme vous, CAROPOLMERDEUX, jugez qu'il ne faut pas vivre : il se soûlait, il se battait, il couchait sous les ponts, il avait des poux.

Mais il avait horreur du travail :

JAMAIS JE NE TRAVAILLERAI.

....

CELA DEGOUTE DE TRAVAILLER.

....

JAMAIS NOUS NE TRAVAILLERONS, O FLOTS DE FEUX !

....

J'AI HORREUR DE TOUS LES METIERS. MAITRES ET OUVRIERS, TOUS PAYSANS, IGNOBLES. LA MAIN A PLUME VAUT LA MAIN A CHARRUE. - QUEL SIECLE A MAINS ! - JE N'AURAI JAMAIS MA MAIN.

Sans espoir aucun, ni sur terre, ni ailleurs, il ne songea qu'à s'en aller toujours, en proie à cet ennui terrible que vous ne connaîtrez jamais ; il traquait à travers le monde, dans les lieux les plus désolés, l'image la plus désolante de lui-même et de nous.

HELAS ! JE NE TIENS PLUS DU TOUT A LA VIE ET SI JE VIS, JE SUIS HABITUE A VIVRE DE FATIGUE... ET A ME NOURRIR DE CHAGRINS AUSSI VEHEMENTS QU'ABSURDES DANS DES CLIMATS ATROCES... PUISSIONS-NOUS JOUIR DE QUELQUES ANNEES DE VRAI REPOS DANS CETTE VIE ; ET HEUREUSEMENT QUE CETTE VIE EST LA SEULE ET QUE CELA EST EVIDENT, PUISQU'ON NE PEUT S'IMAGINER UNE AUTRE VIE AVEC UN ENNUI PLUS GRAND QUE CELLECI !

(Aden, 25 mai 1881).

Tout ce qui compose votre sale petite vie lui répugnait, il le vomissait.

TOUT A LA GUERRE, A LA VENGEANCE, A LA TERREUR.

MON ESPRIT ! TOURNONS DANS LA MORSURE : AH ! PASSEZ,

REPUBLIQUES DE CE MONDE ! DES EMPEREURS,

DES REGIMENTS, DES COLONS, DES PEUPLES : ASSEZ !

Il fut toujours contre tout ce qui est, vous faites seulement semblant de l'avoir oublié. N'essayez pas de tricher : vous n'élevez pas une statue à un poète « comme un autre », vous élevez cette statue par rancune, par petitesse, par vengeance. Vous voulez réduire celui qui admirait « LE FORCAT INTRAITABLE SUR QUI SE REFERME TOUJOURS LE BAGNE » à un buste grotesque dans un ignoble endroit :

Charleville, Place de la Gare.

SUR LA PLACE TAILLEE EN MESQUINES PELOUSES,

SQUARE OU TOUT EST CORRECT, LES ARBRES ET LES FLEURS,

TOUS LES BOURGEOIS POUSSIFS QU'ETRANGLENT LES CHALEURS

PORTENT, LES JEUDIS SOIRS, LEURS BETISES JALOUSES.

« Singulier retour des choses d'ici-bas, écrivait P. Berrichon, le monument élevé en 1901 à la mémoire de Rimbaud se dresse, bronze et granit, sur cette place de la Gare, où, plus que jamais, les habitants de Charleville vont, le jeudi, écouter la musique militaire ; et c'est la musique militaire qui, à l'inauguration du monument, exécuta l'adaptation de la symphonie d'Emile Ratez, inspirée par le Bateau Ivre. »

La musique militaire ! Vous avez oublié les chantres :

« LE DRAPEAU VA AU PAYSAGE IMMONDE » comme vos faces sont faites pour « LE BAISER PUTRIDE DE JESUS ».

***

L'ombre semble s'appesantir chaque jour sur les marais envahisseurs. L'hypocrisie étend la hideur de sa main sur les hommes que nous aimons pour les faire servir à la préservation de ce qu'ils ont toujours combattu. Il va sans dire que nous ne nous abusons pas sur la portée de telles entreprises de confiscation, que nous ne nous alarmons pas outre mesure de vos manoeuvres honteuses et coutumières, persuadés que nous sommes qu'une force d'accomplissement total anime contre vous tout ce qui au monde a été véritablement inspiré. Peu nous importe que l'on inaugure une statue à, que l'on édite les oeuvres complètes de, que l'on tire quelque parti que ce soit des intelligences les plus subversives puisque leur venin merveilleux continuera à s'infiltrer éternellement dans l'âme des jeunes gens pour les corrompre ou pour les grandir.

La statue qu'on inaugure aujourd'hui subira peut-être le même sort que la précédente. Celle-ci, que les Allemands firent disparaître, dut servir à la fabrication d'obus et Rimbaud se fût attendu avec délices à ce que l'un d'eux bouleversât de fond en comble votre place de la Gare ou réduisît à néant le musée dans lequel on s'apprête à négocier ignoblement sa gloire.

PRETRES, PROFESSEURS, MAITRES, VOUS VOUS TROMPEZ EN ME LIVRANT A LA JUSTICE. JE N'AI JAMAIS ETE CHRETIEN ; JE SUIS DE LA RACE QUI CHANTAIT DANS LE SUPPLICE ; JE NE COMPRENDS PAS LES LOIS ; JE N'AI PAS LE SENS MORAL, JE SUIS UNE BRUTE : VOUS VOUS TROMPEZ.

Maxime Alexandre, Louis Aragon, Arp, Jacques Baron, Pierre Bernard, Jacques Boiffard, André Breton, Jean Carrive, Robert Desnos, Marcel Duhamel, Paul Eluard, Max Ernst, Jean Genbach, Camille Goemans, Paul Hooreman, Michel Leiris, Georges Limbour, Georges Malkine, André Masson, Max Morise, Pierre Naville, Marcel Noll, Paul Nougé, Benjamin Péret, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Georges Sadoul, Yves Tanguy, Roland Tual, Pierre Unik.

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