Louis aragon et son temps





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date de publication23.04.2017
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LOUIS ARAGON ET SON TEMPS
INTRODUCTION
Louis Aragon (1897-1982) est aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands écrivains français du 20ème siècle, plus qu'un auteur, cet intellectuel a mis pendant plus de cinquante ans sa plume au service du communisme. Pourtant, sa vie, son œuvre, son engagement, sont marqués d'étapes et de ruptures : dada, surréalisme, anarchisme, attirance hésitante pour le communisme... c'est finalement ce nouveau parti qu'il défend jusqu'à sa mort, notamment poussé par le soutien de Maurice Thorez. C'est pourquoi ses écrits engagés doivent toujours être étudiés en relation avec leur date. Il le dit lui même : « A chaque instant je me trahis, je me démens, je me contredis. ». La fidélité de son engagement communiste, qui le poussa à défendre et à couvrir l'inexcusable du stalinisme, est un acte assez rare dans le milieu intellectuel (beaucoup ont quitté le Parti à la découverte des vérités staliniennes) qu'il justifie par son « sens des responsabilités ». On peut se demander quels ont été les étapes et les sujets de son engagement, comment est-il perçu dans les milieux intellectuel et politique et pourquoi y est-il resté fidèle.
CONCLUSION
L'adhésion fidèle d'Aragon au communisme ne semble pas avoir été ébranlée par les découvertes des vérités des crimes staliniens. Au contraire, cela a marqué une autre facette de son œuvre, un nouveau défit pour son engagement : dire la vérité sans vraiment la dire, ce qui, finalement donne de la profondeur à ses derniers écrits qui « murmurent » implicitement ces secrets inavouables. Il l'exprime explicitement : «  J'appartiens à une catégorie d'hommes (...) qui ont toute leur vie cru désespérément à certaines choses, qui ont toujours cru plus qu'il n'ont craint. »

Cependant, à sa mort, son engagement sans faille pour le communisme stalinien lui fut lourdement reproché, tous les autres versants de son œuvre et de son engagement alors passés sous silence. Ce n'est que petit à petit que sa période surréaliste et les autres côtés de son engagement, notamment pendant la Résistance ou lorsqu'il condamne l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie, ne sont redécouverts et qu'il est alors reconnu et salué à la mesure de son talent.
Remarque : On peut distinguer trois parties dans l'œuvre d'Aragon, sa période surréaliste, ses écrits engagés, dont l'intérêt littéraire et artistique est contesté, et une partie plus personnelle, de repli sur soi, où il exprime ses doutes et chante sa passion pour Elsa, c'est celle qui est unanimement reconnue comme l'expression d'un talent littéraire exceptionnel.

Parmi ses très nombreuses œuvres, on peut citer :

Œuvres surréalistes : Télémaque, Paysan de Paris, Traité du style, Mouvement perpétuel, La défense de l'infini.

Écrits engagés : Les Communistes, Front rouge, La Grande Gaîté.

Œuvres plus personnelles : Le Roman inachevé, Elsa, Le Fou d'Elsa, La semaine Sainte, Aurélien.

  1. DE L'ANARCHISME AU COMMUNISME : UN JEUNE REVOLUTIONNAIRE


1) La 1ère Guerre mondiale : médecin auxiliaire puis dadaïste

Contrairement à d'autres intellectuels de son temps, Aragon a participé à la guerre sans y mourir, ce qui lui permet d'avoir un témoignage de première main, sans passer par l'intermédiaire d'un père ou d'un frère disparu.

Décoré de la Croix de Guerre pour son courage en tant que médecin auxiliaire sur le Front, ce qui est rare pour un intellectuel.

1917 : Rencontre avec le poète André Breton qui oriente sa révolte

1920 : Participe au mouvement Dada ; mouvement littéraire et artistique subversif, qui répond à la révolte qui agite Breton et Aragon et à la question « Comment exister après le massacre de la Guerre ? ». Les scandales dada sont d'abord politiques, les Bulletins Dada s'en prennent surtout à l'esprit chauvin de l'époque, à cet esprit marqué par un patriotisme belliqueux, à la Chambre très marquée à droite, et à l'ordre établi, c'est-à-dire à l'ordre bourgeois.
2) Le surréalisme

Aragon définit le surréalisme avec lyrisme : «  Une nouvelle entreprise de songes », « une libération de l'esprit, une production d'images sans précédent ». Le surréalisme veut explorer des domaines inconnus, exalte le désir, le merveilleux, la révolte.

C'est la question d'un engagement collectif à un parti qui sépare les surréalistes de Dada.

Aragon et Breton veulent s'inscrire dès 1921 au PC. C'est alors un acte de contestation de l'ordre établi : devenir communiste, c'est se déclasser de l'ordre bourgeois (alors qu'il était issu d'un milieu qui y était pleinement intégré : son père, le préfet Andrieux l'a élevé même s'il ne l'a pas reconnu officiellement). Mais ils hésitent et renoncent, notamment exaspérés par les conventions, en place même au PC.

En effet, à cette époque, Aragon est plus anarchiste que communiste. Il parle d'ailleurs en 1924 de « Moscou la gâteuse », ce qui est interprété par certains comme de l'anticommunisme.

Selon les mots d'Aragon, le surréalisme, et déjà le dadaïsme ont pour but d'aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l'homme, qui serait conforme à un autre ordre que l'ordre bourgeois.
3) 1927-1932 : de l'adhésion au PC à la rupture avec les surréalistes

1925 : Guerre coloniale au Maroc qui rapproche Aragon des communistes qui sont les seuls à la combattre.

1927 : Adhésion au PC

1930 : Son départ pour Moscou marque un bouleversement. C'est le début d'une nouvelle orientation pro-soviétique, les surréalistes lui reprochent cette nouvelle orientation et les positions qu'il prend en leur nom.

Après réconciliation, rupture en 1932 avec les surréalistes. Cette rupture est plus poétique que politique : notamment désaccord avec Breton sur la fonction de l'écriture et de l'activité littéraire. Pour Aragon, la lutte pour la liberté artistique se superpose à celle politique.

On perçoit dès lors la position intellectuelle d'Aragon : art et politique ne sont pas deux voies parallèles, elles se confondent, l'art étant au service de l'engagement.

II- LE MILITANT POUR LE COMMUNISME STALINIEN
1) L'adhésion au stalinisme

Au cours de ses voyages en URSS, il fait l'autocritique de ses position passées : cela marque la fin de sa jeunesse.

Il multiplie désormais les voyages en URSS où il rencontre Staline.

Il entame alors un cycle de cinq romans intitulé Le Monde Réel qui apparaît comme une littérature militante, un besoin de servir une cause politique : il y montre la lutte des classes et son cheminement dans les consciences individuelles confrontées aux événements tragiques du début du 20ème siècle.

1935-1936 : Il s'engage sur tous les fronts : le guerre de l'Italie fasciste contre l'Éthiopie, la défense de la République espagnole. Il espère que la poésie puisse « atteindre le cœur de ceux qui sont de pierre : il y a en elle cette force qui fait tomber les murailles avec les chansons. ».

1937 : codirecteur du journal communiste Ce Soir qui sera interdit en 1939.

Octobre 1938 : Dénonce les Accords de Munich

Août 1939: Soutient le Pacte Germano-Soviétique de non agression. D'autres comme le communiste Nizan condamnent ce pacte et rompent avec le Parti.

Il devient ardent patriote face au danger nazi.
2) La Deuxième Guerre Mondiale

Il est encore médecin auxiliaire.

De foi communiste, il aborde la guerre en « patriote ».

Il reçoit la médaille militaire en Juin 1940 et la Croix de Guerre.

Malgré ses multiples engagements concrets et communistes, il reste isolé du Parti jusqu'à début 1941 et agit seul, par idéologie.

Cependant, il chante dès 1939 l'espoir et la résistance et refuse de plier en 1940 quand tout semble perdu.

Sa démobilisation marque le début de son entrée dans la Résistance.
3) La Résistance

Il organise avec Elsa la résistance intellectuelle à partir de fin 1940 à Nice. Il constitue un réseau d'intellectuels à travers 42 départements, diffuse sous son nom propre puis sous des pseudonymes des poèmes qui exaltent l'amour de la France opprimée. Poèmes qui font le tour du monde libre et sont récités par les résistants. Il a un rôle important avec Elsa au Comité National des Écrivains (contre les écrivains collaborateurs). Il fait également des aller-retours à Paris pour coordonner les activités clandestines entre la zone Nord et la zone Sud, ce qui montre qu'il n'entend pas son engagement uniquement sur le plan intellectuel : il s'engage concrètement.

Lorsqu'il rentre à Paris à la Libération, il reprend la direction du journal Ce Soir et publie la Liste Noire des écrivains mis à l'écart pour collaboration. Son ancien ami de l'époque surréaliste, Drieu La Rochelle devenu fasciste était sur cette liste et s'est suicidé en mars 1945, après une nuit passée dit-on à lire le dernier roman d'Aragon : Aurélien dont le personnage est pour beaucoup, l'ombre de Drieu La Rochelle du temps de son amitié avec Aragon, avant sa prise de position fasciste.

À cette époque le PCF est puissant comme le montre le nombre impressionnant de suffrages qu'il recueille : c'est l'âge d'or du stalinisme français qui apparaît comme la seule force, portée par le mouvement international, alternative au fascisme et au nazisme. C'est ce qui inquiète les anticommunistes (anciens vichyssois et anciens patriotes). Mais Aragon est critiqué de tous les côtés : par les anticommunistes, mais aussi par les communistes qui jugent ses initiatives trop lointaines de celles du Parti et par certains surréalistes qui haïssent son nouveau nationalisme poétique, pour eux, « la poésie n'a pas de patrie ».
III- FIDELE AU COMMUNISME PAR PEUR DU RENIEMENT
1) La Guerre Froide

1947 : La Guerre Froide et les grèves insurrectionnelles communistes sont à l'origine d'un durcissement de son engagement politique, avec au premier plan, la lutte pour la défense de la paix.

Il appuie cette même année la campagne du Parti contre l'ancien communiste Nizan.

1949 : Aragon est accusé de propagation de fausses nouvelles (une grève de mineurs réprimée par la troupe avec participation de soldats marocains, or il avait mentionné qu'il s'agissait de tirailleurs sénégalais) et est pour cette raison privé de droits civiques (rendus en 1958 par De Gaulle), ce qui est important quand on mesure son engagement politique.

À la mort de Staline en 1953, Aragon demande à Picasso de dessiner un portrait du dirigeant et le laisse publier dans les Lettres françaises. Éloigné du portrait officiel, seul reconnu par les militants, cela fait scandale. Aragon fait son autocritique concernant cette affaire et pousse ainsi à l'extrême la fermeture esthétique du Parti.

Malgré cela, les années de Guerre Froide sont celles durant lesquelles il est le plus fidèle au Parti, mêlant politique et poétique.
2) De la Guerre d'Algérie à mai 1968

Entre 1944 et 1962, la Guerre d'Algérie divise les français. Aragon est épouvanté par le rôle de répression assumé par la France contre l'Algérie. Il adopte alors une démarche qui vise à une « désoccidentalisation » de la littérature pour montrer qu'un ordre éthique différent et peut-être supérieur à l'occidental est possible. On retrouve donc une nouvelle fois son obsession de vouloir rompre avec l'ordre imposé par la société.

Dans la tourmente qui secoue l'Empire soviétique et la France en mai 1968, il soutient activement dans son journal le Printemps de Prague et signe un manifeste contre la guerre du Viêt-Nam. Il affronte les étudiants sur les barricades et leur laisse carte blanche pour un numéro des Lettres françaises. Mais certains ignorent ses interventions pour condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques. Il écrit alors un communiqué où il parle « du malheur de la Tchécoslovaquie envahie par les armées étrangères ». Il est alors attaqué par les écrivains soviétiques. Le Parti prend position contre l'invasion, à son grand soulagement.
3) La transcription de ses doutes

En URSS, la déstalinisation commence en 1957.

On peut se demander à quel point Aragon « savait » pour le Goulag et les crimes staliniens. Il semble évident que depuis 1936, date d'arrestation de son beau-frère (mari de la sœur d'Elsa), fusillé dès le début des Procès de Moscou, il a connu des doutes croissants. De plus, ses voyages avec Elsa en URSS en 1952 et 1954 lui dévoilent des vérités qu'il tait puis qu'il « murmure », selon ses mots.

Mais au nom de la responsabilité et du respect du lecteur, il ne les a pas publiés explicitement : en effet, la peur de se renier a toujours été son obsession et quand d'autres ont rompu avec le communisme, il a choisi d'y rester attaché alors que les critiques communistes dont il étaient la cible montrent qu'il n'était plus en accord avec l'idéologie du Parti et que ses interventions illustrent qu'il ne se fait pas d'illusions.

Cependant, ces doutes sont perceptibles : « Il y a des choses que je ne dis à personne Alors / Elles ne font de mal à personne Mais / Le malheur, le malheur c'est / Que moi ces choses je les sais... » (Le Fou d'Elsa).

À partir de 1956, il cherche des métaphores, des personnages et des image pour dire ce qui le hante : le massacre du rêve et de l'idéal révolutionnaire sous le règne des tueurs.

Mais l'autocritique ne fait que confirmer la fidélité au communisme, alors que l'homme est déchiré entre la peur de se renier et l'effondrement de son idéologie.

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