Surtout ‘’Le caporal épinglé’’ et ‘’Rôle de plaisance’’





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André Durand présente
Jacques PERRET
(France)
(1901-1992)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’Le caporal épinglé’’ et ‘’Rôle de plaisance’’).

Bonne lecture !


Né le 8 septembre 1901 à Trappes (Yvelines), dans une famille de respectable bourgeoisie, ce «Gaulois de noble origine» (selon Pol Vandromme) était le second fils de Thérèse Roque et de Marc Perret, rédacteur principal à la préfecture de la Seine, qui l’éleva dans le respect des valeurs patriotiques et l’espoir d’une revanche sur l'Allemagne. Il allait toujours se faire une certaine idée de la France, monarchique, catholique, volontiers rurale, essentiellement populaire. Son enfance fut marquée par la Première Guerre mondiale au cours de laquelle son frère, Louis, fut tué.

Il fit de bonnes études à Paris, aux lycées Montaigne et Louis-le-Grand. Il se destinait à l'École Navale mais, inapte aux mathématiques, il prépara plutôt, en Sorbonne, les licences d'histoire et de philosophie, obtint aussi un diplôme d’études supérieures. Mais, comme il tenait de son grand-père l'art du dessin, ce fut donc tout d'abord comme illustrateur qu'il gagna sa vie.

Très vite, cependant, il céda à l'appel du voyage. D’abord, plutôt que de s’ennuyer en France dans une garnison de province, il demanda de faire, de 1921 à 1923, son service militaire au Maroc, dans le 29e régiment de tirailleurs algériens avec le grade de caporal, bataillant alors, dans les djebels de Taza, contre les Chleuhs. S’il fut représentant chez Belin puis brièvement professeur de français en classe de troisième, il opta vite pour le journalisme, faisant ses débuts au ‘’Rappel’’ et au ‘’Journal’’, partant en reportage en Amérique : au Honduras, où il fut pêcheur de bonites, trafiqua la nacre et le coprah, et participa à la tentative révolutionnaire malheureuse du général Pedro Sandrino ; au Nicaragua, où il chargea des bateaux bananiers ; à Vera Cruz, au Mexique, où il fut docker ; aux États-Unis ; au Canada (où il fut bûcheron et travailleur saisonnier au Manitoba, pêcha le saumon) ; aux Antilles.

Surtout, en 1931, il entreprit une expédition en Guyane, pour le compte du Musée de l'Homme et du Muséum national d'histoire naturelle, pour l'aspect ethnographique, et des industriels Monteux et Richard pour l'aspect prospection d'or (il se donnera, dans ‘’Le caporal épinglé’’, parmi plusieurs professions, celle de «prospecteur-géologue») ; sa découverte du pays le marqua profondément et (légende ou réalité?) on raconta qu'il avait à l'occasion agrandi le territoire français en déplaçant les bornes frontières aux dépens du Brésil. L’orpailleur revint sans or, mais l’ethnologue riche de renseignements sur les Indiens Émerillons. Il se souviendra, dans ‘’Le caporal épinglé’’, des «divines journées distillées chez les Indiens au doux roulis du hamac, au plus profond des bois déserts, au plus creux de la plus inaccessible retraite», il évoqua «les rapides, les moustiques, la fièvre, les crocodiles et tout l’imposant attirail de la sauvage nature». En 1932, une exposition fut consacrée à cette expédition.

Le 31 octobre 1931, il se maria avec Alice Thiétry, professeur de français à l'Alliance Française. En 1932, naquit leur fille, Jacqueline. En 1934, il cultiva la terre à Chissay-en-Touraine, dans le Loir-et-Cher (il se donnera, dans ‘’Le caporal épinglé’’, parmi plusieurs professions, celle de «viticulteur-oenologue»), mais l’entreprise se solda par un échec. Il fut alors courtier en librairie, graveur, hôtelier, dessinateur en Suède, répétiteur au Danemark, bûcheron en Laponie. De retour à Paris en 1936, il emménagea rue de la Clef, dans le Ve arrondissement, et poursuivit sa carrière de journaliste, suivant alors la guerre d'Espagne du côté franquiste, car il était ami d’Alphonse XIII ; se rendant, en 1937, en Albanie sous occupation italienne, dans les Sudètes où des Allemands réclamaient leur rattachement à l’Allemagne.

Mais il écrivit deux romans qui reflétèrent son goût de l'aventure.

Grâce à la recommandation d'André Malraux, il put d’abord publier :

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Roucou

(1936)
Roman
En Guyane française, Martin, Philis et Bret partent de Saint-Laurent-du-Maroni pour tenter leur chance dans les bois. Martin est un prospecteur consciencieux, méthodique, sans passion, pour qui l'or serait le moyen de se retirer en France et y mener une existence à son goût. Philis est un obsédé qui nourrit depuis de longues années un délire de l'or, tyrannique, irréductible. Bret est un sédentaire parisien en fugue, travaillé par un bouillonnement d'instincts confus. Cette singulière équipe est condamnée à la faillite. Abandonné par ses compagnons, Martin s'en va seul poursuivre jusqu'à la mort l'or insaisissable, tandis que Philis est la proie de créoles aigrefins et que Bret, séduit par la société indienne, achève d'y perdre la raison et couronne sa fugue par une sorte de bouffonnerie épique.
Commentaire
La Guyane fut le second pays de Jacques Perret, le pays de sa seconde naissance. Mais il n’en donna pas de descriptions : le saut Poligoudou, avec ses trois terribles chutes, n’appela qu’une brève énumération ; une averse équatoriale fut moins décrite que vue à travers les yeux de Jean Bret. Quant au «roucou», c’est la teinture écarlate dont les Indiens s'oignent le corps ; son parfum lourd et tenace invite au hamac et incite à la sieste ; pour le Blanc civilisé friand de rêverie, c'est un stimulant magnifique : tout le mystère indien s'exhale dans une bouffée de «roucou».

Le roman est avant tout la trajectoire du faux aventurier qu’est Bret, un homme déplacé dans l’espace mais qui a emporté avec lui ses lectures et surtout ses rêves de lycéen. C’est plus encore un homme décalé dans le temps puisqu’à chaque instant le passé glorieux des Isles, de la Guyane d’avant le bagne, reflue dans son esprit et s’affirme comme en surimpression sur le paysage traversé, puisqu’il projette sur le cadre guyanais ses lectures d’adolescents : les Indiens qu’il voit lui rappellent Sitting Bull et Chactas ; il se revoit jeune Sioux évoluant dans le parc Montsouris. Et il débite volontiers des citations latines

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Ernest le rebelle

(1937)
Roman
La sagesse conseillant de joindre autant que faire se peut l'utile à l'agréable, Ernest Pic, musicien besogneux, décide de combiner ses loisirs estivaux de violoniste avec les plaisirs laborieux d'une tournée, sous l'égide du vieux M. Duplat et de son orchestre, à bord du paquebot “Flandre” qui vogue vers l'Amérique du Sud. Il subit, à tort, une sévère correction de la part d'un mari jaloux, Gringue. Au cours de l’escale de La Havane, il se laisse griser par l'odeur des cigares et succombe au charme d'une jolie créole qui lui vole tout son argent. Ahuri, il laisse partir le paquebot, et se retrouve seul sur le quai, sans montre ni portefeuille, sa boîte à violon sous le bras qu’un faux mouvement précipite à l'eau. Il éclate en sanglots que couvre alors un gros rire : à ces accents sonores entre dans sa vie Tom l'Américain qui l'embarque avec un passeport (faux), nanti d'argent (volé), sur un navire en partance pour Puerto Felipe, port de l'État sud-américain imaginaire du Cerro Dorado. Le capitaine Tonio lui trouve un travail sur son navire en partance pour Mariposa, autre pays imaginaire. Là, il est embauché dans une plantation de bananes dirigée par un véritable esclavagiste. Mêlé malgré lui à un coup d'État, le paisible violoniste se transforme en guérillero et, devenu Don Ernesto Pico de Oro, attaque des trains au galop et se couvre de gloire (ou de poussière) sous l'influence du mauvais génie dénommé Tom, courant, nouvel Ulysse aux aventures drolatiques, avant de revenir, «plein d'usage et raison vivre chez lui le reste de son âge».
Commentaire
Dans ce roman aussi, Jacques Perret ne se livra pas à la description : la vue d’un cocotier à travers un hublot n’éveille chez son personnage qu’une seule réaction, une seule réflexion : «Ce cocotier m’écoeura.» Mais il lui accorda une bonne culture de lycéen. On y lit cette phrase définitive : «Je voulais cracher à cinq mètres et j’éclaboussais mes pieds
En 1938, le roman fut adapté par Jacques Prévert et Jean Manse pour un film de Christian-Jaque, avec Fernandel, Pierre Alcover et Robert Le Vigan, le cadre exotique de cette pochade ayant été reconstitué dans les studios de la Victorine à Nice. L’adaptation fut très libre ; qu’on en juge :

À bord d’un paquebot voguant vers l’Amérique du Sud, Ernest Pic joue de l’accordéon. Ses mimiques, causées par le mal de mer, sont prises pour des signes d’intérêt par une riche passagère, Suzanne Gringue, d’où une altercation avec le mari de la dame. Lors d’une escale, une belle indigène «plume» Ernest et le bateau repart sans lui. Désespéré, il rencontre le louche Tonio, qui le pousse à commettre un mauvais coup pour survivre, puis l’enrôle au Consortium de la banane, dont il est le rabatteur. Le pauvre Ernest se retrouve avec des ouvriers semi-esclaves et surexploités. Il confie ses malheurs à Démosthène, un compatriote… sourd-muet. Il se révolte et va dire son fait au patron de la plantation, qui n’est autre que Gringue. Coup dur ! Et malentendu : Suzanne revoit celui qu’elle prend pour un soupirant et croit qu’il est venu la délivrer de sa prison conjugale. Par ailleurs, Gringue a une explication orageuse avec le gouverneur de la région, un illuminé moitié tyran, moitié ivrogne, qui constitue son armée de curieuse manière, en enrôlant de force les gens de la bananeraie. C’est ainsi qu’Ernest échoue… dans la Marine et apprend sur la terre ferme la natation, ce qui lui donne à nouveau le mal de mer. Il n’y tient plus et frappe l’amiral : le voilà condamné à mort après un jugement expéditif ! Dans sa cellule, il a conservé son accordéon et en tire un air nostalgique qui monte jusqu’aux oreilles du gouverneur. Ce dernier, ému, fait venir Ernest et lui demande de chanter. Le musicien est-il sauvé ? Non, il retourne au trou mais l’amiral est fusillé. Démosthène vient rendre visite à son ami et, ayant retrouvé la parole, suggère une évasion collective. Ébahi d’être à la tête d’un groupe de révoltés, Ernest parvient à se débarrasser du gouverneur, de Tonio et de Gringue, et part avec Suzanne vers la liberté et l’amour.

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En 1938, naquit Jean-Louis, second et dernier enfant de Jacques Perret.

Il fit paraître :

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‘’Viva Gonzales !’’

(1938)
Nouvelle
Quelque part en Amérique du Sud, un citoyen élève des perroquets qui crient «Viva Gonzalès !» intempestivement et continuent à le faire alors que ce dictateur honni est détrôné, au grand dam de leur capitaine qui espérait, en retard, hélas ! un triomphe.
Commentaire
La nouvelle parut dans le journal ‘’Je suis partout’’, le 1er mai 1938.

Elle fut reprise dans le recueil ‘’Histoires sous le vent’’.

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‘’Un lit de mort pour le général’’

(1940)
Nouvelle
Un général sud-américain, rebelle et traqué, connaît la mort.


Commentaire
La nouvelle parut dans le journal ‘’Je suis partout’’, le 31 mai 1940 et le 7 juin 1940.

Elle fut reprise dans le recueil ‘’Histoires sous le vent’’, sous le titre de ‘’Un général qui passe’’.

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L’autre grande aventure que Jacques Perret fut amené à vivre fut la guerre de 1939-1945. En 1939, il s’engagea dans les corps francs d'Afrique, au 334e régiment d’infanterie ; il y gagna la croix de guerre avec palme et la médaille militaire, décoration rarement attribuée à un caporal et qui était assortie d'une brillante citation : «Son lieutenant ayant été très grièvement blessé au cours d'une reconnaissance profonde dans les lignes ennemies, l'a transporté en plein jour pendant plus de deux kilomètres, échappant par miracle aux feux dirigés contre lui. [...] Le 12 mai, a tué cinq adversaires à coups de mousqueton, debout avec le plus grand calme, dans un combat de rue qui a permis de débloquer un pont très important.» Fait prisonnier en 1940 près de Longwy, il subit la captivité en Allemagne où il fut en contact avec un microcosme humain et social tout à fait exemplaire. Il tenta en vain de s’évader par trois fois, avant de réussir en 1942 à s'échapper du camp disciplinaire où il avait été enfermé. Arrivé en France, il se réfugia d’abord dans une entreprise forestière du Dauphiné, puis gagna le maquis de l'Ain, au sein de l'O.R.A, (Organisation de Résistance de l'Armée) où, devenant sergent, il resta deux ans, jusqu'à la Libération, où il put rejoindre Paris, où sa femme, Alice, l’attendait.

Après la Libération, ce monarchiste déclaré écrivit dans différents journaux non-conformistes, ‘’Aspects de la France’’, ‘’Bulletin de Paris’’, ‘’Artaban’’, etc., où il pourfendit régulièrement les droits de l'Homme, la démocratie, le parlementarisme.

Il publia :

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‘’Le cheval de grâce’’

(1946)
Nouvelle
Commentaire
Le lecteur n’a droit qu’à quelques repères géographiques, réduits souvent à l’onomastique : les eaux giboyeuses de la baie de Pinto Cortez, sur la côte du Honduras, «quelque part dans le Morelos ou le Zacatecas». Pierre Boutang admira dans cette nouvelle le « merveilleux raisonnable ».

Elle parut dans "Œuvres libres" n° 5 (octobre 1946).

Elle fut reprise dans le recueil ‘’Histoires sous le vent’’.

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‘’Objets perdus’’

(1947)
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle parut dans ‘’France Illustration-Littéraire et théâtrale’’, n° 9, 1947.

Elle fut reprise dans le recueil ‘’Objets perdus’’.

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Le caporal épinglé”

(1947)
Roman de 500 pages
Lors de la débâcle de 1940, tandis qu'à «Vizbadaine» (Wiesbaden) était réunie la commission franco-allemande d’armistice, à Vaucouleurs, en Lorraine, Pater le râleur, Ballochet l'incisif, Ryswick le comédien, Reuter «l'enfant du siècle», Lourmel le Breton, le narrateur, le caporal Perret, et tous les autres, se découvrent prisonniers des Allemands, au milieu de la boue où ils sont couchés. Ils subissent l'amertume de la défaite, cultivent la haine générale moins envers l'envahisseur qu'envers les généraux qui, tel Gamelin, ont permis une telle déroute. Commençant l’apprentissage d’une vie communautaire dans les conditions les plus précaires, dans le dénuement, la promiscuité et l’apathie de la défaite, ils recourent vite au système D qui leur offre un bouclier protecteur contre ces Allemands qui n'arrêtent pas de répéter : «Krieg gross malheûr !» et qu’ils regardent avec amusement et ironie, car ils «témoignent à notre égard d’une admirable patience, une sorte de longanimité qui est peut-être du calcul». Les prisonniers ne savent trop quoi penser de Pétain et de son gouvernement, éprouvent une méfiance instinctive envers les Anglais, mais sentent naître de l'intérêt pour un certain général réfugié à Londres.

Pater et le caporal font une première tentative d'évasion, bien maladroite et inefficace. Vite repris, ils sont dirigés vers la prison tout d'abord, vers l'infirmerie ensuite. Alors que selon les «bouteillons» (= rumeurs) ils doivent être bientôt libérés, on les fait monter dans un train blindé dont on leur a dit qu'il allait à Châlons. Mais, au bout de trois jours de voyage, c'est en Allemagne, près de Berlin, qu'ils se retrouvent, à Luckenwald, puis à Friedrichsfelde, dans des camps où la vie collective s’organise de façon plus sérieuse, où de petits groupes se constituent par affinités de caractères, où se déploient de nouveau la débrouillardise et l’ingéniosité française, mais où ils doivent aussi, surveillés par les «schupos», travailler sur les voies ferrées, pour «la grosse Rèche» (= le Grand Reich), côtoyant ainsi des juifs allemands, tandis qu’au hasard de leurs passages dans la capitale, ils croisent des ouvriers français recrutés par le S.T.O. ou des membres de la L.V.F., la Ligue des volontaires français contre le bochevisme qui allaient combattre les Soviétiques au côté des Alemands. Puis le caporal travaille en usine sur «une machine emporte-pièce».

Au-delà du travail, celui qui porte le matricule 24772 nous brosse une petite chronique du camp : la faim, les «organisations chasse-cafard» (rassemblements nocturnes impromptus, jeux de société, manifestations sportives [«les gueux du stade»], théâtre, bibliothèque). Mais il y a aussi des moments superbes comme ce réveillon auquel les prisonniers sont invités un à un (et en cachette des hautes autorités) par une sentinelle borgne qui a connu la grande Guerre («Das war Krieg !») et qui finit par demander sa mutation sur le front de l'Est ; comme celui où des promeneurs allemands s'arrangent pour leur faire passer casse-croûtes et menues douceurs ; comme la lecture d’’’Autant en emporte le vent’’ qui lui fait souhaiter : «Puisse la France rester sudiste contre la marée des carpet-baggers, d’où qu’ils viennent

Il est séparé de Pater, mais fait de nouvelles connaissances, dans la grande fraternité des soldats désœuvrés. Ce qui ne l’empêche pas, n’espérant plus en «la liberté officielle timbrée au double sceau de la francisque et de la croix gammée», n’attendant «pas plus les cosaques rouges que les bénisseurs de Vichy, les magnanimes de Berlin ou les preux de Londres», à avoir des «réflexions évasives», à penser à «me tailler ma route à mon idée, choisir mon cap, appareiller à mon heure» pour retrouver Paris, la rue de la Clef et sa compagne, Nana. Déjà quelques évasions ont eu lieu : certaines ont échoué, mais d'autres ont certainement réussi puisque les fuyards n'ont pas été revus. Aussi Perret se procure-t-il des papiers, se constitue-t-il une réserve de nourriture et une garde-robe civile, et tente-t-il l'aventure, seul, à pied, petit «homme noir qui s'en va par la plaine». Après quelques errances dans la banlieue de Berlin, il prend le train ; demeurant aux aguets dans le couloir, il réussit à échapper au contrôleur, mais, un peu plus tard, à quatre kilomètres de la frontière, il est arrêté par un Belge qui le rend aux Allemands. Et c'est le retour au bercail, accompagné des représailles d'usage : il est enfermé dans le camp de Lichterfeld, «siège de la compagnie de discipline» réservée à ceux qui ont tenté de s’évader, où il subit des tours de vis supplémentaires. Cependant, il n'y reste pas longtemps ; avec deux nouveaux camarades, récidivistes de l'évasion, il tente une nouvelle fois sa chance. Hélas, il tombe dans le piège du même contrôle que précédemment. Il lui faut revenir au camp de discipline, toujours plus encombré. Il y retrouve des têtes connues car les récidivistes sont toujours les mêmes. On y mijote de nouveaux et mirifiques projets : passages souterrains, combines diverses et compliquées, inexécutables. Et il repart avec, cette fois, des vêtements fignolés, la conviction de réussir et quatre compagnons. Ils doivent séjourner cinq semaines à Berlin, où il essaient d’obtenir de faux papiers, vivent au milieu des clochards, passent la nuit dans une cabane au centre d’un cimetière. Ils prennent enfin le train mais séparément, et c'est caché à l'intérieur d'une banquette sous les fesses d'un couple de Français compréhensifs qui travaillent en Allemagne que le caporal traverse tous les contrôles et finalement la frontière, arrive à Paris et atteint son logis rue de la Clef : «Coups de sonnette et coups de sonnette. Silence. Puis contre la porte une voix qui savait déjà : C'est toi?» Il a retrouvé Nana.
Commentaire
Jacques Perret n'a pas classé parmi ses romans, mais dans la rubrique “souvenirs”, cet ouvrage écrit à chaud, de 1943 à 1944, dans la clandestinité du maquis, car il entendait rappeler qu'il s'agissait là non d'une fiction, mais bien d'événements réels, à peine transposés mais présentés de manière pittoresque, dans un texte minutieux, divisé en chapitres titrés.

Il y dressa un impressionnant tableau de l'époque et des portraits des protagonistes, où chacun se distingue par l’habillement, le passe-temps ou la façon de s’exprimer. Il y décrivit par le menu, comme François Ambrière l’avait fait en 1940 dans ‘’Les grandes vacances’’, le cadre de vie, les tenues vestimentaires, les corvées quotidiennes, les repas, présentant ainsi une image à la fois sévère et «vivable», acceptable en fin de compte, de la captivité. Il sut, dans ses descriptions de chambrée et ses transcriptions de discussions typiquement masculines, dans ses évocations de l’amitié entre hommes, de la solidarité entre prisonniers dans le creuset du désespoir, de la reconquête de la liberté, regarder avec humour, avec férocité parfois, mais sans méchanceté, l’homme dépouillé de tous ses artifices qu’est devenu le prisonnier, l’homme nu dans sa vérité, sa grandeur et ses petitesses : «Fouille à poil, bras levés, bouche ouverte et doigt du sous-off où je pense

Mais il mêla à ses souvenirs ses rêveries, au réel la poésie. Ainsi, il exprima aussi son obsession de la marque qui aurait été laissée par les Français dans le camp de prisonniers en Allemagne, où, pour lui, « désormais, l’écho s’est assoupli au parler français et dans notre carré de barbelés le sol tant piétiné en long en large et en rond gardera longtemps notre trace, comme on voit sur la plaine les vestiges du parc à moutons et même je ne serais pas étonné si, dans le lotissement qui succédera un jour à nos baraques, les gens prenaient à leur insu un léger accent français, tant nous saturâmes cet enclos d’effluves essentiels. » Et, les gardiens allemands étant atterrés par leur mépris du travail et de la discipline, par leur sens quasi inné de la fainéantise organisée, célébrant la débrouillardise française, il alla jusqu’à se réjouir de voir que «dès les premiers arrivages de travailleurs français, le marché noir à Berlin fit un boum et plusieurs tavernes furent aussitôt affectées aux conciliabules de la resquille et conspirations mercantiles. Il est plaisant bien sûr de voir fleurir aux dépens de l’ennemi une virtuosité que les honnêtes gens condamnent. Le patriotisme y trouve son petit compte et la science des moeurs en pourra déduire l’éclatante supériorité de notre fonds psychologique. J’en suis absolument convaincu. Le système Démerde écrasera tous ses concurrents, les systèmes Taylor, celui de Copernic, le respiratoire et le métrique. C’est le système français par excellence et tout le monde sait que le ‘’Discours de la méthode’’ n’en est que le précurseur, que Bossuet en prononça l’éloge, que Louis XIV en fit un usage constant, que le Parlement en est le prestigieux mainteneur. C’est le génie même de la France, l’instrument de son relèvement, le gage de sa pérennité

On suit le caporal dans sa poursuite obsessive du rêve de l’évasion ; on s'attache à son acharnement, au long de cette longue route, pleine d'embûches. Mais il sait aussi exercer une autocritique : «Bravo ! me dis-je [...] je te félicite ! tu as battu le pavé de Berlin pendant cinq semaines, pour en arriver tout bêtement à l’aventure du train, sans papier ni billet, comme un novice. Pire : comme un poète ou comme un imbécile, tu as pris pour gain chaque jour qui passait, rêvant que le diplôme d’évadé se décernerait au chronomètre. Ton sacré tempérament dilatoire t’entraîne-t-il à empiler les heures, accumuler les semaines, engranger les années, convoiter le temps comme une richesse en soi, une panacée, une fin? Méfie-toi, la pente est fatale. Pardon ! me rétorquai-je, si je me fais repincer, je me serai toujours payé cinq semaines de libre vadrouille. C’est bon à prendre dans une vie

Le mérite de Jacques Perret est de montrer la guerre et ses conséquences sans le manichéisme outrancier qui est trop souvent de mise. Au demeurant, il parla rarement des «Nazis» mais des «Allemands», des «Boches», des «Chleuhs», des «Fritz», des «Frisés», des «Frizous», des «Fridolins», etc.. C'est l'esprit germanique qu'il tourna en ridicule ou encore (ça lui arriva) qu'il admira pour telle ou telle capacité ignorée des Français.

De façon très paradoxale, ni lui ni ses camarades ne pensaient en termes politiques : d’ailleurs, qu’aurait eu à faire la politique en ce temps de chaos? Des pointes idéologiques jaillissent ici et là, dans la bouche de certains Allemands trop zélés (qui vantent la construction de «l’Europe Nouvelle», de «la grosse Europa», de «l’ordre néo-teutonique», à laquelle les prisonniers étaient appelés à participer, alors que, pour lui, c’est «le jour où l’Empire faillit échoir à François Ier [que] l’Europe a loupé une belle chance.») et dans celle des planqués comme M. Mercadier (administrateur d’une compagnie pétrolière, officier et, pour lors, nanti d’«un petit boulot dans la comptabilité de camp»), mais les prisonniers n'y portent guère attention.

Ce qui court au long du livre, c’est l’amour de la France qui anime le caporal : «J’aime tout jusqu’à un certain point, la piquette, le rhum, la nouille, l’Allemand, la poésie, la femme, le bombardement, la sieste, la liberté, la servitude, moi-même enfin. Une des choses que je serais tenté d’aimer sans borne, c’est la France, mais j’en suis fort à propos défendu parce qu’elle exige justement un amour tout ce qu’il y a de plus défini, tracé, limité.» Il se révèle monarchiste : «Charles VII n’était pas reluisant, mais dans les ténèbres il était encore la petite flamme où brûlait l’amour, la foi, l’espoir d’un peuple qui croyait à son père.» Sa fidélité au souvenir de la vieille France, ravivée par la lecture du ‘’Louis XI’’ d’Auguste Bailly qui le «remplit d’une de ces exaltations françaises dont je suis friand», l’empêche d’adhérer au «revival» patriotique organisé par Vichy : « Je me demande en quoi Pétain incarne la France.» - «Pétain ne peut pas toucher les écrouelles ni pendre qui il veut

Faut-il que le patriotisme conduise à ces déplaisants propos antisémites distillés, comme il se doit, avec la prétention de ne pas l’être :

- «Les commandos juifs allemands [...] Rien que des banquiers qui bourrent des traverses. Je ne suis nullement porté à la persécution et je n’ai pas moi-même pour la pioche et la pelle une passion telle que je ne puisse tolérer qu’on préfère vendre l’outil à terme plutôt que de le manier à l’air vif des chantiers et je respecte trop les crânes de calculateurs pour me réjouir de les voir se pencher et suer sur de rustiques labeurs quasiment gratuits. Mais enfin, dit-on, changer de travail délasse et après des siècles de spéculation, une petite saison de bourrage sur les voies aryennes, ça permet des mises au point trop longtemps différées. D’ailleurs on a tout à fait tort de croire que les Juifs aient autant de répulsion pour les chantiers que pour les champs de bataille. Ils ne sont pas physiquement inaptes aux travaux manuels. Immémoriale calomnie enfin dissipée, la pioche ne leur tombe pas des mains parce qu’ils ont une figure un peu blême et le cheveu frisotté. Bien encadrés, bien exhortés, ils font leur petit boulot ni plus ni moins qu’un chrétien moyen et toute leur ascendance de prêteurs et changeurs n’y peut rien. La pioche-à-bourrer n’est pas regardante sur la question, elle pardonne volontiers aux mains qui la découvrent après un mépris millénaire ; deux ou trois ampoules, saintes ampoules, et n’en parlons plus, ça vaut largement un certificat de baptême. J’ai noté au demeurant que beaucoup de ces néophytes apportaient à leurs travaux une certaine application, une sorte de curiosité même, comme si les plus secrètes joies de la fatigue, leur fussent révélées. Le soleil et la pluie répandent leurs bienfaits sur ces visages naguère livides, les myopes à lunettes prennent un petit air bonhomme d’ouvier soigneux, partout déja l’on voit percer sous la graisse fondante le muscle honorable. Le tableau est émouvant, je crois voir enfin sur ces fronts fraîchement lavés par les sueurs prescrites se dissiper l’anathème qu’on nous disait jeté pour la fin des siècles. L’expérience est à retenir. Mais fasse le Seigneur que ne soient infligées au peuple élu d’autres plaies que le travail.» (cette dernière phrase tentant de corriger, à la lumière de ce qui, en 1947, était connu de la Shoah, le net racisme du tableau) ;

- «Salut, ô commando juif attaché à la glèbe caillouteuse, ô rejetons des illustres banquiers des rois de Prusse, je ne m’en fais pas trop pour vous, allez, vous saurez la faire payer votre sueur, je suis tranquille !»
Le pessimisme est exprimé par Ballochet («Nous ne serons sauvés par personne et nous passerons de l’esclavage à la servitude... Pas plus de lueur à l’occident qu’à l’orient... Habitués à la nuit, on se fout de la lumière, on refuse la lumière, on piétine les braises... Comme un ballon poreux, la terre perdant son âme descend lourde et fripée au fin fond des ténèbres... La terre est livrée aux insectes... [...] Je bâtis mon donjon. [...] Le donjon est le plus noble édifice que l’homme ait jamais construit. Au sommet de l’humanité, il y a le seigneur et son troubadour.»), tandis que, le caporal gardant toujours une part d’ironie et même de moquerie sur son propre sort, ce livre passionnant donne une formidable leçon d’optimisme : il y est affirmé que l’espoir est «le maître-outil de l’homme libre».
Au-delà de l’histoire proprement dite, c’est le ton de la narration qui fait l’intérêt du roman, qui rend la lecture quasi jubilatoire. L’auteur aligne de nombreuses anecdotes sur la vie de ces prisonniers français, raconte ses multiples avanies et mésaventures, ses évasions et ses échecs, sur un ton souvent cocasse, même si le sujet ne prête pourtant guère au rire.

Aux imparfaits du subjonctif se mêlent des termes et expressions argotiques tels que :

- «bénard» : pantalon ;

- «binoclard» : qui porte des lunettes ;

- «avoir à la caille» (quelqu’un, quelque chose) : ne pas supporter, ne pas admettre, éprouver de la rancoeur ;

- «calendeau de frangine» : fromage envoyé aux prisonniers par des religieuses ;

- «chnoque» : vieillard ;

- «clodo» : clochard ;

- «coinchée» ou «belotte coinchée» : une partie de cartes ;

- «croquenots» : chaussures ;

- «faire gaffe» : faire attention («faire gaffe à ne pas se gourrer de train») ;

- «galure» : chapeau ;

- «gogues» : latrines dont on apprend que c’est «le mot bilingue adopté par les Allemands» ;

- «pajot» : lit ;

- «piaule» : chambre ;

- «avoir le pot» : avoir de la chance ;

- «rab» : ration supplémentaire ;

- «singe» : viande en conserve ;

- «tarin» : nez ;

- «tireaucul» : paresseux ;

- «trouillard» : peureux ;

- «zig» : homme.

Jacques Perret a aussi déployé l’étonnante palette des langues d’oil d’une France encore rurale : le solognot, le vendéen («richard » y est prononcé «rrrichor»), l’angevin, le tourangeau («Ah ben sûl ... nous flont hamais tant lîle qu’y nous font hchier !»), le berrichon, le cht’mi, le parigot (avec ce commentaire : «Il y a dans l’accent des Parisiens bien nés cette haute patine des siècles, ce ton conseilleur et de suprême sagesse qui font penser au verbe divin. Étant admis que Dieu parle français, il n’est pas inconvenant de lui prêter l’accent parisien.»).

L’allemand affleure évidemment sans cesse : «L’heure et le lieu étaient verboten aux malades» (interdits) - «Kraft durch Freude» («La puissance par la joie») - «Ruhe ! Mensch !» («Du calme ! Homme !») - «Kriegsgefangene» («Prisonniers de guerre») - «Morgen Pariss, morgen England kapout» («Demain Paris, demain l’Angleterre vaincue») - «ausweis» («permis»). Il est souvent déformé de façon plaisante : «Wass machen sie da mench dou passmal aouf menche !» («Que faites-vous, vous qui passez par-dessus les autres !») - «Nix essen, nix arbeit !» («Pas de nourriture, pas de travail !») - «Bons arbèteurs» («Bons travailleurs») - «Rèchebane» («Reichbahn» : les chemins de fer allemands) - «les Franzozes» («les Français») - «Nix billet, compris? Verchten? Chht, bitte, mine de rien mais voui, ia, ich raous ein moment, à tout à l’heure.» («Verrchten» : déformation de «verstehen» : compris ; «Bitte» : s’il vous plaît) - «Bitté-cheune» («Bitte schön» s’il vous plaît) - «la grosse Deutche» («la grande Allemagne») - les «schupos» (de «Schutzpolizist», policiers) - «la Vermaque» («la Wehrmacht» : l’armée allemande) - «fruchtuquer» (prendre le «Frühstück», le petit déjeuner) - «nous, les fluchtiges» (les fugitifs). Quant à la référence à «sous les tilleuls», c’est la traduction du nom de la principale artère de Berlin ‘’Unter den Linden’’.

Inversement, les Allemands déforment le français : «Pourquoi toute cette collective assemblage, messieurs?» - un ancien combatant de la guerre de 1914-1918 évoque «Zommé, Verdounn, Chémine des Damès, Éparches». Jacques Perret insista sur leur rauque prononciation : «Vous êtes un karôtteûr, il faut travailler» - «Ach mensch ! kolik, kolik, unmer kolik ! zu viel essen, ia, manger trop beaucoup, ia, mozieur !» - «Pariss-Kôniak-Madam» - «mozieur Perrett».
Le style est allègre, savoureux.

L’invention verbale est constante ; on remarque :
- des créations : «les deux paires de bottes tapageaient » - «pique-minette» (variation sur «potron-minet») - des francisations de mots anglais («sandouiches»), à la façon de Raymond Queneau ; mais on s’étonne de «balles grafignant les ormeaux», le mot semblant une particularité québécoise ;
- des pointes de satire :

- «un magnifique sous-off de haut lignage, aristocrate wurtembourgeois du genre baliveau décoratif à profil d’aigle courtois»

- «À force de pagaye, de chienlit et de burlesque, le scandale disparaît et l’indignation crève de pléthore. C’est toujours comme ça au seuil des temps nouveaux et le mieux qu’on ait à faire c’est de se frayer un petit passage dans le chaos

- au pasage, Jacques Perret égratigne Péguy, se demandant : «Qu’eut fait Péguy? Un poème pour le Maréchal, comme tous les poètes, je suppose, en disant à ses amis : ’’J’ai beaucoup tourné autour du pot, mais c’est bien ce que je pensais, je ne suis pas un vrai républicain’’. Mais je garantis qu’il eût vomi les Allemands, en quelques notes subrepticement conjointes et bihebdomadaires.» ;

- il se moque de l’obsession de l’hygiène : «On sait que l’hygiène a une capacité de rachat illimitée, et que cette notion n’est pas particulière à l’Allemagne. Je ne parle pas seulement des prisons modernes, oubliettes à eau courante et cachots climatisés, mais par exemple de ces fermes modèles dites groupes scolaires où les lavabos céramiques ont remplacé la prière au Saint-Esprit. L’hygiène balayera d’une haleine au menthol rédempteur les derniers miasmes de la civilisation. Cuistres qui condamnez vos aïeux parce qu’ils posaient culotte dans les taillis de Versailles. » ;

- il assène son mépris pour «la foule, une vraie foule d’infusoires qui m’accepte et m’assimile dans sa masse torpide entraînée par le courant » ;

- il épingle «de nombreux Italiens du type raclure de Riviera» ;

- il vomit la propagande : «La propagande, cherchant à convaincre les masses, est un art qui tend à se perfectionner dans l’abjection.» ;

- il ironise sur sa propre propension à l’illusion : «les évadés en Discipline bâtissent planques en chiottes comme châteaux en Espagne
- des accumulations plaisantes : «Nous visitâmes des camps lointains à la poursuite de filières douteuses, nous hantâmes les halls de gare y cherchant le permissionnaire fourgueur de perm, nous bûmes en des bars fumeux parmi leur clientèle d’oisifs aux aguets, nous eûmes des rendez-vous, des prises de contact, des entrevues, des hochements de tête mystérieux, des mine-de-rien-tiens-ta-langue, des moues prétentieuses, des gestes fluides, nous rencontrâmes des gangstères à sang de navet, des demi-sel sentencieux, des fricoteurs pour pas cher, des faiseurs de promesse talentueux, des apprentis de grand avenir, des cloches fêlées, des faisans archiplumés, des mystérieux sans mystère, des brochetons voraces, des enfants de salaud, des goujats et même un ou deux flibustiers de grande allure
- des envolées parodiques :

- «l’écume de la débâcle et tout ce bel attirail qui devait briller sous les Tilleuls berlinois et parader sur les Champs-Élysées» ;

- «L’écho des douches et ses eaux vives, le phénomène est connu, fait de chaque baigneur un triton pipeur, c’est le réflexe hydro-musical et les plus grognons s’y laissent prendre» ;

- «les sous-offs ont trouvé moyen de reconstituer la popote, je vois leurs postérieurs distingués soigneusement réunis dans un coin et leurs fesses choisies rangées en mol feston» ;

- «cette ficelle après tout, c’est mieux que rien, mieux que la taille libre ou la capote désemparée qui flotte sans foi ni courage comme un peignoir veule. À tout prix marquer la taille, serrer les reins, ça maintient la poitrine et ce qu’il y a dedans, ça empêche le restant de fierté de dégouliner» ;

- «Comme le stylite alexandrin, faux ermite que la terre captive encore, je considère à mes pieds le monde et ses passions.» ;

- «On part tout flambant pour une escalade triomphale, on s’écrase le nez dans la crotte, la grosse caisse éclate dans un nuage pestilentiel, l’estrade vous tombe dessus et dans les yeux pleins de plâtras les mirages se payent du bon temps» ;

- Monsieur Mercadier «était de ceux qui se moulent à l’uniforme, s’étayent sur les galons et s’épanouissent sous le plumet» ; il avait été «un fier boulon de la charpente capitaliste, un beau fruit mûr de la bourgeoisie et en fin de compte une loque solennelle» ;

- les amours entre prisonniers français et Allemandes sont magnifiées : «Des guirlandes de coeurs se sont accrochées aux barbelés et l’amour traqué, furtif, ténébreux, a quand même fleuri, souvent fructifié à l’ombre des schupos embusqués ; inquiètes étreintes, soupirs étouffés, baisers pendables tapis dans la rumeur des bottes, infidélités monstrueuses, fastueuses revanches sur l’oreiller du vainqueur, cornards avantageux paradant sur l’Acropole, sublimes cocus raidis sur les steppes...» ;

- la prison est comparée à «la boutique du marchand d’oiseaux, quai de Gesvres, par une matinée de printemps. Tourterelle, perroquet, dindon, paon, coq, faisan, jars, cacatoès, gypaète et grand-duc font vibrer les cages d’un tumulte égosillé, le no 1 glapit, le 2 carcaille, le 3 cacabe, le 4 croasse, le 5 hulule, le 6 glougloute, tous les perchoirs sursautent et le duvet voltige par les judas cependant que le commis triste et vert dans la tourmente attend le retour de l’oiseleur attardé au bistro. Sa pauvre voix d’homme est impuissante et devant sa faiblesse la volière n’hésite pas à se faire ménagerie. Chacun retrouve au plus profond de soi-même le cri sacré de la bête : le no 1 brait, le 2 bêle, le 3 hennit, le 4 barrit, le 5 beugle, le 6 brame, des cornes s’accrochent aux barbelés des soupiraux, des griffes labourent les cloisons, ça sent le fauve et dans l’arche en folie le garçon de cage, triste et vert, attend le retour du dompteur en ajoutant au vacarme un jappement dérisoire.» ;
- des envolées lyriques :

- «Les ombres qui commençaient à s’ébrouer se figent incontinent et les dryades se claquemurent dans les écorces.» ;

- «la pluie [...] nous tient jusqu’au soir comme un vol de moineaux empêtrés dans la glu» ;

- est quelque peu fantastique la rencontre de Ballochet à qui «les vents stratosphériques purifient le teint» car il fait partie de «l’équipe à riper le brouillard» ;

- la nature dans l’Allemagne du Nord ne le laisse pas insensible : «Soyons juste, le ciel de Prusse a parfois des reflets et des patines de civilisé et j’y ai contemplé des nuages d’un style très vendômois» ;

- la vue du camp de Klausdorf, qui était fleuri, inspire cette amertume : «Je n’ignore point qu’en prenant de la hauteur on peut encore fleurir de rhétorique cette cage embaumée, festonner de boniments cette tôle printanière, en un mot déconner sur cette closerie d’esclacves bucoliques et raconter que l’homme libre n’est jamais qu’un artiste habile à tresser des guirlandes autour de son carcan [...] La petite fleur qui pousse entre les barreaux du soupirail, je la vénère, c’est la furtive aumône de la brise. Mais au diable leurs boutures de propagande sous l’oeil des feldwebels, au diable leurs sales oignons à fleurs insultantes. Honte aux fleurs de Klausdorf ! Que leur corolles flétrissent en exhalant le puant aveu de leur fourberie et que leur semence dessèche le sable où piétina l’inutile jeunesse des captifs !» ;

- le retour à la mère patrie est imaginé dans cette effusion : «Ô sources allemandes, vous ne ruissellerez plus sur mon corps promis aux soins des naïades parisiennes qui feront jaillir sur mes épaules l’onde agile et vaporeuse des vallées d’Île-de-France.» - «Avez-vous dans l’oreille le chant du linot? [...] Enfin l’oiseau poussait sa romance et soudain nous exaltaient toutes les ivresses de la nature, notre coeur bondissait dans les chemins creux de notre enfance, tout n’était que buissons perlés, taillis vaporeux, labours à reflets dorés, la grâce rurale enfin nous baignait d’indicible pureté» ;

- sont privilégiés les oiseaux de France : «Si l’oie est aux Vikings, le paon à Junon, le gypaète aux poètes et le vautour à la Sierra, l’alouette est aux Gaulois et tous les petits oiseaux gazouillent français ou sifflent argot» ;

- l’espoir en la survie de la France l’anime : «Pour bien se porter, il faut croire, croire rudement, croire aux fées, aux miracles, aux serments, aux voix, à Reims. Et tout le monde aujourd’hui (félons compris) postillonne au nom de la France. Vive la France ! bien sûr, mais qu’il serait bon, et simple et reposant et roboratif de savoir, ici, au fond de mon trou, qu’elle vit sur deux jambes, avec un coeur de chair, des tics de famille et une paire de choses bourrées de promesses.» ;

- de la rue Mouffetard, il a gardé l’immémorial souvenir de «la longue, longue farandole des vendeurs de salades et vendeuses de haricots verts, en surcots, braies, cotterons, chapel, aumusse, bonnet et casquette à pont.» ;

- le navigateur qu’était Jacques Perret compara la prison à un bateau : «Rencontre d’escale. Deux copains avaient embarqué sur le dur rafiot que j’allais abandonner. Demain je change de bord, je retrouverai d’autres pays et toujours cet air confiné du poste d’équipage où le destin vous happe en sandwich dans les couchettes de la bordée. Mais tous ces jolis navires sont en panne dans la plus dégueulasse des bonaces. Ô saint Yves, sainte Anne, sainte Barbe, Notre-Dame des Trop-Longs-Courriers, Notre-Dame des Biffins-Perdus, Notre-Dame de la Discipline, faites que souffle une brise, une tempête, un ouragan, du vent quoi, et tant pis si ça casse, il nous suffira d’un espar pour rentrer chez nous, et je vous fabriquerai un bel ex-voto qui sera une petite baraque dans une bouteille, avec tout son gréement de barbelés» - en cherchant à s’endormir, il vit la baraque comme un «brick ventru de sapin frais qui est en panne sur une mer d’huile, les vents passant toujours ou trop haut ou trop loin. C’est quand même une douceur pour l’esprit que faire voguer cette baraque au fil de Dieu, comme l’Arche. J’en suis l’ombrageuse licorne qui dans son box orne ses heures mornes en songeant aux fameux galops des jours secs. La colombe est en route peut-être, mais se posera-t-elle à de si méchants barreaux d’épines? Le réveil aux pigeons est un joli souvenir de Parisien. Plumes bouffantes et jabot rengorgé, oeil mi-clos, il roucoule sur la poterie rouge et le doux vrombissement descend par la cheminée comme un soleil vibré.» ;

- le mur de la prison offre un exutoire : «Le reclus tape contre le mur comme la guêpe aux vitres, c’est l’écran où surgissent, cheminent, s’éploient, passent, repassent, s’éloignent, se combinent et se multiplient ses espoirs, ses caprices, ses mirages et ses rognes.» et le matricule 24772 y inscrivit des poèmes dont il donne quelques extraits ;

- une chambre qui sert de cachette pour les vêtements qu’emporteront les évadés est célébrée : «Ténèbres enchanteresses où régnait une grisante odeur de dépouilles opimes» ;

- fut reproduite la musique que font les barbelés coupés : «Ding ! allègre détente [...] ding ! hymne discret pour trois coeurs battants et fols. Ding ! message infime décoché dans l’espace, gros point d’orgue irisé qui vogue vers la Mouffe pour éclater gentiment sur la toile cirée où Nana met la table.» ;

- un échec de l’évadé l’abat un moment : «La rue de la Clef n’est plus le haut sommet, l’infaillible lumière, le refuge des vérités, c’est au fond d’un vallon une lumière rosâtre qui bave dans la brume, une lumière embuée de soupe chaude. Que les vérités se démerdent toutes seules
- des envolées épiques :

- le maniement d’une hache inspire cet élan époustouflant : «Le geste est millénaire et immuable ; il s’accomplit à travers l’histoire comme le symbole des mâles vertus épiques ou justicières et son mouvement pendulaire parcourt les siècles parmi les défrichements sans fin, car les cimes renaissent et les têtes se redressent. Il y a vraiment de quoi s’occuper et s’en payer de belles tranches, au sens propre. Attention, les gars ! ça va barder ! élève de Mérovée lui-même, voyez un peu si je vous débite les Vandales en billes et les Ostrogoths en rondins. Ô soleil de Tolbiac ! ô Dieu de Clotilde ! illumine et bénis ce morne outil de misère et rends-lui par mes doigts son âme de cognée franque ! Ô fer, souviens-toi des grandes gueules carrées fendues par le mitan des bacchantes et que s’éveille encore jusqu’aux fibres du manche le bruit sensationnel des casques défoncés sur les pariétaux barbares ! Voilà, voilà, j’arrive, écartez-vous les archers, minute les arbalètes, comme à Bouvines ! et vlan ! le Fritz en mailles de fer fendu comme bûche dans une jolie sonnaille de grelots et hardi ! à grands coups fauchants dans le jarret des étalons mecklambourgeois, à grands moulinets à hauteur des épaules et voyez voltiger ce heaume garni avec son panache de plumes et de cervelle, Montjoie ! hachi hachons, sus à Othon, et les tanks, c'est comme les armures sous le merlin de Pépin, quand le coup est bien d'aplomb, ça se fend en deux avec tout ce qu'il y a dedans. Et maintenant, pour changer un peu, veuillez voir la technique du Grand Ferré : comme ça qu'il crachait dans ses mains, comme ça qu'il empoignait le manche et han ! dans le crâne du grand rouquin, jusqu'au menton seulement, parce qu'il n'a pas le temps, ils sont nombreux sur lui et les Grands Ferrés sont toujours seuls, et han ! et han ! en voulez-vous des rondelles d'Anglais? Bon Dieu ! je crève de soif, mon petit Surcouf, je te passe la main : à l'abordage ! eh là-bas sur le gaillard ! vos sabres de Sheffield c'est du fer-blanc, à moi les Bretons, sus aux Goddons ! la hache est pour cogner et la sueur des paumes franches lui remonte dans le manche. Fer, que veux-tu? Hêtre ou chêne? Pirate ou reître? Tous les sangs sont exquis et toutes les sèves te saoulent... dans le gréement du sapin couché où s'embusquaient les ennemis j'avisais des bras noueux pendus aux vergues, des jambes torses empêtrées dans les haubans et ma hache tournoyant défonçait les thorax en fauchant les étais : et hop ! je continue par cette grande main poilue tranchée au ras de l'écoutille. Ah ! rendez-nous nos armes, les vraies, les blanches, estoc et taille, et vous verrez le turbin. Les trois Durand contre les trois Schultz? je suis bien tranquille. Rendez-nous le champ clos des pures escrimes ; nos vertus sont désuètes, on les croyait éternelles, mais le peuple de musée a brisé ses vitrines, quel chahut, mes gars ! Père, gardez-vous à gauche, à droite et vlan ! et han ! les éclats voltigent, échardes de lances, et mon fer est poissé de caillots de résine. Le commando, c'était une feinte, une cinquième colonne, à moi les hacheurs-voltigeurs, debout les francs-hachiers, les beaux jours sont revenus qui nous rendent les grands gestes et le combat debout, la revanche est au tranchant du fer, et vlan, clac, han ! oyez les gars, c'est l'heure hache qui sonne.» ;

- l’arrivée de la gamelle dans la «piaule» suscite cet hymne : «Gamelle unique et sans nombre, idée de gamelle innombrable infiniment identique, servile faïence si dure, si blanche, si lisse, si glacée qu’elle va de soupe en soupe et d’homme en homme, rebelle au culottage, intolérante au souvenir, insensible au couteau qui la voudrait graver d’un nom pour lui donner du goût. La casser comme fit Diogène? Sacrilège, crime de lèse-troupeu, c’est le vase sacré de l’Europe Nouvelle, l’emblème de la ration universellement rationnante, le graal enfin gradué, implacable vaisselle, hallucinant témoin d’un siècle promis aux pullulations anonymes plus barbares que les grands Barbares.» ;

- au printemps, la perspective de l’évasion exalte : «Je vais péter les barreaux, sauter dans la ronde, piétiner les pâquerettes, détaler dans un nuage de pollen, culbuter les schupos verts sur les routes poudreuses et tomber à pieds joints sur le paillasson de la rue de la Clef, Paris-Ve. Alors, tout haletant d’une fuite triomphale, le front radieux sous la balafre des barbelés rompus, je jetterai sur la toile cirée familiale, comme un trophée de revanche, ma plaquette de prisonnier et le 24772, enfin désincarné, retombera dans le domaine public.» ;

- «Toute la piaule était regonflée, saturée de souvenirs épiques, projets hardis, combines extravagantes, itinéraires frontaliers, passeurs, faux papiers, filières secrètes, mots de passe, complicités saugrenues, histoires de chiens et de gabelous, de bistros félons, coups de fusils et planques secrètes, bons mots jaillis à la barbe des schupos, fières attitudes devant l’adversité, esquives géniales et captures burlesques.» ;

- «Le mot bourdonne et claque et vrombit dans tous les chantiers et tous les ergastules de l’Elbe à la Vistule... et je me suis endormi sous la vision panoramique de hauberts sanglants, de carrés héroïques et de dernières cartouches dans la grande rumeur des généraux vaincus invectivant le destin» ;

- La ronde des prisonniers est ainsi chantée : «Il arrivait parfois que l’allure de la ronde, tout en conservant les apparences sonores du pas gymnastique, n’évoquât plus à l’oeil qu’un piétinement fantomatique, un soubresaut, la pulsation d’un monstre moribond lové pour l’agonie. Cette rumeur tournante des pieds nus sur la piste martelait les oreilles comme une incantation primitive et l’univers entier tremblait à ce rythme comme si de l’arène rituellement foulée depuis des siècles, heurtée d’inlassables appels, devait enfin surgir quelque dragon vengeur et fulminant, Antée triomphant, Pan soi-même, ou les cuirassiers d’Iéna sabre au clair et crinière au vent.» - «Sur cette piste pilonnée, tassée, modelée, durcie par l’innombrable claquement des fiers beaux pieds de fantassins vaincus, sur cette arène archipelotée par le piétinement des pelotards impatients? Fera-t-elle, dans les maigres avoines prussiennes, un cercle stérile et commémoratif? Verra-t-on pousser au contraire une couronne d’épis plantureux, ou quelque cirque revanchard de coquelicots arborescents? [...] Ou bien se dansera-t-il à chaque lune, et jusqu’’à la consommation des siècles, la ronde nocturne des immortels rétifs?» ;

- la reptation à laquelle l’«ober-lieutenant» obligeait les prisonniers lui fait y voir  «les sacrifices humains du rite aztèque, Moloch, les triomphes d’Assurbanipal, le troupeau de crocodiles montant sur la grèvre, les esclaves de Malikoko roi des Niam-Niam, Canossa, Duchnokiev et ses otaries savantes, ainsi divaguais-je en me raclant le nombril sur le sol et recrachant bruyamment la poussière tandis qu’autour de moi murmurait à l’étouffée un clapotis d’apostrophes et que déferlait sur les bottes du mannequin tout le florilège de l’invective gauloise
Voilà qui permet de souligner la richesse des allusions cultivées :

- celle à Caliclès et Protagoras ; celles à Tite-Live ou Cornelius Nepos («ils forgeaient leur propres fers...’’In vinculis’’, ils furent jetés dans les fers ; cette belle synecdoque m’a fait fait souvent rêver en suçant mon porte-plume. Je voyais des guerriers empêtrés dans un bruyant magma de chaînes , javelots brisés, boucliers cabossés, glaives rompus. À la ferraille , les vaincus !») ;

- celle à Shakespeare : «un petit arrosoir résonna comme un chaudron shakespearien» ;

- les citations littérales («Écouste, bûcheron, arreste un peu le bras !» qui est de Ronsard - «ô temps, suspends ton vol» qui vient du ‘’Lac’’ de Lamartine qu’on trouve encore dans : «Embarqué comme barreur discret sur la barque d’Elvire, il eût fait bâiller Lamartine») ou plaisamment détournées («Tout est perdu fors la peau», la vraie phrase étant citée ailleurs : «François Ier l’a déjà dit à Pavie : tout est perdu fors l’honneur» - «les douches caudines» - «Virgile a raison de le dire ; ceux que Jupiter veut perdre il leur envoie une rage de dents.») ;

- Jacques Perret se souvint d’«une très vieille chemise bleu molletonnée dont je fis acquisition en 36, à Salamanque, sous les arcades d’une sombre boutique où m’avait introduit l’ombre de Gil Blas», clin d’oeil au roman de Lesage ;

- le prisonnier se compare «à Vercingétorix, à Du Guesclin, à François Ier, au masque de Fer, voilà des gars qui avaient le droit, comme on dit, de l’avoir à la caille. Très salutaires, ces confrontations historiques. J’échangeais volontiers mes impressions avec ces héros devenus plus familiers dans l’intimité du cachot. Certes j’entrais dans les grandes prisons de l’histoire par la toute petite porte mais Jean le Bon à la Tour de Londres était mon compère et François Ier me racontait de curieuses choses sur les bouteillons madrilènes et la gamelle espagnole, sur sa relève par les Enfants de France désignés par Charles Quint, sur tous les les ignobles marchandages de l’Empereur.» ; il cherche la compagnie «d’évadés célèbres tels que Latude et le baron de Trenck qui m’enseignaient la modestie par le récit de leurs prouesses.» ;

- subissant dans le train la brûlure d’un tuyau, il y résista : «Je commençai par tourner mon cas en dérision par rapport au supplice de saint Laurent, ensuite le souvenir me vint du jeune Spartiate».
Jacques Perret s’amusa encore parfois à des effets sonores :

- «Ton thé t’a-t-il ôté ta toux ô Théétète, tant athée tétant de Thétis un téton tant tâté? dit en tête à tête au tatou ton titan têtu tout tatoué

- «Je m’exerce à dire Schlesischer le plus naturellement du monde : Schlesischer Schlesischer Schlesischer Schlesischer Schlesischer Schlesischer, si bien que ma bouche sèche épanche sous le guichet un pâteux chuchotement de chuintantes remâchées».
On comprend que ‘’Le caporal épinglé’’ a mérité le succès qu’il a reçu, rendant célèbre Jacques Perret et le plaçant au premier rang des écrivains de l’après-guerre.
En 1961, l’histoire fut portée à l’écran par Jean Renoir
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