Marcel Proust, Le temps retrouvé (publié en 1927)





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Marcel Proust, Le temps retrouvé (publié en 1927)


Raoul Ruiz, adaptation, 1997.

I) De l'écrit à l'écran: les problèmes particuliers posés par A la Recherche du Temps perdu:

Monument de notre littérature réputé d'accès difficile, Le chef d'œuvre de Marcel Proust " A la recherche du temps perdu", constitue un défi à l'adaptation cinématographique. Les cinéastes que l'on attendait, Losey et Visconti ont été souvent tentés mais ont renoncé... Pourquoi? Comme Céline aussi, et d'une manière générale tous les écrivains qui ont un style d'écriture très prégnant (pour Proust, les fameuses longues phrases, l'ironie, les métaphores), la transposition en images peut s'avérer périlleuse. Difficultés particulières à Proust: Présence permanente d'un narrateur – personnage, qui dit "je" et qui "raconte" sa vie passée , (sauf pour un Amour de Swann écrit à la 3ième personne) mais qui est témoin (observateur qui restitue ce qu'il a vu et entendu) largement aussi souvent que sujet agissant (le héros, le protagoniste) ; une absence d'histoire au sens traditionnel du terme, sauf pour Un Amour de Swann et ans une certaine mesure, "le roman d'Albertine": La Prisonnière et Albertine disparue, avec pour corollaire, la difficulté, d'isoler des quelque 3000 pages (plus environ 1000 pages d'esquisses publiées en fin de volume et dans lesquelles R. Ruiz a puisé), autre chose que ces trois volumes (qui ont été adaptés). Nous avons plutôt une suite de chroniques du passé du narrateur et de son entourage, en fait une sorte d'autobiographie de ce dernier avec de nombreux "blancs" et peu de repères temporels. Le lecteur se rend compte peu à peu pour n'en avoir la certitude que dans Le Temps retrouvé qu'il s'agit en fait, de l'histoire de la vocation d'un écrivain. Et c'est bien entendu très difficile pour le cinéma d'adapter une œuvre qui conclut à l'indépassable supériorité de la littérature, sans en changer le sens! Enfin, que faire à l'écran de tous les développements, parfois fort longs, au présent de vérité générale (entre autres sur l'amour, la jalousie, l'amitié, l'homosexualité féminine et masculine, le snobisme, les comportements irrationnels et imprévisibles, la comédie mondaine aussi bien qu'humaine, la création artistique, la mort, le temps perdu et la mémoire

affective qui permet de le retrouver…) qui relèvent du genre de l'essai?

A cela s'ajoute la volonté de Proust qui écrit au moment des débuts du cinéma (et qui semble y avoir été insensible) de rejeter ce qu'il appelle "un récit cinématographique".
Raoul Ruiz a relevé le défi d'adapter Proust en commençant par la fin, avec Le Temps retrouvé, ce qui comme bien des paradoxes n'est qu'apparent, car, nous le verrons, le début du Temps retrouvé adapté par Ruiz, à travers l'évocation, à travers de photos de l'auteur- narrateur et de ses personnages nous renvoie à l'enfance du Narrateur enfant et donc au début du cycle avec le 1er tome de Du côté de chez Swann, Combray. Cette démarche "pédagogique" demande tout de même un effort de la part du spectateur, car il faut en faire un pour entrer véritablement dans l'univers de Marcel Proust, même transposé à l'écran!

Pour moi, le défi sera de rendre compte de l'œuvre, en quelques pages et en m'appuyant surtout sur le dernier volume!
II) Présentation générale de La Recherche.


  1. La genèse: Marcel Proust (1871-1922): une vie brève, marquée par la maladie (grand asthmatique depuis l'âge de 10 ans, ce qui lui vaudra d'être réformé). famille de la grande bourgeoisie parisienne, mais un peu atypique car "mixte"; son père est agrégé de médecine et catholique, mais sa mère Jeanne Weil est juive (fille d'un riche agent de change) et ne s'est jamais convertie; les enfants Robert et Marcel sont cependant baptisés catholiques. Jeune homme élégant et brillant, reçu dans les salons les plus fermés, Marcel mène une intense vie mondaine; il publie un peu en dilettante, quelques essais et des chroniques au Figaro et au Gaulois. Le "grand" monde ignore qu'il écrit une première ébauche de La Recherche (1000p!), un roman à la 3ième personne inachevé et qu'il n'a pas cherché à faire éditer, Jean Santeuil. Puis, à partir de 1908 et jusqu'au printemps de 1922, il s'enferme pratiquement (on parle pour lui de véritable "claustrophilie", à partir de ce moment-là), malgré quelques "échappées" , et surtout à la fin très malade, dans sa chambre, avec pour principale compagnie sa gouvernante Céleste Albaret, pour écrire A la recherche du temps perdu. (c'est d'ailleurs ainsi que le représente Raoul Ruiz dans son film). Malgré la célébrité mondaine de l'auteur, le premier volume, Du Côté de chez Swann (1913), ne trouve pas d'éditeur; seul Bernard Grasset l'accepte, mais à condition que ce soit à compte d'auteur; c'est ainsi que paraît en 1913 la 1ière partie: Combray. Finalement, Gaston Gallimard se ravise et publie la suite. Proust connaît d'abord un succès d'estime, la critique salue l'œuvre et en 1919, le 2ième tome: A l'Ombre des jeunes-filles en fleurs obtient le prix Goncourt et le succès. Suivent Le Côté de Guermantes (1920-1921) et Sodome et Gomorrhe (1921-1922). Lorsqu'il met le point final à son œuvre au printemps 1922, il dit à Céleste Albaret.: "maintenant, je peux mourir", ce qui se produit quelques mois plus tard. Les derniers volumes, sont publiés à titre posthume: La Prisonnière, Albertine disparue (La Fugitive) et le Temps retrouvé.

  2. Une autobiographie? Le statut du narrateur par rapport à l'auteur et les problèmes du genre: La présentation du titre, voulue par Proust est très importante et sans doute volontairement ambiguë¨: Marcel Proust, au-dessous, A La recherche du temps perdu, semble annoncer une œuvre autobiographique, et c'est le choix de lecture, entre autres de Raoul Ruiz. Cependant, absence complète de ce que l'on appelle "le pacte autobiographique" permettant d'identifier l'auteur et le personnage principal et le narrateur, comme une seule et même personne. Certes, on peut dire que le Narrateur se prénomme Marcel, cependant, sur les quelque 3000 pages et 7 volumes, son nom n'apparaît que deux fois (dont une de manière ambiguë, bien dans la manière proustienne), justement dans La Prisonnière qui fait partie des titres posthumes que Proust n'a pas eu le temps de revoir avant publication , mais aussi celui où il transpose l'épisode le plus douloureux de sa vie amoureuse, le personnage d'Albertine devant beaucoup à son chauffeur et amant Albert Agostinelli, qui se tue dans un accident d'avion après l'avoir quitté. Quant au nom de famille du narrateur, il n'apparaît jamais: "Elle (Albertine) retrouvait la parole, elle disait: "Mon" ou "Mon chéri", suivis l'un ou l'autre de mon nom de baptême, ce qui, en donnant au narrateur le même prénom qu'à l'auteur eût fait: "mon Marcel", "mon chéri Marcel" (p. 67, Folio) et (p. 147) "quel Marcel! Quel Marcel!"

Précisons aussi que le Narrateur, contrairement à son créateur, n'est pas homosexuel, et il insiste bien sur ce fait. et que sa mère n'est pas juive. Proust ne s'est jamais expliqué sur ces choix (et Gide lui a beaucoup reproché le premier), on peut avancer qu'il a voulu un narrateur moins marqué que lui-même auquel le lecteur puisse davantage s'identifier, et dont les jugements pourront apparaître comme plus objectifs et donc universels. Le père du Narrateur n'est pas non plus médecin, mais directeur au ministère, on ne saura jamais lequel, et que contrairement à Proust qui a un frère cadet Robert, il est fils unique, ce qui rend aussi plus pathétique ses angoisses du soir lorsqu'il attend sa mère puisqu'il est seul dans sa chambre.

Les repères temporels sont aussi fort vagues (du genre: "l'année où nous mangeâmes tant d'asperges", Combray), contrairement aux vraies autobiographies ou aux mémoires. L'évocation de l'Affaire Dreyfus, dans Le Côté de Guermantes, au moment où est déposée la demande de révision du procès permet de dater le temps de l'histoire pour ce tome à 1899. Dans La Prisonnière, le narrateur date les faits de 2 ans après "l'Affaire", ce qui donne 1901; celui-ci est alors un jeune-homme, ce qui pourrait situer sa naissance vers 1880. Le narrateur est donc un peu plus jeune que l'auteur né en 1870. Dans Le temps retrouvé, deux dates correspondent aux deux séjours du narrateur dans Paris en guerre : 1914, puis 1916. La 2ième partie se situe "beaucoup d'années après" et en tout cas, après la guerre, en 1919, sil l'on considère que le narrateur dit avoir connu le prince de Guermantes vingt ans auparavant, mais trois ans, cela fait peu pour représenter "beaucoup d'années". Nous sommes bien là dans l'ambiguïté chronologique voulue par Proust! On ne peut donc considérer La recherche comme une autobiographie, même romancée, de l'auteur, mais bel et bien comme une sorte d'autobiographie, ou plutôt de sortes de mémoires fictifs du Narrateur, qui n'est pas vraiment l'auteur, mais plutôt son double transposé, et qui à la fin du Temps retrouvé annonce qu'il fera de sa vie "la matière même de son livre", reprenant ainsi l'expression de Montaigne. Statut narratif dont l'ambiguïté, on l'a vu, est volontairement entretenue par Proust. On désigne très souvent avec une majuscule "le Narrateur", ce personnage quasi anonyme le plus célèbre de la littérature française du XXème siècle. Certains vont jusqu'à donner du "Marcel" au Narrateur-personnage, pour le différencier de "l'instance narrative" qui est censée écrire des années après les faits. A l'inverse de Proust, cependant, le narrateur mène une vie oisive malgré son désir d'écrire et se laisse aller aux mirages de l'amour et de la mondanité qui l'éloignent de son désir d'écrire, jusqu'à la "révélation finale", alors que Proust, bien que cédant aux mêmes mirages, et même à l'engagement dans la défense de Dreyfus ne cessera jamais d'écrire! Tous deux sont riches et n'ont pas besoin de travailler, ayant tous deux hérité.

  1. Un roman? :

Le Narrateur, lorsqu'il s'exprime en tant qu'écrivain en train de rédiger son œuvre reste fort vague sur le genre, mais insiste bien sur le fait qu'il s'agit d'une fiction. "Dans ce livre où il n'y a pas un seul fait qui ne soit fictif, où il n'y a pas un seul personnage "à clefs", où tout a été inventé par moi pour les besoins de ma démonstration…" (p. 424, Pléiade, Le Temps retrouvé). Cependant, dans sa correspondance, c'est au roman que malgré des réticences, il rattache son œuvre: "un long ouvrage, que j'appelle roman parce qu'il n'a pas la contingence des mémoires", et: "je ne sais pas si je vous ai dit que ce livre était un roman. Du moins, c'est encore du roman que cela s'écarte le moins." Mais un roman dans lequel il réintroduit presque tous les événements de sa vie et les personnages qui l'ont traversée, en les recyclant parfois, comme Albert Agostinelli en Albertine. Un roman sinon, totalement autobiographique, du moins nourri de toutes ses expériences.

Pas de contingence, en effet, mais un roman construit, et il faut noter que le Narrateur travaille comme Proust, suivant les témoignages, sous la vigilance de sa gouvernante Céleste Albaret (ce qu'elle rapportera dans son livre de souvenirs et qui est montré dans le film). Dans Le Temps retrouvé, c'est à Françoise que sera dévolu ce rôle: " je travaillerais auprès d'elle (Françoise), et presque comme elle (…); car épinglant ici un feuillet supplémentaire, je bâtirais mon livre, je n'ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe." (p. 610, La Pléiade).

Un roman cyclique en 7 volumes qui reprend les mêmes personnages et qui donne une impression de mémoires, mais qui s'avère très construit et qui, en fait, relève de tous les genres, y compris le poème en prose pour certains passages. Le narrateur qui explicite son projet à plusieurs reprises et notamment dans Le Temps retrouvé, se réfère plusieurs fois à Saint-simon et Chateaubriand comme à des modèles et cite dans Le Temps retrouvé un passage des mémoires d'Outre-Tombe, "la Grive de Monboissier" qui l'a particulièrement inspiré. Roman-mémoires, à la fois biographique, psychologique, initiatique, avec les étapes qui conduisent le narrateur à réaliser, enfin, sa vocation d'écrivain, comédie mondaine autant qu'humaine, présentation très hardie pour l'époque de l'homosexualité, réflexions proches de l'essai sur divers sujets dont l'homosexualité la création artistique et surtout littéraire…Le contexte politique de son temps y trouve donc largement sa place: l'Affaire Dreyfus (M. Proust fut un ardent et actif dreyfusard; le côté de Guermantes et Sodome et Gomorrhe) et la Grande Guerre (Le Temps retrouvé).
III) Du temps perdu au Temps retrouvé.

Le temps retrouvé a été écrit presque tout de suite après Combray, et les deux volumes se répondent. Cette présentation rapide est destinée à rendre plus explicite la transposition de R. Ruiz en signalant surtout les passages des tomes précédents présents dans le film de Ruiz sous forme de flash- back. .

Combray, le premier volume (et première partie de Du Côté de chez Swann), publié en 1913 présente à la fois des souvenirs d'enfance du Narrateur, dans le village de Combray (qui doit beaucoup à Illiers , en Normandie) où il passait ses vacances dans la maison de sa grand-tante Léonie (qui en fera son héritier), tout en mettant en place les grands thèmes de La Recherche. Curieux début qui commence sur une phrase très brève: "longtemps, je me suis couché de bonne heure", alors que l'auteur est célèbre pour ses longues phrases, mais qui met tout de suite en place le thème majeur du temps. "Marcel", à un âge indéterminé, s'endort sur le livre qu'il est en tain de lire, ce qui a donné lieu à de nombreuses plaisanteries sur le lecteur risquant d'être tenté d'en faire autant! Lecteur aussi perdu que le Narrateur-personnage qui ne distingue pas très bien la réalité dans la demi-conscience des endormissements et des réveils. Il s'agit d'un dormeur, le "motif" des chambres est très présent dans l'œuvre (il est vrai que Proust, grand malade a passé une grande partie de sa vie en chambre). Le moment de l'action du début de Combray le présente à la campagne chez Mme de Saint-Loup (les éditions modernes indiquent aimablement qu'il est à Tansonville, près de Combray chez Gilberte, la fille de Swann, mais le lecteur de 1913 n'en avait aucune idée; dès le début, exemple des "révélations différées chères à Proust); ce qui permet de dater le "temps de l'histoire" au début en 1902, même lieu et même moment qu'au début du Temps retrouvé (mais le lecteur de l'époque n'en sait rien). Un Narrateur qui connaît comme l'auteur les réveils angoissés dus à "une crise" (mais on ne sait pas encore de quoi). La nuit, lorsqu'il ne cherche plus son sommeil après un premier réveil, "le branle étant donné" à sa mémoire, il se rappelle sa vie d'autrefois, en commençant par Combray chez sa grand-tante Léonie. Là, les pages parmi les plus célèbres de La Recherche, reprises sous forme de flash-back dans le film de Ruiz, où l'on voit le Narrateur enfant: la lanterne magique et l'histoire de Geneviève de Brabant et du chevalier Golon, le son "ferrugineux" de la clochette du portail (qui recouvre le son de la clochette de la bonne de Gilberte au début du film de Ruiz), le baiser du soir donné par sa mère lorsqu'il est déjà couché, le soir où il l'attend en vain et en pleurant parce qu'elle a été retenue par la visite de Charles Swann, leur voisin de Tansonville; son père qui accepte ce soir-là que sa mère passe la nuit dans sa chambre pour le consoler et qui lui lit François le Champi de G. sand. Mais c'est de cette soirée où ses parents lui ont cédé que le Narrateur place l'origine de son manque de volonté qui, on le saura plus tard, contrarie sans cesse sa vocation d'écrivain. Un soir toujours imprécis, le Narrateur-personnage déjà adulte, fait pour la première fois l'expérience de la mémoire involontaire (la réminiscence) suscitée par un sens moins usé que la vue, ici le goût. Et c'est la célébrissime page de "la petite madeleine". Sa mère en est à l'origine en lui envoyant chercher, un jour où il est "accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain", ("je ne sais pourquoi") des petites madeleines. Le goût du gâteau trempé dans le thé soulève chez lui une intense sensation de plaisir et une "puissante joie": "j'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel." Tout d'un coup le souvenir lui apparaît. C'est celui du petit morceau de madeleine trempé dans du thé que lui offrait sa grand-tante Léonie lorsqu'il venait lui dire bonjour le dimanche matin. Ainsi, la saveur qu'il croyait oubliée portait "l'édifice immense du souvenir" et lui restitue la maison, puis "toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardin, de ma tasse de thé." On note l'importance des fleurs qui ne survivent plus au moment où il écrit que dans son souvenir (comme dans celui de l'auteur), car, comme le montre très bien R. Ruiz dans son film, celui-ci au moment où il rédige La Recherche ne peut plus supporter à cause de son asthme la proximité d'une seule fleur. Les souvenirs d'enfance du Narrateur dans cette première partie sont donc exclusivement liés à un lieu Combray et ses deux "côtés" des promenades de Marcel et de ses parents, le côté de chez Swann et le côté de Guermantes qui seront deux volumes de l'œuvre. Dans la maison de sa tante, présence déjà de Françoise, la cuisinière-gouvernante qui suivra le Narrateur jusqu'à la fin du cycle. L'enfant solitaire et contemplatif est un grand lecteur, c'est chez sa tante qu'il découvre la cruauté, le désir, "la volupté" dans "le petit cabinet sentant l'iris", et nous le saurons dans A l'Ombre des Jeunes-Filles en fleurs, l'amour avec une petite cousine pendant une absence du reste de la famille. C'est du côté de chez Swann, à Tansonville qu'il va apercevoir Gilberte Swann pour qui il éprouve un "amour naissant", en compagnie de sa mère Odette Swann et du baron de Charlus, alors qu'il a environ 10-12 ans. La fillette lui adresse ce fameux geste qu'il juge alors indécent et méprisant et sur lequel tous deux reviendront dix ans plus tard à la fin d'Albertine disparue et que place R. Ruiz dans son film. Il se souvient aussi, mais la scène (reprise dans le film) a eu lieu à Paris, de la rencontre chez son oncle Adolphe d'une mystérieuse dame en rose, en fait sa maîtresse, qui reçoit des cadeaux d'un grand-duc russe et propose à l'enfant de venir boire chez elle une "cup of tea". Il s'agit, mais le Narrateur ne le réalisera que bien plus tard (et le lecteur en lisant la suite et donc avant le Narrateur qui ne révèle rien) d'Odette de Crécy, future Mme Swann; rencontre que Marcel rapportera imprudemment à ses parents et sera la cause de la brouille de ceux-ci avec son oncle. Le jeune Marcel amène aussi chez lui un ami, Bloch qui est juif, un peu plus âgé que lui et pour qui il éprouve, du moins au début, une grande admiration (et qui accompagnera Marcel de loin en loin, jusqu'au Temps retrouvé). Mise en place aussi du thème si présent de l'homosexualité que l'enfant découvre, déjà, en position de voyeur surprenant la scène de saphisme entre la fille d'un certain M. Vinteuil qui vient de mourir et son amie. Toutes deux semblent prendre un plaisir que le Narrateur âgé, l'écrivain, qualifie de sadique à profaner la mémoire du père en s'exhibant devant sa photo.

D'autres promenades mènent du côté de Guermantes, dont le nom fait rêver Marcel, sans atteindre encore, symboliquement le château. Il va connaître une première joie de création littéraire, qui restera pour des années sans lendemain. Sous le coup de l'émotion et de l'inspiration, il "compose" de l'intérieur d'une calèche au galop, un "morceau" sur le paysage en mouvement vers les clochers de Martinville, que le Narrateur dit avoir retrouvé depuis. C'est aussi dans l'église du village, st André des Champs que lors d'un mariage, Marcel aperçoit pour la première fois la duchesse de Guermantes dont il sera amoureux et deviendra plus tard un intime. Il pense alors que le côté de chez Swann comme celui de Guermantes sont à l'opposé et ne peuvent se croiser, dans la géographie comme dans la vie sociale, mais la suite va le détromper.

Un amour de Swann, permet outre le récit des amours de Charles Swann, d'une famille de juifs convertis, riche dilettante et grand amateur d'art et de femmes, et d'Odette de Crécy, qui est une sorte de "grande cocotte" de découvrir le "petit clan des fidèles" de Mme Verdurin, dont Odette et le docteur Cottard. A la fin de du Côté de chez Swann, encore enfant, le Narrateur retrouve Gilberte avec qui il joue dans les jardins des champs Elysées (repris dans le film). Il en est secrètement amoureux.

A l'Ombre des jeunes-Filles en fleurs. La relation se poursuit alors qu'il est tout jeune-homme et il fréquente la famille Swann, mais Gilberte le déçoit et il cesse brutalement de la voir. Deux ans plus tard, parti à Balbec sur la côte normande avec sa grand-mère pour soigner son asthme, il fait la connaissance du petit neveu et du neveu d'une amie de pension de sa grand-mère, la marquise de Villeparisis, rencontrée par hasard, Robert de Saint-Loup et le baron de Charlus, tous trois des Guermantes (flash back dans le film). Il y fait aussi la connaissance d'Albertine (et de ses amies, les jeunes-filles en fleurs) dont il tombe amoureux, mais semble ensuite l'oublier.

Dans Le Côté de Guermantes, il est amoureux de la duchesse de Guermantes qui lui semble inaccessible mais dans le salon de qui il va être admis. Le narrateur cède au snobisme qui l'éloigne de l'écriture. En toile de fond: l'Affaire Dreyfus.

Dans Sodome et Gomorrhe, il découvre l'homosexualité du baron de Charlus et le monde de "l'inversion". Liaison du baron avec le giletier Jupien (qui sera le tenancier de l'hôtel de passe du Temps retrouvé), dont le Narrateur surprend les ébats, et passion ravageuse pour un beau et sulfureux interprète de génie Charles Morel, pianiste et surtout violoniste qui le gruge lui est infidèle, autant avec des hommes que des femmes. Invitation aux mercredis de Mme Verdurin qui, entre-temps est devenu dreyfusiste et soutient Mme Zola lors du procès d'Emile Zola. Il revoit Albertine et éprouve pour elle des sentiments qui oscillent entre la passion et l'indifférence, ce que le narrateur appelle "Les intermittences du cœur", sous-titre du récit du deuxième séjour à Balbec. Reprise de relations sur la teneur desquelles le Narrateur reste très discret et soupçon de saphisme envers Albertine qui dit bien connaître Mlle Vinteuil et son amie. Cependant, le Narrateur ramène la jeune-fille à Paris où elle accepte d'aller vivre chez lui, avec l'intention de l'épouser.

La prisonnière. Le narrateur séquestre Albertine et se conduit comme un tyran jaloux et possessif. Finalement, Albertine s'enfuit.

Première partie d'Albertine disparue. Mort de celle-ci dans un accident de cheval. Chagrin de "Marcel" qui se ruine en enquêtes coûteuses sur le passé d'Albertine, deuil, puis oubli progressif mais irrégulier. Il retrouve Gilberte et ne l'aimant plus, devient son ami. Après la mort de son père, sa mère Odette a épousé M. de Forcheville, son amant intermittent depuis Un Amour de swann, qui a adopté Gilberte, afin d'effacer le nom juif de son père (pourtant converti). Enfin, un article du Narrateur est publié dans le Figaro, ce qui le comble de fierté. Séjour à Venise. Il reçoit une lettre qu'il croit tout d'abord être d'Albertine, mais non, c'est Gilberte (immensément riche de la fortune de son père et devenue "noble" par son adoption) qui lui annonce son mariage avec Robert de Saint-Loup, l'ami du Narrateur du temps de Balbec (passage évoqué dans le film, où l'on voit les deux prénoms de Gilberte et d'Abertine se confondre pour "libertine, libertinage). "Marcel" est invité chez Gilberte et Robert de Saint-Loup à Tansonville, c'est-à-dire à chez Swann. Structure cyclique, comme au début de Combray. Gilberte se sachant trompée est malheureuse. Elle croit qu'il s'agit toujours de la même maîtresse de son mari, Rachel, ancienne prostituée devenue comédienne, à qui Gilberte s'efforce de ressembler. Mais non, le vénéneux Morel a réussi à faire tomber Saint-Loup. Après l'oncle, Charlus, le neveu, c'est ce que Jupien lui a appris. Les goûts de son ami seraient en fait anciens et connus déjà lors du premier séjour à Balbec où un scandale aurait été évité de justesse avec le liftier. Immense chagrin du narrateur. Promenades en soirée, et conversations avec Gilberte, retour sur leurs relations passées; son amie l'assure que c'est elle qui l'aimait et qu'il n'a rien compris. Elle lui montre un raccourci qui permet de joindre rapidement les côtés de chez Swann et de Guermantes, ce qu'elle a fait symboliquement par son mariage. Lui même constate qu'il n'éprouve aucune émotion à parcourir les lieux des promenades de son enfance, le passé semble bien mort.

Le temps retrouvé. Se compose de trois grandes parties, la fin du séjour à tansonville chez Gilberte et Robert de Saint-Loup (vers 1902); ses deux brefs retour à paris en 1914 et 1916 et "beaucoup d'années après" et un long séjour en maison de santé, son retour à Paris, vers 1919 où il se rend à l'invitation d'une matinée chez la Princesse de Guermantes, et où le Narrateur trouve enfin "la matière" de son œuvre future.
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