Ce qu’on dit aux poètes à propos de Rimes





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Ce qu’on dit aux poètes à propos de Rimes
Par Jacques Bienvenu

On se propose ici de montrer qu’il y eu entre Théodore de Banville et Arthur Rimbaud une relation de maître à disciple, plus profonde qu’on ne le dit, et qui pourrait permettre de mieux comprendre certains aspects de la poétique de l’auteur du Bateau ivre.
Lorsque Rimbaud prend sa plume le 27 mai 1870 pour écrire à Banville, il commence par écrire : Cher Maître. Certes, c’était l’usage, mais Rimbaud considérait réellement Banville comme un maître. Un interlocuteur autrement important qu’ Izambard ou Demeny. Il sollicitait dans sa lettre la gloire d’être imprimé au Second parnasse contemporain. Mais l’année suivante l’évolution du jeune poète semble bien l’éloigner de l’auteur des Cariatides. Ainsi les lettres du voyant montrent la rupture. Même si Rimbaud parle de Banville comme d’un poète très voyant, il ajoute aussitôt qu’inspecter l’invisible et entendre l’inouï est autre chose que de reprendre l’esprit des choses mortes : évidente condamnation des poèmes mythologiques du parnasse. Le poète qui mérite le titre de vrai Dieu sera Baudelaire. Ceci semble bien marquer nettement les limites dans lesquelles il place le Parnassien.1.
Pourtant, ce sont ces mêmes lettres du voyant qui posent au sujet de Banville de singuliers problèmes si l’on veut bien y regarder de près. Et d’abord, quelle est cette plaisanterie ? Au moment même où le poète réclame avec insistance des formes nouvelles, c’est sous la forme de trois triolets moyenâgeux à la métrique la plus archaïque qu’il présente sa nouvelle poétique à Izambard : Le cœur supplicié !
Or, le triolet c’est signé Banville. Il s’en attribuait du reste la paternité : « C’est moi qui ai ressuscité le vieux triolet, petit poème bondissant et souriant » disait-il. Ce n’est pas tout : les rimes rares en “esque” du Coeur supplicié se retrouvent chez Banville dans un poème des Odes funambulesque : La corde raide où le poète-clown, héros sublime ou grotesque fait des tours sur la corde funambulesque, comme l’a remarqué Marc Dominicy. Ainsi, Abracadabrantesques renvoie à funambulesques. De plus, Rimbaud nous dira de son poème qu’il est de la « fantaisie » et changera son titre en Cœur du pitre et nous savons que « Fantaisie » et « Pitre » désignent clairement l’auteur des Odes funambulesques. De même, Chant de guerre parisien est sans aucun doute une ode funambulesque, comme l’avait remarqué naguère M. Coulon. Mes petite amoureuses est aussi une ode empruntée à un rythme de Ronsard, cher à Banville, qui use de cette forme identique dans A Elisabeth un poème des Exilés. Cette présence des formes fixes de Banville dans les lettres du voyant a tout de même de quoi surprendre !
Revenons au moment où Rimbaud envoie sa première lettre à Banville en mai 1870. Ce dernier préparait la publication de son petit traité de poésie française qui devait paraître sous forme d’article dans les livraisons de l’Echo de la Sorbonne pour la période des vacances scolaires qui duraient huit semaines à l’époque (du 10 août au cinq octobre 1870). Ce périodique consistait en des cours par correspondance destinés en principe aux jeunes filles. Toutefois il suffit de lire Banville pour s’apercevoir qu’il s’adressait à tous les jeunes gens, garçons ou filles. Il semble alors très probable que dans sa réponse, Banville ait informé Rimbaud de cette publication qui devait être suivie d’un volume à la fin de cette année 1870. Banville ignorait alors que la publication du volume serait retardée d’un an à cause de la guerre et de la Commune. Il est assez difficile de dater la publication du petit traité dans L’écho de la Sorbonne. Néanmoins, les exemplaires de l’Echo conservés à la Bibliothèque Sainte Geneviève à Paris ainsi que des lettres du directeur de la revue A. Pagès permettent d’arriver à la conclusion que les quatre premiers chapitres du traité ont été publiés avec certitude pendant l’été 70. Pour être plus précis, la publication du petit traité commence le jeudi 11 août 1870, il est interrompu après le quatrième ou le cinquième numéro à la mi- septembre à cause de l’encerclement de Paris par les prussiens, stoppant toute possibilité de courrier pour la revue qui avait des lecteurs en France et à l’étranger. La revue reprendra ses publications un an après2.
J’ai formulé l’hypothèse, il y a quatre ans, que Rimbaud avait pu lire les premiers chapitres du traité de Banville. En fait, j’ai appris depuis et grâce aux connaissances encyclopédiques de Steve Murphy, que M.Raymond Pouilliart avait envisagé la même hypothèse en 19853. Malheureusement M. Pouilliart ne croyait pas lui-même à son hypothèse. Certes, il en montrait la possibilité théorique, mais il commençait par dire que cette recherche était presque vouée d’avance à l’échec. Et pour conclure il ajoutait qu’aucune certitude, pas même un indice ne montrait la lecture du petit traité par Rimbaud. En dépit de remarques très judicieuses et de rapprochement séduisants, on comprend que l’article de M. Pouilliart n’ait pas eu d’écho. D’une certaine façon il avait enterré son hypothèse au moment même où il l’avait énoncée. Néanmoins, il convient de lui rendre l’antériorité de son idée.
Contrairement à M. Pouilliart, cette lecture du petit traité par Rimbaud dès 1871 est devenue pour moi une certitude et j’aimerais montrer en quoi elle peut changer notre approche de la poétique de l’auteur du Bateau ivre. Rimbaud a pu lire l’Echo de la Sorbonne lors son séjour à Paris de février-mars 1871, soit dans une librairie comme celle de Lemerre, soit dans les bureaux de L’écho de la Sorbonne situés à proximité de la Librairie artistique où Rimbaud était allé. Peut être même a-t-il pu « emprunter » les exemplaires de la revue à une librairie pour les ramener à Charleville. Peut-être a-t-il eu accès à cette lecture par une autre voie, mais cela n’a pas une grande importance. Mon opinion est que cette lecture a été essentielle et que c’est elle qui a suscité les lettres du voyant et la seconde lettre à Banville. Il faudra toutefois observer ceci : ce n’est plus en terme d’admiration qu’il faut raisonner en 1871, mais en terme d’ambivalence et d’opposition. C’est l’élève qui se dresse contre le maître, comme le fils s’oppose au père, mais qui a besoin de lui pour se construire. Rimbaud réalisera sa poétique à travers celle de Banville. Ce comportement du disciple à l’égard du maître est du reste classique.

Au début de son traité4 Banville énonce comme axiome : « Le vers est la parole humaine rythmée de façon à pouvoir être chantée et à proprement parler, il n’y a pas de poésie en dehors du chant »5. Puis il conclue : « A quoi servent donc les vers ? A chanter. À chanter désormais une musique dont l’expression est perdue, mais que nous entendons en nous, et qui seule est le chant. »6 Observons que Rimbaud décline le mot chant dans sa lettre à Demeny : Ainsi il évoque les poètes romantiques «  qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l’oeuvre, c’est à dire la pensée chantée et comprise du chanteur? »7. Lorsque Banville écrit « Le vers est la parole humaine rythmée de façon à pouvoir être chantée », Rimbaud répond que cela était vrai pour la poésie grecque : « En Grèce vers et lyres rythment l’action », tandis que pour l’avenir il annonce: « la poésie ne rythmera plus l’action elle sera en avant ».8 Dans son traité Banville ajoute, seconde affirmation, que le vers est nécessairement religieux9. Il est significatif que Rimbaud présente, dans la lettre à Demeny, tous ses poèmes comme des chants, et même comme des chants religieux, ceci non sans ironie. Le premier poème est annoncé comme un psaume d’actualité. Le mot chant est inscrit dans son titre : Chant de guerre parisien. Le poème lui-même comporte une chanson qui apparaît comme une mise en abyme du chant, c’est la chanson du petit navire. Puis viennent Mes petites amoureuses, poème annoncé comme un psaume hors du texte, tandis que Rimbaud se présente comme un troubadour l’archet en main. Le poème est une ronde. Enfin le dernier poème est aussi une ode présentée comme un chant pieux.
Mais le grand leitmotiv du petit traité de Banville, c’est l’importance de la rime. Après avoir exposé les règles mécaniques des vers, Banville peut enfin faire entendre, comme il le dit lui-même, une musique personnelle. C'est le chapitre III, le plus important du traité, intitulé : « De la Rime ». Il y affirme : « On n’entend dans un vers que le mot qui est à la rime »10 . Il présente cela comme un secret dévoilé de l'art des vers. Les autres mots du vers se bornent à ne pas contrarier l'effet du mot à la rime. De plus, la rime est l'outil qui permet au poète d’exprimer ses visions:
Si vous êtes poètes, vous commencerez par voir distinctement dans la chambre noire de votre cerveau tout ce que vous voulez montrer à votre auditeur, et en même temps que les visions, se présenteront spontanément à votre esprit les mots qui, placés à la fin des vers, auront le don d’évoquer ces mêmes visions11 pour vos auditeurs. (…) Si au contraire vous n’êtes pas poètes,vous n’aurez que des visions confuses, que nul peintre ne pourrait, d’après votre récit, traduire d’une manière claire et intelligible ; et les mots qui pourront susciter ces mêmes visions dans l’esprit de votre auditeur ne vous viendront pas à la pensée12 

Observons bien l'importance du mot vision pour Banville, comme pour Rimbaud. De plus, comme le fera Rimbaud dans la lettre du voyant, il souligne le mot « vu » écrit en gros caractère dans le petit traité :
S’il (le poète) a eu des visions nettes et éclatantes, elles se sont traduites à son esprit par des rimes sonores (…) S’il n’a eu que des visions confuses et s’il veut les peindre comme si elles eussent été nettes, ou s’il ment effrontément, prétendant avoir VU par les yeux de l’esprit des choses qu’ils n’a pas VUES il n'est plus qu'un comédien...13
On ne peut donc pas être surpris que Banville emploie par la suite le mot de « voyant » pour désigner un poète : « Ronsard était trop un voyant pour s’abuser là-dessus »14 nous dit Banville à propos de certaines règles que Ronsard avait décrétées. Quant aux autres mots qui complètent la rime ils ont leur importance, ils doivent être selon Banville : « sourds, brillants, muets, colorés de telle ou telle façon » 15. Des mots colorés de telle ou telle façon, voilà une expression que l'auteur de Voyelles a pu relever. On voit bien que Rimbaud prend appui sur Banville pour aller plus loin. Ainsi lorsque Banville énonce que la poésie « doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs 16», Rimbaud annonce l’arrivée d’un verbe accessible un jour ou l’autre à tous les sens qui résumera tout : parfums, sons, couleurs. Mais, pour Banville, ce verbe existe déjà : c’est le Vers français qui a les moyens « pour tout peindre, pour tout imiter, pour tout créer, avec la puissance d’un instrument auquel rien n’est impossible17 ». Pour Rimbaud, en revanche, les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles.
Banville propose une thèse assez séduisante sur les mots à la rime. Ce n'est pas, dit-il, en décrivant totalement un objet que le vers les fait voir à ses auditeurs mais «  IL SUSCITE18 dans leur esprit ces images ou ces idées et pour les susciter il suffit en effet d'un mot. De même au moyen d'une touche juste, le peintre suscite dans la pensée du spectateur l'idée du feuillage de chêne ou du feuillage de hêtre; cependant vous pouvez vous approcher du tableau et le scruter attentivement, le peintre n'a représenté en effet ni le contour ni la structure des feuilles de hêtre ou de chêne; c'est dans notre esprit que se peint cette image, parce que le peintre l'a voulu. Ainsi le poète. » Et Banville ajoute : « C'est donc le mot placé à la Rime, le dernier mot du vers qui doit, comme un magicien subtil, faire apparaître devant nos yeux tout ce qu'à voulu le poète ». Pour notre théoricien du vers, ce mot magique est découvert par le poète grâce à un don spécial qui ne s'acquiert pas. La meilleure illustration de la thèse de Banville pourrait se trouver chez Rimbaud. Ainsi, quand il commence son poème Le coeur du pitre par ce vers :
« Mon triste coeur bave à la poupe »
Il est certain que le mot poupe, dernier mot du vers, suffit à lui tout seul à susciter l'image du bateau. Et c’est même le seul du poème qui ait cet effet19. Il n'est pas impossible que, dans ces triolets complètement marqués par Banville, Rimbaud ait eu en tête la méthode de son maître, mais qu'il ait voulu la pervertir en cachant le double sens du mot poupe comme je l'ai suggéré20. Il me semble, par ailleurs, que le poème Voyelles peut être considéré comme une attaque subtile à cet égard contre le petit traité de Banville. A première vue, on y observe une richesse de rimes presque sans égale et la quasi-totalité des rimes sont des rimes « sur inclusion »21, celles précisément que Banville affectionne : latentes :: éclatantes ; belles :: ombelles ; tentes :: pénitentes ; rides :: virides ; yeux:: studieux ; anges :: étranges. Les rimes sont presque toutes féminines et Banville, justement, est contre l’obligation d’alterner les rimes féminines et masculines. En revanche, les mots à la rime ne correspondent pas du tout aux visions du poète. En effet, tout ce qui est vu s'énonce au début des vers !

Banville, ne se contente pas dans son chapitre III de montrer l'importance de la rime, il exige, en outre, que la rime soit riche, et notamment il donne la règle de la consonne d’appui. Par exemple la rime masculine : jaloux et loup admet L comme consonne d’appui, tandis que la rime féminine improvise et devise admet V comme consonne d’appui. Et il ajoute : « Sans consonne d’appui pas de Rime et par conséquent pas de poésie. Le poète consentirait à perdre un de ses bras ou une de ses jambes qu’à marcher sans consonne d’appui. » Evidemment, Banville exagère puisque lui-même ne respecte pas rigoureusement cette règle, on le verra. Mais c’est ici où je ne peux pas être d’accord avec Michel.Murat qui écrit dans sa remarquable étude L’art de Rimbaud : « quant à la loi de la consonne d’appui, un regard statistique permet de conclure que Rimbaud l’ignore purement et simplement22. » C’est mal poser le problème, à mon avis, d’autant plus que l’auteur établit dans le même temps que les poèmes de 1871 marquent un retour à la rime notamment en évaluant ce qu’il appelle la densité phonique et la densité graphique et en résumant le résultat de ses calculs dans un tableau comparatif entre les poèmes de 1870 et 1871. Quand on observe les lettres du voyant il est aisé de constater que l’expression ironique de Rimbaud «  Quelles rimes ! Oh ! Quelles rimes ! » écrite en marge des poèmes de la lettre à Demeny, concerne précisément ce respect nouveau du poète pour la consonne d’appui. On est d’ailleurs dans un domaine où l’on peut prouver ce que l’on avance. Il suffit de compter les consonnes d’appui selon la stricte définition de Banville. Le recours à l’informatique n’est même pas nécessaire et tout le monde peut le vérifier avec un peu de patience. Afin de prendre un exemple significatif, le poème Ce qu’on dit… comporte en proportion trois fois plus de consonnes d’appui que l’ensemble des trois poèmes envoyés à Banville l’année précédente. Ceci est vrai aussi du Bateau Ivre. Dans Ma bohème qui est de 1870, Rimbaud fait rimer Vigueur avec Cœur, tout comme Banville à qui Rimbaud pourrait bien emprunter cette rime avec les trois autres signalées par M. Murat pour ce même poème. Mais dans le Bateau Ivre Rimbaud fera rimer vigueur avec vogueur battant le maître sur son propre terrain de la consonne d’appui.
Dans son ouvrage, Banville ne se contente pas d’exposer des règles de versifications. Et il y a un aspect du traité qui n’a pas échappé à Rimbaud. Pour Banville le vrai poète est celui qui possède le don surnaturel de savoir traduire ses visions en rimes. Donc si l’on est poète il ne faut se soucier de rien, la rime viendra d’elle-même. En revanche si l’on n’est pas poète il faut alors s’adresser à Banville, voici pourquoi : Il peut leur donner le moyen de faire des vers supportables, tout en le déplorant. Précisément il dit :
Si la Rime, va-t-on me dire, est tout le vers, et si la Rime est révélée au seul poète, qu’avez vous donc à enseigner comme versification à celui qui n’est pas poète ? – En d’autres termes, peut-on, sans être poète, faire des vers supportables, et quel moyen y a t il à employer pour cela ? -Hélas oui, la chose se peut ; nous sommes assez singes de notre nature pour tout imiter, même la beauté et même le génie, et je suis homme à donner comme un autre, cette consultation empirique.
Or, c’est ce qu’il fait dans les chapitre IV et V. Et ceci ne va pas aller sans des expressions plutôt fâcheuses pour les écoliers auxquels il s’adresse. En principe, Banville est censé écrire pour des jeunes filles. Mais il l’oublie complètement. Dans son introduction il avait commencé par dire : « L’outil de la versification est si bon qu’un imbécile même, à qui on a appris à s’en servir, peut en s’appliquant faire de bons vers. »

Dans son chapitre IV, il donne, à ceux qui ne sont pas poètes, le moyen de trouver les rimes. Puis dans le chapitre suivant il déplore les règles imposés par les poètes de la pléiade et il dit : « Avec les règles fixes les écrivains les plus médiocres peuvent en leur obéissant fidèlement, faire hélas ! des vers passables ! Qui donc a gagné quelque chose à la réglementation de la poésie ? Les poètes médiocres- Eux seuls !. ». Puis Banville reproche à Ronsard son indulgence et il s’écrie :

« En quoi peut-il être utile que les imbéciles fassent des vers supportables - Pour ceux qui peuvent les supporter ? » Décidément il a peu d’estime pour ses écoliers. Mais en est-il vraiment conscient ? Le passage le plus éclairant sur ce point est celui-ci, et il me semble qu’il a du frapper Rimbaud.
Et surtout ne me parlez pas de Musset. Car si vous le lisez autrement que pour l’admirer vous êtes un homme perdu. Musset chanteur prédestiné, sorte d’Apollon enfant à la chevelure de lumière, dévoré de génie et d’amour a pu mettre à la fin de ses vers des rimes insuffisantes et aussi n’y pas mettre de rimes du tout. Mais vous qui êtes non pas un homme de génie, mais un simple bourgeois, vous n’avez aucun droit de l’imiter. Car si vous vous attachez au dos des ailes postiches, vous ne serez pas pour cela un Dieu : vous serez tout au plus un masque et une figure de carnaval.23
Il faut souligner que dans la bouche de Banville le mot bourgeois a le sens très dépréciatif que les anciens romantiques lui donnent. Si Banville a reproché à Rimbaud, dans sa réponse à la lettre de 1870, des rimes insuffisantes et s’il lui a conseillé de lire le petit traité, l’auteur d’Ophélie a dû frémir en s’entendant traiter de bourgeois et d’homme sans génie ; ce qui était quand même la plus grande injustice qu’on pouvait lui faire. La très violente diatribe de Rimbaud contre Musset dans la lettre à Demeny, a vraisemblablement été déclenchée par ce passage. De même, lorsque Rimbaud dit à Banville dans sa seconde lettre : « C’est le même imbécile qui vous écrit ». Il fait allusion, sans aucun doute, ironiquement aux imbéciles qui font des vers supportables. (À noter que les imbéciles sont cités trois fois dans les lettres du voyant). Par ailleurs, Banville ne cesse d’expliquer que les règles sont une entrave à la poésie.
Un autre passage très important que nous avons cité en partie montre comment Banville conçoit le mauvais poète
S’il (le poète)n’a eu que des visions confuses et s’il veut les peindre comme si elles eussent été nettes, ou s’il ment effrontément, prétendant avoir vu par les yeux de l’esprit des choses qu’ils n’a pas vues en effet, il n’est plus qu’un comédien, qu’un farceur s’évertuant à singer sa propre inspiration et son propre génie, et souvent alors il n’arrive qu’à parodier de la manière la plus misérable et la plus bouffonne l’être surnaturel qui est en lui.24
Il est remarquable que Banville décrive le mauvais poète comme un faux voyant. Observons en outre que ce faux voyant est qualifié de
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