Anthologie sur la Poésie engagée





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Anthologie sur la Poésie engagée
Engagement = Acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art au service d’une cause.

Engagé = Mis par son engagement au service d’une cause.
Le poète, de même que l’écrivain, le chanteur, le peintre,… peut, dans un contexte historique précis (guerres de religion, guerres mondiales, périodes de misère sociale,…) décider de mettre son art au service d’une cause. On parle alors de poésie engagée.
« Encrier contre canon. L'encrier brisera les canons »

Victor Hugo à sa fille Adèle, lettre du 26/02/1859
« Le poète en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs.

ll est l'homme des utopies,

Les pieds ici, les yeux ailleurs. »

Victor Hugo, « Fonction du poète », Les Rayons et les ombres, 1840

Sommaire

XVI

Agrippa d'Aubigné (1552-1630), Les Tragiques, (vers 97 -130)
XVII

Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, « Les animaux malades de la peste », Livre VII, 1

La Cour du Lion, Livre VII - Fable 7

Les obsèques de la Lionne, Livre VIII - Fable 14

Le Loup et l'Agneau, Livre I - Fable 10
XVIII

Voltaire, « Poème sur le désastre de Lisbonne », 1756
XIX

Victor Hugo (1802-1885), Les Contemplations, Livre III « Les luttes et les Rêves », II, vers 113 à 146 « Melancholia », extrait, juillet 1838

Victor Hugo, Les Châtiments, « Fable ou Histoire » (III, 3)

Victor Hugo, Les Orientales, « L'Enfant grec »1829

Arthur Rimbaud, « Les Effarés »

Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val »

Arthur Rimbaud, « Le Mal »

Jean Baptiste Clément, « Le temps des cerises » repris comme chant de la commune de Paris, 1871

Paul Déroulède, « Le clairon », Chants du soldat

Louise Michel, Chanson des prisons, mai 1871.
XX


XX chansons engagées

Chant des partisans, hymne de la Résistance intérieure française Maurice Druon & Joseph Kessel 1944

Jean Ferrat, « Nuit et brouillard »

Renaud, « Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ? »

Renaud, « Hexagone »,

Zebda, Le Bruit Et L'odeur, « Le Bruit Et L'odeur », 1995

Zebda, Motivés

IAM, Ombre est Lumière, 1993, « Une femme seule »


XVI

Agrippa d'Aubigné́ (1552-1630), Les Tragiques, (vers 97 -130)

Un poème sur la France déchirée par les guerres de religion au XVIe siècle, la France est représentée par une allégorie : une mère et ses deux enfants (les catholiques et les protestants) qui se battent en un combat mortel
Je veux peindre la France une mère affligée,

Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.

Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts

Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups

D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage

Dont nature donnait à son besson l'usage ;

Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux,

Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,

Si que, pour arracher à son frère la vie,

Il méprise la sienne et n'en a plus d'envie.

Mais son Jacob, pressé d'avoir jeûné meshui,

Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,

À la fin se défend, et sa juste colère

Rend à l'autre un combat dont le champ et la mère.

Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,

Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ;

Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,

Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.

Leur conflit se rallume et fait si furieux

Que d'un gauche malheur ils se crèvent les yeux.

Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,

Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;

Elle voit les mutins tout déchirés, sanglants,

Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant.

Quand, pressant à son sein d'une amour maternelle

Celui qui a le droit et la juste querelle,

Elle veut le sauver, l'autre qui n'est pas las

Viole en poursuivant l'asile de ses bras.

Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ;

Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,

Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté

Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;

Or vivez de venin, sanglante géniture,

Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture ! »

XVII

Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, « Les animaux malades de la peste », Livre VII, 1

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur (1)

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron, (2)

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

À chercher le soutien d'une mourante vie ; (3)

Nul mets n'excitait leur envie,

Ni loups ni renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie;

Les tourterelles se fuyaient :

Plus d'amour, partant (4) plus de joie.

Le lion tint conseil, et dit: Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents (5)

On fait de pareils dévouements : (6)

Ne nous flattons (7) donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J'ai dévoré force moutons ;

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense (8) ;

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse.

- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un pêché? Non, non.

Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant, beaucoup d'honneur;

Et quant au berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le renard , et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins (9),

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense,

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

À ces mots on cria haro (10) sur le baudet.

Un loup quelque peu clerc (11) prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour (12) vous rendront blanc ou noir.
(1) "Se dit quelquefois de la colère de Dieu" (dict. de l'Académie 1694)

(2) dans la mythologie : Fleuve des Enfers, frontière du royaume des Morts.

(3) à chercher à se nourrir

(4) par conséquent

(5) ce qui arrive par hasard, ici : malheur imprévu

(6) le dévouement est pris au sens de vouer aux dieux infernaux comme victime, sacrifier.

(7) ne nous traitons point avec douceur

(8) tort qu'on fait à quelqu'un

(9) chien dressé à la garde d'une cour, d'un troupeau

(10) Exclamation en usage à l'époque pour arrêter les malfaiteurs

(11) habile, qui est savant

(12) cour de justice
Jean de La Fontaine (1621-1695), « La Cour du Lion », Livre VII - Fable 7

Inspirée des " Isopets " (XIIe siècle) de Marie de France qui elle-même s'était inspirée de Phèdre (" Le Lion régnant "). Mme de Sévigné écrivait au Comte de Grignan " Voilà une des fables les plus jolies ; ne connaissez-vous personne qui soit aussi bon courtisan que le renard ? ". Nous pouvons rapprocher ce poème de cette autre fable " Les animaux malades de la peste " (Livre VII - F. 1).
Sa Majesté lionne un jour voulut connaître

De quelles nations le ciel l'avait fait maître.

Il manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyant de tous les côtés

Une circulaire écriture,

Avec son sceau. L'écrit portait

Qu'un mois durant le roi tiendrait

Cour plénière, dont l'ouverture

Devait être un fort grand festin,

Suivi des tours de Fagotin.

Par ce trait de magnificence

Le prince à ses sujets étalait sa puissance.

En son Louvre il les invita.

Quel Louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta

D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine:

Il se fut bien passé de faire cette mine;

Sa grimace déplut: le monarque irrité

L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.

Le singe approuva fort cette sévérité,

Et flatteur excessif, il loua la colère

Et la griffe du prince, et l'antre, et cette odeur:

Il n'était ambre, il n'était fleur

Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie

Eut un mauvais succès, et fut encor punie:

Ce Monseigneur du lion-là

Fut parent de Caligula.

Le renard étant proche: «Or cà, lui dit le sire,

Que sens-tu? dis le moi: parle sans déguiser.»

L'autre aussitôt de s'excuser,

Alléguant un grand rhume: il ne pouvait que dire

Sans odorat; bref, il s'en tire.
Ceci vous sert d'enseignement:

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,

Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,

Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.
Jean de La Fontaine (1621-1695), « Les obsèques de la Lionne », Livre VIII - Fable 14

Le canevas suivi par La Fontaine provient d'un apologue d'Astémius « Le Lion irrité contre le Cerf joyeux lors de la mort de la Lionne » (Abstémius, fable 148). La Fontaine en a fait une satire de cour. Le fabuliste fait mouche tout à la fois lorsqu'il parle des cérémonies funèbres aussi bien que des beaux parleurs ou encore du peuple des courtisans. Nous pouvons comparer les conceptions que se fait La Fontaine de la cour de Louis XIV en relisant « Les Animaux malades de la peste » (Livre VII, fable 1).
La femme du lion mourut ;

Aussitôt chacun accourut

Pour s'acquitter envers le prince

De certains compliments de consolation

Qui sont surcroît d'affliction.

Il fit avertir sa province

Que les obsèques se feraient

Un tel jour, en tel lieu, ses prévôts y seraient

Pour régler la cérémonie,

Et pour placer la compagnie.

Jugez si chacun s'y trouva.

Le prince aux cris s'abandonna,

Et tout son antre en résonna:

Les lions n'ont point d'autre temple.

On entendit, à son exemple,

Rugir en leurs patois messieurs les courtisans.

Je définis la cour un pays où les gens,

Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,

Tâchent au moins de le parêtre :

Peuple caméléon, peuple singe du maître ;

On dirait qu'un esprit anime mille corps :

C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.

Pour revenir à notre affaire,

Le cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire ?

Cette mort le vengeait : la reine avait jadis

Etranglé sa femme et son fils.

Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,

Et soutint qu'il l'avait vu rire.

La colère du roi, comme dit Salomon,

Est terrible, et surtout celle du roi lion ;

Mais ce cerf n'avait pas accoutumé de lire.

Le monarque lui dit : "Chétif hôte des bois,

Tu ris ! tu ne suis pas ces gémissantes voix.

Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes

Nos sacrés ongles : venez, loups,

Vengez la reine, immolez tous

Ce traître à ses augustes mânes."

Le cerf reprit alors :« Sire, le temps de pleurs

Est passé; la douleur est ici superflue.

Votre digne moitié, couchée entre des fleurs,

Tout près d'ici m'est apparue ;

Et je l'ai d'abord reconnue.

« Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi,

« Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes.

« Aux Champs Elysiens j'ai goûté mille charmes,

« Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.

« Laisse agir quelque temps le désespoir du roi:

« J'y prends plaisir.» A peine on eut ouï la chose,

Qu'on se mit à crier : " Miracle, Apothéose!"

Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni.

Amusez les rois par des songes ;

Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges :

Quelque indignation dont leur coeur soit rempli,

Ils goberont l'appât ; vous serez leur ami.
Rugir en leur patois: Pour La Fontaine, les langages des courtisans ressemblerait-il à des patois ? Ironie.

Parêtre: Paraître (ici, parêtre, pour la rime).

Salomon: Fils de David, Salomon est le troisième roi d’Israël. Il est célèbre par sa sagesse. C’est lui qui fit construire le temple de Jérusalem. A sa mort, le royaume sera divisé en deux parties : Juda et Israël.

Chétif: Ici « méprisable ».

ses augustes mânes: L’âme des morts.

Garde: Evite.

Aux Champs Elysiens: Les Champs Elysées étaient le séjour des âmes vertueuses dans l’Antiquité grecque.
Jean de La Fontaine (1621-1695), « Le Loup et l'Agneau », Livre I - Fable 10

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un agneau se désaltérait

Dans le courant d'une onde pure.

Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.

"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

-Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu'elle considère

Que je me vas désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;

Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,

Et je sais que de moi tu médis l'an passé.

-Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?

Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère

-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

- Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens :

Car vous ne m'épargnez guère,

Vous, vos bergers et vos chiens.

On me l'a dit : il faut que je me venge."

Là-dessus, au fond des forêts

Le loup l'emporte et puis le mange,

Sans autre forme de procès.
XVIII
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