Dans ma maison (conte de la vie ordinaire)





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Dans ma maison

(conte de la vie ordinaire)


de Christophe Piret

Introduction


Dans ma maison (conte de la vie ordinaire) est un spectacle construit en cinq épisodes indépendants.

Avec ce processus, je voulais continuer à explorer la parole ordinaire, les petits coins intimes qui peuvent révéler du sublime et travailler sur les voisinages tous les voisinages. Repousser un peu plus loin les frontières. Les rencontres.

J’aime bien m’engouffrer dans les interstices de nos vies ordinaires et sentir la poésie qui s’y cache. Ou l’inventer.

C’est pour moi une respiration nécessaire. Fondamentale. Vitale.
Chacun des épisodes s’est bâti à partir de rencontres, a trouvé sa nécessité et son fondement dans l’histoire même des acteurs engagés dans cette aventure. Ce sont eux qui ont déterminé le lieu de ce rendez-vous singulier, la couleur des langues, le mouvement des corps, révélé l’endroit des fractures, etc.
Je voulais que les spectateurs soient au plus proche de ce qui se raconte. Au plus proche de la sueur. De la vérité dans les pupilles. De la vérité des peaux. Gros plan permanent.

Je voulais qu’on se parle d’être à être. Que la lumière ne soit pas réservée qu’à « ceux qui savent prendre la lumière ».
Chaque scénographie se ressemble mais est différente.

Il s’agit dans presque tous les cas d’une bi-frontalité, et d’un ou plusieurs containers en bois qui s’ouvrent et révèlent des intérieurs, des mécaniques, des petits coins secrets, des éléments d’envol, des machines bizarres, des pluies colorées…

Mais ces boîtes révèlent des particularités fortes suivant les épisodes et ce qu’ils racontent.

Elles sont elles-mêmes moteurs – personnages importants – de ce qui se déroule sous les yeux des « invités ». Quelques récurrences techniques sont déclinées comme des clins d’œil aux autres épisodes.
L’écriture et la mise en scène de ce spectacle, m’ont emmené dans divers coins d’Europe et de Russie, questionnant par là la langue même de nos dialogues, la langue de nos larmes, de nos rires, de nos silences.

Les acteurs étant de nationalités différentes, parfois sans langage commun, ces interrogations prirent beaucoup de forces, ouvrirent beaucoup de portes intimes et autres.

Alors la question de nos langues, de ta langue, de la langue dans laquelle tu me parles, de la traduction, de ce que je comprends, de ce que je ne peux pas entendre… est devenu un des éléments forts de ces histoires.

Les quatre premiers épisodes sont :

Boîte Nord

Boîte Italie

Brussels station

Moscou translation

Le cinquième épisode est :

Boîte oiseau mouche
Il est le résultat d’un compagnonnage avec la Compagnie de l’Oiseau-Mouche qui est une troupe permanente qui compte vingt-trois comédiens, personnes en situation de handicap mental.

A ce jour, ce projet demeure unique en France. En effet si des expériences concluantes dans le domaine de la création artistique ont été menées avec des personnes adultes handicapées, elles sont pour la plupart à l’initiative de metteurs en scènes isolés et ont rarement accès aux circuits de diffusion professionnels.

Les formes artistiques produites par la Compagnie de l’Oiseau-Mouche sont originales et souvent inclassables, elles travaillent à la marge et le corps y occupe une place prépondérante.

Chaque création est le fruit d’une rencontre entre un artiste invité et les comédiens de l’Oiseau-Mouche qu’il a choisi d’embarquer dans son aventure.

La liste de ces artistes compagnons de route est longue, mais on peut entre autres citer : Wladyslaw Znorko, Gilles Defacques, Stéphane Verrue, François Cervantes, Claire Dancoisne, Antonio Vigano, Jean-Michel Rabeux, Vincent Goethals, Sylvie Reteuna, Cyril Viallon, Christophe Bihel ou Françoise Delrue.


« Après l'Italie, la Belgique, l'Allemagne, la Russie... l'Oiseau Mouche.

Je retrouve son peuple. L'endroit de ce peuple. Avec évidence.

Les acteurs de cette compagnie sont un monde.

Ce sont des vies installées à un endroit devenu monde.

J'ai la sensation d'un peuple en marche qui s'est arrêté quelque part pour bâtir. Et construire une langue propre pour une union sacrée. Avec toutes les difficultés ordinaires et extraordinaires que rencontre un peuple qui veut se construire. Ils sont mes voisins.

Il y a un peu moins de dix ans, après avoir vu plusieurs de leurs spectacles, j’ai rencontré cette compagnie de manière plus intime, et donc plus profonde, au travers d’un travail que j’ai mené avec toute l’équipe.

C’était une espèce de laboratoire, très libre, très plaisant, d’une force émotionnelle bouleversante, inoubliable.

J’étais dans la nécessité continue d’une invention de langage et le collectif s’articulait autour de codes que je découvrais jour après jour.

La spécificité des individus présents m’amenait à réinventer ma manière de « diriger ».

À réécrire sans cesse les petits mots de ces mondes rencontrés.

À relire sans cesse la proposition théâtrale.

À revisiter sans cesse l’expression de la proposition théâtrale.

À toujours chercher ailleurs que dans l’évidence de l’ « entendu ».

J’étais percuté par le déplacement de ces corps.

J’étais fasciné par le tour du monde que font les mots de certains d’entre eux pour entrer chez le voisin du sens avec une pertinence incontestable…

J’étais émerveillé par certains moments de syntaxe impossible.

Et de présence incomparable.

Interrogé jusqu’au cœur par les fractures qui s’imposaient d’un coup sans prévenir.

Et les failles qui s’affichaient comme des trous noirs.

Des espaces insondables.

Et des retours d’âme qui prenaient le théâtre par le bout de la peau.

« Drôle de cirque » fut le titre du résultat de cette rencontre proposée au public.

Ces moments partagés, ce monde singulier que nous avions bâti, comptent dans « ma manière » de faire du théâtre aujourd’hui.

Après cela, nous nous étions donné rendez-vous. Pour continuer. Pour faire autre chose.

Certitude du désir et de la nécessité.

Et puis les chemins de chacun d’entre-nous se sont mis à s’écrire plus vite.

Nous nous sommes presque retrouvés pour partir avec les caravanes du spectacle « Mariages », mais les croisements n’ont pas pu se faire. Malice du temps et de son organisation.

Et puis « Dans ma maison » (conte de la vie ordinaire).

Le voisinage s’est imposé et toutes les pendules se sont mises à l’heure.

Rendez-vous pris dans ce pays. Enfin.

Donc après l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, la Russie… l’Oiseau Mouche.

Avec cinq d’entre eux, nous avons décidé de nous bâtir un voyage.

De sauter par la fenêtre pour passer des frontières.

Et nous avons rêvé à des « moyens de transports ».

A des jeux qui donnent de l’air et des routes ouvertes.

Nous avons eu envie d’inventer notre nouvelle maison de A jusqu’à Z. De la bâtir avec des « matériaux récupérés ».

D’en recréer les sens et les fonctions.

De nous amuser des bric-à-brac de nos vies en toute liberté.
Avec les acteurs, ces comédiens si singuliers de l’Oiseau Mouche,

nous nous sommes amusés des réalités des vies, des corps, pour les emmener vers la fiction, la poésie. Le rêve.

On s’est inventé des histoires avec des bouts de réel. On a fouillé nos impossibilités et parfois réussi à jongler avec elles.

On a voulu se recréer un monde, des jeux et des histoires d’amour.

On a laissé transpirer les personnages par les sueurs venues du plateau, mais chacun a tenu à garder son propre prénom.

Comme un fil permanent nous reliant à la réalité et à certaines nécessités de dire.

Les personnages sont donc :

Florence, Hervé, Thierry, Thomas, Valérie

et Benjamin Delvalle jouant en direct les musiques et les chansons créées pour le spectacles.




Episode 5 :

Boîte oiseau-mouche


Sur scène, quatre grands containers en bois. Fermés. Eloignés les uns des autres. Ils sont tous différents. L’un d’entre eux ressemble à une espèce de fleur géante.

Un cinquième est déjà ouvert, contenant divers instruments de musique. C’est la « boîte » du musicien. La musique sera quasi permanente, live ou enregistrée. Les sons du plateau de temps à autre amplifiés et mixés.

Deux hauts lampadaires de ville diffusent une lumière urbaine dans le fin brouillard qui flotte au-dessus du sol.

Un Révox fait entendre une musique mêlant voix d’ailleurs et sons industriels.

Benjamin, le musicien, et Valérie attendent que les spectateurs – leurs invités - soient entrés. Puis Valérie va au micro situé à jardin près de la « boîte musique ».

Séquence 1 : « Normalement »
Valérie :

(Aux « invités » situés à cours) Bonjour
Ben :

(Aux « invités ») Bonjour
Valérie :

(Aux « invités » situés à jardin) Bonjour



Normalement

Vous devriez être proches

Beaucoup plus proches

On devrait se voir le blanc des yeux et les pupilles

Voir les tous petits frissons au bord de la bouche

Voir de très près comment se tient la peau comment elle transpire

Voir les petites gouttes qui se cachent au coin des yeux

Presque sentir les petits parfums qu’on a dans les cheveux

Parce que c’est une invitation

Une invitation dans ma maison

Vous devriez être comme autour d’une table

Comme autour d’une table dans une maison

Parce que c’est une invitation

Voilà

A ce moment-là où je vous parle c’est une invitation

Normalement

Vous ne devriez pas être cachés dans le noir

Si c’est une invitation

On devrait être dans la même lumière

Parce que sinon

On ne sait pas à qui on parle

On ne peut pas deviner d’où l’autre vient

J’aurais bien aimé qu’on soit autour d’une grande table

Dans ma maison

Dans une cuisine

Une cuisine orange et jaune avec des odeurs de dimanche midi

Un poulet et des frites par exemple

C’est quand même une invitation

Mais je n’ai pas de maison

Ma mère a une maison

Mais moi je n’ai pas de maison

Pas de maison avec une rue un numéro peut-être même un jardin pour que la pluie tombe dessus

C’est comme ça

Ça n’est pas possible

Mais bon

Mais c’est quand même une invitation dans ma maison

Ici

Dans ma maison

Y’a même une cuisine mais elle n’est pas jaune orange

Et j’ai des voisins

Et je m’occupe de leur fleur

Et on marche sous la pluie

Et il y a des odeurs de goûter de Saint Nicolas

Dans cette maison-là

Pour cette invitation

Où je voudrais bien que tout le monde soit autour d’une grande table dans ma cuisine jaune orange

Et qu’on parle des pays qu’on a traversés

Ici on parle tout le temps des autres pays

On se raconte des passages de frontières

Et des couleurs de drapeaux

La Suisse c’est une croix blanche sur un fond rouge

Moi ça me fait rire

Ce drapeau-là il me fait rire

On dirait un emballage de bonbon

Pendant longtemps j’ai cru que c’était une blague ce drapeau-là

Mais non ce n’est pas une blague

(Elle s’en va vers un des containers puis revient brusquement.)



Ah oui

J’ai oublié

J’ai posé là-bas une boite de chocolats à l’alcool de cerise

Des « Mon Chéri »

C’est quand même une invitation

Alors il faut une boîte de « Mon chéri »
(Elle chante « Dark line ».)
« A dark line

I see some one

A clear line

I see some one

A red sea

I see some one

A sound of wheels

I see some one … »


Séquence 2 : « L’installation »
Thierry pédale dans son container. C’est une  « boîte avion ». Il en sort très lentement. Le container est une partie de sa structure. Il laisse sur place des éléments latéraux, comme une fusée après le décollage. C’est une étrange mécanique. Une étrange machine volante à pédales. Aux ailes repliées.

Thierry mouline à toute vitesse comme s’il voulait prendre son envol, mais son « avion » avance tout doucement. Millimètre par millimètre. De petites lumières scintillent sur l’horizon qu’il dessine. Sa piste d’envol. Il semble heureux de cet horizon à prendre. A rêver.
Valérie amène le container appelé : « la boîte à jouets. ». Il se propulse électriquement, à l’aide d’un treuil interne qu’elle commande. Thomas se trouve à l’intérieur.

Quand le couvercle de la boite à jouets est ouvert, Thomas et Valérie se regardent longuement. Histoire d’un désir qui cherche à trouver un début. Fils qui se nouent aux bouts de mondes. Leurs yeux tentent de trouver une route tracée au même endroit.

Hervé, perché sur le toit de son container, dirige le mouvement de sa machine qui vient se stabiliser au milieu du plateau. Devant la fleur restée fermée.

Quand la boîte est stabilisée, Florence ouvre les bâches extérieures et organise sa maison, sa cuisine...

Pendant ce temps, Thomas ouvre sa boîte avec une application minutieuse. L’ordre ordinaire des choses n’est pas le sien. La logique de l’ouverture des verrous n’appartient pas à son entendement. Alors il invente une traduction, et la chorégraphie de ses doigts, l’effort de son regard qui cherche le nord, deviennent un travail hypnotique à la poésie intense.

Il franchit cet Himalaya avec bonheur.

Les containers sont en place, ils forment une espèce de village, de quartier. De monde.

Le mouvement du temps semble se suspendre dans un apaisement de jour de fête.

Puis on entend plus fortement les vibrations de la machine volante. C’est peut-être le jour tant attendu de son envol. Mais Thierry ralentit brusquement son rythme.

On l’entend rire comme un enfant heureux et facétieux.


Séquence 3 : « Vertige »
Thierry :

(Dans le micro intérieur de sa machine volante, tout en continuant de pédaler lentement.)

C’est une machine volante qui ne peut pas voler

C’est ça que j’aime bien

Si elle pouvait s’envoler

Ce serait triste

Mais j’essaye qu’elle s’envole quand même

Sinon ce serait triste aussi

Voilà
Essayer quelle vole

C’est tout

Juste essayer

Jamais décoller

J’aime bien ça
Rester au-dessus du sol

Entre deux

C’est là que j’habite : entre deux

C’est ma maison

C’est une maison qui bouge

Mais pas comme une caravane
Rester au-dessus de la terre

C’est comme un rêve de père Noël

Avoir une maison partout

Comme le père Noël

Sa maison elle est partout

Elle bouge

Mais je ne sais pas comment expliquer
Ma maison doit toujours bouger

Un jour j’ai senti ça

Dans l’enfance

Y’a des choses qui arrivent comme ça

D’un seul coup
Un jour j’avais 4 ans

Et le jaune est devenu rouge

D’un seul coup

Mais je ne sais pas comment expliquer
Les couleurs peuvent changer de nom

D’un seul coup

D’un seul coup les choses ne sont plus pareilles

D’un seul coup quelque chose s’en va
Heureusement qu’il y a la pluie

La pluie qui vient jouer du tam-tam sur la peau

Les grosses pluies chaudes des indiens du Mexique

Parfois j’ai le vertige dans mon avion

Heureusement que je n’arrive pas à décoller
Thomas :

Oui

(Parlant dans le micro situé à cours dans une langue où la syntaxe est libre, où la vitesse dépasse le temps et où le début peut être la fin, mais où la musique des mots est toujours pleine de couleurs vives.)
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