Manuel : Empreintes littéraires, Bordas





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DESCRIPTIF DES


LECTURES ET ACTIVITES

deco

1ere STI2D

Année scolaire 2011-2012
Lycée polyvalent F. J. Curie

Dammarie-les-Lys
01 64 39 34 34

Ce descriptif contient 4 séquences

16 textes étudiés
Manuel : Empreintes littéraires, Bordas
Livre dont les textes ne sont pas fournis :

  • L’Etranger, Camus



Professeur responsable : M. Bouquet


Séquence 1

Les Fables de La Fontaine ou l’art de plaire en instruisant, une règle bien classique!

(séquence majeure : 4 lectures analytiques)


Objet d’étude


La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIe siècle à nos jours.



Problématique 


Comment céder aux désirs du public (plaire) tout en conservant la fonction pédagogique de la fable (instruire) ? Un enjeu classique.

Les formes et les fonctions du dialogue : convaincre, persuader et délibérer.

Les enjeux de la fable : plaire et instruire.



Groupement de textes

(5 lectures analytiques)


 “Le Loup et le chien” de La Fontaine

 “Le loup et l'agneau” de La Fontaine

 “La laitière et le pot au lait” de La Fontaine

 “Le petit poisson et le pêcheur” de La Fontaine



Études d'ensemble


 Le classicisme dans Les Fables : plaire et instruire.

 Les formes et les fonctions du dialogue: convaincre, persuader, délibérer.



Lecture(s) cursive(s)


La Ferme des animaux, d’Orwell. En quoi ce livre relève-t-il du genre de la fable ?




Documents complémentaires


Lectures cursives (extraits)

 Confrontation des époques : fables “Le Loup et l'agneau” écrites par La Fontaine, Esope et Phèdre, en vue d'apprécier l'imitation des Anciens et la modernisation apportée par La Fontaine en vue de plaire à ses lecteurs.
Lectures cursives (images)

DVD des Fables mises en scène par Wilson : visionnage de plusieurs d’entre elles, dont « Le loup et l’agneau », « le chêne le roseau », « la cigale et la fourmi », « le corbeau et le renard », « le pouvoir des fables »… (Etude des choix de mise en scène : représentation de l’allégorie animale (masques ou autres accessoires), musique, décors, présence de La Fontaine…)
 “Le Loup et le chien” en images: Doré, Grandville et Quellier. Quelle illustration représente le plus fidèlement la fable de La Fontaine?



Activités complémentaire


 Biographie de La Fontaine (Vie, mécène, rapports avec Louis XIV, Querelle des Anciens et des Modernes...)


Lectures et activités personnelles







Séquence 2

Dom Juan, une comédie classique ?

(séquence majeure : 4 lectures analytiques)

Objet d’étude

Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours.



Problématique 


En quoi Dom Juan se rattache au classicisme autant qu'il s'en éloigne?

Une pièce entre baroque et classicisme.

Le libertinage au XVIIe siècle.



Œuvre intégrale

(4 lectures analytiques)


 Acte I Scène 1 (l 57 à 95) – monologue de Sganarelle.

 Acte I Scène 2 (l 41 à 86) - monologue de Dom Juan.

 Acte III Scène 2 (intégralement)

Acte V Scènes 5 et 6 (intégralement)



Études d'ensemble


 Une pièce classique? : la règle des trois unités, la bienséance, la vraisemblance.
La difficulté à classer la pièce dans la famille des comédies.



Lecture(s) cursive(s)


 Une autre pièce de Molière, au choix: (Tartuffe conseillée)



Documents complémentaires


Lectures cursives (extraits)

Dom Juan, l'abuseur de Séville, par Tirso de Molina, extrait de la dernière scène.

 « Dom Juan aux enfers », de Baudelaire
Lectures cursives (images)

Dom Juan mis en scène par Armand Delcampe (joué à l'abbaye de Villers-la-Ville, 1999):

Inscription de la pièce dans un cadre naturel, les changements des lieux, la musique de fond...

Non respect de la règle classique de la vraisemblance: les effets pyrotechniques.

 Extraits de Dom Juan mis en scène par D. Mesguich : la comédie mise en avant.



Activités complémentaire


 Biographie de Molière (L'Illustre Théâtre, succès et difficultés...).



Lectures et activités personnelles




Séquence 3

La mélancolie en poésie

(séquence majeure : 4 lectures analytiques)


Objet d’étude


Ecriture poétique et quête du sens, du Moyen-âge à nos jours.



Problématique 


La mélancolie, dépression ou marque de génie ?

La poésie, un lieu d'expression de la sensibilité.

L'évolution du sens de « mélancolie ».

Le poème en prose.


Groupement de textes

(4 lectures analytiques)


 « Le Paresseux », Poésies, Saint-Amant (1631)

 « Tristesse », Poésies nouvelles, Musset (1850)

 « Quand le ciel est bas et lourd », Les Fleurs du Mal, de Baudelaire (1857)

 « Poème III », Le Spleen de Paris, Baudelaire (1869)


Études d'ensemble


 La mélancolie à travers les âges: l'évolution de la définition.

 Approche des mouvements littéraires: Baroque, Romantisme et Symbolisme.



Lecture(s) cursive(s)


Les Fleurs du mal de Baudelaire : chapitres « Spleen et idéal » et « Mort ».
Chatterton de Vigny: lecture autonome.



Documents complémentaires


Lectures cursives (images)
 Travail sur le tableau de Dürer: Melancholia.
 Travail de comparaison sur deux tableaux de Munch: le cri et mélancolie, deux aspects différents de la mélancolie.



Activités complémentaire


 Biographie des auteurs des poèmes étudiés.

 Réalisation d'un poème en prose à la manière de Baudelaire dans le poème III du Spleen de Paris: exprimer un sentiment en lien avec le paysage.

Réalisation d’une anthologie poétique de 5 poèmes issus des Fleurs du mal, avec préface argumentative justifiant les choix.


Lectures et activités personnelles




Séquence 4

Meursault, un personnage étrange

(séquence majeure : 4 lectures analytiques)


Objet d’étude


Le roman et ses personnages: visions de l'homme et du monde.




Problématique 


En quoi Meursault paraît-il en rupture avec la société et les autres?

Un personnage de roman: le rejet de Meursault par la société.

Le genre du roman.



Groupement de textes

(5 lectures analytiques)

Édition proposée par le professeur: Folio Classiques Plus

 Chapitre 1, partie 1: “Aujourd'hui, maman est morte [...] pour n'avoir plus à parler”. (p. 7 et 8)

 Chapitre 5, partie 1: “Le soir, Marie est venue me chercher [...] dès qu'elle le voudrait”. (p. 46 et 47)

 Chapitre 6, partie 1: “C'était le même soleil [...] sur la porte du malheur” (p. 63, 64)

 Chapitre 5, partie 2: “Lui parti, j'ai retrouvé le calme. [...] qu'ils m'accueillent avec des cris de haine” (p. 120)


Études d'ensemble


 Meursault, un personnage étrange.
 Le genre de l'absurde.



Documents complémentaires


Entrainement au devoir type bac

 L’ambition du héros romanesque chez Balzac, Stendhal et Maupassant : Eugène de Rastignac, Julien Sorel et Georges Duroy.
Lectures cursives (extraits)

 Le mythe de Sisyphe (extrait des premières pages).



Activités complémentaire


 Biographie de Camus.


Lectures et activités personnelles





Signature du professeur :

Visa du chef d’établissement :

Texte 1

Le Loup et le chien
1 Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
5 L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
À se défendre hardiment.
10 Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
15 Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
20 Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
— Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
25 Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. »
30 Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
— Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
35 De ce que vous voyez est peut-être la cause.
— Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu’importe ?
— Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
40 Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Jean de La Fontaine, Fables, premier recueil, 1668, fable 5

Le loup et le chien” en images

Illustration 1 : Gustave Doré (XIXe)



Illustration 2 : Jean-Jacques Granville (XIXe)

Illustration 3 (bas gauche) : André Quellier (XXe)

Illustration 4 (bas droite) : Henri Morin (XXe


Texte 2

Le loup et l’agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
            Nous l'allons montrer tout à l'heure.
            Un agneau se désaltérait
            Dans le courant d'une onde pure.
5 Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
        Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
            Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
10 -Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
           Ne se mette pas en colère ;
            Mais plutôt qu'elle considère
            Que je me vas désaltérant
                    Dans le courant,
15             Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
            Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
20 -Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
        Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère
            -Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
        - Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens :
            Car vous ne m'épargnez guère,
25             Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
            Là-dessus, au fond des forêts
            Le loup l'emporte et puis le mange,
            Sans autre forme de procès.


Jean de La Fontaine, Fables, premier recueil, 1668, fable 10

Texte 3

La laitière et le pot au lait Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait
            Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là pour être plus agile
            Cotillon simple, et souliers plats.
            Notre Laitière ainsi troussée
            Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’ œufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
            « Il m’est, disait-elle, facile
D’élever des poulets autour de ma maison : 
            Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;
J’aurai le revendant de l’argent bel et bon ;
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? »
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri 
            Sa fortune ainsi répandue,
            Va s’excuser à son mari
            En grand danger d’être battue.
            Le récit en farce en fut fait ;
            On l’appela le Pot au lait.

            Quel esprit ne bat la campagne ?
            Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
            Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
            Tout le bien du monde est à nous,
            Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m écarte, je vais détrôner le Sophi ;
            On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

            Je suis gros Jean comme devant.
Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, 1668, fable 9


Texte 4

Le petit poisson et le pécheur


Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie ;
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.
Un Carpeau qui n'était encore que fretin
Fut pris par un Pêcheur au bord d'une rivière.
Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin ;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière.
Le pauvre Carpillon lui dit en sa manière :
Que ferez-vous de moi ? je ne saurais fournir
Au plus qu'une demi-bouchée ;
Laissez-moi Carpe devenir :
Je serai par vous repêchée.
Quelque gros Partisan m'achètera bien cher,
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat ? croyez-moi ; rien qui vaille.
- Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le Pêcheur ;
Poisson, mon bel ami, qui faites le Prêcheur,
Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire.

Un tien vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras :
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.


Jean de La Fontaine, Fables, livre V, fable 3, 1668-1694

Texte 5

Sganarelle


Je n’ai pas grande peine à le comprendre, moi ; et si tu connaissais le pèlerin, tu trouverais la chose assez facile pour lui. Je ne dis pas qu’il ait changé de sentiments pour Done Elvire, je n’en ai point de certitude encore : tu sais que, par son ordre, je partis avant lui, et depuis son arrivée il ne m’a point entretenu ; mais, par précaution, je t’apprends, inter nos, que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure, en vrai Sardanapale, qui ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu’on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. Tu me dis qu’il a épousé ta maîtresse : crois qu’il aurait plus fait pour sa passion, et qu’avec elle il aurait encore épousé toi, son chien et son chat. Un mariage ne lui coûte rien à contracter ; il ne se sert point d’autres pièges pour attraper les belles, et c’est un épouseur à toutes mains. Dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui ; et si je te disais le nom de toutes celles qu’il a épousées en divers lieux, ce serait un chapitre à durer jusques au soir. Tu demeures surpris et changes de couleur à ce discours ; ce n’est là qu’une ébauche du personnage, et pour en achever le portrait, il faudrait bien d’autres coups de pinceau. Suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour ; qu’il me vaudrait bien mieux d’être au diable que d’être à lui, et qu’il me fait voir tant d’horreurs, que je souhaiterais qu’il fût déjà je ne sais où. Mais un grand seigneur méchant homme est une terrible chose ; il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j’en aie : la crainte en moi fait l’office du zèle, bride mes sentiments, et me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste. Le voilà qui vient se promener dans ce palais : séparons-nous. Écoute au moins : je t’ai fait cette confidence avec franchise, et cela m’est sorti un peu bien vite de la bouche ; mais s’il fallait qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurais menti.
Molière, Dom Juan, 1665, Acte I Scène 1

Texte 6
Dom Juan


Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l’amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.


Molière, Dom Juan, 1665, Acte I Scène 2

Texte 7


Sganarelle
Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.

Le Pauvre
Vous n’avez qu’à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt ; mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que, depuis quelque temps, il y a des voleurs ici autour.

Dom Juan
Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur.

Le Pauvre
Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumône ?

Dom Juan
Ah ! ah ! ton avis est intéressé, à ce que je vois.

Le Pauvre
Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le Ciel qu’il vous donne toute sorte de biens.

Dom Juan
Eh ! prie-le qu’il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.

Sganarelle
Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme : il ne croit qu’en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.

Dom Juan
Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?

Le Pauvre
De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.

Dom Juan
Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ?

Le Pauvre
Hélas ! Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.

Dom Juan
Tu te moques : un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d’être bien dans ses affaires.

Le Pauvre
Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n’ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.

Dom Juan
Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. Ah ! ah ! je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer.

Le Pauvre
Ah ! Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?

Dom Juan
Tu n’as qu’à voir si tu veux gagner un louis d’or ou non. En voici un que je te donne, si tu jures ; tiens, il faut jurer.

Le Pauvre
Monsieur !

Dom Juan
À moins de cela, tu ne l’auras pas.

Sganarelle
Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal.

Dom Juan
Prends, le voilà ; prends, te dis-je, mais jure donc.

Le Pauvre
Non, Monsieur, j’aime mieux mourir de faim.

Dom Juan
Va, va, je te le donne pour l’amour de l’humanité. Mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté.


Molière, Dom Juan, 1665, Acte III Scène 2

Texte 8


Scène 5

Dom Juan, un spectre en femme voilée, Sganarelle.

Le Spectre, en femme voilée
Dom Juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s’il ne se repent ici, sa perte est résolue.

Sganarelle
Entendez-vous, Monsieur ?

Dom Juan
Qui ose tenir ces paroles ? Je crois connaître cette voix.

Sganarelle
Ah ! Monsieur, c’est un spectre : je le reconnais au marcher.

Dom Juan
Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c’est.
Le Spectre change de figure, et représente le temps avec sa faux à la main.

Sganarelle
Ô Ciel ! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure ?

Dom Juan
Non, non, rien n’est capable de m’imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c’est un corps ou un esprit.
Le Spectre s’envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.

Sganarelle
Ah ! Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir.

Dom Juan
Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu’il arrive, que je sois capable de me repentir. Allons, suis-moi.

Scène 6


La statue, Dom Juan, Sganarelle.

La Statue
Arrêtez, Dom Juan : vous m’avez hier donné parole de venir manger avec moi.

Dom Juan
Oui. Où faut-il aller ?

La Statue
Donnez-moi la main.

Dom Juan
La voilà.

La Statue
Dom Juan, l’endurcissement au péché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l’on renvoie ouvrent un chemin à sa foudre.

Dom Juan
Ô Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n’en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !
Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s’ouvre et l’abîme ; et il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé.

Sganarelle
Ah ! mes gages ! mes gages ! Voilà par sa mort un chacun satisfait : Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content. Il n’y a que moi seul de malheureux. Mes gages ! Mes gages!

Molière, Dom Juan, 1665, Acte V Scènes 5 et 6

Textes 9 à 12

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.


Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
 
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,
 
Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.
Saint Amant, « Le paresseux », Poésies, 1631

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
Alfred de Musset, « Tristesse », Poésies nouvelles, 1850

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Baudelaire, « Quand le ciel est bas et lourd », Les Fleurs du mal, 1857
   Que les fins de journées d'automne sont pénétrantes! Ah! pénétrantes jusqu'à la douleur! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini.
   Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer! Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur! une petite voile frissonnante à l'horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite!); elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
   Toutefois, ces pensées, qu'elles sortent de moi ou s'élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L'énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
   Et maintenant la profondeur du ciel me consterne; sa limpidité m'exaspère. L'insensibilité de la mer, l'immuabilité du spectacle, me révoltent... Ah! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu.
Baudelaire, Le Spleen de Paris, poème III, 1869


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