Les enfants dans la première guerre mondiale





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date de publication09.11.2019
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Les enfants dans la première guerre mondiale.
Les historiens déterminent l’existence de quatre visions de l’enfant pendant la Première Guerre mondiale. Ils s’appuient à la fois sur la propagande mais aussi sur les actions des enfants eux-mêmes.
1. L’enfance parfaite.

Des enfants qui suivent la guerre, s’intéressant aux communiqués de guerre, penchés sur des cartes, guettant les nouvelles. L’évêque de Vannes les décrit ainsi «De secrets désirs des enfants, des pensées de piété, de dévouement et de courage qu’ils n‘auraient pas eus dans un autre temps ».
2. L’enfance utilisée.

Il y a la mobilisation morale des enfants. Ils écrivent aux soldats sans famille en tant que marraine de guerre dans un cadre scolaire comme le fait la petite Muguette 10 ans à un soldat prisonnier « Comme vous n‘avez plus de parents, je les remplacerai » Les cadettes noëlistes, organisation catholique de petites et jeunes filles qui deviennent filleules de soldats sans famille ; elles leur écrivent des lettres et leur envoient des colis. L’objectif est de soutenir le moral des soldats.

Le ministre de l’Instruction publique Albert Sarraut dit en 1915 que le moral de la Nation à comme« agents discrets [mais les plus efficaces à savoir] les élèves eux-mêmes ».

Organisation de quêtes dans les écoles, collèges et lycées. A Paris «œuvre du petit sou » en septembre 1914 ; chaque élève verse deux sous par semaine, en décembre, ils ont accumulé 500 000 francs qui serviront à envoyer des cadeaux aux soldats pour Noël 1914. Les élèves participent activement à la collecte d’argent et sensibilisent la population aux économies. Certaines écoles souscrivent aux emprunts nationaux. Organisation de journées à thème (ex : journée serbe). (Une école de 28 élèves dans l’Eure récolte de 09/1914 à 03/1915 3000F) Le ministère donne des diplômes d’honneur très recherchés aux meilleures écoles. Cadettes noëlistes collecte plus de 500 000 et envoient à Noël des colis (tabac, chocolat et un litre d’alcool avec ce mot « C’est nous qui vous envoyons le cadeau rituel, Pères, Frères qui combattez pour nous défendre»
Cette action entraine une partie de la population qui se sent plus impliquée dans le sillage des élèves.

Main d’œuvre enfantine utilisée avec des garderies pour des bambins tenues par des enfants plus grands, ventes pendants les journées patriotiques à thèmes, réalisation de petits objets envoyés aux soldats, vente de timbres pour la croix Rouge...
Les revues enfantines instrumentalisent le mouvement comme La Semaine de Suzette en France qui donne des modèles de travaux manuels pour les combattants mais aussi des conseils de jardinage pour lutter contre les pénuries.

En Allemagne les travaux agricoles pour les enfants les plus âgés sont lancés dès 1915. En 1917 en France sont créés les lopins scolaires (pomme de terre et petit bétail) dont les bénéfices servent aux œuvres de charité.

Les enfants participent aussi aux collectes et à la récupération des matières premières devenues rares (métaux, vieux papiers...) avec parfois une organisation comme la War Savings Association (au Royaume-Uni) qui coordonne les collectes.

Les scouts sont très actifs au Royaume-Uni où ils sont encouragés à gagner de l’argent pour souscrire aux emprunts de guerre. Ils y participent à la surveillance des ponts et gardent les côtes contre les raids aériens...

On encourage les plus de 12 ans à apprendre à tirer et à s’entrainer au cas où ils devraient participer au conflit ; on tire alors sur des cibles représentant des soldats allemands. (Au R-U)
3. L’enfance docile

Un réel enthousiasme des enfants au départ comme des fillettes volontaires pour être marraines de guerre ou des élèves qui refusent leurs prix (cadeaux aux bons élèves) pour en donner la valeur à des actions charitables.

Lettre spontanée d’une fillette de La Somme à l’inspecteur d’Académie: «Monsieur l’inspecteur d’Académie, je suis une élève de 1‘école communale de Moreuil. Toutes les classes ont fait leur possible pour souscrire à l’emprunt. J’avais dans ma tirelire une assez forte somme que je destinais à l’achat d’une bicyclette. Mais notre maîtresse, madame Marque, nous ayant dit qu’il fallait souscrire pour la défense nationale, j’ai préféré donner cette somme pour avancer l’heure de la victoire et pour que papa revienne plus vite. Et plus tard je serai fière de montrer à mes enfants que j’ai participé à la délivrance de la France » Dans la bourgeoisie catholique, les enfants sont plus patriotes et investis encore que leurs parents comme Simone de Beauvoir ou Anaïs Nin. Cette dernière, française par sa mère, vit la guerre depuis New-York mais son journal intime montre qu’elle est engagée moralement pour la victoire de la France avec des propos violemment antiallemands. Elle regrette d’être «loin de sa patrie » et compose des poèmes «Lancez votre feu. Pour célébrer le héros courageux. Suivez-le, soldats, imitez le héros, Faites votre devoir si beau ».

Rédactions sur la guerre mais aussi des poèmes composés par des enfants. Exemple d’un poème de 1915 d’un enfant de 12 ans:


«Salut beau pays de la France

Salut ô patrie si charmante

Salut à toi qui seule peux retenir nom cœur

Salut à toi si éprouvée du malheur

Salut à ton si beau courage

Salut France qui par ta bonté encourage

Notre sacrifice pour toi

Salut à ta voix

Qui nous ramène au devoir

Salut à la douce joie de te revoir

Salut à tes champs, à tes fleurs

Salut toi qui dans notre malheur

Nous éclaire d’un rayon de bonheur

Salut enfin à ton énergie suprême

Nous sommes tes enfants, douce France

Laisse-nous te garder toujours

Et pour remplir notre désir

Donne-nous ton courage

A toi en reviendra la gloire.»



Un écolier de Sedan, Yves Congar, assiste à l’entrée de l’armée allemande dans la ville et écrit dans son journal : « Ici commence une histoire tragique, c‘est une histoire triste et sombre qui est écrite par un enfant qui a toujours au cœur l’amour et le respect pour sa patrie et la haine juste et énorme contre un peuple cruel et injuste. »

Ce patriotisme est parfois teinté de foi chrétienne comme chez Anaïs Nin: «O grand Dieu, ô sauveur adorable, je vous conjure au nom de votre mère adorable [la Vierge Marie], au nom du peuple français, de sauver la France, ô Jésus, rendez-lui sa gloire et ses enfants qui sont les vôtres, O divin maître, ne nous refusez pas cela puisque c ‘est ma deuxième mère que nous vous demandons de sauver. ». Elle aimerait être un homme pour pouvoir aller combattre et prend Jeanne d’Arc comme modèle héroïque.

Les jeux d’enfants reproduisent la guerre mais pas seulement ceux achetés dans le commerce (Par exemple, on joue à la guerre dans des tranchées reconstituées comme à Clermont-Ferrand).

Les lettres envoyées aux soldats, les travaux d’élèves et dessins montrent une adéquation parfaite entre la propagande et la parole des enfants.
4. L’enfant autonome.

Mais on peut douter que cette adhésion soit en général pleinement consciente car les enfants ont tendance à reproduire ce qu’ils perçoivent du monde des adultes, ils se sentent obligés de relayer cette propagande.

Mais quand on peut voir le fond de leur pensée, c’est la tristesse qui domine, le regret de ne pas avoir toute la famille auprès de soi, l’angoisse de la mort des êtres aimés. La perte d’un être cher renforce souvent non pas la haine de la guerre mais la haine de l’ennemi vu comme responsable. Même Anaïs Nin se révèle plus triste, remplie des douleurs de la guerre mais toujours patriote et antiallemande:


«Le soleil au loin se couchait

Le murmure du vent répondait

Le mouvement des ondes était lent

O mon cœur pourquoi si triste?

Dans la campagne le roseau se

courbait sous le poids du vent

Les cloches avaient perdu leur son,

elles pleuraient

Et la mère craintive sur son cœur

presse son bébé
Ô mon cœur pourquoi si triste?

Une dernière plainte et les ruines

s‘écroulent

Pas un être ne vivait

La terre était caillée de sang

O mon cœur pourquoi si triste?

Au loin le son du canon, du fusil qui se rend

Ce bruit qui sans doute dévote mon enfant

Ma maison est partie avec la fumée du feu

O mon cœur pourquoi si triste?
Mon enfant s ‘en va et je ne le

reverrai

On a pris ma ville, on a pris Louvain

Ah quelles larmes mais tout est vain

O mon cœur pourquoi si triste?

ils arrivent ô douleur

ils nous poilent la misère

Et pour comble de malheur

ils veulent notre mère ô mon cœur

as-tu compris»


Des textes d’enfants révèlent aussi un pacifisme certain. Cas exceptionnel de Marguerite Yourcenar qui vit dans un environnement d’intellectuels pacifistes mais une petite fille de l’Oise en 1917 au sujet «Que pensez-vous de la guerre ? » répond: « Depuis trois ans que cette terrible guerre est déclarée, nous avons eu le temps d’apprendre ce que c’était que la misère. [...] Il serait bon que cette misérable tuerie finisse bientôt et que tout le monde retrouve ses familles et un peu de gaieté, pas comme avant la guerre car presque tout le monde est en deuil».

La souffrance de l’absence des êtres chers est particulièrement vive et les morts sont très présents dans leur vie de tous les jours et cela leur cause une grande souffrance morale. En France, la vision des enfants reste indépendante de la propagande qui vise à présenter les Allemands comme des monstres inhumains, et les dessins réalisés par les enfants sont loin de décrire les «atrocités allemandes» mais montrent des scènes héroïques comme les combats navals ou aériens ou alors la très improbable prise du drapeau allemand.

La guerre ne cède que rarement la place aux préoccupations personnelles et quand il est question d’elle c’est souvent en lien avec le père ou le frère parti à la guerre.
Si les adultes rêvaient d’une enfance totalement absorbée par la guerre, il faut bien avouer qu’une part des enfants a gardé une certaine indépendance d’esprit et un recul vis-à-vis de la propagande.

L’enfant autonome est l’image réelle de ce que pouvait penser la majorité des enfants même si un engament personnel n’est pas à exclure pour une partie d’entre eux.

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