II. Le roi jusqu’à la fuite à Varennes vu par lui-même





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II. Le roi jusqu’à la fuite à Varennes vu par lui-même



« Tant que le roi a pu espérer voir renaître l’ordre et le bonheur du royaume par les moyens employés par l’Assemblée nationale, et par sa résidence auprès de cette Assemblée dans la capitale du royaume, aucun sacrifice personnel ne lui a coûté ; il n’aurait pas même argué de la nullité dont le défaut absolu de liberté entache toutes les démarches qu’il a faites depuis le mois d’octobre 1789, si cet espoir eût été rempli : mais aujourd’hui que la seule récompense de tant de sacrifices est de voir la destruction de la royauté, de voir tous les pouvoirs méconnus, les propriétés violées, la sûreté des personnes mise partout en danger, les crimes rester impunis, et une anarchie complète s’établir au-dessus des lois, sans que l’apparence d’autorité que lui donne la nouvelle Constitution soit suffisante pour réparer un seul des maux qui affligent le royaume : le roi, après avoir solennellement protesté contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité, croit devoir mettre sous les yeux des Français et de tout l’univers le tableau de sa conduite, et celui du gouvernement qui s’est établi dans le royaume.

On a vu Sa Majesté, au mois de juillet 1789, pour écarter tout sujet de défiance, renvoyer les troupes qu’elle n’avait appelées auprès de sa personne, qu’après que les étincelles de révolte s’étaient déjà manifestées dans Paris et dans le régiment même de ses gardes ; le roi, fort de sa conscience et de la droiture de ses intentions, n’a pas craint de venir seul parmi les citoyens de la capitale.

Au mois d’octobre de la même année, le roi, prévenu depuis longtemps des mouvements que les factieux cherchaient à exciter dans la journée du 5, fut averti assez à temps pour allumer la guerre civile, et il aima mieux se sacrifier personnellement, et, ce qui était plus déchirant pour son cœur, mettre en danger la vie des personnes qui lui sont les plus chères. Toute le monde sait les événements de la nuit du 6 octobre, et l’impunité qui les couvre depuis près de deux ans. Dieu seul a empêché l’exécution des plus grands crimes, et a détourné de la nation française une tache qui aurait été ineffaçable.

Le roi, cédant au vœu manifesté par l’armée des Parisiens, vint s’établir avec sa famille au château des Tuileries [...].

Que reste-t-il au roi, autre chose que le vain simulacre de la royauté ? [...]

Cette forme de gouvernement, si vicieuse en elle-même, le devient encore plus par les causes : 1° L’Assemblée, par le moyen de ses comités, excède à tout moment les bornes qu’elle s’est prescrites ; elle s’occupe d’affaires qui tiennent uniquement à l’administration intérieure du royaume, et à celle de la justice et cumule ainsi tous les pouvoirs ; elle exerce même, par son comité des recherches, un véritable despotisme, plus barbare et plus insupportable qu’aucun de ceux dont l’histoire ait jamais fait mention ; 2° Il s’est établi dans presque toutes les villes, et même dans plusieurs bourgs et villages du royaume, des associations connues sous le nom des Amis de la Constitution [...]. Sans y être autorisées, mais même au mépris de tous les décrets, elles délibèrent sur toutes les parties du gouvernement, correspondent entre elles sur tous les objets, font et reçoivent des dénonciations, affichent des arrêtés, et ont pris une telle prépondérance, que tous les corps administratifs et judiciaires, sans en excepter l’Assemblée nationale elle-même, obéissent presque toujours à leurs ordres.

Le roi ne pense pas qu’il soit possible de gouverner un royaume d’une si grande étendue et d’une si grande importance que la France par les moyens établis par l’Assemblée nationale, tels qu’ils existent à présent. [...]

Au sortir de sa maladie, le roi se disposait à aller à Saint-Cloud ; on s’est servi pour l’arrêter du respect qu’on lui connaît pour la religion de ses pères ; en vain M. de La Fayette a-t-il fait ce qu’il a pu pour protéger son départ : on a arraché par violence les fidèles serviteurs qui l’entouraient, et il est rentré dans sa prison… Ensuite il a été obligé d’aller à la messe du nouveau curé de St-Germain l’Auxerrois. D’après tous ces motifs et l’impossibilité où est le roi d’empêcher le mal, il est naturel qu’il ait cherché à se mettre en sûreté.

Français, et vous qu’il appelait habitans de la bonne ville de Paris, méfiez-vous de la suggestion des factieux, revenez à votre roi, il sera toujours votre ami, quand votre sainte religion sera respectée, quand le gouvernement sera assis sur un pied stable, et la liberté établie sur des bases inébranlables.

Paris, le 20 juin 1791
Version conservée aux Archives nationales éditée par M. Reinhard, La Chute de la royauté, Paris, Gallimard,

1969.
Juste avant de quitter Paris avec sa femme, Marie-Antoinette et ses deux enfants, Louis XVI décida de motiver sa décision par un texte déposé sur son bureau et retrouvé le matin du 21 juin 1791 alors que la famille royale était déjà sur les routes qui devaient la mener à Varennes. Ce document est d’une importance capitale car pour la première fois Louis XVI, roi impénétrable, donne son sentiment à l’égard des événements des deux dernières années entre la proclamation des États généraux en Assemblée nationale le 17 juin 1789 et l’interdiction qui lui fut faite d’aller passer Pâques au château de Saint-Cloud en avril 1791.

Par cette lettre il signifia son divorce radical avec la Révolution. Le document permet d’évaluer les sentiments du roi, question d’autant plus importante que l’historiographie dite « révisionniste », contre les marxistes, considère que la Révolution procédait non pas d’un conflit social, mais de l’effondrement interne de la monarchie dû à l’incompétence politique du roi, à l’incapacité du gouvernement à résoudre une crise fiscale sans précédent et à un louvoiement permanent entre refus et acceptation de la Révolution.

Il n’est pas surprenant que Louis XVI, dans cette lettre, donne une version toute autre : la monarchie constitutionnelle est une chimère pour cacher le despotisme de l’Assemblée nationale.

Ce texte, par bien des égards partiel et partial, insiste sur trois thèmes. Le concours que le roi apporta à la Révolution dans l’été 1789, le caractère vicieux de la constitution de 1791 et la fracture religieuse opérée par la Constitution civile du clergé.


A. L’ami du changement ?




Dans sa biographie très informée, Jean-Christian Petitfils insiste sur le fait que Louis XVI, né le vendredi 23 août 1754, et roi le 10 mai 1774 fut élevé dans une tradition politique marquée par le principe d’autorité : le roi était lieutenant de Dieu sur terre comme le dit son grand-père Louis XV dans le discours de la flagellation prononcé contre des parlements récalcitrants « [...] que l’ordre public tout entier émane de moi et que les droits et les intérêts de la Nation [...] sont nécessairement unis avec les miens ».

L’auteur insiste aussi beaucoup sur l’éducation soignée d’un homme cultivé qui aimait le latin, les sciences, le droit, l’histoire, la géographie, mais dont le caractère était maussade, taciturne, ingrat et pour tout dire sans relief par rapport à ses autres frères, l’aîné d’abord, le dauphin, le duc de Bourgogne, qui le considérait comme une poupée-vivante, ses cadets, le comte de Provence (1755-1824) qui avait l’esprit résolu et le comte d’Artois (1757-1836), très déluré. Son destin d’héritier du trône fut accidentel à cause des morts successifs de son frère aîné, le duc de Bourgogne, Louis (1751-1761) puis de son père, Louis-Ferdinand de France (1729-1765), homme particulièrement dévot. Il fut marié à Marie-Antoinette d’Autriche (1755-16 octobre 1793), quinzième et avant-dernière enfant de l’Empereur, femme qui ne fut pas élevée pour être reine de France. Par ailleurs, ils avaient deux caractères bien différents, elle avec la joie de ses quinze ans, lui, en dépit de ses seize ans lorsqu’il se maria en 1770, sérieux et renfermé, attaché à ses lectures, notamment celle de Charles Ier d’Angleterre, le roi décapité le 30 janvier 1649.

Il fallut attendre huit ans pour que la première fille du couple naisse, Marie-Thérèse (1778-1851) puis ensuite Louis-Joseph dont la mort en juin 1789 ne fut pas sans accroître la léthargie du roi dans un moment crucial, Louis-Charles qui fut considéré par les partisans de la monarchie à la mort de son père, le 21 janvier 1793, comme le successeur et qui ne l’appelaient que Louis XVII. Il s’éteignit à la prison du temple le 8 juin 1795 dans des conditions sanitaires indignes et enfin Sophie-Hélène Béatrice qui mourut à l’âge d’un an en 1787.

1. L’acceptation des acquis de l’été 1789



Dans sa lettre, Louis XVI, parce qu’il en parle peu, semble accepter les acquis de l’été 1789 qui furent au nombre de trois :

  • le 17 juin 1789 les députés du tiers des États généraux se proclamèrent Assemblée nationale, changeant le mandat pour lequel ils avaient été élus et la nature de l’Assemblée qui n’était plus consultative, mais législative s’arrogeant une partie des prérogatives royales.

  • le 4 août 1789 et l’abolition des privilèges.

  • Le 26 août 1789 et la Déclaration des Droits de l’Homme qui fixe les principes de la nouvelle société. À moins que ce ne soit les « sacrifices » dont il parle ligne 9 et ligne 4 : « aucun sacrifice personnel ne lui a coûté ».



a. L’Assemblée nationale


Le roi n’accepta pas la transformation des États en Assemblée nationale. Le 20 juin, il fit fermer les portes de la grande salle des Menus Plaisirs. Ce fut à cette occasion que les députés du tiers et quelques curés se réunirent au Jeu de Paume et prêtèrent serment de « ne jamais se séparer [...] jusqu’à ce que la constitution soit établie ». Le roi choisit alors la voie de l’intimidation. Il fit approcher les troupes de Versailles et le 23 juin, au cours d’une séance très solennelle, il annonça certes le vote mixte, tantôt par tête, tantôt par ordre, manière de mettre un terme à ce débat qui déchira les députés, mais surtout demanda leur séparation. Le tiers refusa et par la voix de Mirabeau (1749-1791) prononça la fameuse formule : « Nous ne quitterons nos places que par la force des baïonnettes. »

Suivirent trois jours dominés par la temporisation royale ou peut-être son indécision. Le 27 juin, il invita les députés du clergé et de la noblesse à rejoindre le tiers. Dans le même temps, il concentra des effectifs militaires autour de la capitale et fit renvoyer Necker, le 11 juillet, l’homme de la conciliation. Il préféra un gouvernement de combat avec le duc de Broglie à la Guerre.

L’opinion publique parisienne fut saisie d’émois, car un grand nombre de parisiens vivait dans l’idée d’une vengeance royale. Cette tension s’exprima par l’incendie des octrois le 13 juillet et la prise de la Bastille le 14. Bailly fut nommé maire le 16 et La Fayette commandant de la milice, qui prit bientôt le nom de la Garde nationale avec son emblème, les couleurs de Paris entourant le blanc du roi.. Le roi pardonna difficilement à La Fayette ce qu’il considérait comme un double-jeu.

Louis XVI préféra reculer alors que son frère notamment, le comte d’Artois le pressait d’agir par la force : « au mois de juillet 1789, pour écarter tout sujet de défiance, renvoyer les troupes qu’Elle n’avait appelées auprès de sa personne ».

D’une manière assez fine, pour dénoncer le jeu de ses adversaires qu’il juge irresponsable, le roi insiste sur l’insubordination générale qui régnait à Paris. Ce point est historiquement vrai. Les Gardes nationales refusaient de rester dans leur caserne et s’enivraient ; les étudiants défilaient et le peuple s’agitait : « qu’après que les étincelles de révolte s’étaient déjà manifestées dans Paris et dans le régiment même de ses gardes ». Dans les sources on ne cesse d’évoquer la fermentation générale des esprits qui était alimenté par le prix du pain excessivement haut à cause d’un hiver 1788 particulièrement rude.

Le roi accepta de se rendre à Paris : « le roi, fort de sa conscience et de la droiture de ses intentions, n’a pas craint de venir seul parmi les citoyens de la capitale », le 17 juillet. Le risque était réel au regard de l’anarchie qui régnait dans la capitale. Quatre forces y étaient en effet concurrentes nous rappelle Jean-Pierre Jessenne : d’abord l’Assemblée, ensuite la Garde nationale de La Fayette, puis Bailly qui tentait d’asseoir sa légitimité en faisant élire une Assemblée des représentants de la commune à raison de 2 élus par districts et enfin la masse parfois incontrôlable du peuple. Le 22 juillet, Foulon, conseiller d’État et Bertier de Sauvigny, son gendre, ancien intendant de Paris, accusés d’accaparement, furent massacrés. Louis XVI insiste sur le fait qu’il vint seul, sans garde, sans ses frères dont l’un, le comte d’Artois avait décidé d’inaugurer l’émigration en partant à l’étranger. À côté de Bailly, sur le perron de l’hôtel de ville, il arbora la cocarde tandis que la foule scandait : « Vive la Nation ! ».

b. La Déclaration des droits de l’homme


Dès la première ligne, Louis XVI affirme avoir accepté la Révolution dans l’espoir de « voir renaître l’ordre », comme pour dire que le désordre avait été l’enfant de la Révolution à Paris comme en Province. En juillet 1789, le lieutenant criminel du baillage de Chalon confirmait ce sentiment et écrivait à propos des émeutiers : « Ils étaient excités par la haine qu’ont toujours eu les pauvres contre les riches, même considérablement augmentée par la fermentation des esprits ».

Les campagnes, apeurées par une réaction aristocratique, en proie à la rumeur se soulevèrent. Georges Lefebvre montra que celle-ci rumeur naquit dans cinq foyers originaux à partir desquels le mouvement s’étendit au rythme des colporteurs. Rares furent les régions épargnées. Partout des scènes de panique et des prises d’armes accompagnaient la rumeur, moteur essentiel de la Révolution.

Pour l’Assemblée la loi devait triompher du désordre d’où le projet d’abolition des privilèges dans la nuit du 4 août. L’Ancien Régime était mort. Les décrets des 7 et 11 août précisèrent et rectifièrent la décision du 4 : la dîme était abolie sans compensation en revanche les droits seigneuriaux réels étaient rachetables afin de compenser les pertes nobiliaires. Dans ces décrets on ne parlait plus de la fin des jurandes, la fin des corporations, pourtant armature essentiel de la culture politique autoritaire et anti-libérale. Dès le 4 le principe d’une déclaration des droits fut accepté ainsi que la co-légitimité de l’Assemblée et du roi qui proclame Louis XVI « Restaurateur de la liberté française ». Le 26, la Déclaration des droits de l’homme fut adoptée, cet « alphabet politique d’un monde nouveau » selon le pasteur et député nîmois, Rabaut de Saint-Étienne.

Mais, Louis XVI, qui s’opposait à ces textes qui installaient au cœur de l’État l’idéologie libérale, ne voulait pas les signer. Avec son passif courage habituel, il opposa son inertie puisqu’il refusa de signer les textes adoptés depuis le 4 août.

2. Le silence sur son incapacité politique



Louis XVI s’exonère aussi dans son texte de son incapacité politique qui commença bien avant le déclenchement de la Révolution. Louis XVI et son gouvernement furent incapables de proposer des solutions pour diminuer les tensions sociales et maîtriser la marée montante du libéralisme. Louis XVI apparut comme un homme indécis qui soutint les libéraux avant de les lâcher pour complaire à une partie de son entourage plus conservatrice. L’éphémère tentative de Turgot pour établir la liberté des grains en 1774 et la fin des corporations en 1776 le montre assez bien. Le roi préféra s’en remettre à Necker, non pas l’homme de la réforme mais celui de la banque et donc de la dette. Il est vrai qu’en 1783, les finances de la monarchie étaient dans un état catastrophique à cause notamment du coût de la guerre en Amérique, ce « levain de liberté » selon les mots du voyageur anglais Arthur Young. En 1783, près de la moitié des 600 millions de livres de recettes annuelles était consacrée au service de la dette. L’assainissement supposait une réforme fiscale et donc une remise en cause des équilibres sociaux.

Sur une idée de Calonne, le roi réunit à Versailles une assemblée de notables, intermédiaire à la convocation des États généraux, entre février et mai 1787 composée de 7 princes du sang, 14 prélats, 36 nobles titrés, 12 conseillers d’État et 25 officiers municipaux dont 3 roturiers. Le projet de Calonne était très inspiré par les physiocrates : dégrèvements et plafonnement des tailles pour les plus pauvres, remplacement de la corvée par une contribution généralisée en argent, suppression des vingtièmes et de la capitation en échange d’une « subvention territoriale », payable par les propriétaires au prorata de la qualité des terres, abolition des douanes intérieures et libre exportation des grains, création d’une pyramide d’assemblées. Chacune des catégories des notables opposèrent une fin de non-recevoir : les parlementaires évoquèrent le risque de despotisme. Bref, ce fut un échec. Mais avec la convocation des notables, la monarchie française entra dans un mécanisme de consultation qui allait être fatal. Le roi céda et remplaça Calonne par Loménie de Brienne.

Il ne parle pas non plus de son incapacité à définir une politique claire lors de la crise de juin 1789. Pourtant l’ambassadeur de Suède montre qu’il n’a pas su résister à la pression de ses frères.
«  Le plan de conciliation de M. Necker qui était favorable au Tiers Etat était adopté vendredi dernier par le roi, lorsque dimanche, Monsieur et le comte d'Artois sont entrés au conseil : l'un et l'autre, et surtout le dernier, ont été d'avis de le modifier de telle manière qu'il deviendrait inadmissible pour le Tiers Etat et très favorable aux protestations des deux autres ordres privilégiés. La séance royale fut remise au surlendemain à cause de la résistance que M. Necker apporta à des changements. Le lundi, il y eut un nouveau conseil. Le comte d’Artois, fortifié par le succès de la veilleet se regardant comme ayant mis la reine de son parti, fut plus violent que jamais. Le garde des sceaux, Villedeuil, le ministre de Paris et les quatre conseillers d’État l’appuyèrent, et le roi se décida à soutenir l’ancienne constitution, c’est-à-dire l’usage des trois ordres […]. On aurait de la peine à croire que le comte d’Artois eût pu le porter à conseiller une démarche qui compromettrait si cruellement l’autorité du roi et dont les suites funestes étaient incalculables. Cette conduite est d’autant plus condamnable et inconsidérée quand on pense que son principal but était de dégoûter M. Necker, au point de le forcer à demander sa démission, ce qu’il aurait fait tout de suite, s’il n’avait été contenu en cet instant par la crainte des malheurs affreux que sa retraite entraînerait. […] Le Tiers État, après avoir entendu la déclaration du Roi, prit un arrêté par lequel il rejetait en entier le plan que Sa Majesté lui avait proposé. En attendant, le bruit se répand dans le public que, le roi ayant décliné d’accepter le plan de Necker, il avait pris le parti de s’en aller. Cette nouvelle répandit bientôt une alarme universelle. […] Pressé par son devoir de conserver tant qu’il pourrait la fortune d’une infinité de familles, qui n’avaient prêté au Roi que par la confiance qu’elles avaient en lui ; pressé par la nation et par le roi, il promit de rester. En sortant, cette nouvelle se répandit, et jamais le transport public n’a été plus loin, jamais l’ivresse d’une nation n’a eu de caractère plus touchant. […] La pluralité de la noblesse et la minorité du clergé ont résolu d’accepter les plans du Roi tels que Sa Majesté les a proposés. Le Tiers État, devenu maintenant Assemblée nationale, ne l’acceptera pas. Mais comme la grande dispute entre eux est de délibérer en commun sur l’organisation des États généraux, on espère que le roi demandera à la noblesse de renoncer à cette modification de son plan, et qu’il ne restera que quelques relevés sur les droits seigneuriaux pour la noblesse et les matières de religion pour le clergé. […] Ce moment est bien pressant, car le peuple a déjà fortement insulté l’archevêque de Paris hier, et si l’on ne l’arrête, il prendra cette coupable manière de forcer la conduite. Il est fâcheux que le peuple se mêle de ces affaires, mais quand une fois les choses sont arrivées à un tel point, le peuple est souverain1. »


B. Le refus de la Constitution de 1791



L’Assemblée nationale devint constituante au début du mois de juillet. Une fois un article rédigé puis voté par l’Assemblée, il entrait en application. Le vote solennel de la constitution n’eut lieu que le 14 septembre 1791. Ce texte proclamait : « Le terme de la Révolution est arrivé ».

1. Le prisonnier



Le refus de l’acceptation de la Constitution découle de l’absence de liberté du roi. On peut lire ainsi: « Au mois d’octobre de la même année [...] ce qui était plus déchirant pour son cœur, mettre en danger la vie des personnes qui lui sont chères ». Il fait référence aux 5 et 6 octobre 1789. Ces journées s’inscrivaient dans un contexte bien particulier. Le roi rechignait à ratifier les textes du mois d’août. Par ailleurs, fin septembre, le roi rappela le régiment de Flandre ce qui apparaissait comme une nouvelle tentative contre-révolutionnaire. La ville était en ébullition et La Fayette et Bailly ne pouvaient l’ignorer. Le déclencheur de l’insurrection fut le piétinement de la cocarde tricolore par les soldats après un repas bien arrosé à l’Opéra royal. Le 5 octobre, une foule partie de Paris, surtout des femmes d’ailleurs, allèrent chercher le roi à Versailles et le ramenèrent le 6 à Paris, au château des Tuileries. « En quittant Versailles, la monarchie obéissait à la force des chose, écrit François Furet, tout juste un mois après avoir été replacée par les députés sous le joug du nouveau souverain, elle fut ramenée à Paris sous sa surveillance. » Cette journée montre le rôle majeur du peuple dans le combat entre les différentes factions de la révolution.

Le roi a le sentiment d’avoir été physiquement menacé : « Dieu seul a empêché l’exécution des plus grands crimes, et a détourné de la nation française une tache qui aurait été ineffaçable ». À Paris, le vaste château où le couple royal s’installa était plus ou moins à l’abandon depuis que le petit Louis XV le quitta en 1722 pour retourner à Versailles. Les rumeurs de fuite du roi ne cessaient de grossir. Pour cette raison, les Parisiens contrôlaient le roi et ne souhaitaient pas le voir s’éloigner de sa « prison » comme il put le constater en avril 1791 : « Au sortir de sa maladie, le roi se disposait à aller à Saint-Cloud ; on s’est servi pour l’arrêter du respect qu’on lui connaît pour la religion de ses pères [...] et il est rentré dans sa prison. » Louis XVI fut empêché par la foule de quitter Paris pour se rendre au château de Saint-Cloud et recevoir la communion d’un prêtre réfractaire ce qui violait l’article 10 des Droits de l’Homme et du Citoyen sur la liberté de conscience.

Par ailleurs, le refus de reconnaître un régime incapable d’assurer la sécurité et la justice. Le pays était en pleine anarchie : « Tout le monde sait les événements de la nuit du 6 octobre, et l’impunité qui les couvre depuis près de deux ans ».

2. La position ambiguë du roi



« Que reste-t-il au roi, autre chose que le vain simulacre de la royauté ? ». La rédaction de la Constitution donna lieu à des oppositions vives entre les différentes tendances de l’Assemblée constituante, notamment entre les Monarchiens, les partisans d’une monarchie constitutionnelle et les patriotes, défenseurs d’une limitation extrême des pouvoirs du roi. Pour ces derniers la prérogative de souveraineté pleine et entière appartenait à l’Assemblée. Une fois les pouvoirs constitués, elle devait être incarnée par le pouvoir législatif, dont le roi, chef du pouvoir exécutif, ne serait que le bras séculier. Ils voulaient le transfert de souveraineté du roi à l’Assemblée et insistaient beaucoup sur son caractère unitaire.

De cette opposition, il sortit une Constitution qui laissait une place très faible au roi. Il possédait un veto suspensif sur les lois de l’Assemblée pendant deux législatures. En même temps, il ne disposait d’aucun moyen de dissolution et l’interdiction de nommer des ministres issus du corps législatif empêchait l’Assemblée de le contrôler.
Bref, le roi avait été conservé dans une Constitution républicaine.
Louis XVI dénonce la suprématie de cette Assemblée et notamment de ses comités : « L’Assemblée, par le moyen de ses comités, excède à tout moment les bornes qu’elle s’est prescrites » Les comités étaient les regroupements thématiques de députés. La politique étrangère était ainsi contrôlée par le comité diplomatique. Ceux-ci doublaient tous les ministères d’où le sentiment de Louis XVI d’être un fantoche. L’Assemblée votait en effet le budget, la paix et la guerre. Il dénonce par ailleurs la présence des clubs qui doublent, dans toutes les villes de Provinces, l’administration royale.

La conclusion du roi était sans appel : « Le roi ne pense pas qu’il soit possible de gouverner un royaume d’une si grande étendue et d’une si grande importance que la France par les moyens établis par l’Assemblée nationale ». On comprend la culture politique qui les opposait, d’un côté un pouvoir autoritaire et de l’autre un pouvoir démocratique. Notons cependant que les Révolutionnaires avaient du mal à se dégager de la pensée politique absolutiste dans la mesure où le pouvoir de l’Assemblée ne pouvait être « pas plus divisible qu’un point en géométrie » comme l’écrivait Cardin Le Bret, théoricien de la monarchie absolue au début du XVIIe siècle.

C. Le refus de la fracture religieuse et les conséquences de la fuite



Le roi était profondément chrétien et le schisme religieux ajoutait l’impiété à toutes les raisons qu’il a de détester la Révolution. Captif dans Paris, étranger au milieu d’un peuple qu’il ne reconnaît plus, le roi décida de fuir, ne laissant aux Tuileries qu’une déclaration solennelle de son hostilité à la Révolution. Il escomptait, une fois hors des frontières du royaume, un revirement des Français ; en réalité, il apportait sa propre contribution à l’acte de décès de la monarchie dans l’opinion.

Louis XVI, rattrapé à Varennes avec sa famille le 21 juin 1791 était assassiné une première fois, non par le couperet de la guillotine, mais par celui de l’opinion. Cette fuite déchira le voile de la monarchie constitutionnelle et, dans l’entourage de Condorcet et de Brissot, on appelait déjà à une République. Msais les plus modérés, comme La Fayette et Bailly cherchèrent un moyen de sauver le régime et donc le roi. Ils firent voter la version selon laquelle le roi fut enlevé. Une vaste campagne de pétitions pour le châtiment du roi aboutit à une manifestation centrale au Champs-de-Mars, le 17 juillet 1791. La Fayette donna l’ordre de tirer sur la foule. Pour la première fois, les pouvoirs publics issus de la Révolution se retournèrent contre le « peuple ».

L’épisode de Varennes fut vécu par le peuple comme le prélude à l’invasion des monarchies européennes contre la Révolution, menaçante pour l’ordre d’Ancien Régime. L’empereur Léopold et le roi de Prusse signèrent en effet la déclaration de Pillnitz préparant une réponse militaire à la Révolution.
Bref, ce qui était en jeu, ce n’était plus comme auparavant une guerre entre deux pays, mais bien entre deux idées, l’autorité d’un côté et la souveraineté du peuple de l’autre.

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