Les feuilles de paye chauffaient dans l’imprimante du service des ressources humaines sans dégager d’odeur particulière. L’atmosphère générale de l’entreprise





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date de publication05.01.2017
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Les feuilles de paye chauffaient dans l’imprimante du service des ressources humaines sans dégager d’odeur particulière. L’atmosphère générale de l’entreprise était à la concentration, avec une nervosité sous-jacente. Fig, lui, tendait l’oreille pour écouter la fille parler. Il ne parvenait à attraper que quelques mots au passage, des expressions tout au plus : « pas de problème… bien sûr… pas de soucis… ouais… mais moi je te remets à jour les chiffres ». Rien de consistant, c’en était presque caricatural. Il en développa aussitôt, un peu comme un bouton d’herpes, une forte envie de paroles vraies, de phrases chargées d’émotion. Sans doute, il suffirait d’une amorce adéquate pour que tout s’enclenche. En attendant, il était là, sur son fauteuil à roulettes, à tapoter sur les touches de son ordinateur pour faire croire qu’il bossait. Mais il ne bossait pas. Il pensait à l’amorce adéquate pour tout enclencher. Cela faisait à peu près 93 jours qu’il pensait à ça. Il avait déjà dû étudier dans le détail près de 284 possibilités, avec quelques variantes. Aucune ne semblait tout à fait convenir. Tass restait désespérément scotchée à une distance de 10 mètres, ni plus, ni moins, espace dérisoire mais pourtant incompressible. Peut-être devrait-il d’abord cesser de se comporter en sa présence comme une sorte de pervers sociopathe ? Ou peut-être devrait-il juste se mettre au trampoline et diffuser les vidéos de ses meilleures performances sur dailymotion ? Gloire éphémère. Gloire virtuelle de l’acrobate. Le temps est-il vraiment l’allié de celui qui utilise l’élasticité d’un solide pour aller danser, là-haut, parmi les étoiles ?
Perfection de l’évolution

dans le rebond

Trampoline messager

Flexion porte gardien

hors les plis tout s’étend

arabesque et orbite

Osmose je rebondis

pour tutoyer les nues

Yo-yo humain l’élu

On devient l’élastique

Et Terre saute sous les pieds

La pesanteur appesantie

je m’y oublie en fin

hop ! hop ! hop !
Il n’est toutefois pas certain que même de telles vidéos aient quelque succès. Il faudrait sans doute pour cela rajouter une petite coquetterie, comme de trampoliner à poil, par exemple, ou bien déguisé en Bob-L’éponge. Mais faut-il seulement être poète ? Le monde adore surtout les poètes morts, ce qui met l’aspirant dans une posture pour le moins inconfortable. On le sait, le métro appelle le suicide. Être naturel, cependant, c’est le meilleur moyen de passer pour un con. Il faut faire attention, vraiment.
Ce qui est sûr, c’est que la facture ne correspond pas au devis signé. Rom est catégorique sur ce point et pas qu’un peu embêté. L’air consciencieusement absorbé, parfaitement professionnel, Fig compare les deux documents de visu. A la périphérie de son champ visuel, il saisit alors un regard en coin furtif de Tass dans sa direction. Il ne ressent aucun trouble dans son esprit, juste une légère interrogation : profitait-elle du fait qu’il était occupé pour l’observer ou n’était-ce encore qu’un de ces incidents fortuits et inconséquents qui jonchent habituellement la scène d’une journée de travail ? Les incidents fortuits et inconséquents sont une plaie sans fond dans la condition humaine. Peut-on pour autant considérer cela comme un trouble ? S’il avait fait un peu plus chaud, Fig se serait probablement mis à transpirer. Il fallait néanmoins qu’il reste concentré sur ce brûlant problème comptable. Déceler dans un tas de 162 factures une différence de 2 €, après tout, c’est vrai que ce n’est pas rien… c’est limite con, même, quand on y pense. Mais les relations de travail s’entretiennent, surtout quand ça ne coûte pas grand-chose : « Ils ont dû se baser sur les anciens tarifs, je ne vois que ça. Bravo pour ta perspicacité en tous cas, Rom ! hé, hé ». Il a raison : il faut toujours un peu rigoler au boulot, même dans des situations pas très drôles. Ça vous permet de passer pour un gars sympathique, ce qui évite pas mal d’emmerdements. Fig, encore jeune, connaissait déjà ces grosses ficelles du monde professionnel. Il avait toutefois la vague impression que perspicacité était un peu impropre dans le contexte. Un doute le saisit aussitôt : peut-être est-ce parce qu’il ne sait pas faire preuve d’assez d’autorité qu’elle affiche parfois cette pâle indifférence à son égard ? On dit que les femmes aiment les chefs. Depuis toujours, les hommes de pouvoir niquent à tour de bras, mal mais à tour de bras. Sur ce point, comme sur d’autres, Fig, lui, n’en était pas à faire la fine bouche.
Elle n’était pas très bien coiffée, ce matin, mais c’est tellement charmant quand ses mèches de cheveux rebelles zèbrent le velouté de ses petites oreilles… Si seulement il avait une démarche potable, ce serait sans doute suffisant pour qu’elle l’aime un peu. Hélas ! mille fois hélas !
Réunion de 11h45. Jod est courroucée. Lud ne lui a pas fait part en temps utile du dossier Art Attac. Grave oubli, en effet : c’est peut-être 6 k€ de perdus sur cette affaire, irrémédiablement. Une grosse mouche noire traverse pesamment la pièce et vient buter contre la baie vitrée. Un instant étourdie, elle fait demi-tour et sort finalement par la porte laissée entrouverte. La veinarde ! Jod éructe. Son énorme poitrine semble vouloir échapper à la tourmente en s’élançant par les trois boutons défaits de son chemisier froissé. Elle doit avoir des auréoles larges et relativement foncées mais de cela on ne sera jamais tout à fait sûr. Allez, ça barde pour de bon dans la salle de réunion : la grande table vibre sous les coups de boutoir des deux furies. Fig en profite pour constater que quelques carrés de moquette ne sont tout bonnement pas en place. Ils s’entassent dans un coin, délaissés. C’est fou cette maladie de la moquette dans cette entreprise pourtant bénéficiaire ! On n’aurait aucune envie de dormir là, par terre, ou alors, vraiment, en se forçant. Lud, pour sa part, argumente avec véhémence même s’il n’y a au fond pas grand-chose à dire. C’est juste un conflit de personnes, c’est insoluble, ça dure depuis des siècles et ça durera encore, on peut le craindre, de loin en loin. Elles ont l’air vraiment connes, d’ailleurs, toutes bouffies de mauvaise foi, à s’étriper pour rien. Fig se trouve souvent con, lui aussi, mais jamais sur des choses sérieuses. Du coup, il lui vient soudain à l’esprit que s’il réglait ce conflit, cela pourrait éventuellement impressionner Tass. Les filles aiment bien les gars diplomates, lui semble-t-il. Par contre, Fig n’avait aucune idée de la manière dont il pourrait apaiser les esprits. S’il osait s’interposer entre ces deux tarées, cela ne ferait sûrement qu’envenimer les choses. Il finirait par se faire mordre une oreille et le monde n’en serait pas meilleur. De toute façon, Tass ne participe pas à cette réunion et tout porte à croire qu’elle ne saura jamais rien de ce qui s’y sera passé. Après mûre réflexion, Fig décide donc de rester sur sa petite chaise en fermant sa gueule. En face, l’homo de service lui lance un regard amusé. Il faut croire qu’il essaye d’exprimer par là une certaine connivence. Ok, très bien. Dehors, dans la cour, on a un peu l’impression qu’il y a moins de pigeons que l’année précédente. Est-ce une autre conséquence du réchauffement climatique ? Il ne peut, il est vrai, pas y avoir que des effets négatifs ! Dans l’intervalle, sans grande surprise, Jod a fini par se barrer en claquant la porte. Bob a aussitôt décrété qu’il fallait revenir aux choses sérieuses : le planning prévisionnel du mois d’octobre ! Tout le monde a un peu levé les yeux au faux-plafond. Einstein avait raison : le temps est une variable.
Parfois, il entendait une voix et il se demandait si c’était la sienne ou pas. La voix de l’être aimée peut être distinguée par l’oreille amoureuse dans un brouhaha monstrueux, dit-on. Cependant, on le connaît, on dit souvent des conneries. Tass est partie du bureau à 18h42. Il ne lui a pas adressé un seul mot de la journée. Forte frustration, à décoller la peinture du plafond. Tout juste un regard échangé lorsqu’ils se sont croisés dans le couloir qui mène aux toilettes. Un sourire esquissé, surtout elle, à peine. Il y a avait dans l’air une légère odeur d’urine. Il faut faire gaffe, c’est le genre d’association sensorielle qui peut tuer dans l’œuf une relation déjà laborieuse. Taciturne, Fig a quitté les locaux à 18h44.
Le nuit n’est l’amie de personne

Journée dense comme un poil

Oh là là là là

Rien ne va puisque je ne suis que moi

Et toi tu n’existes même pas

C’est dire si c’est douloureux

Trou creux que ma vie !

Bouts de rien qui s’accumulent

Avec une fin absurde

N’en doutons pas
En règle générale, le vendredi, l’envie d’agir est à son maximum, l’envie d’agir et de ne rien faire, en parallèle. Le travail est bâclé, plus encore que les autres jours. Fig se demandait à quoi pouvait bien ressembler la vie de quelqu’un qui a un boulot vraiment intéressant ? Et la vie d’un gars qui travaille sur de la belle moquette toute propre ? Et la vie d’une agrafeuse ? Heureusement que Tass ne voit pas ce qui se passe dans sa tête, elle fuirait à toute jambe. Elle sauterait par la fenêtre et elle changerait de nom, de couleur de cheveux et de nationalité. « Je peux faire semblant. Je peux la tromper puisqu’au fond je suis un gentil garçon », voilà ce qu’il se disait. Cette fois, son plan était d’une hardiesse remarquable. Dés qu’elle passerait devant son bureau, il ferait « Hep ! Hep ! » et elle serait certainement ravie de cette sollicitation inattendue, combien inattendue. S’engagerait alors entre eux une discussion sur le sens de la vie, l’évolution chaotique d’une relation amoureuse, l’éducation des enfants. Mais comment lui dire qu’elle est terriblement sexy sans lui faire peur ? Quel est cet espèce de monde où l’on ne peut le plus souvent se dire que des trucs du genre « il faut prendre la valo brute hors taxe, 10% de la valo brute hors taxe… grosso modo » ? On finira par en crever. Fig aperçoit alors un accroc sur la moquette et prend trois dixièmes de retard dans l’exécution parfaite de son plan génial : « Hep ! Hep ! ». Elle n’a pas entendu et n’avait donc plus aucune raison de s’arrêter, même si elle avait voulu. Elle portait un foulard bleu mais ça n’a rien sauvé. De même, un nuage n’a qu’une réalité toute relative.
Des éclats de rire professionnels. Des petits fours salés de seconde main. Des femmes qui se grattent la tête sur un bruit de mobylette. Un homme qui se croit malin mais est coiffé comme un est-allemand dans les années 80. Parfois, dans une journée, il ne se passe vraiment pas grand-chose. On n’existerait pas, ce serait presque pareil. Presque.
Bancale on monte en biais

on s’acharne sur un fil

A force de lâcher

le vide a fini par me plaire

Mais pourquoi ?

Je voyais des vallées

dans des tableaux excel

Tant de jours grapillés

Pour ne rien devenir

Et c’était joué d’avance

Pourtant j’attends encore

Et j’attendrai toujours

Que quelque chose se passe

Malade on s’inocule

Aveugle le guetteur

Il faudrait contenter

mais on contient encore

on rêve même à côté.
Cent fois, Fig s’était dit que c’était assez. Cent fois, il avait suffit d’un fragment de regard inexpressif pour qu’il reparte en campagne, qu’il échafaude de nouveaux plans, anticipe des dialogues entiers, dialogues qui n’adviendront jamais, il le savait.
Comme souvent, la situation se décanta par hasard, sur une sorte de malentendu. Tass avait l’air un peu triste ce qui a sans doute encouragé Fig à lui adresser la parole. En réalité, elle était juste un peu indisposée au niveau des intestins mais qu’importe. Il avait justement ce jour-là une accroche professionnelle imparable. Les débuts furent un peu maladroits mais ensuite les choses se sont enchainées assez naturellement. Au bout de 5 minutes, ils en étaient déjà à évoquer Une saison en enfer. Le chemin de cet enfer-là est plutôt vertueux. Parler de poésie avec quelqu’un qu’on connaît à peine, quelqu’un de séduisant de surcroît, est-il quelque chose de plus délicieux ? Fig, lui, ne parle pas très bien mais il a une excellente écoute, même quand il pense à autre chose en même temps, ce qu’il fait toujours. On compense, on compense comme on peut. En l’écoutant, il ne pouvait d’ailleurs s’empêcher de se dire qu’il devrait plus parler, que les femmes aiment bien les hommes qui parlent bien. Un peu trop nerveux, Fig avait du mal à se rendre compte que la capacité d’écoute est déjà une formidable qualité. Sans doute ne deviendra-t-il jamais moniteur de rafting mais il est possible qu’il sauve deux ou trois vies à l’occasion, à sa façon. Il sentait le sang circuler parfaitement dans ses mollets et c’était une sensation fort agréable. Peu importait la moquette même ! Bien sûr, c’est étrange de se sentir proches au point d’avoir du mal à se parler mais cela fait partie des contradictions qui parsèment la vie. « Bizarrement, j’ai l’impression que, toi, tu me comprends vraiment ». On sentait sans peine un désir mutuel de rapprochement radical. C’était touchant. L’impression, réelle, comptait d’ailleurs plus qu’une réalité toute différente. Il était déjà 19h24 et Jod prenait l’ascenseur pour rentrer chez elle, pestant intérieurement contre le coût de la vie. Les bureaux étaient déjà presque déserts et on pouvait y percevoir comme une tension érotique diffuse, considérablement diluée dans une vaine agitation qui était retombée. Dans le lointain, la photocopieuse ronronnait en débitant des fiches tarifaires. « J’aime bien cette manière que tu as de poser ta tête sur ta main, paresseusement ». On en était déjà au temps des grandes déclarations, pas même voilées. Elle tendit un doigt pour atteindre son épaule, pour rien, juste comme ça. Au moment du contact, il y eut un flash violent qui absorba aussitôt toutes les couleurs puis toutes les formes. Un instant après, le souffle balaya l’immeuble comme une mauvaise idée.




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