Alphonse Daudet Tartarin de Tarascon. (J'ai Lu)





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date de publication07.12.2017
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PORTRAITS : extraits de romans

 

Devant le guéridon, un homme était assis, de quarante à quarante cinq ans, petit, gros, trapu, rougeaud, en bras de chemise, avec des caleçons de flanelle, une forte barbe courte et des yeux flamboyants... Cet homme, c'était Tartarin, Tartarin de Tarascon.

Alphonse Daudet - Tartarin de Tarascon. (J'ai Lu)

 

Ah ! qu'elle était jolie, la petite chèvre de Monsieur Seguin ! qu'elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande ! Et puis, docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l'écuelle. Un amour de petite chèvre...

Alphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin

 

Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Des taches brunes causées par la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues ; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage ; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons... Tout en lui était vieux, sauf son regard qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.

Ernest Hemingway - Le vieil homme et la mer. (Gallimard Folio)

 

Ugolin venait d'atteindre ses vingt-quatre ans. Il n'était pas grand, et maigre comme une chèvre, mais large d'épaules, et durement musclé. Sous une tignasse rousse et frisée, il n'avait qu'un sourcil en deux ondulations au-dessus d'un nez légèrement tordu vers la droite, et assez fort, mais heureusement raccourci par une moustache épointée qui cachait sa lèvre ; enfin ses yeux jaunes, bordés de cils rouges, n'avaient pas un instant de repos, et ils regardaient sans cesse de tous côtés, comme ceux d'une bête qui craint une surprise. De temps à autre, un tic faisait brusquement remonter ses pommettes, et ses yeux clignotaient trois fois de suite : on disait au village qu'il "parpelégeait" comme les étoiles.

Marcel Pagnol - Jean de Florette. (Le Livre de Poche)

 

José Arcadio, l'aîné des enfants, avait quatorze ans passés. Il avait une tête carrée, les cheveux hirsutes et le carctère têtu de son père.

Gabriel Garcia Marquez - Cent ans de solitude. (J'ai Lu)

 

Au milieu d'une sombre forêt, dans une caverne humide et grise, vivait un monstre poilu. Il était laid ; il avait une tête énorme, directement posée sur deux petits pieds ridicules, ce qui l'empêchait de courir. Il ne pouvait donc pas quitter sa caverne. Il avait aussi une grande bouche, deux petits yeux glauques, et deux longs bras minces qui partaient de ses oreilles et qui lui permettaient d'attraper les souris. Le monstre avait des poils partout : au nez, aux pieds, au dos, aux dents, aux yeux, et ailleurs.

Henriette Bichonnier - Le monstre poilu. (Gallimard Folio Benjamin)

 

Il y a plus de mille ans, vivait en Bretagne un Enchanteur qui se nommait Merlin.

Il était jeune et beau, il avait l'oeil vif, malicieux, un sourire un peu moqueur, des mains fines, la grâce d'un danseur, la nonchalance d'un chat, la vivacité d'une hirondelle. Le temps passait sur lui sans le toucher. Il avait la jeunesse éternelle des forêts.

René Barjavel - L'Enchanteur. (Gallimard Folio)

Derrière le comptoir en buis clair se tenait alors Baldini lui-même, vieux et raide comme une statue, en perruque poudrée d'argent et habit bleu à passements d'or. Un nuage de frangipane, eau de toilette dont il s'aspergeait tous les matins, l'enveloppait de manière presque visible, situant son personnage dans des lointains brumeux.

Patrick Süskind - Le Parfum. (Le Livre de Poche)

 

Il faut avouer d'ailleurs que Pierrot avait le physique de son emploi. Peut-être parce qu'il travaillait la nuit et dormait le jour, il avait un visage rond et pâle qui le faisait ressembler à la lune quand elle est pleine. Ses grands yeux attentifs et étonnés lui donnaient l'air d'une chouette, comme aussi ses vêtements amples, flottants et tout blancs de farine. Comme la lune, comme la chouette, Pierrot était timide, silencieux, fidèle et secret. Il préférait l'hiver à l'été, la solitude à la société, et plutôt que de parler, il aimait mieux écrire, ce qu'il faisait à la chandelle, avec une immense plume, adressant à Colombine de longues lettres qu'il ne lui envoyait pas, persuadé qu'elle ne les lirait pas.

Pierrot ou les secrets de la nuit - Michel Tournier - Gallimard Folio Junior

 

Mademoiselle Guimard était très grande, avec une jolie petite moustache brune, et quand elle parlait, son nez remuait : pourtant je la trouvais laide, parce qu'elle était jaune comme un chinois et qu'elle avait de gros yeux bombés.

Marcel Pagnol - La gloire de mon père. (Le livre de Poche)

 

Huckleberry portait des vêtements d'homme, toujours en lambeaux. Une seule bretelle retenait son pantalon dont les jambes, toutes trouées, traînaient dans la poussière. Du printemps à l'automne, il allait nu-pieds. A l'occasion, il employait les jurons les plus grossiers.

Mark Twain - Tom Sawyer. (Le Livre de Poche)

 

Il était une fois un ogre, un vrai géant, qui vivait tout seul.

Comme la plupart des ogres, il avait des dents pointues, une barbe piquante, un nez énorme et un grand couteau. Il était toujours de mauvaise humeur et avait toujours faim.

Ce qu'il aimait le plus au monde, c'était de manger des petits enfants à son petit déjeuner.

Le géant de Zéralda . Tomi Hungerer

 

La bouche large comme un tiroir, deux carrés blancs autour des yeux, une tomate en guise de nez, Bubu tapait sur une boîte de conserve avec une cuillère. Pour le faire taire, Zanzi lui donna une claque, un jet d'eau sortit de son oreille droite. Une autre claque et c'est de son oreille gauche que jaillit une fontaine.

La Grive. Henri Troyat (Le Livre de Poche)

 

Tante Eponge était petite et ronde, ronde comme un ballon. Elle avait de petits yeux de cochon, une bouche en trou de serrure et une de ces grosses figures blanches et flasques qui ont l'air d'être bouillies. Elle ressemblait à un énorme chou blanc cuit à l'eau. Tante Piquette, au contraire, était longue, maigre et ossue, elle portait des lunettes à monture d'acier fixées au bout de son nez avec une pince à linge. Sa voix était stridente et ses lèvres minces et mouillées. Quand elle s'animait ou quand elle était en colère, elle envoyait de petits postillons.

James et la grosse pêche. Roald Dahl (Gallimard Folio Junior)

 

Mais le clou, c'est notre petite soeur. Elle a huit ans. Elle s'appelle Marie-Ange Théron. Elle a un nom d'ange, mais en fait, c'est un démon.

Autrefois, mes frères et moi, on l'appelait Cucu la Praline parce qu'elle est toujours habillée en rose bonbon et qu'elle se dandine. Mais c'est fini,ce beau temps-là. On a été obligés d'enlever "Cucu". Maintenant, on l'appelle "la Praline" seulement. Et encore, jamais devant Maman ! Parce qu'il faut voir comment Maman la défend sa fifille chérie. Ahurissant. Si on a le malheur de lui toucher un cheveu, on se fait scalper sur le champ. Forcément, elle pleure comme elle veut. Et dès qu'elle pleure, Maman fond comme du beurre. Mais c'est du cinéma tout ça. En réalité, la Praline est la fille la plus costaude que j'aie vue de ma vie. C'est pas elle qu'il faudrait protéger contre nous, c'est plutôt nous qu'il faudrait protéger contre elle.

Le réveillon de la Praline. Fanny Joly (Hachette Copain)

 

C'était au Roi des Chèvres que Toa avait vendu Afrique. Pas un méchand homme, le Roi des Chèvres. Seulement, il aimait ses troupeaux plus que tout au monde. D'ailleurs, il avait des cheveux bouclés de mouton blanc, ne mangeait que du fromage de chèvre, ne buvait que du lait de brebis et parlait d'une voix chevrotante qui faisait frétiller sa longue et soyeuse barbiche de bouc.

L'oeil du loup. Daniel Pennac (Poche Nathan)

 

Bientôt, l'invisible conducteur coupa le moteur de la moto. Je vis Pépé Révolution pour la première fois ! Je ne suis pas prêt d'oublier cet instant.

Un personnage aux cheveux blancs contourna le side-car. Un petit chien noir s'agrippait à son épaule. Le bonhomme était vêtu d'une grosse veste de cuir brun, d'un pantalon bouffant en plastique jaune, et d'une paire de bottes. Le plus marrant, c'étaient ses gigantesques lunettes rondes. Elles descendaient très bas sur les joues et mangeaient une bonne partie du visage de Pépé Révolution.

Pépé Révolution. Jean-Paul Nozières (Magnard)

 

Yvan Olsen n'était pas bien grand. Plutôt petit et maigre, et peut-être même pas tellement beau.

Il n'avait pas de muscles et ne pouvait casser la figure à personne.

C'est pour cette raison qu'Yvan Olsen se faisait rosser tous les jours.

Tarzan à la gomme. Ole Lund Kirkegaard (Poche Nathan)

 

Le docteur Arsène K. Merlan ne correspondait absolument pas à l'image que Milo se faisait d'un docteur.

Il portait un pantalon flottant à raies qui menaçait de tomber au premier mouvement, une chemise imprimée couverte de palmiers à laquelle deux boutons manquaient, un seul gant, un nez de clown, un noeud papillon à moitié défait et un chapeau tyrolien bosselé avec une plume de chaque côté.

Comment devenir parfait en trois jours. Stephen Manes (Rageot)

 

Autrefois, il y avait un Abominaffreux qui semait la terreur dans tout le pays. Il vivait dans la boue du marais fumant. Il était abominable, affreux, visqueux, verdâtre. Il sentait le poisson pourri et la soupe aux choux. On l'entendait arriver de loin à cause de ses gros pieds qui ébranlaient le sol.

Le Dernier des Abominaffreux. Henriette Bichonnier (Rouge et Or)

 

Je n'avais jamais eu l'occasion de le voir d'aussi près. Il était plutôt petit, avec de grosses moustaches et un visage creusé de longues rides. Comme d'habitude, il portait son éternel béret d'où surgissaient des touffes de cheveux qui n'avaient pas souvent dû voir de peigne. Mal rasé, penché sur sa marmite, au milieu des étincelles et des spirales de fumée, il avait un air farouche qui donnait froid dans le dos.

Le Jobard. Michel Piquemal (Milan Zanzibar)

 

Le journal du soir publiait une importante photo d'Augustus Gloop. Cette photo représentait un garçon de neuf ans, si gros et si gras qu'il avait l'air gonflé avec une pompe extra-puissante. Tout flasque et tout en bourrelets de graisse. Avec une figure comme une monstrueuse boule de pâte, et des yeux perçants comme des raisins secs, scrutant le monde avec malveillance.

Charlie et la Chocolaterie. Roald Dahl (Gallimard Folio Junior)

De la machine métallique descendent alors deux personnages extraordinaires :

Ils sont petits, trapus et presque tout verts.

Leur tête énorme, carrée et d'un vert transparent laisse voir un cerveau qui tourne lentement sur lui-même. Au bout de deux antennes raides comme des piquets, deux gros yeux orange et doux vous fixent. Tu en distingues un troisième au milieu de ce qui pourrait être leur menton.

Au centre de cet étonnant visage, un nez sans narine dont le bout ressemble à celui d'une asperge de jardin, s'allonge et se raccourcit plusieurs fois par seconde.

Tu remarques que ces étranges créatures sans bouche, avec deux espèces de pommes de terre à la place des oreilles, et sans un poil sur le caillou, s'approchent de vous en vous tendant trois longs bras maigres et souples comme des spaghettis. Leurs mains n'ont que trois doigts sans ongles.

Ils portent une espèce de veste à petits pois rouges comme les chaussettes de Marionnette. On dirait qu'ils n'ont pas de jambes, et qu'ils se déplacent plutôt sur des sortes de roulettes bizarres.

De véritables jumeaux venus d'ailleurs !

Le Mystère des Pierrots. Ecoles de Nézignan l'Evêque et d'Abeilhan (La Domitienne)

 

Comme vous ne risquez plus rien, vous descendez du véhicule et vous vous approchez. L'homme est assez vieux, sa blouse beige est toute trouée, et ses cheveux ébouriffés sont rouges et verts. Il porte de petites lunettes rondes, et au bout de son nez crochu pend une verrue grosse comme un pois chiche. Tout plein de poils gris sortent de ses oreilles.

Le Mystère des Pierrots. Ecoles de Nézignan l'Evêque et d'Abeilhan (La Domitienne)

 

Le Hyéneux s'était tordu de rire, et ils s'étaient bientôt retrouvés tous les trois chez Le Sanglier.

C'est vrai que, quand il enlevait sa casquette, Le Sanglier avait tout à fait une tête de sanglier : une large tête noire, aux cheveux et aux sourcils raides et drus à ne pas pouvoir y passer la main. Et costaud, en plus, avec un air pas commode du tout. (" Quand on prend le métro ensemble, disait Le Hyéneux, on fait le vide. ")

Cabot-Caboche. Daniel Pennac (Pocket junior)

 

Et une affreuse vieille sortit de la baraque. Elle était laide, avec un nez pointu, des furoncles dessus, des longs poils de barbe au menton et des dents acérées. Ses cheuveux, sous le chapeau noir, étaient verts. Sa robe déchirée portait des traces de salissures variées, dont certaines dorées luisaient bizarrement au soleil.

La MarmitEnchantée. Yak Rivais (Neuf en poche de l'école des loisirs)

 

Compère Gredin avait une énorme barbe broussailleuse qui couvrait la figure, sauf le front, les yeux et le nez. Ses poils formaient des épis hérissés comme les poils d'une brosse à ongles. D'affreuses touffes lui sortaient même des oreilles et des narines.

Compère Gredin avait l'impression que sa barbe lui donnait l'air particulièrement sage et noble. Mais en vérité, cela ne trompait personne. Compère Gredin était un gredin. Petit gredin dans son enfance, il était maintenant un vieux gredin de soixante ans.

Les deux gredins. Roald Dahl (Gallimard folio junior)

 Monsieur Jaime Lerôme est notre Principal. Rassurez-vous, il n'a jamais bu une goutte d'alcool de sa vie.

Petit-grand, gros-maigre, tel est le physique de cet ancien Professeur de physique-Chimie. Je m'explique !

De grandes jambes toutes maigres supportent un petit torse rondelet ; au-dessus de cet édifice contre nature est posé un ballon, mais un ballon de rugby, ovale.

Deux grands yeux tantôt riants, tantôt terrifiants, encadrent un nez tomate qui lui-même surplombe une minuscule bouche dans laquelle une dizaine de dents attendent désespérément le dentier promis depuis belle lurette mais soumis à une hypothétique augmentation.

Vous entourez ce ballon de rugby d'un collier artistiquement taillé et digne d'un maître de la Troisième (République) voilà le portrait le plus fidèle que l'on puisse tracer de Jaime Lerôme.

Et moi, le soi-disant cancre du " Collège Jean Foupalourd " moi, j'aime Jaime !

Rififi au Collège. Régis Delpeuch (SEDRAP)

Paloma, c’était des cheveux bruns coupés plutôt court, coiffés en pétard, et deux yeux clairs presque transparents, qui avaient l’air de ne jamais vous voir, comme si elle regardait plus loin que vous. Comme si vous n’étiez pas vraiment là.

C’était une fille qui ne parlait pas beaucoup. Je n’avais pas dû échanger deux mots avec elle depuis le début de l’année.

Et pourtant, ce n’était pas l’envie qui m’en manquait. Elle avait une voix douce, légèrement rauque, qui surprenait pour une fille de notre âge.
Questions pour un crapaud” (Jean-Michel Payet)
Moi, de ma vie, je n’ai jamais porté de chapeau, et encore moins de chapeau pointu. [...] Quant au balai volant, laissez-moi rire. Quand je veux voler, je prends l’avion comme tout le monde. D’ailleurs, toute sorcière que je sois, personne ne pourrait me reconnaître, à la porte de l’école, dans le petit tas de mères qui poireautent en attendant la sortie des classes. Je ressemble à Madame N’importe Qui. Enfin, je crois... Je n’ai jamais vérifié: je n’attends pas ma fille à la sortie des classes. Faire comme les autres, ce n’est pas mon genre. Je suis vraiment différente. Je peux vraiment faire un tas de choses dont le commun des mères n’a même pas idée. Faire pleuvoir ou faire neiger.
Verte” (Marie Desplechin)
Ernest n’a ni jeans, ni jogging. Deux fois par an, un tailleur se rend chez eux, prend ses mesures et lui coud un costume d’une coupe neutre, ni du siècle dernier, ni de celui-ci. Ca ressemble plutôt à l’uniforme d’un pensionnaire anglais. Ce tailleur lui fournit également ses chemises, cravates, mouchoirs, sous-vêtements, chaussettes et un manteau. Cet accoutrement évite à Ernest les contacts avec les autres enfants ; de toutes façon, il les évite, non pas par goût, mais par prudence. On ne se moque pas de lui. On a l’habitude. Et il est de loin le meilleur de la classe, sauf en expression écrite quand il faut raconter une émission de télévision, ses dernières vacances ou ce qu’il a fait le dimanche. Les dimanches d’Ernest sont encore moins remplis que les autres jours de la semaine. Les minutes s’écoulent goutte à goutte comme dans un sablier humide.
Lettres d’amour de 0 à 10” (Susie Morgenstern)
Paloma, c’était des cheveux bruns coupés plutôt court, coiffés en pétard, et deux yeux clairs presque transparents, qui avaient l’air de ne jamais vous voir, comme si elle regardait plus loin que vous. Comme si vous n’étiez pas vraiment là.

C’était une fille qui ne parlait pas beaucoup. Je n’avais pas dû échanger deux mots avec elle depuis le début de l’année.

Et pourtant, ce n’était pas l’envie qui m’en manquait. Elle avait une voix douce, légèrement rauque, qui surprenait pour une fille de notre âge.
Questions pour un crapaud” (Jean-Michel Payet)


Texte 1

«Il était aussi laid qu'on puisse le souhaiter, si tant est qu'on fasse des souhaits pour la laideur ; mais je ne suis pas le premier qui parle ainsi. Il avait la bouche de fort grande étendue, témoignant de vouloir parler de près à ses oreilles, qui étaient aussi de grande taille, témoins assurés de son bel esprit. Ses dents étaient posées alternativement sur ses gencives, comme les créneaux sur les murs d'un château. Sa langue était grosse et sèche comme une langue de boeuf ; encore pouvait-elle passer pour fumée, car elle essuyait tous les jours la valeur de six pipes de tabac. II avait les yeux petits et battus, quoiqu'ils fussent fort enfoncés, et vivants dans une grande retraite ; de nez fort camus*, le front éminent, les cheveux noirs et gras, la barbe rousse et sèche. Pour le peu qu'il avait de cou, ce n'est pas la peine d'en parler une épaule commandait à l'autre comme une montagne à une colline, et sa taille était aussi courte que son intelligence. En un mot sa physionomie avait toute sorte de mauvaises qualités, hormis qu'elle n'était pas menteuse. On le pouvait bien appeler vaillant des pieds jusqu'à la tête, car sa valeur paraissait en ses mâchoires et en ses talons.»
* Court et plat

Antoine Furetière, Le Roman bourgeois, 1666.
Texte 2

«Nous n'essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre*, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit oeil gauche obstrué d'un sourcil roux en broussailles tandis que l'oeil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées çà et là, comme les créneaux d'une forteresse, de cette lèvre calleuse** sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d'un éléphant, de ce menton fourchu, et surtout de la physionomie répandue sur tout cela, de ce mélange de malice, d'étonnement et de tristesse. Qu'on rêve, si l'on peut, cet ensemble.

L'acclamation fut unanime. On se précipita vers la chapelle. On en fit sortir en triomphe le bienheureux pape des fous. Mais c'est alors que la surprise et l'admiration furent à leur comble. La grimace était son visage.

Ou plutôt toute sa personne était une grimace. Une grosse tête hérissée de cheveux roux ; entre les deux épaules une bosse énorme dont le contre-coup se disait sentir par devant ; un système de cuisses et de jambes si étrangement fourvoyées qu'elles ne pouvaient se toucher que par les genoux, et, vues de face, ressemblaient à deux croissants de faucilles qui se rejoignaient par la poignée ; de larges pieds, des mains monstrueuses; et, avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d'agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l'harmonie. Tel était le pape que les fous venaient de se donner.

On eût dit un géant brisé et mal ressoudé.

Quand cette espèce de cyclope parut sur le seuil de la chapelle, immobile, trapu, et presque aussi large que haut, carré par la base (...) la populace le reconnut sur-lechamp et s'écria d'une voix:

- C'est Quasimodo, le sonneur de cloches !»

*Figure géométrique à quatre faces ** Fendue et dont une partie est saillante Victor Hugo,

Notre-Dame de Paris, 1831.


Texte 3

«Au physique, Grandet était un homme de cinq pieds*, trapu, carré, ayant des mollets de douze pouces** de circonférence, des rotules noueuses et de larges épaules ; son visage était rond, tanné, marqué de petite vérole ; son menton était droit, ses lèvres n'offraient aucunes sinuosités, et ses dents étaient blanches ; ses yeux avaient l'expression calme et dévoratrice que le peuple accorde au basilic ; son front, plein de rides transversales, ne manquait pas de protubérances significatives; ses cheveux jaunâtres et grisonnants étaient blanc et or, disaient quelques jeunes gens qui ne connaissaient pas la gravité d'une plaisanterie faite sur monsieur Grandet. Son nez, gros par le bout supportait une loupe veinée que le vulgaire disait, non sans raison, pleine de malice. Cette figure annonçait une finesse dangereuse, une probité sans chaleur, l'égoïsme d'un homme habitué à concentrer ses sentiments dans la jouissance de l'avarice et sur le seul être qui lui fût réellement de quelque chose, sa fille Eugénie, sa seule héritière. Attitude, manières, démarche, tout en lui, d'ailleurs, attestait cette croyance en soi que donne l'habitude d'avoir toujours réussi dans ses entreprises. Aussi, quoique de moeurs faciles et molles en apparence, monsieur Grandet avait-il un caractère de bronze. Toujours vêtu de la même manière, qui le voyait aujourd'hui le voyait tel qu'il était depuis 1791. Ses forts souliers se nouaient avec des cordons de cuir ; il portait, en tout temps des bas de laine drapés, une culotte courte de gros drap marron à boucles d'argent, un gilet de velours à raies alternativement jaunes et puces, boutonné carrément, un large habit marron à grands pans, une cravate noire et un chapeau de quaker. Ses gants, aussi solides que ceux des gendarmes, lui duraient vingt mois, et, pour les conserver propres, il les posait sur le bord de son chapeau â la même place, par un geste méthodique. Saumur*** ne savait rien de plus sur ce personnage.»

*Unité de mesure (1 pied = 33 cm) **Unité de mesure (1 pouce = 2,7 cm) *** Ville de Maine-et-Loire

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1833.
Texte 4

« La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre pour son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de Suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses ; avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait à voir. Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir ; et là-dedans s'ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils qui mettaient une ombre dedans ; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques.

Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables. Aussitôt qu'elle fut reconnue, des chuchotements coururent parmi les femmes honnêtes, et les mots de "prostituée", et de "honte publique" furent chuchotés si haut qu'elle leva la tête. Alors elle promena sur ses voisins un regard tellement provocant et hardi qu'un grand silence aussitôt régna, et tout le monde baissa les yeux à l'exception de L’oiseau, qui la guettait d'un air émoustillé.»

Guy de Maupassant, Boule de Suif, 1880.

Texte 5

«Personne ne savait son vrai nom ; peut-être qu'il n'en avait pas. Dans les villages, on l'appelait l'homme aux grenouilles. Il avait quarante ans, ou soixante. Sa face ne décelait point d'âge, si meurtrie, si mutilée qu'elle n'était plus une face humaine, mais un masque péniblement inerte où les yeux semblaient luire comme à travers deux trous. Sur son front, sur ses joues, des cicatrices de variole demeuraient blanches parmi de rousses tavelures d'éphélides*. Il portait d'autres cicatrices, brouillées, mêlées, bourgeonneuses. l'une d'elles, ayant rongé une aile de son nez, faisait là un trou laid à voir : c'était peut-être la trace d'une vilaine maladie, peut-être celle d'un coup de couteau. Mais l'homme était si doux dans ses manières, si poli avec tout le monde qu'on ne pouvait croire au souvenir d'une batterie**.

II était chaussé d'espadrilles et vêtu de hardes très propres. On le sentait de corps souple et solide, tout en nerfs Il n'y avait qu'à le voir marcher, couler sans bruit ses pas dans l'herbe, onduler de l'échine comme un chat en maraude, pour deviner en lui une grande force agile et secrète.

On ne s'expliquait guère pourquoi, dans les hameaux de la campagne il ne passait point pour sorcier. Il avait paru étrangement, on ne savait plus quand, venu on n'avait su d'où. On ne lui connaissait point de logis. II dormait dans les granges, dans les étables, au pied des meules, dans les fossés des routes, nulle part. [...] Il pratiquait un innocent métier, il n'était que l'homme aux grenouilles.»

*Petites taches disséminées sur le visage (taches de rousseur) ** lutte, dispute

Maurice Genevoix, La Boîte à pêche, 1926.
Texte 6

«César Soubeyran approchait de la soixantaine. Ses cheveux, rudes et drus, étaient d'un blanc jaunâtre strié de quelques fils roux ; de noires pattes d'araignées sortaient de ses narines pour s'accrocher à l'épaisse moustache grise, et ses paroles sifflotaient entre des incisives verdâtres que l'arthrite avait allongées. Il était encore robuste, mais souvent martyrisé par "les douleurs", c'est à dire par un rhumatisme qui chauffait cruellement sa jambe droite ; il soutenait alors sa marche en s'appuyant sur une canne à poignée, et se livrait aux travaux des champs à quatre pattes, ou assis sur un petit escabeau. Comme Philoxène, mais depuis plus longtemps, il avait sa part de gloire militaire. A la suite d'une violente querelle - et peut-être aussi, disait-on, à cause d'un chagrin d'amour -, il s'était engagé dans les zouaves, et il avait fait la dernière campagne d'Afrique, dans l'extrême sud. Deux fois blessé, il en était revenu, vers 1882, avec une pension, et la médaille militaire, dont le glorieux ruban ornait son veston des dimanches.

Il avait été beau jadis, et ses yeux - restés noirs et profonds - avaient tourné la tête à bien des filles du village, et même d'ailleurs ... . Maintenant on l'appelait le Papet.

Le Papet, d'ordinaire, c'est le grand-père. Or, César Soubeyran ne s'était jamais marié, mais il devait ce titre au fait qu'il était le plus vieux survivant de la famille, en somme un Pater Familias, détenteur du nom et de l'autorité souveraine.

Il habitait la grande vieille maison des Soubeyran, au plus haut des Bastides, près de l'aire éventée qui dominait le village.»

Marcel Pagnol, Jean de Florette, 1937.

Texte 7

«Le premier qui arriva fut Pinhas Solal, dit Mangeclous. C'était un ardent, maigre et long phtisique* à la barbe fourchue, au visage décharné et tourmenté, aux pommettes rouges, aux immenses pieds nus, tannés, fort sales, osseux, poilus et veineux, et dont les orteils étaient effrayamment écartés. Il ne portait jamais de chaussures, prétendant que ses extrémités étaient "de grande délicatesse". Par contre, il était, comme d'habitude, coiffé d'un haut-de-forme et revêtu d'une redingote crasseuse et ce, pour honorer sa profession de faux avocat qu'il appelait "mon apostolat"**.

Mangeclous était surnommé aussi Capitaine des Vents à cause d'une particularité physiologique dont il était vain***. Un de ses autres surnoms était Parole d'Honneur expression dont il émaillait ses discours peu véridiques. Tuberculeux depuis un quart de siècle mais fort gaillard, il était doté d'une toux si vibrante qu'elle avait fait tomber un soir le lampadaire de la synagogue. Son appétit était célèbre dans tout l'Orient non moins que son éloquence et son amour immodéré de l’argent. Presque toujours il se promenait en traînant une voiturette qui contenait des boissons glacées et des victuailles à lui seul destinées. On l'appelait Mangeclous parce que, prétendait-il avec le sourire sardonique**** qui lui était coutumier, il avait en son enfance dévoré une douzaine de vis pour calmer son inexorable faim. Une profonde rigole médiane traversait son crâne hâlé et chauve auquel elle donnait l'aspect d'une selle. Il disposait en cette dépression divers objets tels que cigarettes ou crayons.»

*Malade atteint de tuberculose ** Action désintéressée ***Orgueilleux

****Moqueur, teinté de méchanceté
Albert Cohen, Mangeclous, 1938.

Texte 8

«Il* avait des gestes aussi lents et déphasés que sa démarche, ceux d'un homme que rien ne peut apparemment bousculer, non pas parce qu'il est vigoureux, mais parce qu'il est ailleurs. Il avait son rythme. II semblait ne pas tenir compte de l'univers qui l'entourait. Ses yeux n'avaient pas une fois rencontré ceux des auditeurs, on eût dit qu'il faisait tout pour retarder le moment où il faudrait lever la tête et découvrir trois cents visages, ouvrir la bouche et prononcer des mots. II était vêtu d'une belle veste fatiguée en tweed à chevrons gris et blancs, d'un pantalon de laine lourde et grise, de brodequins sombres, et il portait une cravate en tricot sur une chemise claire à col boutonné. La cravate était d'un rouge criard et contrastait avec le reste de sa tenue.

Tout en lui respirait la distance, ou bien était-ce un reste de sommeil, ou encore était-il accablé par une sorte d'ennui, de gêne, d'interrogation sur le bien-fondé de sa présence en ces murs, devant ces inconnus. Il ressemblait aux rares photos dont on illustrait en général le dos de la couverture de ses romans, mais autant ces portraits avaient pu renvoyer l'impression d'un personnage opaque, épais, presque massif, autant ce matin-là, William Faulkner me parut chétif, fragile, à côté de la réalité. (...)

(...) Sa moustache blond jaunâtre était celle d'un vieux berger. Sous des yeux dont la prunelle noire semblait sans cesse agacée et voilée par je ne sais quelle fine couche de mica humide, il avait des poches de chair rosacées et gonflées. Les rides se promenaient sur son front, ses joues et son menton, comme des rigoles de pluie sur une terre d'argile trop longtemps asséchée. Il avait un nez fort et légèrement busqué**, et il se dégageait de cette belle gueule ravagée par les nuits blanches et par l'alcool de grain une séduction qui n'était pas seulement due à ce que nous savions de lui et de son oeuvre, mais à son physique même, à ce que ce physique exprimait.»
*L’écrivain américain William Faulkner **Courbé vers l'extérieur
Philippe Labro, L'étudiant étranger, 1986

Travail coopératif circonscription d’Altkirch 2008/2009


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