«Les relations et les valeurs familiales selon la Bible»





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VIe Rencontre mondiale des Familles

14 janvier

P. Raniero Cantalamessa, ofmcap

« Les relations et les valeurs familiales selon la Bible »

Mon intervention est divisée en trois parties. Dans la première, j'illustrerai le projet initial de Dieu sur le mariage et la famille, et la manière dont il s'est réalisé dans l'histoire d'Israël. Dans la seconde partie, je parlerai de la récapitulation opérée par le Christ et de la façon dont elle a été interprétée et vécue au sein la communauté chrétienne du Nouveau Testament. Dans la troisième partie, je chercherai à voir ce que la révélation biblique peut apporter à la solution des problèmes actuels du mariage et de la famille.

1ère Partie

Mariage et famille : projet divin

et réalisations humaines dans l'Ancien Testament

1. Le projet divin

On sait que le Livre de la Genèse contient deux récits distincts de la création du premier couple humain, remontant à deux traditions différentes : la tradition yahviste (Xe siècle av J.C.) et, la plus récente (VIe siècle av. J.C.), la tradition qualifiée de « sacerdotale ».

Dans la tradition sacerdotale (Gn 1, 26-28) l'homme et la femme sont créés simultanément, non pas l'un après l'autre ; un rapport est suggéré entre « être homme et femme » et être à l'image de Dieu : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa ». Ici la finalité première de l'union entre l'homme et la femme est d'être féconds et de remplir la terre.

Dans la tradition yahviste (Gn 2, 18-25), la femme est tirée de l'homme ; la création des deux sexes est vue comme un remède à la solitude (« Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie ») ; l'accent n'est pas mis d'abord sur le facteur de procréation, mais sur le facteur d'union (« l'homme s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair ») ; chacun reste libre face à sa propre sexualité et à celle de l'autre : « Or tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre ».

Dans aucune des deux versions, il n'est fait allusion à une subordination de la femme à l'homme, avant le péché : tous deux sont sur un plan d'égalité, de parité absolue, même si l'initiative, du moins dans le récit yahviste, vient de l'homme.

L'explication la plus convaincante du pourquoi de cette « invention » divine de la distinction des deux sexes, je l'ai trouvée non pas chez un exégète, mais chez un poète, Paul Claudel :

            « Cet orgueilleux, ; il n'y avait pas d'autre moyen de lui faire comprendre le prochain, de le lui entrerdans la chair ; Il n'y avait pas d'autre moyen de lui faire comprendre la dépendance, la nécessité et le besoin, un autre sur lui, la loi sur lui de cet être différent pour aucune autre raison si ce n'est qu'il existe »[1].

S'ouvrir à l'autre sexe est le premier pas pour s'ouvrir à l'autre, qui est le prochain, jusqu'à l'Autre avec une majuscule, qui est Dieu. Le mariage naît sous le signe de l'humilité ; il est reconnaissance de sa dépendance et donc de sa condition même de créature. S'éprendre d'une femme ou d'un homme représente l'acte d'humilité le plus radical. C'est se faire mendiant et dire à l'autre : « Je ne me suffis pas à moi-même, j'ai besoin de toi, de ton être ». Si, comme le pensait Schleiermacher, l'essence de la religion consiste dans le « sentiment de dépendance » (Abhaengigheitsgefuehl) face à Dieu, alors la sexualité humaine est la première école de religion.

Jusqu'ici le projet de Dieu. Mais on ne s'explique pas la suite de la Bible si, en même temps que le récit de la création, on ne prend pas en compte aussi celui de la chute, en particulier ce qui est dit à la femme : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari, et lui te dominera » (Gn 3, 16). La suprématie de l'homme sur la femme fait partie du péché de l'homme, pas du projet de Dieu ; par ces mots Dieu l'annonce, il ne l'approuve pas.

  

2. Les réalisations historiques

La Bible est un livre divin-humain parce qu'il a pour auteurs Dieu et l'homme, mais aussi parce qu'il décrit, entremêlées, la fidélité de Dieu et l'infidélité de l'homme ; non seulement par le sujet qu'il décrit, mais aussi par l'objet de l'Ecriture. Cela saute aux yeux en particulier quand on compare le projet de Dieu sur le mariage et la famille avec son application concrète dans l'histoire du peuple élu.

Il est bon de relever les stupidités et les aberrations humaines pour ne pas être trop surpris par ce qui se passe autour de nous ; et aussi parce que c'est la preuve que mariage et famille sont des institutions qui, du moins dans la pratique, évoluent au fil du temps, comme tous les autres aspects de la vie sociale et religieuse. Pour rester sur le Livre de la Genèse, déjà Lamech, le fils de Caïn enfreint la loi de la monogamie en prenant deux femmes. Noé avec sa famille semble une exception au milieu de la corruption générale de son époque. Les patriarches Abraham et Jacob eux-mêmes ont des enfants de plusieurs femmes. Moïse sanctionne la pratique du divorce ; David et Salomon entretiennent un véritable harem de femmes.

Mais on observe ces déviations, comme toujours, davantage au sommet de la société, parmi les chefs, qu'au niveau du peuple, pour qui l'idéal initial du mariage monogamique devait être la règle, non l'exception. Les Livres de Sagesse - Psaumes, Proverbes, Siracide (ou Ecclésiastique) - plus que les livres historiques (qui traitent précisément des chefs) nous permettent de nous faire une idée des relations et des valeurs familiales prises en considération et vécues en Israël : la fidélité conjugale, l'éducation des enfants, le respect des parents. Cette dernière valeur constitue l'un des dix commandements : « Honore ton père et ta mère ».

Plus que dans les transgressions concrètes au niveau de l'individu, l'éloignement de l'idéal initial transparaît dans la conception fondamentale que l'on a du mariage en Israël. L'obscurcissement principal concerne deux points essentiels. Le premier est que le mariage, de fin qu'il était, devient un moyen. L'Ancien Testament, dans son ensemble, considère le mariage comme « une structure d'autorité de type patriarcal, destinée principalement à la perpétuation du clan. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'institution du lévirat (Dt 25, 5-10), celle du concubinage (Gn 16) et de la polygamie provisoire »[2]. L'idéal d'une communion de vie entre l'homme et la femme, fondée sur un rapport personnel et réciproque, n'est pas oublié, mais passe au second plan derrière le bien des enfants.

Le second et grave obscurcissement est lié à la condition de la femme : de compagne de l'homme, dotée d'une égale dignité, elle apparaît de plus en plus subordonnée à l'homme et en fonction de l'homme. On peut le voir jusque dans le célèbre éloge de la femme du Livre des Proverbes : « Une maîtresse femme, qui la trouvera ? Elle a bien plus de prix que les perles ... » (Pr 31, 10 ss). Cet éloge est entièrement en fonction de l'homme. La conclusion est : heureux l'homme qui possède une telle femme ! Elle lui tisse de beaux vêtements, fait honneur à sa maison, lui permet de marcher la tête haute parmi ses amis. Je ne crois pas que les femmes d'aujourd'hui seraient enthousiastes de cet éloge.

Les prophètes, en particulier Osée, Isaïe et Jérémie, ont joué un rôle important en remettant en lumière le projet initial de Dieu sur le mariage. En reconnaissant dans l'union de l'homme et de la femme le symbole de l'alliance entre Dieu et son peuple, indirectement ils remettaient à la première place les valeurs de l'amour mutuel, de la fidélité et de l'indissolubilité qui caractérisent l'attitude de Dieu envers Israël. Toutes les phases et les vicissitudes de l'amour sponsal sont évoquées et utilisées dans ce but : le ravissement de l'amour à l'état naissant dans les fiançailles (Jr 2, 2) ; la plénitude de la joie du jour des noces (Is 62, 5) ; le drame de la rupture (Os 2, 4 ss) et enfin la renaissance, pleine d'espérance, de l'ancien lien (Os 2, 16 ; Is 54, 8).

Malachie montre les retombées bénéfiques que le message prophétique pouvait avoir sur le mariage humain et en particulier sur la condition de la femme. Il écrit : « Le Seigneur est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse, que tu as trahie, bien qu'elle fût ta compagne et la femme de ton alliance. N'a-t-il pas fait un seul être, qui a chair et souffle de vie ? Et cet être unique, que cherche-t-il ? Une postérité donnée par Dieu ! Respect donc à votre vie, et la femme de ta jeunesse, ne la trahis point ! » (Ml 2, 14-15).

C'est à la lumière de cette tradition prophétique qu'il convient de lire le Cantique des Cantiques. Il représente une renaissance de la vision du mariage comme attirance réciproque, comme eros, comme enchantement de l'homme devant la femme (dans ce cas, même de la femme devant l'homme) ; une vision présente dans le récit le plus ancien de la création.

En revanche, une certaine exégèse moderne fait erreur quand elle interprète le Cantique exclusivement en termes d'amour humain entre un homme et une femme. L'auteur du Cantique se place au coeur de l'histoire religieuse de son peuple, où l'amour humain avait été considéré par les prophètes comme une métaphore de l'alliance entre Dieu et son peuple. Osée avait déjà fait de sa propre histoire matrimoniale une métaphore des relations entre Dieu et Israël. Comment imaginer que l'auteur du Cantique ait pu faire abstraction de tout cela ? La lecture mystique du Cantique, chère à la tradition d'Israël et de l'Eglise, n'est donc pas une superstructure postérieure, mais elle est en quelque sorte implicite dans le texte. Loin de retirer quoi que ce soit à l'exaltation de l'amour humain, elle lui confère une splendeur et une beauté nouvelles.

2ème Partie

Mariage et famille dans le Nouveau Testament

1. La récapitulation du mariage en Christ

Saint Irénée explique la « récapitulation (anakephalaiosis) de toute chose » opérée dans le Christ (Ep 1, 10) comme une « reprise des choses au commencement pour les conduire à leur accomplissement ». Ce concept implique en même temps une continuité et une nouveauté qui, concernant le mariage, se réalisent de manière exemplaire dans l'oeuvre du Christ.

a. La continuité

Le chapitre 19 de l'évangile de Matthieu est suffisant, à lui tout seul, pour illustrer les deux aspects de la récapitulation. Voyons avant tout comment Jésus reprend les choses depuis le commencement.

« Des Pharisiens s'approchèrent de lui et lui dirent, pour le mettre à l'épreuve : ‘Est-il permis de répudier sa femme pour n'importe quel motif ?' Il répondit : ‘N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme, (Gn 1, 27) et qu'il a dit : Ainsi donc l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair ? (Gn 2, 24).

Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le séparer » (Mt 19, 3-6).

Jésus répond aux adversaires qui évoluent dans le domaine restreint d'une casuistique d'école (à savoir s'il est permis de renvoyer sa femme pour n'importe quel motif ou s'il faut un motif spécifique et sérieux) en reprenant le problème à la racine, depuis le début. Dans sa citation, Jésus fait référence aux deux récits de l'institution du mariage, prenant des éléments de l'un et de l'autre, et à partir de là, comme nous le voyons, il met surtout en lumière l'aspect de communion des personnes.

Le texte qui suit, sur le problème du divorce, va aussi dans cette direction ; il réaffirme en effet la fidélité et l'indissolubilité du lien du mariage, au-delà du bien même de la parole par laquelle la polygamie, le lévirat et le divorce avaient été justifiés dans le passé :

Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce quand on répudie - C'est, leur dit-il, en raison de votre dureté de cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais dès l'origine il n'en fut pas ainsi. Or je vous le dis : quiconque répudie sa femme - pas pour ‘prostitution' - et en épouse une autre, commet un adultère » (Mt 19, 7-9).

Le texte parallèle de Marc montre comment, selon Jésus, en cas de divorce, homme et femme se placent sur un plan d'égalité absolue : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à son égard ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère » (Mc 10, 11-12).

Je ne m'arrête pas sur le passage du verset « pas pour ‘prostitution' » (porneia) parce que, comme chacun le sait, les Eglises orthodoxes et protestantes l'interprètent différemment de l'Eglise catholique. Il faut plutôt souligner « la fondation sacramentelle implicite du mariage » présentée dans la réponse de Jésus[3]. Les paroles « ce que Dieu a uni » affirment que le mariage n'est pas une réalité purement séculière qui serait seulement le fruit d'une volonté humaine ; il y a ici une dimension sacrée qui remonte à la volonté divine.

L'élévation du mariage au rang de ‘sacrement' ne repose donc pas seulement sur le faible argument de la présence de Jésus aux noces de Cana et sur le texte d'Ephésiens 5 ; elle commence, en quelque sorte, avec Jésus sur la terre. Elle fait aussi partie de la manière dont il rapporte les choses au commencement. Jean-Paul II a raison quand il définit le mariage de « sacrement le plus ancien »[4].

b. La nouveauté

Jusqu'ici, nous avons évoqué la continuité. Mais alors en quoi consiste la nouveauté ? Paradoxalement, elle consiste dans la relativisation du mariage. Ecoutons le texte suivant, de Matthieu :

« Les disciples lui disent : ‘Si telle est la condition de l'homme envers la femme, il n'est pas expédient de se marier.' Il leur dit : "Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c'est donné. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu'il comprenne !' » (Mt 19, 10-12).

Par ces mots, Jésus institua un second état de vie, le justifiant par la venue sur terre du règne des cieux. Cela n'annule pas l'autre possibilité, le mariage, mais la relativise. Cela se passe comme l'idée de l'Etat dans le domaine politique : il n'est pas aboli, mais radicalement relativisé par la révélation de la présence contemporaine, dans l'histoire, d'un Royaume de Dieu.

Pour être reconnue dans sa validité, la continence volontaire n'a donc pas besoin que l'on renie ou que l'on déprécie le mariage (certains auteurs anciens, dans leurs traités sur la virginité, sont tombés dans cette erreur). Celle-ci, au contraire, ne prend de sens que par l'affirmation contemporaine de la bonté du mariage. L'institution du célibat et de la virginité pour le Royaume anoblit le mariage parce qu'elle fait de lui un choix, une vocation et non plus un simple devoir moral auquel il n'était pas permis de se soustraire en Israël sans s'opposer à l'accusation de transgresser le commandement de Dieu.

Il est important de noter une chose que l'on oublie souvent. Célibat et virginité signifient renoncer au mariage, et non pas à la sexualité qui demeure dans toute la richesse de sa signification, même si elle est vécue de manière différente. Celui qui a choisi le célibat et celle qui a choisi la virginité expérimentent aussi l'attrait, et donc la dépendance par rapport à l'autre sexe et c'est justement ce qui donne du sens à leur choix de chasteté, c'est pour cela qu'il est précieux.
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