Mithra, Marianne même combat !





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date de publication16.06.2017
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Antiquité : Les origines du bonnet phrygien
Mithra, Marianne même combat !

Symbole de liberté pour les esclaves de Rome affranchis, arborée par les sans-culottes de la Révolution, cette coiffe nous vient d'une lointaine divinité iranienne.
Par Mohammad Heydari-Malayeri *
Le 20 juin 1792, le peuple de Paris envahit les Tuileries. La foule en colère parvient jusqu'au roi et lui tend un bonnet phrygien. Louis XVI, sidéré, s'en empare et le coiffe. Apparue quelque temps, après la prise de la Bastille, cette coiffe fait fureur chez les sans-culottes. C'est une façon pour eux de revendiquer la liberté conquise, car le bonnet phrygien était porté par les esclaves affranchis dans l'Empire romain. Même Marianne, symbole de la République, avec le drapeau tricolore, l'arbore. Un décret de 1792 stipule en effet que « le sceau de l'Etat serait changé et porterait pour type la France sous les traits d'une femme vêtue à l'Antique, debout, tenant de la main droite une pique surmontée du bonnet phrygien ». Un attribut vestimentaire que notre déesse républicaine partage avec Mithra, dieu iranien du Soleil, de l'Amitié, du Serment et des Contrats.
Dans l'Antiquité, la Phrygie est un royaume situé au centre de l'Asie Mineure sur le plateau d'Anatolie, à l'ouest de la Cappadoce. Sa capitale est Gordion - proche d'Ankara - et la fameuse ville de Troie en fait partie. Midas, l'un de ses rois, fera l'objet de légendes chez les Grecs, en raison de ses richesses. Dévasté vers 695 av. J.-C. par les Cimmériens, la Phrygie passe sous la domination de sa voisine de l'ouest, la Lydie, dont le dernier roi, Crésus, annexe les villes grecques de la côte avant de se heurter aux Perses de Cyrus. Ce fondateur de la dynastie des Achéménides prend sa revanche en 546 av. J.-C. sur l'armée lydienne et entre dans Sardes, la capitale. Après la conquête des cités grecques d'Ionie, l'Asie Mineure tombe à son tour sous le contrôle perse. Cela dure plus de deux siècles, jusqu'à la défaite des Perses devant le Grec Alexandre le Grand en 331 av. J.-C.
Durant la domination perse, des Iraniens se sont installés dans cette région. Au IVe siècle de notre ère, sept cents ans après la victoire d'Alexandre, nombre de villages de Cappadoce sont encore peuplés d'Iraniens descendants des premiers colons, qui ont conservé leurs croyances anciennes, notamment le culte de Mithra qui fait de nombreux adeptes parmi les non-Iraniens.
Ce sont même les Grecs qui donnent l'appellation « bonnet phrygien » nommé aussi « bonnet oriental ». Car cette coiffe est également portée par de nombreuses tribus iraniennes, aussi bien celles de la Cappadoce que les Scythes ou les Sogdes d'Asie centrale. Elle orne aussi invariablement la tête de Mithra, divinité des peuples indo-iraniens.
Proche du Mitra indien vénéré vers le XIVe siècle av. J.-C., Mithra perd de son influence avec les réformes religieuses de Zarathoustra en Iran (vers 600 av. J.-C.). Cependant il réoccupe au IVe siècle av. J.-C. sa place dans le panthéon perse. Les soldats grecs, au cours de leurs expéditions en Iran, découvrent son culte et l'identifient à Hélios. Malgré l'effondrement de l'Empire perse, Mithra conserve de nombreux fidèles, surtout en Arménie. Par la suite, la dynastie parthe d'Iran (247 av.-226 apr. J.-C.) le vénère et l'inclut parfois dans le nom de ses rois, comme Mithradate, qui signifie « donné par Mithra ». A leur tour, les colonies romaines d'Asie Mineure permettent la diffusion du mithraïsme. La première congrégation est fondée à Rome, vers 68 av. J.-C., par des soldats. Mithra devient Sol invictus , le Soleil invaincu, et fait son entrée dans la littérature latine vers l'an 80, lorsque le poète Statius écrit : « Que tu préfères porter le nom vermeil de Titan, suivant la tradition du peuple achéménide, ou d'Osiris frugifère, ou de celui qui sous le roc de l'antre Persique force les cornes du taureau récalcitrant : Mithra ! » On lui dédie des temples et son influence se répand dans tout l'empire, de l'Espagne à la mer Noire, de l'Ecosse au Sahara. A Rome, des temples lui sont dédiés : de nos jours, il en reste une quarantaine ; il devait y en avoir trois fois plus alors. Il concurrence même le christianisme, et selon Ernest Renan « s'[il] eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithraïste. »
L'empereur Commode (161-192) lui-même est initié au culte, et sous le règne d'Aurélien (270-275) le mithraïsme est proclamé religion officielle de l'empire. C'est ce dernier qui, en 274, déclare le 25 décembre jour anniversaire de la divinité. Lorsque Constantin Ier se convertit au christianisme en 312, le mithraïsme perd de son influence et, après un bref renouveau sous Julien dit l'Apostat (331-363), il disparaît.
Il continue pourtant à influer sur le christianisme : en ce qui concerne la date de Noël, décidée par le pape Jules Ier en 340 ; sur le choix du dimanche, jour sacré du Soleil (d'où le sunday britannique ou le Sonntag allemand) ; de même pour le pain et le vin consacrés dans l'eucharistie. On représente Mithra naissant d'un rocher, en présence de bergers. Il n'est pas étonnant non plus que la mitre, la coiffe des évêques, rappelle celle de Mithra, et que la tiare (mot d'origine perse) papale, dérive du frigium, ou bonnet phrygien.
Mithra n'a pas disparu de son pays « natal », l'Iran. Durant les dynasties parthes et sassanides (IIIe siècle av. VIIe siècle apr. J.-C.), il tient une place prépondérante dans le zoroastrisme. Sur les bas-reliefs, on le voit veiller à l'investiture des rois par la déesse Anahita. Après l'expansion islamique au VIIe siècle, Mithra semble constituer un des éléments des mouvements de résistance iranienne. Il est aussi source d'inspiration pour de grands poètes comme Hafez de Chiraz au XIVe siècle. Les Iraniens le célèbrent chaque année le 21 décembre, jour du solstice d'hiver, qu'ils appellent « nuit de Yalda ». De plus, le septième mois du calendrier solaire iranien lui est consacré, tout comme la grande fête de Mehregan, qui marque le début de l'automne et celui du mois de Mehr.
Voilà comment le bonnet phrygien est passé de la tête d'un dieu venu d'Iran à celle de notre divinité républicaine. Pourtant, l'avènement de l'Empire en 1804 affaiblit la représentation de Marianne. Son nom réapparaît un temps sous la IIe République (1848-1852), mais prend un sens négatif à cause du bonnet, considéré comme un symbole de désobéissance. Durant le second Empire (1852-1870), Napoléon III fait remplacer sur les pièces de monnaie et sur les timbres-poste la figure de Marianne par sa propre effigie.
La Commune de Paris (1871) développe le culte de la combattante révolutionnaire au buste dénudé et au bonnet phrygien. Enfin en 1897-1898, la IIIe République reprend, sur ses monnaies, le symbole du bonnet phrygien. De nos jours, et à l'exception de son effigie qui trône dans les mairies, Marianne n'apparaît plus que sur les pièces de 1, 2 et 5 centimes d'euro. Mais c'est toujours de son sceau que sont frappés les grands textes de notre République.


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* Astrophysicien à l'Observatoire de Paris, Mohammad Heydari-Malayeri explore également les confins de l'histoire et de la linguistique. Dans son domaine d'activité, il a publié des articles scientifiques, notamment dans Astronomy and Astropysics , sur les étoiles massives à partir de ses observations effectuées avec le télescope Hubble.

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Comprendre

Mithra

En sankrit, il est Mira et en iranien moderne Mehr. Dieu juge et médiateur, il pesait les âmes des morts. A noter : il existe un mithraeum , lieu voué à Mithra, à Bourg-Saint-Andéol, en Ardèche.

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