J'aurais bien mis mon doigt dans la fente de cette petite pute, mais le sexe ne me disait plus rien. Même après deux ans et huit mois d'abstinence sexuelle. Et





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date de publication13.06.2017
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VIEIL ANTILLAIS

par Marc de Rémy

J'aurais bien mis mon doigt dans la fente de cette petite pute, mais le sexe ne me disait plus rien. Même après deux ans et huit mois d'abstinence sexuelle. Et puis elle était trop jeune. Elle avait bu. Je crois. Elle sentait l'Adel Scott. Un miroir me renvoya à la face mon visage d'Antillais un peu vieilli par les soucis d'argent. Les impôts ne me lâchaient plus. L'Assedic idem. Ce n'est pas facile la négritude dans un monde de capitalistes blancs.

La petite se tordait de douleur sur le lit à peine défait : l'alcool lui rongeait les tripes. Elle allait vomir. Bientôt.

J'ai soudain repensé à cette jeune femme maghrébine rencontrée sur le forum de Zouker.com. Dans Die Lorelei, Heinrich Heine a écrit : je ne sais pourquoi mon âme est si triste… Je ressens la même chose. En ce moment précis.

Je n'ai jamais vu son visage : nous avions seulement parlé au téléphone ainsi que par e-mails interposés. Je suis très con. Trop con : j'ai trouvé le moyen de m'engueuler avec cette fille au téléphone ! Je suis un vieux connard irascible et rancunier. J'avais omis de le lui dire. Elle le sait. Maintenant.

Mais elle me manque.

Mes bras usés retenaient la tête de la petite au-dessus de l'ouverture béante des W.-C.. Elle vidangeait ses tripes dans un mauvais concert stomacal. Un bad trip de gamine. A la fin, elle s'est engouffrée dans la douche. J'en ai profité pour m'aventurer dans le salon.

Elle vivait dans un petit intérieur Ikea. De merde. C'était impersonnel. Et froid. Pas de photo ni de poster sur les murs blancs. Les feuilles jaunies des plantes qui jadis avaient été vertes trahissaient l'incurie de l'habitante des lieux. Mon regard a fini par se poser sur une rangée de 33 tours. J'ai pensé : « encore une bobo snob refusant le CD ! »

- Tu veux que j'en passe un ?

Elle est entrée dans la pièce avec son petit peignoir bleu. Ses cheveux n'étaient pas encore tout à fait secs. Nous nous sommes assis sur le canapé, sans rien dire. La proximité de ce corps féminin fraîchement lavé m'avait fait changer d'avis : je voulais baiser. Pas faire l'amour, baiser. Je voulais la prendre là, sur le canapé, dans son peignoir, sans préservatif.

Le cerveau brûlant de mille images, je suis allé à la fenêtre, mais je n'observais rien du dehors. Sans un bruit, elle est venue se lover contre ma chemise, sans son peignoir.

- Je n'ai jamais fait ça avec un Noir, elle m'a dit à l'oreille.

- ça tombe bien, je lui ai dit, je ne me suis jamais tapé une Asiatique…

- T'as des capotes ?

Comme fou, j'ai marché lentement jusqu'à ma veste, dans le couloir. Ouvrant mon portefeuille, je suis retombé sur le petit papier avec le numéro de téléphone et l'adresse e-mail de la Marocaine rencontrée sur le forum de Zouker.com. Je l'ai tenu quelques secondes entre mes doigts. Je tremblais un peu. Je l'ai rangé très vite. Il me restait deux préservatifs. Des Durex

J'ai laissé retomber ma veste sur la petite chaise et suis retourné dans le salon. Elle m'attendait docilement sur le canapé. Son linge de bain recouvrait de nouveau son jeune corps.

- Je me suis trompé, j'ai dit faussement navré, je n'en ai plus…

- Hmm ! Je vois, elle a fait en souriant, monsieur est un gros consommateur…

« Pauvre conne ! » Ai-je pensé dans ma tête. Mais ma bouche n'a rien voulu dire. Elle était là, avec moi, à moitié nue et offerte. Sa jeunesse déconcertante et excitante à la fois me faisait perdre mes repères. Ses petits yeux bridés de femme asiatique m'attiraient, me donnaient envie de me perdre comme le ferait le vertige lorsque l'on atteint une certaine hauteur.

Sa petite langue fraîche et humide dans ma bouche chaude m'extirpa de mes rêveries.

- C'est pas grave pour les capotes, elle a dit malicieusement, il n'y a pas que la pénétration dans la vie…

Et nous nous embrassions sans discontinuer, avec en fond sonore la ville qui s'activait. Question : comment ne pas être en érection avec un tel traitement ? Mwen té rèd' kon an moso bwa. J'ai défait la ceinture du peignoir et les bouts de mes doigts durcis par le jeu de la guitare jouaient à agacer ses tétons brunis. Sa respiration affolait mes sens. Je délaissais ses seins pour me libérer de cette chemise qui entravait, selon moi, ce jeu érotique naissant. Comme elle s'était penchée pour m'embrasser les épaules, j'en avais profité pour appuyer mes mains sur sa tête, le but étant de doucement lui intimer l'ordre de me sucer. Mais elle n'a pas voulu.

- Sans capote, c'est dangereux… elle m'a dit en souriant.

- Tu sais, j'ai dit en avalant ma salive, cela fait pas mal de temps que je n'ai pas eu de relation avec une femme… Avec moi, tu n'as pas de risque d'attraper le sida…

- Vraiment ? elle a fait.

Mais c'était sans espoir. Un vrai gentleman n'insiste pas. Je n'ai pas insisté. Nous avons poursuivi nos jeux de langue et ce qui devait arriver arriva : les doigts de ma main droite ont profané son temple, son mont de vénus… Le noir de son pubis brillait à la lumière du jour. Ti manzèl' ta la té ni yan kalté koukoun'… Sa moiteur n'avait d'égale que la chaleur qui émanait de son corps tout entier. Elle luttait clairement pour ne pas se laisser aller, s'abandonner à mes doigts insidieux qui la fouillaient…

L'orgasme la libéra bientôt. Hagarde, les yeux brillants, elle se jeta sur ma bouche. Comme pour me remercier…

- Si tu baises comme tu caresses, elle m'a murmuré toute folle, tu dois toutes les rendre dingues… C'est trop con d'pas avoir de capotes…

Ses doigts me masturbaient… Non. Ses doigts me branlaient. Furieusement. Et sa bouche me faisait comprendre la signification du mot frustration. Sous la pression habile des jeunes doigts, mon bassin devenait incontrôlable. Elle attendait ma jouissance comme le messie.

Ma semence blanche et laiteuse coula sur mon bas-ventre noir et mon pantalon à peine ouvert. Elle m'essuya avec une partie du peignoir.

Un silence de cathédrale a envahi la pièce. Nous reprenions des forces.

Fébrile, les jambes flageolantes, j'ai gagné la salle de bain. La douche me fit le plus grand bien. Le réconfort après l'effort. Tandis que l'eau transparente coulait sur mon vieux corps noir de 31 ans, j'entendais vaguement une musique techno.

Habillé de pied en cap, je suis retourné dans le salon. Elle avait enfilé un t-shirt d'une boîte de nuit quelconque et un pantalon de jogging Nike. Elle était derrière ses deux platines Technics. Elle mixait un peu de House.

- Tu es DJ ? j'ai demandé bêtement.

- Tu as le sens de l'observation, toi ! elle a dit en riant.

Toujours sur le canapé, nous avons bavardé longuement. En fait, elle n'était pas si jeune que cela. Après tout, à 19 ans, on est majeur…

La musique, les mots que nous échangions, tout cela était fort sympathique. Mais l'atmosphère me devenait pesante. J'avais besoin de partir.

Elle m'a griffonné rapidement son prénom, son adresse électronique ainsi que son numéro de mobile, j'ai ouvert la porte et je suis sorti. Les rues de Paris étaient à moi.

Dehors, je me suis senti très con avec mes deux préservatifs demeurés dans mon portefeuille. Mais l'esprit se doit de l'emporter sur le corps. Après tout, je n'ai pas attendu tout ce temps pour introduire mon phallus dans le vagin de la première salope venue.

Soupir…

Avant, je ne parlais jamais des femmes en ces termes. Je crois que le temps m'a rendu amer. Aigri. Je crois que j'ai changé. Mais pas forcément en bien.

Je marchais, marchais dans les rues parisiennes et je pensais, pensais… Sans m'arrêter. L'Asiatique s'appelait Jeanne. Tout de même, j'aurais vraiment dû la baiser.

Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass Ich so traurig bin… Il a raison, Heine.

Aux Halles, je suis passé devant un cinéma porno. Soudain, j'ai entendu une voix criant mon prénom…
Je me suis retourné. Un homme s’est approché de moi… C’était William, un ancien collègue de Club-Internet durant la période où j’officiais en tant qu’Assistant Qualité auprès de la pédégée, Marie-Christine Levet. William est natif de la Guadeloupe, d’une petite commune appelée Morne Choupine, je crois. Je me suis souvenu que je l’aimais bien dans le temps : ne fréquentant pas d’Antillais, il était alors mon unique occasion de parler créole, et j’en usais de manière immodérée.

Rapidement, je lui ai demandé ce qu’il fichait là, dans cet endroit glauque à souhait. Il m’a répondu sans pudeur aucune qu’il cherchait « de la chatte fraîche » ; cet homme était un véritable poète. Feu André Chénier n’avait plus qu’à aller se rhabiller.

William insista lourdement pour que j’entre avec lui. A dire vrai, il était même prêt à me payer ma place ! Mais j’ai refusé. Poliment. Il faut dire que je venais d’avoir ma dose de sexe, en live and direct avec Jeanne. Le seul fait d’y repenser eut pour effet de durcir la partie basse de mon anatomie que l’on nomme communément les parties. En clair, j’avais le barreau. Je bandais. Sauf que je n’avais pas d’arc. Juste une flèche. Une flèche que j’avais refusé de planter dans la cible de Jeanne. Soupir…

Je finis par prendre congé de William non sans avoir accepté de rentrer son numéro dans mon portable lequel n’avait quasiment plus de batterie.

Après quelques pas supplémentaires, mon vieux corps a fini par s’échouer à la terrasse providentielle d’un café. J’ai commandé un diabolo menthe dans un grand verre. Je buvais tranquillement. Lentement. Mon esprit ne parvenait pas à se fixer sur quelque chose de précis. Machinalement, j’ai ouvert mon portefeuille. Je brûlais d’envie d’appeler la Marocaine. Mais le portable n’aurait pas tenu. Il ne me restait que l’e-mail. L’idée de me lever, partir en quête d’un accès à l’Internet ne m’enchantait guère. Je préférais rêvasser sur ma chaise, devant mon liquide vert bu avec le train d’un escargot. Un escargot noir.

Mais la Marocaine est revenue cogner avec force à la porte de mes pensées. Et je l’imaginais : habillée de longs voiles transparents, assise en hauteur, me scrutant de son air tentateur et divin. Die schönste Jungfrau sitzet dort oben, wunderbar…

N’y tenant plus, j’ai jeté quelques euros sur la table pour payer la boisson et je me suis levé. Dans le métro, sur la ligne 4, il y avait une SDF, une Blanche. Elle était un peu sale et racontait son histoire pour la énième fois de la journée : elle avait une petite fille à charge dont le père était en maison d’arrêt, n’avait pas de logement et essayait de lutter pour s’en sortir et blablabla et blablabla. Fidèle à mon habitude, je ne lui ai rien donné, les autres occupants de la rame non plus, d’ailleurs. Ambiance…

Je suis descendu à Saint-Michel. Easy Internet étant fermé, mes pas m’ont mené rue Saint-André des Arts où un nouveau supermarché du Net avait ouvert récemment.

Après avoir acheté un ticket de 35 minutes sur une des bornes automatiques de l’entrée, j’ai décidé de m’asseoir et d’envoyer un courriel à Lamiah, la mystérieuse Marocaine. J’ai juste écrit : bonjour, pardon pour l’autre soir au téléphone…

Puis, je suis resté assis à surfer sur des sites web traitant de l’éveil de la conscience du Peuple Noir. Mon attention fut distraite par une jolie Noire qui venait de s’asseoir à quatre places de la mienne. Sa peau très foncée me mit l’eau à la bouche. Et si ma mère ne m’avait donné cette éducation, je crois que je l’aurais abordée sur le champ. Mais poursuivant ma lecture, je me suis contenté de la regarder par intermittence. Discrètement, cela va sans dire.

Mon téléphone se mit à vibrer, mais la communication se coupa aussitôt : il n’y avait pas de réseau à la place que j’occupais. Enfin, pas suffisamment. Cela me força à faire un log off puis marcher quelques pas au dehors afin de retrouver un peu plus de réseau. Le petit écran du portable m’affichait deux informations capitales : un, mon répondeur contenait un message ; deux, ma batterie allait rendre l’âme incessamment. J’eus tout de même le temps de consulter le message : c’était la petite Asiatique qui me proposait une… partie à trois avec une de ses copines !

J’étais abasourdi par un tel culot… Et si ce n’était l’énergie électrique défaillante du mobile, j’aurais volontiers écouté le message plusieurs fois de suite afin de me persuader que je ne rêvais nullement. J’étais angoissé et rêveur à la fois : tout de même, baiser deux filles en même temps, je n’avais jamais fait cela… Par ailleurs, question pénétration, je manquais cruellement de pratique depuis plus de deux ans ! Comment diable un type peut-il assurer au point de satisfaire deux nanas au cours d’une même sex party ?

La montre à mon poignet m’indiquait 14 heures 30. Jeanne avait fixé l’heure de la partie de fesses à 19 heures et des poussières. Meurtrier, je n’avais donc plus qu’à tuer le temps. Cela m’amena à penser que je ferais bien de vidanger mes bourses dans le but de ne pas partir trop tôt. En clair, me vider les couilles. Et quitte à se vider les couilles, autant le faire en se branlant devant un film X. Je veux dire, un film de cul. Il me fallait retourner devant le cinéma porno.
C’était la première fois que j’entrais dans un tel établissement. Ce n’était pas aussi malsain que l’on pourrait le supposer de prime abord. Au contraire, tout était très propre et le personnel, féminin dans sa grande majorité, était d’une courtoisie trop rare en ce vingt et unième siècle décadent.

Prudente, la maison vendait des espèces de grands Sopalins, histoire de ne pas en mettre partout. Ambiance…

Le film venait de commencer. Je me suis assis au bout de ma rangée, au cinquième rang de la salle de projection. De brefs regards dans toutes les directions m’informèrent de ce que je savais déjà : je n’étais pas le seul dégueulasse pervers de la gent masculine. Certains se masturbaient. D’autres se contentaient d’observer ce qu’ils n’oseraient probablement jamais demander à leur femme ou leur concubine.

Visiblement, ce n’était pas un film français, je dirais plutôt américain… Une blonde à la poitrine opulente et factice introduisait un godemiché en plastique bleu transparent dans le vagin d’une Noire… Une scène de lesbiennes. Décidément, j’avais de la chance : c’était ce que je préférais dans le X. Voir deux femmes s’embrasser et se faire des trucs m’excitait à un point que je serais bien incapable de décrire. Pour moi, c’était du nectar, de l’ambroisie sexuelle…

Finalement, ouvrant précautionneusement ma braguette, je fis comme tout le monde, quasiment : j’ai appelé la Veuve Poignet à ma rescousse, pour qu’elle me donne un peu d’amour…

Après les lesbiennes, un grand Noir viril sodomisait une Blanche dans un salon rempli de fauteuils en cuir rouge. Elle avait des taches de rousseur sur les seins et les épaules. J’adore les taches de rousseur sur les Blanches… J’aimerais bien lécher une chatte rousse, un de ces jours.

Parfois, je quittais le film, mes yeux se fermaient et je me touchais en fantasmant : je me voyais alors le seul type dans un harem constitué de filles noires, asiatiques, maghrébines et indiennes plus belles les unes que les autres… Et quand mes yeux se rouvraient, l’écran affichait à chaque fois une scène différente de la précédente. Tout de même, le X, on en a vite fait le tour…

Un détail flagrant m’avait frappé : dans cette production hard, aucun couple d’acteurs ne pratiquait le coït à la missionnaire ! Il s’agissait pourtant de ma position favorite parce que synonyme… de tendresse, d’amour. Le doggy style, c’est très bien, mais bon, aucune posture ne vaudra jamais un tendre, un doux missionnaire…

J’en étais là dans mes pensées quand un couple m’a fait signe. Discrètement. Ils se trouvaient assis à l’extrême droite de ma rangée.

En premier lieu, j’ai fait comme si je n’avais rien remarqué, mais l’homme ne cessait de renouveler ses signes. Refermant ma braguette, je me suis approché d’eux tout en ne perdant rien de ce qui était projeté sur l’écran. Arrivé à côté d’eux, j’ai pu voir un homme et une femme, des Blancs, habillés de jean bleu. Il portait un pantalon et elle une jupe longue. La chemise de la femme était partiellement déboutonnée. A l’oreille, le type m’a proposé de lécher sa femme pendant que lui se branlerait en regardant !

Comment vous dire ? J’étais plus que réticent. Pour m’encourager, l’homme m’a assuré que je pourrais même m’occuper de sa femme, lui « défoncer le fion et lâcher la gouache sur sa gueule… »

Abasourdi, j’ai décliné l’offre en secouant mécaniquement la tête, puis je suis sorti écœuré. L’échangisme ou la partouse, ce n’est pas mon truc. Je ne prendrai jamais une femme devant son mari. C’est trop glauque pour moi…
Plus tard, chez Jeanne, je n’avais pas assuré. étrange tout de même que cette vanité masculine : pétri de ses certitudes, un homme se dit qu’il va se taper deux belles salopes en mêmes temps, qu’il les baisera comme jamais elles n’ont été baisées de leur vie, qu’il leur montrera ce que signifie s’envoyer en l’air avec un Noir, qu’il les fera gémir, hurler jusqu’à leur faire péter les cordes vocales, qu’il les arrosera de foutre comme la mousson inonde l’Inde et puis, in situ, plus rien, le vide, l’échec…

était-ce parce que je pensais trop à la Marocaine ? était-ce parce que j’étais ressorti traumatisé de l’épisode du couple de Blancs dans le cinéma porno ? Je n’en saurai jamais rien, mais une chose était sûre : l’érection m’avait fait défaut. Elles avaient beau se caresser, se lécher devant moi, se doigter et s’enfiler des trucs, impossible de faire dresser mon dard de manière naturelle. Un homme digne de ce nom se sent très inutile en de pareils moments. Je comprends maintenant pourquoi le dictionnaire parle d’impuissance

De guerre lasse, je suis allé prendre une douche pendant qu’elles continuaient à se faire du bien. Sans moi…

Elles étaient sympas, ces filles : pas de moqueries, beaucoup de compréhension… Je me devais de réviser mon jugement sur elles et cesser de les qualifier de salopes ou de putes.

Après leurs ébats, elles se sont lavées et comme il était encore tôt, nous avons décidé de prendre la ligne 14 pour nous rendre au cinéma. L’UGC Ciné Cité Bercy. Le choix du film s’est porté sur Bad Boys 2 parce que Will Smith faisait « mouiller grave » la copine de Jeanne, ambiance…
Au retour, j’ai marché à nuitée dans les rues désertes de Noisiel. Seul. Nous étions dans la nuit de vendredi à samedi. Dans mon lit, j’ai pensé qu’il me faudrait retourner plus tard dans Paris pour vérifier si Lamiah avait daigné me répondre. J’ai écouté le dernier album d’IAM et j’ai soudain pensé que moi aussi, j’aimerais revoir un printemps. Avec une femme gentille, compréhensive… Et beaucoup de sexe. Je me suis endormi avant la fin du disque, sans m’en rendre compte.
Dimanche matin, rue Saint-André des Arts, le cybercafé parisien était quasiment désert. Je me suis assis près de la vitrine, du côté de la rue. J’ai tapé mon login, puis mon password, je n’avais plus qu’à attendre le chargement de Windows XP et le lancement d’Internet Explorer. Je suis allé sur le site web de Yahoo, puis dans la partie webmail. J’avais un nouveau message. C’était Lamiah.

Fébrilement, j’ai cliqué sur l’objet du message et j’ai lu…

Je crois que les mots ne décriront jamais assez bien la profonde tristesse que j’ai dû ressentir. Und das hat mit hirem Singen die Lorelei getan… C’était moi le batelier du poème et le chant au pouvoir magique était figuré par l’e-mail de ma Lorelei maghrébine…

Lamiah me demandait de ne pas insister. Elle écrivait qu’elle n’avait pas du tout aimé mon attitude et qu’elle préférait en rester là. En rester là… Cette expression résonnait dans mes tympans comme si un dément me l’avait criée avec force.

En rester là… Se pouvait-il que cette femme veuille véritablement en rester là ? Comment pouvait-elle décemment agir de la sorte avec moi ?

J’ai quitté Yahoo, la session Internet et ce cybercafé de malheur. Tchè mwen té trist’, an kwè dlo tombé di zyé mwen kon an té ka maché an la ri a.
Plusieurs semaines ont passé depuis cet e-mail de Lamiah. Ma Marocaine que jamais je ne verrai… Je n’ai plus de goût à rien. Je ne me branle même plus. An kon an animal blésé. J’ai beau qualifier les femmes de salopes ou de putes, j’ai besoin d’elles. J’ai besoin d’elle. Elle, c’est LA femme que j’attends. La femme qui saura aimer l’Antillais que je suis devenu : l’Antillais qui se sent déjà vieux à 31 ans. Vieux. Usé. Désabusé.

Ma vie, c’est de la merde.

Oui, j’ai 31 ans, je dis que je suis vieux et vous ne pouvez pas comprendre. Mon seul talent est d’avoir pu raconter cette histoire. C’est le drame de ma vie. Les femmes me fuient comme la peste. Quoi ? Qu’est-ce que j’ai qui ne vous plaît pas ?

Est-ce parce que je n’ai pas de fric ? Pas de permis ni de voiture ? Ou est-ce parce que je ne suis pas drôle, tout simplement ?

Parce que vous croyez que c’est facile d’être artiste ? Ne comprenez-vous pas que j’entretiens ce spleen volontairement ?

Tout est dit : j’ai besoin de cette peine rémanente. C’est elle qui me fait créer. Il a raison, l’autre : frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie…

Mais pour une fois, juste une. Je voudrais du concret. Une femme, Noire dans la mesure du possible, qui saurait me prendre comme je suis : avec mes folies d’écrivain sans le sou.

En réalité, je souffre… Je crois que je suis comme tout le monde : j’ai besoin d’amour, le sexe est accessoire. Même si j’aime bien ça. Je m’apprête à entamer ma troisième année d’abstinence sexuelle. Je veux dire sans pénétration.

Je me sens seul.

Je me sens mélancolique comme dans une chanson d’Alain Souchon. Sauf que lui, c’est son fond de commerce : une sorte de business plan pour écouler ses disques par million. Moi, c’est réel. Je vis cela au quotidien, et jamais Dame Tristesse ne me quitte.

Je me sens seul.

Parfois, j’ai envie de crever pendu à un réverbère à l’instar de Gérard de Nerval. Oui, finir en poète maudit… A d’autres moments, je rêve de militantisme, de confrontation avec le système étatique blanc et d’une mort par accident de voiture façon Frantz Fanon.

Je me sens seul.

La ville de Noisiel est triste à mourir. Et je m’y emmerde. De temps à autre, je regarde le cul et les seins des femmes noires qui passent. Mais ça ne va pas plus loin. Je ne les aborde jamais. Je n’ose pas.

Il m’arrive de retourner sur Zouker.com, pour voir si Lamiah ne m’a pas laissé un MP, un message privé. Mais non, je n’existe plus pour elle. Et j’en souffre…

Je me sens seul.

Et vieux…

Papa mwen fè mwen vini an France an 76 é jis’ a prézan an ka mandé mwen poutchi y fè bétiz’ ta la. Sé pa ayen an ké fè isi dan, an sav’ sa a prézan. An té ké pisimé viv’ an koté ou sé nèg’ sèlman an té ké vwè… Viv’ épi sé Blan la, sa pa fasil tou lé jou, an ka fosé pou tchinbé… Mais au fond, que me reste-t-il ?

Je me sens seul…

Il a raison, Stomy Bugsy : la vie est une salope, et j’ai pas mis d’capote, han ! Regarde ma gueule maintenant…

* * *

* *

*

Tous droits réservés par Marc de Rémy, achevé le 18 octobre 2003.


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